Pourquoi j’ai lâché EelVA !

Ils sont rares ceux qui remarquent que l’éco­lo­gie est la grande absente de cette campagne élec­to­rale. Tout le monde semble s’en foutre, en fait !

Corinne Lepage, écolo­giste de droite, n’a pas pu se présen­ter et la pauvre Eva Joly a été aban­don­née à son triste sort, errant à la dérive au milieu de sujets de campagne surréa­listes. Jamais on ne lui parle d’éco­lo­gie.

Mais soyons rassu­rés, l’éco­lo­gie est sauvée : EELV a paraît-il assuré 3 minis­tères dans le futur gouver­ne­ment de l’ami Molette !!!!!! Enfin si Molette ne revient pas sur ses enga­ge­ments eu égard au score probable d’Eva.

L’ami Molette est, hélas, du point de vue de l’éco­lo­gie, en retard de 40 ans. Mais peut-on le blâmer : quand seules les joutes élec­to­rales et la jouis­sance du pouvoir comptent, c’est aux citoyens de donner les direc­tions à suivre. Combien EELV aux dernières élec­tions ? La crise finan­cière et ses effets colla­té­raux qui n’est pas près d’en finir est passée par là.

La prési­dence de l’ami Molette sera un Water­loo écolo­gique, cinq nouvelles années de perdues sur le chemin qui nous mène au gouffre.

Tenez, le nucléaire ! Molette a décidé de fermer la seule vieille centrale de Fessen­heim (pour faire plai­sir à l’Ange d’outre-Rhin ?). Et en plus il en est fier : l’autre jour sur France 2, il a martelé à plusieurs reprises “Une centrale, je ferme une seule centrale“ ! Devrons-nous attendre la probable catas­trophe sur notre sol et la morti­fi­ca­tion défi­ni­tive de quelques centaines de km2 en espé­rant, en outre, qu’au­cune grande voie de commu­ni­ca­tion n’en fasse partie ! 100 ans de produc­tion pour des millions d’an­nées de « gestion » des déchets. Une présu­mée indé­pen­dance éner­gé­tique alors que l’ura­nium est pillé au Niger et qu’il manquera avant la fin de vie de nouveaux réac­teurs, moxés au pluto­nium ou pas. Que “l’élec­tri­cité pas chère” est une foutaise puisque personne ne sait combien coûte le déman­tè­le­ment d’une centrale nucléaire : Chooz sera déman­te­lée par . . . l’amé­ri­cain Westin­ghouse pour la modique somme de , de, …. ah ben non, j’peux pas vous le dire : « Confi­den­tiel défense » proba­ble­ment !

La vérité, c’est que le nucléaire englou­tit tous les budgets de recherche et déve­lop­pe­ment, empê­chant la France de déve­lop­per une filière propre. Le problème, c’est que pour l’éo­lien, la délo­ca­li­sa­tion a déjà fait son œuvre : les éoliennes chinoises se préparent à enva­hir l’Eu­rope. Le problème c’est que pour le photo­vol­taïque, la délo­ca­li­sa­tion a égale­ment déjà fait son oeuvre : 50 % de la puis­sance mondiale instal­lée est alle­mande et les fabri­cants de maté­riel français survivent (ou meurent tel Photo­watt) !

Si l’ami Molette ne veut pas aban­don­ner le nucléaire c’est parce qu’il reste atta­ché à son schéma caduc de “crois­sance” (il table sur +2% en 2014 !!!!). Et comme la sortie du nucléaire implique une décrois­sance : on ne remplace pas des réac­teurs nucléaires par des éoliennes, même en mer, même par milliers, sans devoir bais­ser dras­tique­ment la consom­ma­tion élec­trique. Cela s’ap­pelle la sobriété et l’ef­fi­ca­cité. Incon­vé­nient : cela ne rapporte rien aux action­naires de Total et d’Areva :

Et comme certains imaginent que le chef d’es­ca­drille serait Jean-Marc Ayrault-Porc, un repous­soir écolo­gique inté­gral ! Et que ce soit pas déma­go­gie paroxys­tique, par igno­rance crasse ou par cynisme éhonté, là où l’ami Molette atteint des sommes, c’est sur la ques­tion du prix des carbu­rants qu’il compte bloquet !

Compte-t-il, au nom de la liberté, enva­hir à la fois les Émirats et le Véné­zuéla ?

Compte-il sur l’ex­ploi­ta­tion des gaz de schistes ?

