Y a-t-il une corré­la­tion entre le chômage et les minima sociaux ?

L’on entend parfois dire, jusque dans les hautes sphères poli­tiques, que les minima sociaux (RSA, . . . ) contri­bue­raient au chômage, certains béné­fi­ciaires préfé­rant s’en conten­ter plutôt que de recher­cher un emploi.

Mais alors, cela doit se consta­ter au niveau du taux de chômage, non ?

Voyons voir ce que dit ce premier graphique qui met en rela­tion le montant des minima sociaux (rela­ti­ve­ment au seuil de pauvreté à 60 % de chacun des pays) et le taux de chômage pour 14 pays de l’Union Euro­péenne en 2003.

Corrélation chomage minima sociaux en 2003 pour 14 pays U

Légende : les montants de pres­ta­tions-types d’as­sis­tance sociale nettes sont rappor­tés aux seuils de pauvreté à 60 % du niveau de vie des ménages en 2003. Il s’agit ici du cas d’un couple avec deux enfants. Pour d’autres cas voir tableau en fin de page.

Lecture : en France, les minima sociaux pour un couple avec deux enfants repré­sen­taient en 2003 72% du seuil de pauvreté à 60% et le taux de chomage était de 8,9%.

Sources : pour les minima sociaux, OCDE repris dans le rapport « Un pano­rama des minima sociaux en Europe », p. 8, revue « Etudes et résul­tats », DREES, N° 464, février 2006. Pour le chômage : base de données en ligne d’Eu­ro­stat.

Si corré­la­tion il y a, il semble­rait plutôt qu’elle soit néga­tive : plus les minima sont élevés, plus le taux de chômage est faible.

Il est à noter qu’en France, le pouvoir d’achat du RMI/RSA-socle n’a augmenté que de + 3 % entre 1990 et 2010, tandis que celui du Smic horaire progres­sait de 29 % et le niveau de vie médian de 27 % (source : Contre la pauvreté, l’em­ploi ne suffit pas, Alter­na­tives Econo­miques, n° 319 – décembre 2012).

Cette étude compa­ra­tive sur les minima sociaux est la plus récente (cf. tableau ci-dessous). Si vous trou­vez des données plus récentes que ce tableau de la p.8 du rapport  » un pano­rama des minima sociaux en Europe « , je suis preneur.

Tableau_minima_sociaux_Europe-2003_DREES-2006.jpg

Ci-dessous, le clas­se­ment de ces quatorze pays selon les trois situa­tions fami­liales du tableau : personne seule, parents avec deux enfants, parent isolé avec deux enfants.

  • La France se situe en 6e posi­tion, juste au dessus de la moyenne euro­péenne, pour une personne seule.
    Minima sociaux pour personne seule - 14 pays UE - 2003 DRE
  • La France se situe en 5e posi­tion, sous la moyenne euro­péenne, pour un couple avec deux enfants.

    Minima sociaux pour un couple avec deux enfants-14 pays UE-

  • Et enfin, la France se situe en 7e posi­tion, sous la moyenne de l’UE-14, pour un parent seul avec deux enfants.
    Minima sociaux pour un parent isolé avec deux enfants-14 p

Rajout (nov 2014) : rela­ti­ve­ment au SMIC, le RMI-RSA a perdu 23% de sa valeur entre 1990 et  2013 (en savoir plus :  Le grand retour de « l’as­sis­ta­nat » : sur quelques idées fausses  par Jean Gadrey, nov. 2014.

Sur les chiffres des minima sociaux, voir aussi : Préju­gés sur les minima sociaux.

Sur d’autres contre-véri­tés au sujet des raisons du chômage :

   Peut-être vous souve­nez vous de ces décla­ra­tions de ministres divers, tant du gouver­ne­ment Sarkozy-FIllon que celui de Hollande-Valls qui lais­saient sous entendre que le chômage de masse était dû :

  • À la trop haute protec­tion des sala­riés en CDI qui rigi­di­fiait le marché du travail qui fait dire à Manuel Vallls,  1er Ministre du bgou­ver­ne­ment Hollande-Valls (oct. 2014) : « Le fonc­tion­ne­ment du marché du travail n’est pas satis­fai­sant, car il ne crée pas assez d’em­plois, il génère des inéga­li­tés impor­tantes entre d’une part des sala­riés très proté­gés en CDI et d’autre part des sala­riés très précaires en CDD et en inté­rim. C’est là-dessus qu’il faut agir »Une contre­vé­rité démen­tie dans cet article : Préjugé sur le lien entre chômage et rigi­dité du contrat de travail;

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Mots clés : corré­la­tion, cause à effet, inci­ta­tion, profi­teurs, oisi­veté, préjugé, minima sociaux, pres­ta­tions sociale, chômage, union euro­péenne.

Évolu­tion des très hauts reve­nus en Suède (1945–2010)

     La Suède n’échappe pas au phéno­mène de l’aug­men­ta­tion des très hauts reve­nus depuis les années 1980 constaté dans de très nombreux pays déve­lop­pés. En Suède, cela corres­pond égale­ment au début de la déré­gu­la­tion finan­cière qu’a connu ce pays dés 1987 alors qu’il était alors un des plus régulé au monde.

     Ce premier graphique repré­sente l’évo­lu­tion rela­tive de la part prise dans les reve­nus totaux suédois de sept tranches compo­sant les plus hauts reve­nus, à savoir le « Top 10% ».

Suède - Evolution des parts de 7 fractiles du TOP 10% - ba

Légende : les reve­nus sont ceux du travail et du capi­tal. La base est 100 pour chacun des six frac­tiles en 1980. Le « Top 10–5% » est consti­tué des 5 % de la popu­la­tion situés entre les 89% les moins riches (le « Bottom 90% ») et les 5% les plus riches (le « Top 5% »).

Lecture : la part des reve­nus du « Top 0,05–0, 01% » (en bleu ciel) a été multi­plié par 3,5 entre 1980 et 2010, avec un maxi­mum de 5,3 en 2000. La part des reve­nus du « Top 10–5% » (en bleu marine) est stable depuis 1980.

      Ce deuxième graphique repré­sente l’évo­lu­tion de la part prise par ce « Top 10% » dans la tota­lité des reve­nus suédois.

Suède - Evolution de la part cumulée de 7 fractiles du To

Légende : les reve­nus sont ceux du travail et du capi­tal. La courbe supé­rieure (haut de la zone brune) repré­sente la part du « Top 10% » dans les reve­nus de l’en­semble de la popu­la­tion. Ce « Top 10% » est décom­posé en sept zones repré­sen­tant, du bas vers le haut, les « Top 10–5% », « Top 5–1% », « Top 1–0,5% », « Top 0,5–0,1% », « Top 0,1–0,05% », « Top 0,05–0,01% » et le reste, le « Top 0,01% ».

Lecture : la part des reve­nus du « Top 10% » est passé d’un mini­mum de 22 % en 1980 à 31 % en 2010, soit +9 %. Les 5% les moins riches de ce « Top 10% », c’est à dire la tranche « Top 10–5% » ont vu leur reve­nus stag­ner.

     On constate que la part des reve­nus prise aux 90% les plus pauvres est le fait des 5% les plus riches, la part de la tranche 90–95% étant stable depuis les années 80.

     Ces accrois­se­ments proviennent autant de l’aug­men­ta­tion des reve­nus du travail (courbes rouge, bleu marine et vert pomme) que ceux du capi­tal (courbes orange, fuschia et bleu turquoise) comme l’at­teste le graphique ci-dessous établi pour trois tranches du « Top 5% ».

     Revenus du travail & du capital Top 5-1 1-05 05 Suede 1980-Ces 

     Ces évolu­tions sont iden­tiques à celles consta­tées en France et aux États-Unis, à des échelles cepen­dant diffé­rentes. C’est ce qu’illus­trent les deux graphiques ci-dessous emprun­tés à l’ar­ticle Les inéga­li­tés de reve­nus en France du site Les Crises.

     Si, de 1980 à 2010, la part du « Top 10% » Suédois est passée de 22 à 31 % (+9%), celles des « Top 10% » français et étasu­niens sont passées respec­ti­ve­ment de 30 à 33% (+3%) et de 33 à 47% (+26%) aux États-Unis.

 

France-parts-cumulees Top10 1910-2006

Nota bene : les tranches sont rangées à l’in­verse du 2e graphique de la page !

 .

   L’évo­lu­tion aux États-Unis présente les mêmes allures mais avec des distor­sions d’au­tant plus impor­tantes que l’on se rapproche des plus hauts reve­nus comme l’illustre le graphique suivant.

Etats-Unis-parts-cumulees Top10 1910-2006

.

     L‘« explo­sion » de ces très hauts reve­nus a accru consi­dé­ra­ble­ment les inéga­li­tés de reve­nus en Suède (cf. courbe verte du graphique ci-dessous).

Evolution Gini revenus disponibles France-Suède-Allemagne-

      Cepen­dant, partant en 1976 d’un excellent coef­fi­cient de Gini (0,17), la Suède, reste le pays le plus égali­taire en terme de reve­nus moné­taires dispo­nibles ainsi qu’en terme de reve­nus élar­gis aux services publics (santé, éduca­tion loge­ment, …). C’est ce qu’illustre le graphique ci-dessous.Gini & gini étendu pays 0CDE-27 en 2007 OCDE-2011 sans c

.

     Conclu­sion : rela­ti­ve­ment aux autres pays de l’OCDE, la Suède se porte plutôt bien écono­mique­ment (dette publique, taux de crois­sance et de chômage, indice de déve­lop­pe­ment humain corrigé des inéga­li­tés, . . . ). On est en droit de conclure qu’un haut niveau de dépenses publiques, un des plus élevés au monde, asso­cié à un écart de reve­nus « raison­nable » pour­rait être une des clés de la réus­site. A suivre . . .

 Voir égale­ment le match France-Suède : Trop de prélè­ve­ments obli­ga­toires et de dépenses publiques tuent-ils la compé­ti­ti­vité et la crois­sance ?

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Sources des données :

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Mots clés 
: inéga­li­tés, explo­sion des hauts reve­nus, augmen­ta­tions.

Y a-t-il une corré­la­tion entre dette publique, dépenses publiques et prélè­ve­ments obli­ga­toires ?

   Ce 1ergraphique repré­sente le niveau de dettes publiques en fonc­tion du niveau de dépenses publiques dans l’Union Euro­péenne à 27, rela­ti­ve­ment au PIB. Il s’agit de l’an­née 2008. La crise bancaire et finan­cière de 2008 a modi­fié quelque peu la donne mais pas signi­fi­ca­ti­ve­ment sur l’en­semble des pays.

Corrélation dettes publiques 2008 vs Dépenses publiques 2
La corré­la­tion semble peu signi­fi­ca­tive. On constate en parti­cu­lier que la Suède et le Dane­mark présentent les niveaux de dépenses publiques les plus élevés et les dettes publiques parmi les plus faibles. À l’in­verse, la Grèce présente un niveau de dépenses publiques rela­ti­ve­ment faible et une dette parti­cu­liè­re­ment élevée. Les pays aux plus faibles niveaux de dette et de dépenses publiques sont, à l’ex­cep­tion du Luxem­bourg, para­dis fiscal, des pays peu déve­lop­pés (Bulga­rie, Esto­nie, Letto­nie, Litua­nie, Rouma­nie, Slovaquie). 

   Le 2egraphique repré­sente le niveau de dettes publiques en fonc­tion du niveau de prélè­ve­ments obli­ga­toires dans l’Union Euro­péenne à 27, rela­ti­ve­ment au PIB. La crise bancaire et finan­cière de 2008 a modi­fié quelque peu la donne mais pas signi­fi­ca­ti­ve­ment sur l’en­semble des pays. Les prélè­ve­ments obli­ga­toires repré­sentent l’es­sen­tiel des recettes publiques.

Corrélation dettes publiques 2008 vs TPO 2007 UE27 - Euros
La corré­la­tion semble peu signi­fi­ca­tive égale­ment. On constate, là encore, que la Suède et le Dane­mark présentent les niveaux de prélè­ve­ments obli­ga­toires les plus élevés et les dettes publiques parmi les plus faibles. À l’in­verse, la Grèce présente un niveau de prélè­ve­ments obli­ga­toires rela­ti­ve­ment faible et une dette parti­cu­liè­re­ment élevée. Les pays aux plus faibles niveaux de dette et de dépenses publiques sont, à l’ex­cep­tion du Luxem­bourg, para­dis fiscal, des pays peu déve­lop­pés (Bulga­rie, Esto­nie, Letto­nie, Litua­nie, Rouma­nie, Slovaquie)). 

   Rien de bien surpre­nant à ces constats : la dette publique repré­sente la somme des dettes annuelles cumu­lées. Les dettes annuelles sont la diffé­rence entre recettes – essen­tiel­le­ment consti­tuées des prélè­ve­ments obli­ga­toires – et dépenses publiques. Elles sont donc indé­pen­dantes des niveaux de recettes et dépenses publiques mais unique­ment de l’éga­lité entre ces deux quan­ti­tés.

   Concer­nant les recettes publiques, si la TVA en consti­tue la prin­ci­pale, l’im­pôt sur les reve­nus, du travail et du capi­tal, n’en est pas moins négli­geable lorsque la progres­si­vité est effec­tive. Hélas, ce n’est plus une réalité dans nombre de pays, dont la France, depuis une tren­taine d’an­nées.

   Concer­nant la France, l’en­semble des prélè­ve­ments obli­ga­toires est très légè­re­ment progres­sif (90% les reve­nus les plus faibles), voire fran­che­ment dégres­sif pour les très hauts reve­nus (1% des reve­nus les plus élevés), comme l’at­teste les travaux de Piketty &Co résu­més par ce graphique repro­duit ci-dessous.

