Eradiquer la pauvreté en instau­rant un Revenu Maxi­mal

Dans cet article, nous évaluons l’im­pact de l’éta­blis­se­ment d’un RMA (revenu maxi­mal admis­sible) sur le niveau de vie de chacun des 10 déciles de la popu­la­tion française . Ce RMA est défini ici comme le rapport du niveau de vie moyen du dernier décile noté D10 (les 10% les plus riches) sur celui du premier décile, noté D1 (les 10% les moins riches).
En 2014, le rapport inter­dé­cile D10/D1 constaté s’éta­blis­sait à 7,1. C’est à dire que, en moyenne, les 10% des français les plus riches dispo­saient d’un niveau de vie 7,1 fois supé­rieur au 10% les moins riches.

   Si l’on envi­sage une progres­si­vité linéaire selon les déciles, il faut réduire ce rapport autour de la valeur 4 afin que les 9 premiers déciles (D1 à D9), c’est à dire les 90% les moins riches de la popu­la­tion, y gagnent tous à l’ins­tau­ra­tion de ce RMA.

  Ci-dessous, nous avons repré­senté cette progres­si­vité linéaire des niveaux de vie selon 5 RMA (1, 2, 4, 6 et 8)  ainsi que la distri­bu­tion consta­tée en 2014  (courbe bleu marine) :  avec un « RMA » de 2, les déciles 9 et 10 y perdent. Avec un « RMA » de 8 (supé­rieur au 7,1 de 2014), les déciles les plus pauvres (D1 à D3) y perdent tandis que les déciles D4 à D9 y gagnent. Un « RMA » de 1 signi­fie que tout le monde gagne la même chose, ce qui est évidem­ment inen­vi­sa­geable : la quali­fi­ca­tion, le volume de travail, la péni­bi­lité,  les risques sani­taires, la respon­sa­bi­lité, … sont autant de critère justi­fiant des reve­nus inégaux.

redistribution_lineaire_revenus_selon_rmas_2014Cette distri­bu­tion linéaire des niveaux de vie simu­lée est-elle réaliste ? La distri­bu­tion actuelle, quasi expo­nen­tielle (courbe épaisse bleue), corres­pond-elle au niveau de vie « mérité » ? Diffi­cile de tran­cher.

Cepen­dant si l’on consi­dère que seul le niveau de vie du 10e décile est exagé­ré* et que l’objec­tif est de réduire le taux de pauvreté (60% du niveau de vie médian) alors ce que l’on « pique » au décile le plus riche doit être réaf­fecté de manière non uniforme en redis­tri­buant plus aux déciles concer­nés.

Jean Gadrey s’est livré en 2010 (base revenu 2007) à une simu­la­tion d’une redis­tri­bu­tion sommaire  » afin d’amé­lio­rer le sort des 20 % du bas de l’échelle, à raison de 2/3 de la somme préle­vée pour le premier décile (soit 282 euros par UC et par mois) et 1/3 pour le second décile (dont le niveau de vie moyen était de 938 euros par UC et par mois). On améliore alors le niveau de vie du premier décile de 44 % (niveau de vie de 923 € en moyenne à l’ar­ri­vée) et celui du second de 15 % (1079 € en moyenne à l’ar­ri­vée).

Cet exer­cice hypo­thé­tique et abstrait – car il y a de nombreuses façons possibles de réali­ser de tels trans­ferts de reve­nus, en passant en partie par la réduc­tion des inéga­li­tés de salaires et autres « reve­nus primaires », et en partie par de vrais impôts et pres­ta­tions sociales – ne vaut que sur un point. Il prouve qu’en rédui­sant de façon modé­rée les hauts reve­nus, on pour­rait ERADIQUER LA PAUVRETE MONETAIRE EN FRANCE et amélio­rer la situa­tion maté­rielle de ceux qui sont un peu au dessus du seuil de pauvreté, sans toucher aux reve­nus de l’im­mense majo­rité, et sans invoquer le besoin de crois­sance. Le rapport entre les niveaux de vie moyens des déciles du haut et du bas passe­rait de 6,6 (4231/641) à 4,1 (3808/923) dans le second scéna­rio, celui qui se propose d’amé­lio­rer le sort des 20 % du bas). »

Si l’on consi­dère accep­table la forme actuelle de la courbe de distri­bu­tion des niveaux de vie excepté pour le 10e décile  mais plus plate à l’ex­tré­mité droite (D10) pour respec­ter le critère RMA, on peut éradiquer la pauvreté (à 60% du revenu médian) en augmen­tant les reve­nus des 9 déciles infé­rieurs. Une telle courbe ressem­ble­rait peu ou prou à celles repré­sen­tées en vert faite à la louche ci-dessous (RMA corres­pon­dant à des écarts D10/D1 de 4 et 6 respec­ti­ve­ment) :

redistribution_non_lineaire_revenus_selon_rmas_2014

Le taux de pauvreté passe alors à zéro.
Les gains de niveau de vie seraient d’en­vi­ron :

  • 55% pour le premier décile ;
  • 20% pour le 2e ;
  • 13 à 3% de manière dégres­sive pour les déciles D3 à D9 ;

Après cette redis­tri­bu­tion non linéaire, le rapport de niveau de vie moyen entre D10 et D1 , initia­le­ment de 4 ou 6,  passe aux alen­tours de 3. L’on pour­rait main­te­nir le rapport C100/C1 aux alen­tours de 6, voire plus. Nous ne dispo­sons hélas pas des valeurs du niveau de vie moyen par centile.

Conclu­sion : on peut réduire substan­tiel­le­ment le taux de pauvreté moné­taire sans réduire dras­tique­ment le rapport entre le niveau de vie des 10% les plus riches et des 10% les plus pauvres. Passer de 7,1 à 6 n’est pas en soit une « révo­lu­tion » (en rédui­sant rela­ti­ve­ment plus le niveau de la base du dernier décile que de son sommet).

Source des données pour l’an­née 2014 :

INSEE, Tableau 2003–2014 (https://www.insee.fr/fr/statis­tiques/fichier/2417897/reve-niv-vie-decile.xls)
Champ : France métro­po­li­taine, indi­vi­dus vivant dans un ménage dont le revenu déclaré est posi­tif ou nul et dont la personne de réfé­rence n’est pas étudiante.
Sources de l’INSEE : CCMSA ; Cnaf ; Cnav ; DGFiP ; DGI ; Insee, enquêtes enquêtes Reve­nus fiscaux et sociaux 2014.

* c’est mon avis quoique je sois à la base du 90e décile. J’es­time en effet que mon niveau de vie est trop impor­tant, eu égard à l’em­preinte écolo­gique que génère l’usage inté­gral du pouvoir d’achat que mon niveau de vie me permet . . . sauf à ne consom­mer que des biens et services aux impacts écolo­giques les plus faibles (alimen­ta­tion bio et non carnée, dépla­ce­ments en trans­ports en commun plutôt que seul en voiture, ….)

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