Compte-t-il natio­na­li­ser Total pour en récu­pé­rer les profits records, faute de pouvoir en récu­pé­rer les impôts dus ? Même pas cap !

Non : L’ami Molette veut rendre la TICPE (ex-TIPP) flot­tante ? De combien ?

Les USA, où les taxes sur les carbu­rants sont bien plus faibles, s’en sortent-ils mieux ? Non, bien au contraire.

Taxe ou pas taxe, un litre d’es­sence coûtera dans 10 ans le double ou le triple de son prix actuel. C’est struc­tu­rel et I-NE-VI-TA-BLE. Mieux vaut garder du pognon [1] pour prépa­rer la tran­si­tion écolo­gique inéluc­table et non pas s’ac­cro­cher à une bouée percée.

Peut-être l’ami Molette compte-t-il aussi bloquer les tsuna­mis et les séïsmes !

Alors qui d’autre pour penser à notre avenir au delà du quinquen­nat à venir et de la « crise de la dette publique » ?

En déses­poir de cause, je suis allé jeté un oeil à la plani­fi­ca­tion écolo­gique de l’ami Méluche, volet du programme de son Parti de Gauche sur lequel il n’est jamais inter­rogé hélas. Une telle muta­tion en effet ne s’im­pro­vise pas. Pour un résumé de sept pages, c’est ICI. Ou en une VIDEO de 22 minutes.

Pourquoi une plani­fi­ca­tion ?

Les problèmes écolo­giques, ça ne peut pas se régler “à la Sarko” : on a vu les consé­quences de la volte-face sur le photo­vol­taïque ! Normal car pour Sarko “l’en­vi­ron­ne­ment ça commence à bien faire”. Autre exemple : les 6% program­més de surfaces bio en 2012 ne font que 3,4%.

Le Parti de Gauche présente un ensemble de moyens et de solu­tions pour affron­ter le Peak every­thing, en ayant bien compris que tant qu’on n’a que le PIB en tête, tant qu’on baisse sa culotte devant les diktats de la finance et des multi­na­tio­nales, et tant qu’on refuse de réduire les inéga­li­tés, on n’ar­rive à rien.

Au plan éner­gé­tique, le programme intègre le scéna­rio “Nega­watt” : tour­nant le dos au nucléaire ainsi qu’à toutes tenta­tives de nour­rir la crois­sance en compro­met­tant le futur, telle les “gaz de shit”, (ou ici en 45′) ce scéna­rio implique une très forte décrois­sance de la consom­ma­tion de Joules, unité de mesure de l’éner­gie, et donc comme dirait Lapa­lisse, de la produc­tion éner­gé­tique. Préci­sion : sans retour à la bougie pas plus qu’au char à boeufs !

Ce programme est apparu suffi­sam­ment convain­cant pour que le très avisé Paul Ariès, profes­seur d’éco­no­mie et « décrois­sant pur et dur », rejoigne le Parti de Gauche.

Reste un “point de détail” : le PCF !

Il ne vous aura en effet pas échappé que toutes les initia­tives écolo­giques sus-citées sont l’oeuvre du Parti de Gauche. Quoique la FASE – à laquelle je viens d’adhé­rer – et la Gauche Unitaire soient égale­ment membres du Front de Gauche, le par trop pronu­cléaire PCF n’est pas pour autant partie négli­geable : ses forces mili­tantes sont impor­tantes. Ce qui explique la propo­si­tion du Front de Gauche d’un réfé­ren­dum sur le nucléaire. Propo­si­tion de prin­cipe ? Pas si sûr : les dépu­tés du Front de Gauche seront néces­saires à l’ami Molette pour mettre en oeuvre sa poli­tique.

Toujours est-il que l’at­te­lage a permis la spec­ta­cu­laire mani­fes­ta­tion de dimanche dernier Place de la Bastille.

Toujours est-il que les derniers sondages – avec toutes les réserves néces­saires – semblent indiquer  une montée en puis­sance qui, si cela se confirme, ne permet­tra plus au PS de rouler les méca­niques et d’écra­ser des alliés néces­saires pour gouver­ner.

Jusqu’ici, j’étais vrai­ment dubi­ta­tif sur la viabi­lité de l’at­te­lage.

Mais aujourd’­hui, pour cette élec­tion, le seul vote écolo, certes un peu par défaut, c’est le vote Mélen­chon.