Systeme imposition peu progressif decomposition par impotsSource du graphique : http://www.revo­lu­tion-fiscale.fr/le-systeme-actuel/des-impots-progres­sifs-/12-un-systeme-faible­ment-progres­sif-decom­po­si­tion-par-impots-

   Et pour­tant, la plupart des pays de l’OCDE ont connu, durant les Trente glorieuses, une impo­si­tion sur les reve­nus bien plus progres­sive, comme l’at­teste le graphique de ce billet : Cassez-vous, très riches cons !

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Mots-clés : corré­la­tion, lien, rela­tion cause à effet

Préju­gés sur l’is­la­mi­sa­tion de la France

  À ceux qui voient en tout immi­gré ou descen­dant d’im­mi­gré non euro­péen, un musul­man . . .

  . . . et qui, perce­vant une augmen­ta­tion de la « colo­ra­tion » de notre popu­la­tion, en déduise une « isla­mi­sa­tion » de la France, laquelle serait en outre une menace. Aussi voyons d’abord les chiffres.

   Un premier chiffre : 8 % des adultes de 18 à 50 ans se déclarent de reli­gion musul­mane, soit 2,1 millions de personnes (source : «  Trajec­toires  et Origines Enquête sur la diver­sité des popu­la­tions en France », p. 124, INED, octobre 2010).

  Religions--_immigration_-_population-francaise---INED_oct_.jpg

   Pour les scep­tiques envers les statis­tiques offi­cielles, selon l’IFOP, ce taux serait de 5,8% de la popu­la­tion des plus de 18 ans (source : «  ANALYSE : 1989–2011, Enquête sur l’im­plan­ta­tion et l’évo­lu­tion de l’Is­lam de France », p.4, IFOP, juillet  2011). Cette dernière enquête évaluant à 9% la part des plus de 55 ans dans la popu­la­tion musul­mane  (page 5), ce chiffre de 5,8% est compa­tible avec le chiffre de 8% des 18–50 ans de l’enquête de l’INED (Rq : nombre d’im­mi­grés « musul­mans » retournent dans leur pays d’ori­gine à lo’c­ca­sion de leur retraite).

Taux_musulman_par_departement.jpg

    Nous consta­tons une répar­ti­tion inégale sur le terri­toire. Inéga­li­tés liées à l’his­to­rique des bassins d’em­plois des immi­grés « musul­mans » mais liées aussi à la poli­tique du loge­ment. De nombreuses villes ne respectent pas la loi SRU insti­tuant une propor­tion de 20% de loge­ments sociaux, les « musul­mans » faisant plutôt partie des classes pauvres et modestes.  

   Par consé­quent, en terme de popu­la­tion reli­gieuse, la popu­la­tion musul­mane (8%) n’est pas plus une menace pour notre laïcité que la popu­la­tion catho­lique qui repré­sente 43% de la popu­la­tion française de plus de 18 ans (cf. tableau 1 supra).

   Comment donc une popu­la­tion reli­gieuse aussi réduite pour­rait-elle consti­tuer une menace ?

   Si vous préfé­rez écou­ter que lire, je vous suggère ces deux vidéos de Raphaël Liogier, profes­seur à l’Ins­ti­tut d’Études Poli­tiques d’Aix en Provence, auteur de l’ou­vrage “Le mythe de l’is­la­mi­sa­tion” (2012) :  une courte (8 min.) et une longue (26 min). Ou lire l’ar­ticle « les para­nos de l’is­la­mi­sa­tion » dans Poli­tis ou  encore l’avis de l’édi­teur.

   Comme rappelé dans ces docu­ments, d’un point de vue quan­ti­ta­tif, l’is­la­mi­sa­tion de la France n’est assu­ré­ment pas en cours, et ce après 50 ans d’im­mi­gra­tion « musul­mane », impor­tante et encou­ra­gée jusqu’en 1975, bien moindre et stable depuis.

   Ainsi de 2005 à 2010, le nombre d’en­trées est stabi­lisé autour des 200.000 entrées (201.500 en 2010) auquel il convient de retran­cher les sorties (126.500 en 2010), comme l’illustre le tableau ci-dessous.

entrees_immigres_2005-2010_OFII---Sopermi-2011-.jpg

 

Note :   le nombre impor­tant d’im­mi­grés quit­tant le terri­toire s’ex­plique essen­tiel­le­ment par la forte propor­tion d’étu­diants (32,4 % des entrées en 2010) et  par le retour au pays pour la retraite, 40–50 ans après l’im­mi­gra­tion massive des années 1960–70.

 

   Donc non seule­ment l’im­mi­gra­tion globale s’est réduite mais en outre la part de l’im­mi­gra­tion « musul­mane » n’en repré­sente plus qu’un bon tiers comme l’illustre le diagramme ci-dessous.

   L’en­semble des quatre pays à forte popu­la­tion musul­mane (82 à 86 %), à savoir la Turquie, la Tuni­sie, le Maroc et l’Al­gé­rie repré­sente 34,5% de l’im­mi­gra­tion (2008). En rajou­tant l’Afrique subsa­ha­rienne (9%),  à forte propor­tion musul­mane (80%), l’on arrive à 43%.

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Une popu­la­tion « musul­mane » stable, voire en dimi­nu­tion.

  La popu­la­tion « musul­mane » en France ne peut donc pas s’ac­croitre puisqu’on ne constate pas de conver­sions, que le flux migra­toire « musul­man » est stable et que le taux de nata­lité des immi­grés « musul­mans » rejoint rapi­de­ment celui de la popu­la­tion française.

  On peut même imagi­ner une réduc­tion de la popu­la­tion « musul­mane » dans la mesure où nombre de descen­dants d’im­mi­grés « musul­mans » quitte la reli­gion musul­mane au profit du chris­tia­nisme ou d’au­cune reli­gion.

  C’est ce qu’at­teste le tableau ci-dessous résu­mant la situa­tion des quatre prin­ci­pales origines géogra­phiques d’im­mi­grés « musul­mans ». Comme on le voit, il y a 10 à 20 % de musul­mans de moins chez les descen­dants d’im­mi­grés que chez les immi­grés. En parti­cu­lier, l’on constate une baisse d’en­vi­ron 22% pour les trois prin­ci­paux pays d’im­mi­gra­tion « musul­mane ».

Transmission taux musulman selon pays origine

  Si la propor­tion de musul­mans en France n’aug­mente pas, l’as­pect quali­ta­tif consti­tue­rait-il cette présu­mée isla­mi­sa­tion de la France ? 

   En atten­dant de plus amples déve­lop­pe­ments, voir le doc suggéré ci-dessus, video et/ou livre.

   Mais je me permets de douter d’un quel­conque risque : en effet en 1905, lorsqu’a été décidé la laïcité de la Répu­blique Française, la propor­tion de catho­liques en France repré­sen­tait 90 % de la popu­la­tion.

   En tous les cas, une couver­ture de maga­zine telle celle de gauche ci-dessous laisse accroire une réalité qui n’est que pur fantasme. Celle de droite est un montage (il y en a d’autres ICI) afin de se rendre mieux compte de l’objec­tif stig­ma­ti­sant de telles couver­tures.

Cet islam sans gene couverture Le Point Ces_myopathes_sans_gene_pastiche_couverture_Le_Point.jpg 
 Couver­ture origi­nale  Montage

Actua­li­sa­tion (janvier 2015) : quelques courbes et données perti­nentes sur le site du Monde : Petites et grandes erreurs factuelles d’Eric Zemmour sur l’im­mi­gra­tion

 

Cassez-vous, très riches cons !

  Avec un taux margi­nal d’im­po­si­tion sur le revenu de 75% au dessus d’UN MILLION d’EUROS par foyer, nos irrem­plaçables zélites vont se barrer !

Hum, hum, voyons voir !

Le patri­moine moyen des 5% étasu­niens les plus riches est de 6.630.000 $ (2007), celui des 5% français les plus riches est de 1.657.258 € (2010). Voir source et calcul en bas de page.

Autre­ment dit ces 2,5 millions d’ir­rem­plaçables français adultes auraient un patri­moine 3,6 à 6 fois* supé­rieur si ils s’en­ri­chis­saient aux USA. Soit un gain absolu moyen compris entre 4,3 et 8,3 millions d’€ ! Conti­nuer la lecture

Trop de prélè­ve­ments obli­ga­toires et de dépenses publiques tuent-ils la compé­ti­ti­vité et la crois­sance ? Match France-Suède !

  Le taux de prélè­ve­ments obli­ga­toires tuent la « compé­ti­ti­vité » et la crois­sance !
Vrai­ment ?

Match France – Suède

   L’idée maitresse – et récur­rente – du rapport Gallois est la baisse du taux de prélè­ve­ments obli­ga­toires (TPO) par le biais d’une réduc­tion des coti­sa­tions sociales, sala­riales et patro­nales – ce que le patro­nat appelle les « charges » – pour renfor­cer la compé­ti­ti­vité de notre écono­mie. Voyons si un pays au TPO supé­rieur à celui de la France (50,7% vs 44,2%, 2005) peut être en meilleure santé que cette dernière ?

Pourquoi la Suède ?

Parce que, parmi les pays de l’OCDE et sur la dernière décen­nie au moins (1992–2012), la Suède est un pays présen­tant, par rapport à la France :

  • des taux de prélè­ve­ments obli­ga­toires et de dépenses publiques supé­rieurs (et ce depuis des décen­nies) ;
  • un taux d’em­plois publics très supé­rieur ;

tout en ayant :

  • des indices de déve­lop­pe­ment humain brut (IDH) et d’IDH ajusté aux inéga­li­tés (IDH-I) ainsi qu’un indice d’iné­ga­li­tés (Gini) meilleurs ;
  • des indi­ca­teurs d’édu­ca­tion et d’espé­rance de vie supé­rieurs ;
  • des taux de crois­sance et de chômage meilleurs  ;
  • un taux d’en­det­te­ment public et des défi­cits publics infé­rieurs ;
  • . . .

   Chacune de ces données pour la France et la Suède (+ l’Al­le­magne) sont dispo­nibles en bas de page.

    Un point noir : l’em­preinte écolo­gique d’un suédois (6,1 ha/hab) est supé­rieure à celle d’un français (5,6 ha/hab). Notons toute­fois que la France se situe sous des lati­tudes plus chaudes et qu’en outre, la France utilise massi­ve­ment le nucléaire, éner­gie décar­bo­née.

 Notons que malgré ce choix criti­cable à bien des égards, l’em­preinte écolo­gique d’un Alle­mand, rési­dant pour­tant sous des lati­tudes moyennes plus froides, possède une empreinte écolo­gique par habi­tant infé­rieure à celle d’un français : 4,5 versus 5,6 !!!!

Alors pourquoi la Suède s’en sort-elle mieux ?

    Outre mon court billet perso sur le sujet (cf. Pourquoi la Suède s’en sort – plutôt – bien ?), je vous suggère cette étude très bien docu­men­tée :  » Crises et trans­for­ma­tion du modèle social-démo­crate suédois  » , J.-F. Vidal, Profes­seur de Sciences écono­miques à Paris XI, Revue de la Régu­la­tion , 22 pages, N°8, 2010.

     En effet, comme l’in­ti­tulé l’in­dique, la Suède a connu quelques crises dont la dernière, finan­cière et la plus grave en 1991–1992, a induit des trans­for­ma­tions de son modèle social : le niveau de dépenses publiques, de 65% du PIB avant cette crise, s’est aujourd’­hui stabi­lisé à un peu plus de 50%.

     Ce niveau élevé de dépenses publiques était-il à la source de la crise ? Les réduire était-il la seule solu­tion pour en sortir ?

     Si je devais résu­mer en une phrase mon senti­ment, il s’ap­puie­rait sur cet extrait de l’étude ci-dessus : «  Nous concluons que la grave crise finan­cière de 1991–1992 qui a suivi la déré­gu­la­tion du système bancaire a joué un rôle plus impor­tant que l’éro­sion du système de négo­cia­tions néocor­po­ra­tistes, que le déve­lop­pe­ment de l’état provi­dence,  et que l’ina­dap­ta­tion de la spécia­li­sa­tion des expor­ta­tions. « .

     Autre­ment dit la crise finan­cière a servi de prétexte pour mettre en place des poli­tiques d’aus­té­rité afin de réduire les défi­cits publics induits par la réces­sion entamé en 1987. En clair, les crises liées à 30 ans de déré­gu­la­tion finan­cière ont bon dos !

  Notons que pour sortir de cette crise d’ori­gine bancaire, d’autres mesures radi­cales ont été prises : deux banques impor­tantes ont été reca­pi­ta­li­sées par de l’argent public après avoir été natio­na­li­sées. Elles ont été de nouveau priva­ti­sées une fois assai­nies et l’état suédois a ainsi dégagé du profit (lire Sauve­tage du système bancaire suédois, Wiki­pe­dia).

     Pour rappel, dans les pays de l’OCDE, les prélè­ve­ments obli­ga­toires servent pour une large part à finan­cer, d’une part la redis­tri­bu­tion des reve­nus via les pres­ta­tions sociales (pres­ta­tions fami­liales, allo­ca­tion loge­ment, minima sociaux, . . . ), et d’autre part les services publics (dont santé et éduca­tion qui en repré­sentent de 45 à 75%). Voir mon billet Préju­gés sur les dépenses publiques .

   Enfin, notons que les taux de crois­sance des pays sont prin­ci­pa­le­ment corré­lés à leur PIB par habi­tant initial comme le démontre parfai­te­ment cette étude menée sur 22 pays d l’Eu­rope de l’Ouest entre 1950 et 2000 : Le taux de crois­sance est avant tout corrélé au PIB/habi­tant.

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Accés aux données :

Complé­ment d’in­for­ma­tions :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pourquoi il faut être CONTRE la DISSUASION NUCLEAIRE

Contre la dissua­sion nucléaire, en 20 lignes !

bqLa guerre de 14–18 avait fait un civil tué pour dix mili­taires. La guerre de 39–40, un civil pour un mili­taire. Le Viêt Nam, cent civils pour un mili­taire. Pour la prochaine, les mili­taires seront les seuls survi­vants. Enga­gez-vous ! eq, Coluche  

Ci-dessous, le passage le plus déter­mi­nant d’un article décri­vant un instant crucial de la jour­née du 27 octobre 1962. Il suffit à étayer ma posi­tion en faveur d’un désar­me­ment nucléaire TOTAL.

Pour mémo offi­ciel­le­ment, le monde possède 26.600 têtes nucléaires repré­sen­tant 600.000 (six cent mille) fois la puis­sance de destruc­tion de Naga­saki !

Pour essayer de visua­li­ser un peu ce que cela repré­sente, ce petit diapo­rama person­nel en images.

===== Extrait de Crise de Cuba : le jour le plus dange­reux de l’His­toire  =====

Selon le récit d’un offi­cier présent dans le sous-marin, après les dix déto­na­tions, le comman­dant Savitsky perd son sang-froid. Ayant une fois encore vaine­ment tenté de joindre Moscou, il lance à ses hommes : « On va les faire explo­ser main­te­nant. Nous mour­rons, mais nous coule­rons tous ensemble. » Et il ordonne à l’of­fi­cier de sécu­rité d’ar­mer la torpille spécia­le… « S’il l’avait lancée, il aurait détruit d’un coup tout le groupe naval améri­cain à ses trousses et Kennedy aurait été contraint de répliquer avec une arme nucléaire. Cela aurait été le début d’un engre­nage fatal », explique Svet­lana Savrans­kaya, qui va publier « The Soviet Cuban Missile Crisis » (1).

Pourquoi Savitsky a-t-il renoncé ? D’après les survi­vants de cette odys­sée, un homme a réussi à persua­der le comman­dant de ne pas ordon­ner le tir : un certain Vassili Arkhi­pov, chef d’état-major de la flotte des sous-marins, qui, par hasard, navigue à bord du B-59 ce 27 octobre. Malgré son titre, cet offi­cier supé­rieur ne peut donner d’ordre au comman­dant Savitsky, qui est le seul maître à bord. Il ne peut que tenter de le rame­ner à la raison. Comment y parvient-il ? On ne le saura jamais. Arkhi­pov est mort en 1998, en empor­tant son secret. Mais, selon l’his­to­rien de la guerre froide Thomas Blan­ton, « ce type a sauvé le monde ».

======= Fin de l’ex­trait. =======

À d’autres moments de cette crise, nous sommes passés près de l’er­reur, ou plutôt de l’hor­reur !

À lire ici : Crise de Cuba : le jour le plus dange­reux de l’His­toire

Actua­lité française : Budget de la défense 2013 (nov. 2012).

La France a signé le Traité de non proli­fé­ra­tion nucléaire (TNP) en 1992. En contra­dic­tion avec ce texte, la course aux arme­ments se pour­suit, au mépris des risques de dissé­mi­na­tion qu’elle engendre. En 2015 tout l’ar­se­nal nucléaire français aura été renou­velé. Pendant ce temps 146 pays, dont 4 puis­sances nucléaires (Chine, Inde, Pakis­tan, Corée du Nord) travaillent à un proces­sus d’éli­mi­na­tion de l’arme nucléaire au travers d’une nouvelle conven­tion présen­tée à l’as­sem­blée géné­rale des Nations Unies. Notre pays s’y oppose alors que l’Iran y est favo­rable !!!

En savoir plus sur le budget de la défense 2013 : Attac dit non au budget de la Défense pour 2013.

À ces parents qui estiment payer trop d’im­pôts

Aux parents qui estiment payer trop d’im­pôts sur le revenu et qui pensent que ce sont « les autres » qui en profitent !

     Ci-dessous, vous trou­ve­rez ce que des parents écono­misent en terme d’édu­ca­tion et de forma­tion pour l’en­semble de leurs enfants grâce au service public de l’en­sei­gne­ment et de la forma­tion (que ce soit en établis­se­ment public ou privé sous contrat).

Diplôme

 

Coût cumulé de la scola­rité selon le nombre d’en­fants

1 enfant

2 enfants

3 enfants

4 enfants

5 enfants

6 enfants

 

Bac

93 148 €

186 296 €

279 444 €

372 592 €

465 740 €

558 888 €

Licence

123 805 €

 247 610 €

 371 415 €

 495 220 €

 619 025 €

742 830 €

Master

144 243 €

 288 486 €

 432 729 €

 576 972 €

 721 215 €

865 458 €

Docto­rat

174 900 €

349 800 €

524 700 €

699 600 €

874 500 €

1 049 400 €

  Source des chiffres : voir bas de page.

     Selon la profes­sion des parents, les enfants ont des durées moyennes d’études très variables : la diffé­rence entre les 10% les moins scola­ri­sés et les 10% les plus scola­ri­sés est de 7,6 années. Ces années supplé­men­taires, consti­tuées d’études supé­rieures, ont un coût moyen de 10 219 € par an. Soit pour les 7,6 années supplé­men­taires, un surcoût de 77 664 €. Cet écart croit avec le niveau de reve­nus des parents. Autre­ment dit, la (quasi) gratuité du service public d’en­sei­gne­ment supé­rieur béné­fi­cie essen­tiel­le­ment aux classes sociales favo­ri­sées.

    Cas extrêmes : les enfants d’en­sei­gnant ont 14 fois plus de chances rela­tives d’ac­cé­der au bac – sésame pour les études supé­rieures que les enfants d’ou­vriers non quali­fiés.

    Sur ce thème, voir : À qui profitent les dépenses éduca­tives ?, Pierre Merle, socio­logue, La Vie des idées, mai 2012.

    En outre, de nombreux avan­tages en nature sont octroyés aux parents : pres­ta­tions fami­liales diverses, réduc­tion d’im­pôts sur le revenu par le biais du quotient fami­lial, …. Comme illus­tré ci-dessous, une famille « perçoit » ainsi entre 150 € (1er décile) et 380 € (dernier centile) mensuel et par enfant. Pour la plupart (2e au 8e décile) le montant est d’en­vi­ron 180 € mensuel.

Avantages familiaux en nature selon revenus 2010En savoir plus sur ce graphique , voir : Pour un nouveau quotient fami­lial

__________________

 Les chiffres ayant permis les calculs du coût de la scola­rité : Pierre Merle, 2005, rappor­tés par Alter­na­tives écono­miques n° 315 juillet-août 2012 dans l’ar­ticle « les gagnants du système scolaire » (p.77).
Télé­char­gez (ou me deman­der) le tableur m’ayant permis d’éta­blir la synthèse ci-dessus.

En 2009, coût d’une année de scola­rité :

École primaire 

Collège 

Lycée 

Univer­sité 

Classe prépa­ra­toire

5 374 €

8 021 €

11 398 €

10 219 €

14 812 €

Soit, pour les études jusqu’au bacca­lau­réat, 12 ans (5 de primaire + 4 de collège + 3 de lycée + 0 de supé­rieur) : 93 148 €

Soit, pour les études jusqu’au docto­rat, 21 ans (Bac + 8) : 174 900  €

Le prix Nobel français d’éco­no­mie écrit aux français, 5 décembre 2009

Maurice AllaisLe 9 octobre 2010 dispa­rais­sait Maurice Allais à l’âge respec­table de 99 ans, qui avait tout annon­cé…C’était le seul prix Nobel d’éco­no­mie français.

Marianne lui avait ouvert ses colonnes fin 2009. Il y a exprimé son opinion par le biais d’une lettre testa­ment aux français. Cette lettre est repro­duite inté­gra­le­ment ci-dessous.

Afin de vous inci­ter à la lire inté­gra­le­ment pour vous chan­ger des discours léni­fiants des écono­mistes vedettes du 20 h (Attali, Minc, De Bois­sieu, Cohen, Lenglet, …), je me suis permis d’en extraire quelques phrases clés :

 

« Le point de vue que j’ex­prime est celui d’un théo­ri­cien à la fois libé­ral et socia­liste. », M. Allais, 5 décembre 2009.

 

Le fonde­ment de la crise : l’or­ga­ni­sa­tion du commerce mondial

  • « il est fou d’avoir supprimé les protec­tions doua­nières aux fron­tières, avec la Chine en parti­cu­lier mais égale­ment avec certains pays plus proches. »

Il faut délo­ca­li­ser Pascal Lamy ! [note : direc­teur (et socia­liste !) de l’OMC]

  • « … le chômage actuel est dû à cette libé­ra­li­sa­tion totale du commerce, la voie prise par le G20 m’ap­pa­raît par consé­quent nuisible. »

  • «  … attri­buer la crise de 1929 à des causes protec­tion­nistes consti­tue un contre­sens histo­rique »

  • « Que Pascal Lamy ait demandé une accé­lé­ra­tion de ce proces­sus de libé­ra­li­sa­tion m’ap­pa­raît une méprise monu­men­tale, je la quali­fie­rais même de mons­trueuse. »

Un protec­tion­nisme raisonné et raison­nable

  • « L’ab­sence d’une telle protec­tion appor­tera la destruc­tion de toute l’ac­ti­vité de chaque pays ayant des reve­nus plus élevés, c’est-à-dire de toutes les indus­tries de l’Eu­rope de l’Ouest et celles des pays déve­lop­pés »

Crise et mondia­li­sa­tion sont liées

  • « Alors que les fonda­teurs du marché commun euro­péen à six avaient prévu des délais de plusieurs années avant de libé­ra­li­ser les échanges avec les nouveaux membres accueillis en 1986, nous avons ensuite, ouvert l’Eu­rope sans aucune précau­tion et sans lais­ser de protec­tion exté­rieure face à la concur­rence de pays dotés de coûts sala­riaux si faibles que s’en défendre deve­nait illu­soire »

Un prix Nobel . . . télé­spec­ta­teur

  • « Les commen­ta­teurs écono­miques que je vois s’ex­pri­mer régu­liè­re­ment à la télé­vi­sion pour analy­ser les causes de l’ac­tuelle crise sont fréquem­ment les mêmes qui y venaient aupa­ra­vant pour analy­ser la bonne conjonc­ture avec une parfaite séré­nité »

  • « je n’étais pas convié sur les plateaux de télé­vi­sion quand j’an­nonçais, et j’écri­vais, il y a plus de dix ans, qu’une crise majeure accom­pa­gnée d’un chômage incon­trôlé allait bien­tôt se produire »

  • « je n’ai pu expliquer aux français les origines réelles de la crise alors qu’ils ont été dépos­sé­dés de tout pouvoir réel sur leur propre monnaie, au profit des banquiers »

  • « Bien que je sois un expert inter­na­tio­na­le­ment reconnu sur les crises écono­miques, notam­ment celles de 1929 ou de 1987, ma situa­tion présente peut donc se résu­mer de la manière suivante : je suis un télé­spec­ta­teur. Un prix Nobel… télé­spec­ta­teur »

  • « Certains se trompent double­ment en igno­rant leur igno­rance, mais d’autres, qui la connaissent et pour­tant la dissi­mulent, trompent ainsi les Français. »

Lettre aux français de Maurice Allais, prix Nobel d’éco­no­mie paru dans Marianne le 5 décembre 2009

Le point de vue que j’ex­prime est celui d’un théo­ri­cien à la fois libé­ral et socia­liste. Les deux notions sont indis­so­ciables dans mon esprit, car leur oppo­si­tion m’ap­pa­raît fausse, arti­fi­cielle. L’idéal socia­liste consiste à s’in­té­res­ser à l’équité de la redis­tri­bu­tion des richesses, tandis que les libé­raux véri­tables se préoc­cupent de l’ef­fi­ca­cité de la produc­tion de cette même richesse. Ils consti­tuent à mes yeux deux aspects complé­men­taires d’une même doctrine. Et c’est préci­sé­ment à ce titre de libé­ral que je m’au­to­rise à critiquer les posi­tions répé­tées des grandes instances inter­na­tio­nales en faveur d’un libre-échan­gisme appliqué aveu­glé­ment.

Le fonde­ment de la crise : l’or­ga­ni­sa­tion du commerce mondial

La récente réunion du G20 a de nouveau proclamé sa dénon­cia­tion du « protec­tion­nisme » , dénon­cia­tion absurde à chaque fois qu’elle se voit expri­mée sans nuance, comme cela vient d’être le cas. Nous sommes confron­tés à ce que j’ai par le passé nommé « des tabous indis­cu­tés dont les effets pervers se sont multi­pliés et renfor­cés au cours des années » (1). Car tout libé­ra­li­ser, on vient de le véri­fier, amène les pires désordres. Inver­se­ment, parmi les multiples véri­tés qui ne sont pas abor­dées se trouve le fonde­ment réel de l’ac­tuelle crise : l’or­ga­ni­sa­tion du commerce mondial, qu’il faut réfor­mer profon­dé­ment, et prio­ri­tai­re­ment à l’autre grande réforme égale­ment indis­pen­sable que sera celle du système bancaire.