Chris­tophe, le 22 mars 2012

Merci à SuperNo dont ce texte est large­ment inspiré

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Devi­nette : c’était il y a un an. Et la plupart des poli­ti­ciens ont déjà oublié ! De quoi s’agis­sait-il ?]
Réponse :  ICI

1. Les taxes sur l’éner­gie (pétro­le+ gaz) génère 36 Milliards d’Eu­ros annuels de recettes pour l’état et les collec­ti­vi­tés terri­to­riales. Malgré l’aug­men­ta­tion des prix à la pompe, on constate une tendance bais­sière. Celle-ci est induite par la baisse de la consom­ma­tion, ce qui serait une bonne chose si elle n’aug­men­tait pas mondia­le­ment !

6 réflexions sur “ Pourquoi j’ai lâché EelVA ! ”

  1. Incohérence et moquerie ne font pas un programme. Vois celui de F. Hollande que tu n’as pas lu et tu seras rassuré; Par contre tu abandonnes l’Ecologie Ayatolah pour l’Ayatolah du populisme
    triomphant. Objectivement tu fais ainsi le jeu de sarko I, c’était tellement mieux le Grenelle de l’environnement avec Borloo !!! Je n’ose pas imaginer ton prochain changement! Garde le cap le
    changement arrive.Il faut nettoyer la Sarkosie pourrie au Karcher, virer les copains des coquins qui ont pillé la France par cupidité et incompétence. Après le travail sérieux commencera.

  2. T’as pas changé Lucien ! Toujours aussi bardé de certitudes et manichéen !
    Je ne réponds que sur un point. J’ai lu le programme de Hollande et voici ce qu’il m’inspire : http://vimeo.com/40577072.
    Le temps n’est plus à la politique bisounours.

  3. Après réflexion, t’as raison Lucien. Peut-être que certains lecteurs de ce billet pourrait penser que le bilan du Grenelle de l’environnement de Sarko serait meilleur. Si le bilan d’Hollande serait
    probablement un Waterloo, celui de Sarko est assurément le Bérézina. En 10 points, ici un bilan où même deux des points présentés comme positifs sont discutables (réduction consommation énergie
    résidentielle, réduction déchets) car la crise est probablement passé par là. C’est ici : Les tops et flops de l’environnement

  4. Fi des diatribes, restons positifs !

    Voyons ce qui se fait dans un pays voisin :
    http://energeia.voila.net/electri/allemagne_nucle_renouv.htm

    La sortie du nucléaire en Allemagne a commencé avec la loi de février 2002, issue d’un plan de sortie du nucléaire en vingt ans élaboré dès juin 2000. Cette loi, prévoyait l’arrêt des réacteurs
    nucléaires à des dates variables selon leur ancienneté et leur vétusté, le dernier étant arrêté en 2022.

    Entre 2000 et 2011, la production d’électricité nucléaire est passée de 170 à 108 TWh par an.
    Dans le même temps, celle d’électricité renouvelable est passée de 38 à 122 TWh.
    Celle du charbon et du lignite a baissé de 291 à 267 TWh.
    Le gaz a augmenté, de 49 à 84 TWh, beaucoup moins que les renouvelables.

    Et en France : http://energeia.voila.net/renouv/electri_renouv_france_2025.htm

    Avec un peu de bonne volonté politique, on pourrait avoir 44% d’électricité renouvelable en 2025, un peu moins de fossile et beaucoup moins de nucléaire (46%) avec fermeture des 24 réacteurs
    nucléaires les plus anciens.

  5. ***

    Une politique responsable ne peut pas être le fait d’une seule personne, mais d’un groupe cohérent avec un travail de longue haleine.

    ***

    Un groupe de travail (un cabinet de ministère) doit performer sur la durée, il doit être ouvert au monde extérieur (recevoir des critiques & participer à des
    débats) mais il doit pouvoir travailler sereinement en interne et donner des directives consensuelles et collégiales.

    ***

    Les membres d’un tel cabinet doivent être évalués régulièrement et doivent pouvoir provenir de citoyens de divers horizons, par une mise au concours ouverte et
    transparente du poste.

    ***

    Christophe, tu vois, ce n’est pas un homme politique qu’il faut élire pour obtenir des résultats, mais il faut pouvoir faire évoluer le système // Pour parler avec
    des mots que les politiques comprennent, il faut montrer les gains en productivité et en efficacité et montrer les économies financières du nouveau système. Les politiques doivent trouver les
    avantages évidents et les inconvénienents doivent pouvoir être éliminés facilement … Ainsi seulement une évolution sera possible sur la durée !

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