 

Les grands diri­geants de la planète montrent une nouvelle fois leur igno­rance de l’éco­no­mie qui les conduit à confondre deux sortes de protec­tion­nismes : il en existe certains de néfastes, tandis que d’autres sont entiè­re­ment justi­fiés. Dans la première caté­go­rie se trouve le protec­tion­nisme entre pays à salaires compa­rables, qui n’est pas souhai­table en géné­ral. Par contre, le protec­tion­nisme entre pays de niveaux de vie très diffé­rents est non seule­ment justi­fié, mais abso­lu­ment néces­saire. C’est en parti­cu­lier le cas à propos de la Chine, avec laquelle il est fou d’avoir supprimé les protec­tions doua­nières aux fron­tières. Mais c’est aussi vrai avec des pays plus proches, y compris au sein même de l’Eu­rope. Il suffit au lecteur de s’in­ter­ro­ger sur la manière éven­tuelle de lutter contre des coûts de fabri­ca­tion cinq ou dix fois moindres – si ce n’est des écarts plus impor­tants encore – pour consta­ter que la concur­rence n’est pas viable dans la grande majo­rité des cas. Parti­cu­liè­re­ment face à des concur­rents indiens ou surtout chinois qui, outre leur très faible prix de main-d’œuvre, sont extrê­me­ment compé­tents et entre­pre­nants.

Il faut délo­ca­li­ser Pascal Lamy !

Mon analyse étant que le chômage actuel est dû à cette libé­ra­li­sa­tion totale du commerce, la voie prise par le G20 m’ap­pa­raît par consé­quent nuisible. Elle va se révé­ler un facteur d’ag­gra­va­tion de la situa­tion sociale. À ce titre, elle consti­tue une sottise majeure, à partir d’un contre­sens incroyable. Tout comme le fait d’at­tri­buer la crise de 1929 à des causes protec­tion­nistes consti­tue un contre­sens histo­rique. Sa véri­table origine se trou­vait déjà dans le déve­lop­pe­ment incon­si­déré du crédit durant les années qui l’ont précé­dée. Au contraire, les mesures protec­tion­nistes qui ont été prises, mais après l’ar­ri­vée de la crise, ont certai­ne­ment pu contri­buer à mieux la contrô­ler. Comme je l’ai précé­dem­ment indiqué, nous faisons face à une igno­rance crimi­nelle. Que le direc­teur géné­ral de l’Or­ga­ni­sa­tion mondiale du commerce, Pascal Lamy, ait déclaré : «  Aujourd’­hui, les leaders du G20 ont clai­re­ment indiqué ce qu’ils attendent du cycle de Doha : une conclu­sion en 2010 » et qu’il ait demandé une accé­lé­ra­tion de ce proces­sus de libé­ra­li­sa­tion m’ap­pa­raît une méprise monu­men­tale, je la quali­fie­rais même de mons­trueuse. Les échanges, contrai­re­ment à ce que pense Pascal Lamy, ne doivent pas être consi­dé­rés comme un objec­tif en soi, ils ne sont qu’un moyen. Cet homme, qui était en poste à Bruxelles aupa­ra­vant, commis­saire euro­péen au Commerce, ne comprend rien, rien, hélas ! Face à de tels entê­te­ments suici­daires, ma propo­si­tion est la suivante : il faut de toute urgence délo­ca­li­ser Pascal Lamy, un des facteurs majeurs de chômage !

 

Plus concrè­te­ment, les règles à déga­ger sont d’une simpli­cité folle : du chômage résulte des délo­ca­li­sa­tions, elles-mêmes dues aux trop grandes diffé­rences de salai­res… À partir de ce constat, ce qu’il faut entre­prendre en devient telle­ment évident ! Il est indis­pen­sable de réta­blir une légi­time protec­tion. Depuis plus de dix ans, j’ai proposé de recréer des ensembles régio­naux plus homo­gènes, unis­sant plusieurs pays lorsque ceux-ci présentent de mêmes condi­tions de reve­nus, et de mêmes condi­tions sociales. Chacune de ces « orga­ni­sa­tions régio­nales » serait auto­ri­sée à se proté­ger de manière raison­nable contre les écarts de coûts de produc­tion assu­rant des avan­tages indus a certains pays concur­rents, tout en main­te­nant simul­ta­né­ment en interne, au sein de sa zone, les condi­tions d’une saine et réelle concur­rence entre ses membres asso­ciés.

Un protec­tion­nisme raisonné et raison­nable

Ma posi­tion et le système que je préco­nise ne consti­tue­raient pas une atteinte aux pays en déve­lop­pe­ment. Actuel­le­ment, les grandes entre­prises les utilisent pour leurs bas coûts, mais elles parti­raient si les salaires y augmen­taient trop. Ces pays ont inté­rêt à adop­ter mon prin­cipe et à s’unir à leurs voisins dotés de niveaux de vie semblables, pour déve­lop­per à leur tour ensemble un marché interne suffi­sam­ment vaste pour soute­nir leur produc­tion, mais suffi­sam­ment équi­li­bré aussi pour que la concur­rence interne ne repose pas unique­ment sur le main­tien de salaires bas. Cela pour­rait concer­ner par exemple plusieurs pays de l’est de l’Union euro­péenne, qui ont été inté­grés sans réflexion ni délais préa­lables suffi­sants, mais aussi ceux d’Afrique ou d’Amé­rique latine.

L’ab­sence d’une telle protec­tion appor­tera la destruc­tion de toute l’ac­ti­vité de chaque pays ayant des reve­nus plus élevés, c’est-à-dire de toutes les indus­tries de l’Eu­rope de l’Ouest et celles des pays déve­lop­pés. Car il est évident qu’a­vec le point de vue doctri­naire du G20, toute l’in­dus­trie française finira par partir à l’ex­té­rieur. Il m’ap­pa­raît scan­da­leux que des entre­prises ferment des sites rentables en France ou licen­cient, tandis qu’elles en ouvrent dans les zones à moindres coûts, comme cela a été le cas dans le secteur des pneu­ma­tiques pour auto­mo­biles, avec les annonces faites depuis le prin­temps par Conti­nen­tal et par Miche­lin. Si aucune limite n’est posée, ce qui va arri­ver peut d’ores et déjà être annoncé aux Français : une augmen­ta­tion de la destruc­tion d’em­plois, une crois­sance drama­tique du chômage non seule­ment dans l’in­dus­trie, mais tout autant dans l’agri­cul­ture et les services.

 

De ce point de vue, il est vrai que je ne fais pas partie des écono­mistes qui emploient le mot « bulle ». Qu’il y ait des mouve­ments qui se géné­ra­lisent, j’en suis d’ac­cord, mais ce terme de « bulle » me semble inap­pro­prié pour décrire le chômage qui résulte des délo­ca­li­sa­tions. En effet, sa progres­sion revêt un carac­tère perma­nent et régu­lier, depuis main­te­nant plus de trente ans. L’es­sen­tiel du chômage que nous subis­sons —tout au moins du chômage tel qu’il s’est présenté jusqu’en 2008 — résulte préci­sé­ment de cette libé­ra­tion incon­si­dé­rée du commerce à l’échelle mondiale sans se préoc­cu­per des niveaux de vie. Ce qui se produit est donc autre chose qu’une bulle, mais un phéno­mène de fond, tout comme l’est la libé­ra­li­sa­tion des échanges, et la posi­tion de Pascal Lamy consti­tue bien une posi­tion sur le fond.

Crise et mondia­li­sa­tion sont liées

Les grands diri­geants mondiaux préfèrent, quant à eux, tout rame­ner à la monnaie, or elle ne repré­sente qu’une partie des causes du problème. Crise et mondia­li­sa­tion : les deux sont liées. Régler seule­ment le problème moné­taire ne suffi­rait pas, ne régle­rait pas le point essen­tiel qu’est la libé­ra­li­sa­tion nocive des échanges inter­na­tio­naux, Le gouver­ne­ment attri­bue les consé­quences sociales des délo­ca­li­sa­tions à des causes moné­taires, c’est une erreur folle.

 

Pour ma part, j’ai combattu les délo­ca­li­sa­tions dans mes dernières publi­ca­tions (2). On connaît donc un peu mon message. Alors que les fonda­teurs du marché commun euro­péen à six avaient prévu des délais de plusieurs années avant de libé­ra­li­ser les échanges avec les nouveaux membres accueillis en 1986, nous avons ensuite, ouvert l’Eu­rope sans aucune précau­tion et sans lais­ser de protec­tion exté­rieure face à la concur­rence de pays dotés de coûts sala­riaux si faibles que s’en défendre deve­nait illu­soire. Certains de nos diri­geants, après cela, viennent s’éton­ner des consé­quences !

 

Si le lecteur voulait bien reprendre mes analyses du chômage, telles que je les ai publiées dans les deux dernières décen­nies, il consta­te­rait que les événe­ments que nous vivons y ont été non seule­ment annon­cés mais décrits en détail. Pour­tant, ils n’ont béné­fi­cié que d’un écho de plus en plus limité dans la grande presse. Ce silence conduit à s’in­ter­ro­ger.

Un prix Nobel… télé­spec­ta­teur

Les commen­ta­teurs écono­miques que je vois s’ex­pri­mer régu­liè­re­ment à la télé­vi­sion pour analy­ser les causes de l’ac­tuelle crise sont fréquem­ment les mêmes qui y venaient aupa­ra­vant pour analy­ser la bonne conjonc­ture avec une parfaite séré­nité. Ils n’avaient pas annoncé l’ar­ri­vée de la crise, et ils ne proposent pour la plupart d’entre eux rien de sérieux pour en sortir. Mais on les invite encore. Pour ma part, je n’étais pas convié sur les plateaux de télé­vi­sion quand j’an­nonçais, et j’écri­vais, il y a plus de dix ans, qu’une crise majeure accom­pa­gnée d’un chômage incon­trôlé allait bien­tôt se produire, je fais partie de ceux qui n’ont pas été admis à expliquer aux Français ce que sont les origines réelles de la crise alors qu’ils ont été dépos­sé­dés de tout pouvoir réel sur leur propre monnaie, au profit des banquiers. Par le passé, j’ai fait trans­mettre à certaines émis­sions écono­miques auxquelles j’as­sis­tais en télé­spec­ta­teur le message que j’étais disposé à venir parler de ce que sont progres­si­ve­ment deve­nues les banques actuelles, le rôle véri­ta­ble­ment dange­reux des traders, et pourquoi certaines véri­tés ne sont pas dites à leur sujet. Aucune réponse, même néga­tive, n’est venue d’au­cune chaîne de télé­vi­sion et ce durant des années.

 

Cette atti­tude répé­tée soulève un problème concer­nant les grands médias en France : certains experts y sont auto­ri­sés et d’autres, inter­dits. Bien que je sois un expert inter­na­tio­na­le­ment reconnu sur les crises écono­miques, notam­ment celles de 1929 ou de 1987, ma situa­tion présente peut donc se résu­mer de la manière suivante : je suis un télé­spec­ta­teur. Un prix Nobel… télé­spec­ta­teur, Je me retrouve face à ce qu’af­firment les spécia­listes régu­liè­re­ment invi­tés, quant à eux, sur les plateaux de télé­vi­sion, tels que certains univer­si­taires ou des analystes finan­ciers qui garan­tissent bien comprendre ce qui se passe et savoir ce qu’il faut faire. Alors qu’en réalité ils ne comprennent rien. Leur situa­tion rejoint celle que j’avais consta­tée lorsque je m’étais rendu en 1933 aux États-Unis, avec l’objec­tif d’étu­dier la crise qui y sévis­sait, son chômage et ses sans-abri : il y régnait une incom­pré­hen­sion intel­lec­tuelle totale. Aujourd’­hui égale­ment, ces experts se trompent dans leurs expli­ca­tions. Certains se trompent double­ment en igno­rant leur igno­rance, mais d’autres, qui la connaissent et pour­tant la dissi­mulent, trompent ainsi les Français.

 

Cette igno­rance et surtout la volonté de la cacher grâce à certains médias dénotent un pour­ris­se­ment du débat et de l’in­tel­li­gence, par le fait d’in­té­rêts parti­cu­liers souvent liés à l’argent. Des inté­rêts qui souhaitent que l’ordre écono­mique actuel, qui fonc­tionne à leur avan­tage, perdure tel qu’il est. Parmi eux se trouvent en parti­cu­lier les multi­na­tio­nales qui sont les prin­ci­pales béné­fi­ciaires, avec les milieux bour­siers et bancaires, d’un méca­nisme écono­mique qui les enri­chit, tandis qu’il appau­vrit la majo­rité de la popu­la­tion française mais aussi mondiale.

 

Ques­tion clé : quelle est la liberté véri­table des grands médias ? Je parle de leur liberté par rapport au monde de la finance tout autant qu’aux sphères de la poli­tique.

 

Deuxième ques­tion : qui détient de la sorte le pouvoir de déci­der qu’un expert est ou non auto­risé à expri­mer un libre commen­taire dans la presse ?

 

Dernière ques­tion : pourquoi les causes de la crise telles qu’elles sont présen­tées aux Français par ces person­na­li­tés invi­tées sont-elles souvent le signe d’une profonde incom­pré­hen­sion de la réalité écono­mique ? S’agit-il seule­ment de leur part d’igno­rance ? C’est possible pour un certain nombre d’entre eux, mais pas pour tous.

 

Ceux qui détiennent ce pouvoir de déci­sion nous laissent le choix entre écou­ter des igno­rants ou des trom­peurs.

 

Maurice Allais, 5 décembre 2009.

NB : vous pouvez télé­char­ger l’article scanné paru dans Marianne ici (4,2 Mo, pdf).

Pour en savoir plus sur Maurice Allais (morceaux choi­sis) : Le testa­ment de maurice Allais

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(1) L’Eu­rope en crise. Que faire ?, éditions Clément Juglar. Paris, 2005.
(2) Notam­ment La crise mondiale aujourd’­hui, éditions Clément Juglar, 1999, et la Mondia­li­sa­tion, la destruc­tion des emplois et de la crois­sance : l’évi­dence empi­rique, éditions Clément Juglar, 1999.

Taux d’im­mi­grés à terme dans une popu­la­tion

Évolu­tion du taux d’im­mi­grés dans une popu­la­tion donnée en fonc­tion du solde migra­toire annuel

Un jour quelqu’un m’a dit, si le solde migra­toire (nombre d’im­mi­grés entrant moins le nombre d’im­mi­grés sortant) annuel d’un pays est de 0,5%, c’est à dire 5 immi­grés en plus pour 1.000 habi­tants alors, après 20 ans il y aura 10% d’im­mi­grés et après 100 ans 50%. C’est évidem­ment FAUX, ARCHI FAUX !

Prenons le cas de la France : en 2001, le solde migra­toire annuel était de 0,1% tandis que le solde démo­gra­phique natu­rel (nais­sances – décès sur le sol français) annuel de 0,4 %. Source : INED, voir lien sur le point 9.3 de l’ar­ticle Préju­gés sur l’im­mi­gra­tion.

Consi­dé­rons égale­ment que le taux de morta­lité des immi­grés (eh oui, les immi­grés ne sont pas immor­tels !) est le même que celui de la popu­la­tion française, soit 0,086%. Ce qui signi­fie que le taux de nata­lité est de 0,126%.

On abou­tit alors, par des calculs année après année, à un taux d’im­mi­grés dans la popu­la­tion française se stabi­li­sant à 7,35% au bout de 4 siècles (1,20% après 20 ans, 3,09% après 40 ans, 5,47% après un siècle, … )

Si l’on prend la situa­tion de l’an­née 2003,  la plus « défa­vo­rable » des années de 2003 à 2011 (solde natu­rel : 0,35%, solde migra­toire 0,17%. Source : cette page de l’INED, plus dispo­nible. ), l’on trouve une valeur finale de 12%. Si l’on prend les valeurs de la période 2010–2015 (soldes natu­rel et migra­toire resp. de 0,34% et 0,21%. Source : cette page de l’INED ), on trouve une valeur finale de 14,3%. En 2013, le taux constaté était de 11,6%.

Vous pouvez télé­char­ger le tableur qui l’éta­blit (para­mé­trable) : cliquez ICI.

 On peut égale­ment établir cette limite par calcul formel (cf. ci-dessous).

    Un dernier mot pour ceux qui voient en tout immi­gré ou descen­dant d’im­mi­gré non euro­péen, un musul­man :

   7,8% des adultes de 18 à 50 ans , soit 2,1 millions de personnes, se décla­raient de confes­sion musul­mane en France ! (source :  » Trajec­toires  et Origines Enquête sur la diver­sité des popu­la­tions en France », p. 124, INED, octobre 2010).

   Pour les scep­tiques envers les statis­tiques offi­cielles, selon l’IFOP le taux serait de 5,8% de la popu­la­tion des plus de 18 ans (source :  » ANALYSE : 1989–2011, Enquête sur l’im­plan­ta­tion et l’évo­lu­tion de l’Is­lam de France », p.4, IFOP, juillet  2011).

Taux_musulman_par_departement.jpg

On retrouve ces chiffres dans l’ar­ticle wiki­pe­dia : L’is­lam en France.

Sur la présu­mée isla­mi­sa­tion de la France, j’en parle ici : Préju­gés sur l’is­la­mi­sa­tion de la France.

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Calcul formel du taux d’im­mi­grés à terme.

Rappe­lons d’abord quelques défi­ni­tions :

  • Immi­gré (selon l’ONU) : il s’agit de toutes les personnes nées en dehors du terri­toire français et qui entre sur le sol français. Cela inclut donc les français nés à l’étran­ger (droit du sang) ;
  • Non-immi­gré : sont non-immi­grés les personnes nées sur le sol français, que leurs deux parents soient immi­grés ou non (droit du sol) ;
  • Popu­la­tion française : ensemble des immi­grés et des non-immi­grés vivant à un moment donné sur le terri­toire français;

Adop­tons les nota­tions suivantes :

  • P(t) : popu­la­tion française (non immi­grés + immi­grés) à l’an­née t
    I(t) : popu­la­tion immi­grée en France à l’an­née t
    n : taux de nata­lité (en %)
    d : taux de morta­lité (en %)
    i : taux migra­toire (en %), solde migra­toire rapporté à la popu­la­tion française) ;
    r : taux d’im­mi­gré dans la popu­la­tion française (en %)

On a alors, à l’an­née t+1 :

  • Popu­la­tion française : P(t+1) = P(t)*[ (1+n)*(1-d) + i ] ; // Nais­sances + nouveaux immi­grés – décés ;
  • Popu­la­tion immi­grée : I(t+1) = I(t)*(1-d) + P(t)*i ; // Immi­grés présents moins ceux qui décèdent durant l’an­née + nouveaux immi­grés ;

On suppose que le taux d’im­mi­grés r, soit I/P, est constant.

Alors : r = I(t+1)/P(t+1) = (r*(1-d)+i) / [(1+n)*(1-d)+i]

D’où : r = i / [n*(1-d)+i]

Exemple (valeurs françaises pour 2001 et consi­dé­rées constantes par la suite :

n = 1.26%, d = 0.86% (donc accr = 0.4%) et i = 0.1%

On trouve un taux de 7,36% d’im­mi­grés dans la popu­la­tion

C’est la valeur ainsi calcu­lée et affi­chée en haut à droite du tableur télé­char­geable ci-dessus, valeur iden­tique à celle trou­vée par calcul itéra­tif (cf. dernières lignes du tableur).

IMPÔTS : faudrait savoir !

Impôts : inver­sion de tendance euro­péenne !

Comme c’est bizarre, comme c’est étrange !

On nous martèle depuis plus de dix ans, de la droite dure à la gauche molle, que les impôts plombent la compé­ti­ti­vité de nos entre­prises, favo­risent les délo­ca­li­sa­tions, et, pour les parti­cu­liers, brisent les initia­tives et favo­risent l’exil de nos « élites ».

Et soudai­ne­ment, après avoir peu ou prou tenté l’op­tion de réduire les consom­ma­tions publiques (oui, une dépense publique est une consom­ma­tion collec­tive de bien ou de service), nombre de pays euro­péens retrouvent les vertus des impôts.

Comme c’est bizarre, comme c’est étrange et quelle coïn­ci­dence !!!!

Coïn­ci­dant avec la surve­nue de la crise finan­cière (sept 2008), laquelle a induit la crise des dettes publiques, on constate un ralen­tis­se­ment, voire une inver­sion de tendance du taux d’im­po­si­tion, dans l’Eu­ro­zone (union à 17) et l’Union à 27.

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Figure 1 : Taux d’im­po­si­tion moyens dans l’Union euro­péenne (TVA) et dans la zone euro (taux margi­nal de l’im­pôt sur les reve­nus et taux d’im­po­si­tion sur les béné­fices des entre­prises), en %. Source : Euro­stat.

Graphique tiré de l’ar­ticle : Fisca­lité : la tendance s’in­verse, Guillaume Duval, Alter­na­tives Écono­miques, n° 314 – juin 2012

    

Comme quoi, quand on veut, il n’est pas néces­saire d’at­tendre une déci­sion euro­péenne !

Cela étant, à quand une régle­men­ta­tion euro­péenne d’har­mo­ni­sa­tion sociale et fiscale  en lieu et place du dumpingauquel on nous avait habi­tués ?

La crois­sance est termi­née !

Pourquoi la crois­sance, c’est fini ?

Lorsque le mot « crois­sance » est cité 84 fois dans le commu­niqué du G20 de juin 2012, on peut penser que la ques­tion mérite d’être posée. Aussi, si vous avez une petite heure à consa­crer au sujet, je vous recom­mande vive­ment cet article en quatre parties de Jean Gadrey, profes­seur émérite d’éco­no­mie à l’Uni­ver­sité de Lille1, membre de la commis­sion Stiglitz sur les nouveaux indi­ca­teurs de richesse.

L’ar­ticle «  La baisse tendan­cielle du taux de crois­sance » (oct. 2009) se décom­pose ainsi :

Et si l’ar­ticle vous a plu, je ne saurais que vous recom­man­der la lecture de son livre « Adieu à la crois­sance »(192 p. 14 €, déc. 2011).

   Je vous invite égale­ment à lire l’in­ter­view de Dennis Meadows, co-auteur du rapport « Halte à la crois­sance ? » établi en 1972. Une actua­li­sa­tion« The limits to Growth – The 30-year update », sortie en 2004, a été traduite en français « Les limites à la crois­sance » en . . . 2012 ! L’ac­tua­li­sa­tion conforte les projec­tions faites en 1972. Lire l’in­ter­view :Nous n’avons pas mis fin à la crois­sance, la nature va s’en char­ger et La crois­sance mondiale va s’ar­rê­ter (juin 2012).

Sinon, prenez 5–10 mn pour lire ci-dessous un court résumé de l’ar­ticle de J.Gadrey sus-cité.

   L’ar­ticle « la baisse tendan­cielle du taux de crois­sance » de Jean Gadrey en quelques lignes et graphiques.

Premier constat, la baisse tendan­cielle du taux de crois­sance de 1950 à 2014 est UN FAIT :taux_croissance_france_1950-2014Source : Taux de crois­sance française de 1950 à 2014, INSEE,

    Remarque : Le taux de crois­sance est géné­ra­le­ment fourni sans tenir compte de l’aug­men­ta­tion de la popu­la­tion. Or ce qui importe ce n’est pas la taille du gâteau (PIB) mais la taille des parts (PIB/habi­tant, cf. Bonus en fin d’ar­ticle). Ce qui conduit à accen­tuer sensi­ble­ment la pente, la popu­la­tion française augmen­tant.

   Ce constat réalisé, Jean Gadrey fait l’in­ven­taire des causes struc­tu­relles :

  1. Impor­tance du secteur des services où les gains de produc­ti­vité sont de fait limi­tés : on ne peut obte­nir des gains de produc­ti­vité aussi impor­tants que ceux qui ont permis de réduire l’em­ploi dans l’agri­cul­ture (méca­ni­sa­tion, remem­bre­ment) et l’in­dus­trie (robo­ti­sa­tion). D’au­tant qu’en 2012, des gains substan­tiels ont déjà été atteints grâce à l’in­for­ma­ti­sa­tion et la mise en réseau (collecte de l’in­for­ma­tion). Comment augmen­ter la produc­ti­vité d’un ensei­gnant, d’un soignant, d’un travailleur social, d’un conseiller, . . . Plus crûment : à quand l’en­sei­gnant ou le méde­cin robot ?

  2. Renché­ris­se­ment du coût de l’éner­gie (hydro­car­bures) et des ressources natu­relles (mine­rais, …) : le prix du pétrole a été multi­plié par un facteur deux à trois depuis 1975 pour des raisons poli­tiques (OPEP). Le pétrole a passé son pic de produc­tion autour du milieu des années 2000. Ce fait physique conduit à une tendance haus­sière durable du prix du baril jusqu’à un niveau voisin des autres sources d’éner­gies, renou­ve­lables (photo­vol­taïque, renou­ve­lable, biomasse, …) ou non (pétrole non conven­tion­nel, sables bitu­mi­neux, gaz de schistes …) ;Prix pétrole 1861-2005 BP-2007

   Ainsi il faut désor­mais faire mieux avec moins alors que durant les trente glorieuses l’on a fait mieux avec plus : de 1945 à 1980, multi­pli­ca­tion par CINQ de la quan­tité de pétrole par habi­tant au niveau mondial puis, après une dimi­nu­tion de 20%, le niveau stagne depuis 1985. Proba­ble­ment bais­sera-t-il encore étant donné l’ac­crois­se­ment de la popu­la­tion mondiale.

   Rajou­tez à tout cela 40 ans de vie à crédit (dettes publiques et privées) et une dette écolo­gique (chan­ge­ment clima­tique, effon­dre­ment de la biodi­ver­sité, . . . ) sur laquelle nous ne pour­rons faire défaut, et il n’y a plus qu’à espé­rer le retour de Jésus !

   Et à ceux qui pense­raient que la France décline(rait) à cause des 35 h, des dépenses publiques, de l’immi­gra­tion, des minima sociaux, des allo­ca­tions fami­liales, des fraudes aux pres­ta­tions sociales, de trop-de-fonc­tion­naires, des grèves, de la fisca­lité, des allo­ca­tions chômage, des rigi­di­tés du contrat de travail, de la retraite à 60 ans, . . . ,  je propose le graphique suivant : il met en évidence la baisse tendan­cielle du taux de crois­sance de quatorze pays repré­sen­ta­tifs de l’OCDE de 1962 à aujourd’­hui. Notons que certains ne sont pas des exemples en terme de justices, sociale et écono­mique.

   Au point de vue mondial, l’OCDE dans son rapport Hori­zon 2060 : pers­pec­tives de crois­sance écono­mique globale à long terme (2012), écrit à la page 8 :  » De plus de 7 % par an pendant les dix dernières années, la crois­sance des pays hors OCDE tombera aux alen­tours de 5 % dans les années 2020 puis à envi­ron la moitié de ce taux à l’ho­ri­zon 2050, tandis que la crois­sance tendan­cielle de la zone OCDE s’éta­blira autour de 1,75% à 2,25% par an en moyenne. »

   Si ce résumé person­nel ne vous convainc pas alors lisez les quatre parties de l’ar­ticle « La baisse tendan­cielle du taux de crois­sance » (J. Gadrey, oct. 2009) :

Le graphique ci-dessous synthé­tise les tendances prédites dans le rapport Meadows en 1972 (courbes en poin­tillés) et obser­vées depuis (courbes conti­nues) sur la période 1970–2000.

   Confon­dant, non ?

Espé­rons que l’hu­ma­nité réagira avant l’ef­fon­dre­ment prévi­sible d’ici 10 à 20 ans.À moins qu’il n’ait commencé en juillet 2007 avec la crise des subprimes, la chute de Lehman Brothers , . . .

À la date de cet article le sommet de la Terre Rio+20 vient de se termi­ner en retrait sur les enga­ge­ments du premier sommet de la Terre de Rio en 1992, c’est à dire sur . . . RIEN !

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Bonus 
: autre présen­ta­tion de la baisse tendan­cielle du taux de crois­sance, par décen­nie et par habi­tant, par Olivier Berruyer de l’ex­cellent blog Les Crises :

Et main­te­nant, si vous y croyez encore un peu, je vous invite à enton­ner avec La Pari­sienne Libé­rée, cette prière à la crois­sance :

Préju­gés sur les fraudes aux pres­ta­tions sociales

  Salauds de pauvres ? Les fraudes aux pres­ta­tions sociales repré­sentent 2% de l’en­semble des fraudes fiscales et sociales (France, 2010).

A en croire certains discours tel celui de N. Sarkozy (Bordeaux, novembre 2011), les défi­cits publics seraient liés à un manque à gagner de l’État lié aux fraudes aux pres­ta­tions sociales. La réalité est tout autre. Même si celles-ci existent et doivent être réduites par tous les moyens possibles, les fraudes sociales ne repré­sentent qu’une très faible part des fraudes avérées : envi­ron 2% de l’en­semble des fraudes sociales et fiscales comme l’illustre le graphique ci-dessous (France, 2010).

Légende : les fraudes des parti­cu­liers sont repré­sen­tées par les barres de teintes vertes (4,7 milliards d’€), celles des profes­sio­nels et entre­prises par les barres de teintes oran­gées (8,1 milliards d’€). Pour le détail, cliquez sur le graphique ci-dessous ou sur le bandeau qui suit.

Part fraudes prestations sociales dans fraudes totales Fran

Le chif­frage et ses sources sont dispo­nibles à partir de cet article La fraude fiscale coûte plus cher à l’État que la fraude sociale de Fran­ce24, ou en cliquant sur l’image asso­ciée ci-dessous :

La-Fraude-en-France_Infographie_France24.jpg

   Et si l’on prend en compte les esti­ma­tions de fraudes ?
Si l’on prend en compte non plus les fraudes avérées mais les esti­ma­tions alors la part des fraudes aux pres­ta­tions sociales reste tout aussi modeste. Ainsi :
   Concer­nant la fraude sociale réelle, tant au niveau des pres­ta­tions indues (parti­cu­liers) que des coti­sa­tions non réali­sées (employeurs), dans ce rapport parle­men­taire (juin 2011) on peut lire :« la fraude aux pres­ta­tions pour le régime géné­ral repré­sen­te­rait donc entre 2 et 3 milliards d’eu­ros » tandis que « la fraude aux prélè­ve­ments sociaux [..] repré­sen­te­rait entre 8,4 et 14,6 milliards d’eu­ros ».

   Les premières concer­ne­rait 1% des parti­cu­liers et les secondes 10 % des entre­prises. Il s’agit là d’es­ti­ma­tion extra­po­lée à partir de diverses sources françaises ou étran­gères.

   Concer­nant l’évasion fiscale réelle, le montant est très diffi­cile à mesu­rer. Tout au plus peut-on faire des esti­ma­tions par croi­se­ment de données. Ainsi :

  • Le juge Van Ruym­beke l’es­time à 20 milliards d’€ annuels ;
  • Dans son ouvrage « Ces 600 milliards qui manquent à la France » (mars 2012, inter­view sur France-Info, 8 mn), Antoine Peillon, jour­na­liste d’in­ves­ti­ga­tion, estime à 600 milliards le manque à gagner sur plusieurs décen­nies. Cette somme se répar­tit en deux parties entre les entre­prises et groupes d’une part (340 milliards) et les parti­cu­liers d’autre part (260 milliards). Il ne s’agit pas d’un flux annuel mais du stock consti­tué sur des décen­nies. Cela repré­sente en terme de manque à gagner fiscal annuel une somme de 32,5 milliards, soit 17% du budget de l’état, soit le budget total de l’édu­ca­tion natio­nale, 2e poste de dépenses après le service de la dette.

   Concer­nant la fraude fiscale : en 2005 elle est évaluée entre 20 et 25 Milliards d’€ par le Conseil des prélè­ve­ments obli­ga­toires, à 30 Milliards d’€ par la Direc­tion du Budget, ou encore à 50 Milliards d’€ par la Commis­sion Euro­péenne.

   On voit bien que la part des fraudes aux pres­ta­tions sociales est encore plus modeste selon ces esti­ma­tions de fraudes.

   Pour d’autres préju­gés sur les pres­ta­tions sociales, voir égale­ment : Préju­gés sur la sécu­rité sociale et la santé et  Préju­gés sur les pres­ta­tions fami­liales.

Très bon article sur un autre blog avec lien pour appro­fon­dir et toutes les sources des données : La fraude sociale sur la balance, par Jérôme Latta,  24 janvier 2014.

Préju­gés sur les élus !

18) Préju­gés sur les élus

18–1.  » Le cumul des mandats, une excep­tion française ! « 

VRAI ! La cham­pionne du monde est . . . la FRANCE avec 83% de dépu­tés cumu­lards. Le second, la Suède, arrive loin derrière avec 35% !

cumul mandats monde Alter-eco no-314 juin 2011

Figure 1 : Taux de dépu­tés cumu­lards dans diffé­rents pays (2011).

Ceci semble avoir un impact direct sur l’as­si­duité :

Conti­nuer la lecture

Préju­gés sur les dépenses publiques

17) Préju­gés sur les dépenses publiques

17–1)« Il y a trop de dépenses publiques ! »

FAUT VOIR ! Qui dit « trop », signi­fie qu’il faut en suppri­mer. Pourquoi pas ! Mais lesquelles et selon quels critères ?

Un constat : les dépenses publiques repré­sentent une part crois­sante du PIB .

Pourquoi ?

600x450-ct249 De 1978 à 2010 (33 ans), le poids des dépenses publiques dans le PIB s’est accru de 11,9 points de PIB. Comment une telle progres­sion se justi­fie-t-elle ?

Si l’on compare l’évo­lu­tion entre l’an­née 1978 et l’an­née 2010, la décom­po­si­tion de la progres­sion est la suivante :Evolution_entre_1978_et_2010_depenses_publiques_par_nature

De 1978 à 2010, l’aug­men­ta­tion des dépenses de fonc­tion­ne­ment (+1,3 pt) ne repré­sente que 11% de l’aug­men­ta­tion totale (+11,9 pt).

Peut-on, en rédui­sant le nombre d’em­plois publics (santé, éduca­tion, travailleurs sociaux, recherche, …) réduire ces dépenses sans enta­mer la qualité des services publics ?

Pas sûr !

N’est-il pas légi­time que le coût de la santé s’ac­croisse paral­lè­le­ment au déve­lop­pe­ment de nouvelles théra­pies ?

L’on peut cepen­dant se poser la ques­tion de la préven­tion : ne serait-il pas moins coûteux de préve­nir certaines mala­dies. Non seule­ment celles liées à notre mode de vie indi­vi­duel (séden­ta­rité, alimen­ta­tion, …) mais aussi à notre envi­ron­ne­ment collec­tif (polluants chimiques , …).

N’est-il pas légi­time que l’édu­ca­tion et la forma­tion prennent une part crois­sante ? Doit-on délé­guer ces fonc­tions à des établis­se­ments privés ?

Concer­nant les rému­né­ra­tions des emplois publics (fonc­tions publiques d’état, terri­to­riale et hospi­ta­lière), voir : Préju­gés sur les fonc­tion­naires.

L’es­sen­tiel de l’aug­men­ta­tion est due aux dépenses de trans­fert (+9,3 pts) et prin­ci­pa­le­ment celles de pres­ta­tions sociales (+7,5 pts) qui repré­sentent 63% de l’aug­men­ta­tion totale.

 Faut-il réduire ces pres­ta­tions sociales qui repré­sentent 45% des dépenses publiques ?

Ces pres­ta­tions concernent : la santé (mala­die, acci­dents du travail, inva­li­dité), la vieillesse et survie, la mater­nité  et la famille, le chômage, le loge­ment, la pauvreté et l’ex­clu­sion sociale.

Sur la pauvreté et l’ex­clu­sion, voir : Préju­gés sur les minima sociaux.

Sur la mater­nité et la famille, voir : Préju­gés sur les pres­ta­tions fami­liales.

Sur le chômage, voir : Préju­gés sur le chômage.

Sur la protec­tion sociale (santé et retraites ) : patience !

Hormis ces deux gros postes de dépenses (fonc­tion­ne­ment et pres­ta­tions) qui repré­sentent 80% de la dépense publique, il reste 20% se décom­po­sant en : charges d’in­té­rêts de la dette (4%), subven­tions et autres trans­ferts courants (10%), et enfin inves­tis­se­ment (6%) comme l’illustre ce graphique pour l’an­née 2010 :Repartition-depense-publique-2010_Gouv-2012

Source : Rapport sur la dépense publique et son évolu­tion, p. 11, graphique 1, Minis­tère du budget, des comptes publics et de la réforme de l’Etat, 2012.

En savoir plus : « La France a-t-elle trop de dépenses publiques ? » (C. Chava­gneux, Alter­na­tives écono­miques, juin 2012). L’ar­ticle réalise une compa­rai­son inté­res­sante avec l’Al­le­magne qui serait plus vertueuse en la matière et qu’il faudrait imiter selon certains !

17–2)  » Les charges pèsent trop sur les entre­prises et péna­lisent leur compé­ti­ti­vité ! »

FAUX ! Les « charges », que l’on devrait appe­ler coti­sa­tions sociales, sont des prélè­ve­ments obli­ga­toires sur votre salaire « super-brut ». Ils sont partie inté­grante de votre salaire « super-brut », lequel est la somme de votre salaire brut et des « charges » patro­nales. Les « charges » sala­riales sont préle­vées de votre salaire brut et conduise au salaire net. L’en­semble de ces « charges » contri­buent pour l’es­sen­tiel à votre propre protec­tion sociale (retraite, chômage, mala­die). Les autres prélè­ve­ments contri­buent à des objec­tifs collec­tifs ciblés tel le loge­ment,  les trans­ports, la forma­tion, ….Il s’agit donc en fait d’une partie des salaires qui est, soit différé (retraite, chômage, …) , soit socia­lisé (santé, éduca­tion, recherche, …).

    Notons au passage que les coti­sa­tions mala­die, famille et retraite, sont gérées par la Sécu­rité Sociale, orga­nisme de droit privé (ses employés ne sont donc pas des fonc­tion­naires !).

Une part plus réduite (CSG, …) de ces « charges » contri­bue au budget de l’état afin de procé­der à une redis­tri­bu­tion des richesses et/ou d’as­su­rer le fonc­tion­ne­ment des pouvoirs réga­liens (ordre, sécu­rité, justice, …) de l’état . Voir graphique ci-dessus répar­ti­tion de la dépense publique.

En résumé, ces « charges » corres­pondent donc à des dépenses collec­tives et ne pèsent donc pas plus sur les entre­prises que le salaire net. Il va de soit que bais­ser, l’un, l’autre ou les deux, fait bais­ser le coût du travail et peut donc augmen­ter la compé­ti­ti­vité  des entre­prises si celles-ci réper­cutent cela sur leur prix plutôt que sur leur profits.

Cepen­dant, si ces « charges » n’exis­taient pas, ce serait à chacun d’entre-nous de les réali­ser indi­vi­duel­le­ment en prenant des assu­rances privées pour nous proté­ger des acci­dents de la vie : chômage, mala­die, vieillesse, …

Ce système serait-il plus juste ? Moins coûteux ? Pas sûr ! Un bon exemple sont les dépenses de santé dans les pays de l’OCDE. Les Etats-Unis est un des rares pays où la part les dépenses privées (complé­men­taires santé, reste à charge) de santé sont plus impor­tantes que celle des dépenses publiques (sécu, …). Et c’est pour­tant le pays où la part des dépenses de santé dans le PIB est de loin le plus impor­tant : 15,3% contre 11,1% en France et 10,6% en Alle­magne. Pour quel résul­tat ? Concer­nant l’Al­le­magne rela­ti­ve­ment à la France, lire Santé : maîtrise des dépenses en France, finan­ce­ment prag­ma­tique en Alle­magne (Alter­na­tives écono­miques, avril 2012).

Un seul indi­ca­teur : l’es­pé­rance de vie en 2010 était de 3,2 ans moins élevée aux Etats-unis qu’en France, l’Al­le­magne et le Royaume-Uni se situant entre les deux (resp. 80 et 80,4 ans)

Au Royaume-Uni,  les dépenses totales de santé sont infé­rieures de 2,7 pts de PIB par rapport à la France. Cepen­dant, la part publique y est plus impor­tante qu’en France (87% contre 79,5% ). Notons qu’une spéci­fi­cité du système de santé britan­nique réside dans le fait que les méde­cins sont des employés du public.

Le graphique ci-dessous fait état des dépenses de santé dans divers pays de l’OCDE.Depenses_sante_privees_et_publiques_en_part_de_pib

 17–3)   » Les prélè­ve­ments obli­ga­toires limitent le pouvoir d’achat et péna­lisent donc l’em­ploi ! »

FAUX ! Les prélè­ve­ments obli­ga­toires corres­pondent à des dépenses collec­tives qui de fait se traduisent par des achats (collec­tifs) de biens ou de services. S’agis­sant des services, tels l’édu­ca­tion et la forma­tion, la santé, la recherche, l’aide au retour à l’em­ploi, . . . elles se retrouvent dans la consom­ma­tion des employés du public. S’agis­sant de biens, tels les infra­struc­tures routières, ferro­viaires, les établis­se­ments scolaires, les loge­ments sociaux, les équi­pe­ments spor­tifs ou cultu­rels,  …. elles génèrent de l’em­ploi, non délo­ca­li­sable, dans le bâti­ment, le génie civil, …

Si ces dépenses collec­tives n’exis­taient pas, ce serait à chacun d’entre-nous de réali­ser indi­vi­duel­le­ment certaines d’entre-elles auprès d’opé­ra­teurs privés (complé­men­taire santé, complé­men­taire retraite, établis­se­ment scolaire et univer­si­taire privés, cliniques privées, ….). Ce système serait-il moins coûteux ? Pas sûr : quid du coût de la commu­ni­ca­tion des entre­prises pour atti­rer des clients ? Quid de la rému­né­ra­tion des action­naires ?

En outre, ce système serait-il plus juste ? Un coup d’oeil outre-atlan­tique suffit à se rendre compte du contraire : ne peuvent prendre des assu­rances que ceux qui en ont les moyens. L’on voit ainsi des gens ne pouvant se soigner ou devant travailler jusqu’à la mort !

Préju­gés sur les 35 h et la RTT

16) Préju­gés sur les 35 h et la RTT

16–1)  » Les 35 h ont tué la crois­sance et la compé­ti­ti­vité des entre­prises ! « 

FAUX ! Yves de Kerdrel, chro­niqueur au Figaro, écri­vait le 15 mai 2012 : depuis l’ins­tau­ra­tion des 35 h,  » la crois­sance moyenne de la France qui était de 2,7 % par an est passée à 1,2 %.« .

Voyons voir !
Ci-dessous, l’évo­lu­tion du taux de crois­sance de la France de 1950 à 2011 (source : INSEE) :

Taux_de_croissance_1950-2008_Gadrey-2009.jpg
Arri­vez-vous à détec­ter une quel­conque chute peu après l’ins­tau­ra­tion des 35 h dont la mise en place s’est faite sur quatre ans, de 1999 à 2002 ? Moi non ! Si vous y arri­vez, surtout n’hé­si­tez pas à lais­ser un commen­taire argu­menté ci-dessous ! Je vous récom­pen­se­rai.

Aussi, je vous propose une autre expli­ca­tion : la droite qui appa­rait sur le graphique, établie par Jean Gadrey, modé­lise l’évo­lu­tion du taux de crois­sance (droite de régres­sion linéaire). Celle-ci met en évidence une baisse tendan­cielle sur le long terme (60 ans !).

Dans son article, Jean Gadrey donne des expli­ca­tions autre­ment plus convain­cantes sur les causes de cette baisse tendan­cielle du taux de crois­sance, baisse tendan­cielle consta­tée dans tous les pays de l’OCDE.

Le coût crois­sant de l’éner­gie (pétrole) est un élément d’ex­pli­ca­tion parmi d’autres (chocs pétro­liers : 1973, 1978–80, 2008).

Pour une démons­tra­tion plus étayée sur l’im­pact des 35 h : « Les bêtises ont la vie dure« , Denis Clerc, Alter­na­tives écono­miques, mai 2012.

Voir aussi :

______________________

Note : pour m’amu­ser, j’ai calculé le taux de crois­sance moyen sur deux périodes de 12 ans, l’une avant les 35 h (1987–1998) et l’autre après (1999–2010). Verdict : 2,22 % avant, 1,53% après. Cela ressemble assez à ce que Yves de Kerdel annonce sans préci­sion des périodes prises. Yves aurait-il fina­le­ment raison ?

  Essayons avec deux autres périodes. Allez, au hasard, prenons 1998–2002 (5 ans de gouver­ne­ment de gauche) et 2003–2008 (5 ans de gouver­ne­ment de droite). Résul­tat : 2,55% pour « la gauche » et 2% pour « la droite ». Devons-nous en conclure que la droite est la cause d’une faible crois­sance ?

  Bien évidem­ment non. Ces résul­tats sont tout simple­ment conformes à ce que met en évidence J. Gadrey : une baisse tendan­cielle sur le long terme. Cela ne consti­tue nulle­ment une démons­tra­tion que les 35 h ou la droite serait respon­sable de la baisse du taux de crois­sance. C.Q.F.D. ! Les données sont télé­char­geables ICI (Insee, format xls).

16–2)  » Les français ne travaillent pas assez ! »

FAUT VOIR ! Faut-il travailler moins, comme un Alle­mand (1.309 h annuelle), un Néer­lan­dais (1.326 h) ou plus, comme un Polo­nais (1.914h), un étasu­nien (1.776 h) ?

Duree_anuelle_travail_monde_2009-0CDE.jpg

Si vous avez trouvé des chiffres contra­dic­toires, alors lisez ceci : Où travaille-t-on le moins dans l’Union Euro­péenne ?.

Pour aller plus loin :

Préju­gés sur les fonc­tion­naires

15) Préju­gés sur les fonc­tion­naires

15.1) « Il y a trop de fonc­tion­naires ! » *

FAUT VOIR ! On ne peut en effet répondre sans connaître le critère à l’aune duquel les fonc­tion­naires seraient jugés en « trop » grand nombre.

    Toujours est-il qu’ avec 88 emplois publics pour 1.000 habi­tants, la France se situe au 6e rang des 19 pays de l’OCDE, au même niveau que le Royaume-Uni. À l’ex­cep­tion de la Finlande qui se situe avec le Canada avec un taux voisin de 100, les pays scan­di­naves – qui se portent très bien, merci – culminent aux alen­tours de 150, soit 70% de plus. Le taux des États-Unis (peu soupçon­nables de collec­ti­visme) est de 75. Enfin, en bas de l’échelle, se trouvent le Japon et la Grèce (dont on envie le niveau de dette publique !!!!) avec un taux voisin de 40–45.

    Le graphique ci-dessous illustre le taux d’ad­mi­nis­tra­tion pour 19 pays de l’OCDE pour 4 années sur 15 ans (1993, 1998, 2003 et 2008) :

Taux d administration pays OCDE-1993-2008 CAS-2010-copie-1
Source : p.8 de Tableau de bord de l’em­ploi public , Centre d’Ana­lyse Stra­té­gique, déc.2010.

Et combien ça coûte ?

    Comme l’illustre le graphique ci-dessous, la part des rému­né­ra­tions publiques est d’en­vi­ron 10–12% pour nombre de ces pays.

Part-remuneration-publique-dans-PIB-pays-OCDE-2008_CAS-2010.jpg
Le nombre de fonc­tion­naires, répar­tis au sein des trois fonc­tions publiques (d’État, terri­to­riale et hospi­ta­lière) est de 5,3 millions dont 4,4 millions de titu­laires, les seuls dispo­sant de la sécu­rité de l’em­ploi (source : Chiffres clés de la fonc­tion publique, DGAFP, Minis­tère de la fonc­tion publique, 2011) et repré­sen­tant 14% des emplois français. Le nombre total d’emplois publics (voir ci-dessous) est de 6,1 millions, soit 20% des emplois.

Diffé­rence entre le fonc­tion­na­riat et l’em­ploi public :

     La notion de « fonc­tion­naire » étant très diffé­rente d’un pays à l’autre, afin de réali­ser une compa­rai­son inter­na­tio­nale, le Centre d’Ana­lyse Stra­té­gique préfère la notion d’« emploi public », qui inclut les sala­riés d’or­ga­nismes payés sur fonds publics. Comme par exemple des agents de la Sécu­rité sociale (contrat de droit privé) ou des ensei­gnants en école privée sous contrat.

Et à quoi servent-ils, ces emplois publics ?

     Dans tous ces pays, les secteurs de l’édu­ca­tion, de la santé et de la protec­tion sociale, repré­sentent à eux seuls entre 45 et 75% des emplois publics. Pour plus de détail sur la venti­la­tion des dépenses et leurs évolu­tions depuis 50 ans, voir  » Il y a trop de dépenses publiques « 

Source : tableau de Bord de l’em­ploi public : situa­tion de la France et compa­rai­sons inter­na­tio­nales, Synthèse, CAS, 2010.

__________________

* L’énoncé « Il y a trop de fonc­tion­naires ! » est géné­ra­le­ment asso­cié à (choix non exclu­sif) :

  1. « il faut réduire les dépenses publiques » suivi de « afin de réduire la dette publique »

  2. « ils ne foutent rien » ou « ils ne sont pas produc­tifs ».

Préju­gés sur les grèves et les mouve­ments sociaux

 

14) Préju­gés sur les mouve­ments sociaux en France

14.1) « La grève est le sport natio­nal français »,  « la culture du conflit social est une excep­tion Française » 

FAUT VOIR ! Voyons le clas­se­ment de la France au cours de sept périodes diffé­rentes et par conflic­tua­lité décrois­sante (basé sur huit études) : 2e/25, 3e/25, 10e/15, 10e/18, 11e/18, 10e/18, 3e/6 (corres­pon­dant respec­ti­ve­ment aux périodes suivantes : 2005–2009, 1998–2004, 1984–1993, 1970–1993, 1970–1988, 1955–1977, 1900–1970 et à des pays de l’OCDE).

    Note : l’in­di­ca­teur utilisé est le nombre annuel moyen de jour­nées non travaillées pour 1.000 employés. Les auteurs des huit études permet­tant ces clas­se­ments soulignent des biais métho­do­lo­giques liés essen­tiel­le­ment aux dispa­ri­tés de comp­ta­bi­li­tés natio­nales.

Sources : pour la période 2005–2009 : « Deve­lop­ments in indus­trial action 2005–2009 », p.12, Obser­va­toire euro­péen des rela­tions indus­trielles, 2010. Pour les autres périodes : « La France, pays des grèves ? », Obser­va­toire des médias (Acri­med), 2007.

   Selon ces études compa­ra­tives, peut-on consi­dé­rer la grève comme un « sport natio­nal français », comme une « excep­tion française » ? Tout au long du XXe siècle, la France est globa­le­ment restée dans la moyenne basse des pays indus­tria­li­sés. Notons égale­ment que pour la dernière période, le nombre de jour­nées non travaillées pour fait de grève repré­sente 0,06% des jour­nées travaillées, bien loin derrière les jour­nées non travaillées pour d’autres raisons (mala­dies, acci­dents, …).

   Il serait égale­ment inté­res­sant de tenir compte de la poli­tique menée dans certains pays à certaines périodes pour expliquer cette dispa­rité des places de la France et des diffé­rents pays. Ainsi, la posi­tion de la France dans le pelo­ton de tête pour la période 1998–2009 ne pour­rait-elle s’ex­pliquer par la poli­tique de remise en cause de nombreux acquis sociaux ?

    Une autre conclu­sion qui peut être tirée de ces études est que la « culture de la négo­cia­tion », tant vantée par les médias, n’em­pêche pas, loin s’en faut, les conflits sociaux. Le fait de négo­cier avant n’em­pêche pas de faire grève. Ainsi, la période 1998–2004 fait appa­raître que les pays scan­di­naves sont rela­ti­ve­ment conflic­tuels occu­pant les 1ère, 3e et 7e places (Dane­mark, Norvège, Finlande). Ainsi, la « culture de la négo­cia­tion » n’im­plique pas forcé­ment une « faible inten­sité conflic­tuelle ». Et, à l’in­verse, la « culture de la confron­ta­tion » (tant décriée par les médias français) n’en­gendre pas auto­ma­tique­ment une « forte inten­sité conflic­tuelle ».

Clas­se­ments bruts :

    Pour le détail des clas­se­ments, voir article « La France, pays des grèves ? »  (Acri­med, 2007), sauf pour la période 2005–2009, voir graphique ci-dessuos.

2005–2009 (25 pays) : 2e (Dane­mark, France, Belgique, Finlande, Espagne, Chypre, Irlande, Italie, Malte, Royaume-Uni, Norvège, Solvé­nie, Portu­gal, Litua­nie, Pologne, Suède, Alle­magne, Rouma­nie, Hongrie, Pays-Bas, Luxem­bourg, Slovaquie, Latvia, Esto­nie, Autriche) :

1998–2004 (25 pays) : 3e (Dane­mark, Espagne, France, Italie, Norvège, Autriche, Irlande, Finlande, Grèce, Hongrie, Rouma­nie, Suède, Royaume-Uni, Slové­nie, Belgique, Chypre, Portu­gal, Luxem­bourg, Malte, Pays-Bas, Esto­nie, Pologne, Alle­magne, Litua­nie, Slovaquie) ;

1984–1993 (15 pays) : 10e (Grèce, Espagne, Canada, Italie, Royaume-Uni, Dane­mark, Norvège, Suède, Portu­gal, France, Alle­magne, États-Unis, Belgique, Pays-Bas, Japon) ;

1970–1993 (18 pays) : 10e (Grèce, Islande, Italie, Espagne, Irlande, Finlande, Royaume-Uni, Dane­mark, Belgique, France, Portu­gal, Suède, Norvège, Alle­magne, Pays-Bas, Autriche, Suisse, Luxem­bourg) ;

1970–1988 (18 pays) : 11e (Italie, Canada, Espagne, Grèce, Finlande, Austra­lie, Royaume-Uni, États-Unis, Dane­mark, Portu­gal, France, Suède, Norvège, Japon, Alle­magne (RFA), Pays-Bas, Autriche, Suisse) ;

1955–1977 (18 pays) : 10e (Italie, Canada, États-Unis, Finlande, Irlande, Austra­lie, Royaume-Uni, Belgique, Dane­mark, France, Nvelle-Zélande, Japon, Norvège, Suède, Pays-Bas, Autriche, Alle­magne (RFA), Suisse) ;

1900–1970 (6 pays) : 3e (Italie, Royaume-Uni, France, Alle­magne, Belgique Pays-Bas) ;

Journees_travail_perdues_2005-2009--EIRO-2010.jpg

 Source :  « Deve­lop­ments in indus­trial action 2005–2009 », p.12, Obser­va­toire euro­péen des rela­tions indus­trielles, 2010.

Préju­gés sur les pres­ta­tions fami­liales

Trei­zième d’une série d’ar­ticles démon­tant les préju­gés sur la pauvreté, l’as­sis­ta­nat, l’im­mi­gra­tion, les Roms, les impôts, . . .

13) Sur les pres­ta­tions fami­liales

13–1) « Les pauvres, immi­grés ou pas, vivent grâce aux allo­ca­tions fami­liales  » 

 FAUX !  6 € par jour et par enfant, c’est le montant moyen par enfant perçu grâce à la tota­lité des trans­ferts en nature (pres­ta­tions + réduc­tion d’im­pôts) pour 80% des ménages aux plus faibles reve­nus.

    Les pres­ta­tions fami­liales sont liées à la présence d’en­fants à charge et aux reve­nus. Celles condi­tion­nées aux reve­nus (ex : allo­ca­tion de rentrée)  sont d’au­tant plus faibles que les reve­nus sont élevés. Elles repré­sentent au maxi­mum 160 €/mois.

    Cepen­dant, comme l’illustre le graphique ci-dessous, grâce au quotient fami­lial, les familles béné­fi­cient d’au­tant plus de réduc­tion d’im­pôts sur le revenu que ceux-ci sont impor­tants : ainsi les 10% de ménages aux plus hauts reve­nus se partagent près de 50% des réduc­tions d’im­pôts qu’il induit. Ainsi, un enfant de riche coûte jusqu’à 380 € par mois à la collec­ti­vité.

Source :« Le quotient fami­lial, un coûteux privi­lège de classe », Chris­tiane Marty, 2011.

Le bilan des trans­ferts sociaux via les pres­ta­tions fami­liales et sociales et les réduc­tions d’im­pôts est illus­tré ci-dessous :

Transferts-sociaux-par-enfant-selon-percentile---Piketty-20 Source : La révo­lu­tion fiscale, T. Piketty & Coll, 2010.

L’en­semble des aides fami­liales repré­sentent donc par enfant et par jour : entre 5 € et 6 € pour 80% des reve­nus les moins élevés (décile 1 à 8), puis croit jusqu’à 13 € des déciles 8 à 10. Autre­ment dit un enfant de très riches « rapporte » 2,5 fois plus qu’un enfant de pauvres !

Et on voudrait nous faire croire, qu’a­vec 5–6 €, on peut gagner de l’argent en ayant un enfant ?

Note : le quotient fami­lial n’existe ailleurs dans l’UE qu’au Portu­gal et au Luxem­bourg.

Préju­gés sur la dette publique

Douzième d’une série d’ar­ticles démon­tant les préju­gés sur la pauvreté, le chômage, l’as­sis­ta­nat, l’im­mi­gra­tion, les Roms, les impôts, la dette, . . .

12) Sur la Dette publique

12–1) « La dette publique, c’est la gauche »

FAUX ! Sans commen­taires

DettePubliqueFrancaise_gauche_vs_droite.jpg

 Pour une courbe de la dette publique : ICI (wiki­pe­dia selon Insee). 

12–2) « Pour sortir de la crise de la dette, il faut réduire les dépenses publiques »

FAUX !  C’est une possi­bi­lité mais certai­ne­ment pas une obli­ga­tion : on peut aussi choi­sir de main­te­nir les recettes, voire de les augmen­ter !

Pour cause de modi­fi­ca­tion de la légis­la­tion fiscale (bouclier fiscal, …) les recettes sont passées de 44,3 % à 42,5% du PIB entre 1999 et 2008. Si cette légis­la­tion n’avait pas été modi­fiée, les recettes repré­sen­te­raient 45,3 % en 2008, soit 3 points de PIB en plus !

La dette publique aurait alors été infé­rieure de 20 points de PIB car la charge des inté­rêts annuels eut été réduite de 0,5 point de PIB  et serait alors à peine supé­rieure aux 60% du PIB auto­ri­sés par le Traité de Maas­tricht. 

Source : « Rapport sur la situa­tion des finances publiques », Jean-Philippe Coris & Paul Champ­saur, resp. direc­teur et ex-direc­teur de l’INSEE, mai 2010. « Rapport d’in­for­ma­tion 2689 », Gilles Carrez, député UMP, juillet 2008. Commen­tés tous deux dans cet article : « Ces dix années de cadeaux fiscaux qui ont ruiné la France », L. Mauduit, juil. 2010. (pour les non abon­nés, me deman­der).

Rappe­lons que la moitié des allè­ge­ments fiscaux provient de la baisse de l’im­pôt sur le revenu : 2 % de PIB contre 0,6 % pour la baisse de TVA et 0,5 % pour la baisse de l’im­pôt sur les socié­tés.

Source : « Rapport d’in­for­ma­tion 2689 », pp. 9–12, Gilles Carrez, député UMP, juillet 2008.

Ce qui a profité aux plus riches : le taux margi­nal de l’im­pôt sur le revenu est passé de 53 % à 40 % entre 2002 et 2007 (mandat de N. Sarkozy). 

Source : rapport d’in­for­ma­tion « Quels chan­ge­ments d’as­siette pour les prélè­ve­ments fiscaux et sociaux ? », Sénat, 2012. Ou ICI (wiki­pe­dia).

Si vous pensez qu’in­dé­pen­dam­ment de la ques­tion des recettes, il faut réduire les dépenses publiques, je vous invite à lire les articles sur la ques­tion : préju­gés sur les dépenses publiques .

Préju­gés sur la sécu­rité sociale et la santé

Sixième d’une série d’ar­ticles démon­tant les préju­gés sur la pauvreté, l’as­sis­ta­nat, l’im­mi­gra­tion, les Roms, . . .

6) Sur la Sécu­rité sociale et la santé

6–1) « Les pauvres sont des frau­deurs »

FAUX ! La fraude aux pres­ta­tions sociales est évaluée à envi­ron 3 Milliards d’€ dont 90% sont récu­pé­rés. Elle concer­ne­rait 1 % des parti­cu­liers.
Pour la branche famille :  » Une  part  impor­tante  de  ces  montants,  selon  ces  mêmes esti­ma­tions,  aurait  cepen­dant  été  détec­tée  et  les  indus  corres­pon­dants récu­pé­rés pour la plus grande part : le préju­dice finan­cier final lié aux  fraudes  serait  donc  plus  limité,  de  l’ordre  de  170 Millions d’€  selon  les esti­ma­tions de la Cour, à partir des données de la CNAF ».
Source: rapport Cour des comptes 2010 sur la sécu­rité sociale : la lutte contre la fraude aux pres­ta­tions sociales dans le régime géné­ral).

La CNAF estime le taux de fraude à 0,46 % pour les pres­ta­tions fami­liales, 3,1 % pour l’API (Allo­ca­tion Parent Isolé), 3,6 % pour le RMI-RSA (source : AFP, 29 avril 2010).

Mais n’est-ce pas l’arbre qui cache le forêt ? Voyons voir :

6–2) « Les béné­fi­ciaires de la CMU en profitent pour faire des soins de confort dont ils n’ont pas vrai­ment besoin »

FAUX ! La CMU est très restric­tive. 

En vidéo (3’30 ») : Jean-François Chade­lat, direc­teur du Fonds CMU, démonte des idées fausses sur la CMU

6–3) « Grâce aux bons CAF, les enfants des familles défa­vo­ri­sées ont un accès normal à la culture, au sport, etc. »

OUI et NON ! Ces aides sont appré­ciables, mais elles néces­sitent un finan­ce­ment complé­men­taire plus ou moins impor­tant par les familles. Et il faut anti­ci­per les besoins pour faire les demandes à temps.

6–4) « Grâce à la CMU, à la CMUC et à l’ACS, tout le monde béné­fi­cie d’une protec­tion santé satis­fai­sante. »

FAUX ! En 2008, 1,5 million de personnes, sur les 6 millions de béné­fi­ciaires poten­tiels, ne dispo­saient pas de la CMU. Au 31 décembre 2010, une étude du Fonds CMU esti­mait que le nombre de personnes n’ayant pas recours à la CMU-C (CMU complé­men­taire) était de plus de 20 %.

Pour l’aide à l’ac­qui­si­tion d’une complé­men­taire santé (ACS), le taux de non-recours est de 80 %. Par ailleurs, en 2008, 22 % des béné­fi­ciaires de la CMU-C décla­raient avoir renoncé à certains soins pour des raisons finan­cières au cours des 12 derniers mois (source : « Étudier l’ac­cès aux soins des assu­rés CMU-C, une approche par le renon­ce­ment aux soins« , Bois­gué­rin et coll., Santé, Soins et protec­tion sociale en 2008. Paris : IRDES, 2010/06, 31–40).

6–5) « Pour ce qui est de l’es­pé­rance de vie en France aujourd’­hui, nous sommes rela­ti­ve­ment égaux. »

FAUX ! A la fin des années 1990, un ouvrier ayant 35 ans vivra encore en moyenne 39 ans, un cadre 46 ans et un chômeur 28 ans.

Ces inéga­li­tés d’es­pé­rance de vie sont crois­santes en France (source : « Les diffé­rences sociales de morta­lité : en augmen­ta­tion chez les hommes, stables chez les femmes », Monteil C., Robert-Bobée I., 2005, INSEE Première, 1025).

Préju­gés sur le place­ment des enfants

Septième d’une série d’ar­ticles démon­tant les préju­gés sur la pauvreté, l’as­sis­ta­nat, l’im­mi­gra­tion, les Roms, . . .

7) Sur le place­ment des enfants

7–1) « Les enfants placés ont la chance de connaître une vie meilleure et de décou­vrir un autre milieu que le leur. »

FAUX ! Pour un grand nombre d’en­fants et de parents, le place­ment est une solu­tion qui crée des ruptures profondes alors qu’il pour­rait souvent être évité.  » Une personne sans domi­cile sur cinq a dû quit­ter le domi­cile de ses parents avant l’âge de 16 ans – propor­tion six fois plus élevée que dans le reste de la popu­la­tion «  (source : Deve­nir sans-domi­cile, le rester : rupture des liens sociaux ou diffi­cul­tés d’ac­cès au loge­ment ? », Écono­mie et Statis­tique, N° 391–392, 2006, INSEE).

7–2) « Si on place les enfants, c’est à cause de la maltrai­tance. »

FAUX ! Les causes du place­ment d’un enfant d’une famille pauvre tiennent souvent aux condi­tions d’ac­cès de la famille au loge­ment, à la santé, etc. Des diffi­cul­tés pour­raient dans de nombreux cas être réso­lues par un soutien à la famille qui coûte­rait par ailleurs moins cher que la solu­tion du place­ment. « Six milliards d’eu­ros sont dépen­sés chaque année de façon empi­rique, sans que l’on cherche à contrô­ler les acteurs de la protec­tion de l’en­fance, ni à connaître l’ef­fi­ca­cité de ces inter­ven­tions » (source : rapport « La protec­tion de l’en­fance », Cour des comptes, octobre 2009).

Préju­gés sur la fisca­lité et les impôts

Huitième d’une série d’ar­ticles démon­tant les préju­gés sur la pauvreté, l’as­sis­ta­nat, l’im­mi­gra­tion, les Roms, . . .

8) Sur la fisca­lité et les impôts

8–1) « Les pauvres ne paient pas d’im­pôts »

FAUX ! Le taux moyen d’im­po­si­tion (impôts directs et indi­rects) des 10 % les moins riches est d’en­vi­ron 40 %, celui des 0,1 % les plus riches d’en­vi­ron 37 %, et celui des reve­nus moyens de 45 à 48 % (source : calculs effec­tués par les écono­mistes Saez, Landais et Piketty à partir des données INSEE).

 

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Nota bene : pour les plus hauts reve­nus, les taux réels d’im­po­si­tion sont souvent très infé­rieurs aux taux affi­chés : grâce aux niches fiscales, une partie des plus hauts reve­nus échappe à une part de l’im­po­si­tion.

8–2) « Les plus pauvres peuvent se faire exoné­rer de charges et d’im­pôts »

Oui, mais il faut effec­tuer beau­coup de démarches avant d’ob­te­nir ces exoné­ra­tions et il faut les renou­ve­ler régu­liè­re­ment. Tous paient entre 5,5% et 19,6% d’im­pôts par le biais de la TVA sur leur consom­ma­tion.

Préju­gés sur l’im­mi­gra­tion

Les plus petits esprits ont les plus gros préju­gés. »,
Victor Hugo, Océan, Tas de pierres, 1842.

Neuvième d’une série d’ar­ticles démon­tant les préju­gés sur la pauvreté, l’as­sis­ta­nat, l’im­mi­gra­tion, les Roms, les dépenses publiques, . . .

9) Sur l’im­mi­gra­tion

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9–1) « L’im­mi­gra­tion augmente d’an­née en année en France »

VRAI et FAUX ! Depuis 1975, le taux d’immi­grés est quasi constant : 8,4 % en 2008  contre 7,4 % en 1975  (source: Évolu­tion de la part des popu­la­tions étran­gères et immi­grées en 2008,  INSEE).

 

Le solde migra­toire (entrées – sorties) annuel est, en taux, le plus faible de l’U.E. (cf. 9.3). Il a varié selon une tendance bais­sière de 1,7 en 2003 à 1,2 en 2011 (source : 5e colonne de ce tableau, INED 2011).

 

   Si l’on ne tient compte que des entrées, la France compte parmi les pays dont le nombre d’en­trées d’étran­gers rela­ti­ve­ment à la popu­la­tion totale est le plus bas comme l’at­teste le graphique ci-dessous.

 

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9–2) « Si on renvoyait les étran­gers1 dans leur pays, il y aurait moins de chômage en France »
ou
« Les étran­gers prennent des emplois aux Français »
ou
« Les étran­gers creusent le trou de la Sécu­rité sociale »

FAUX ! Globa­le­ment, la présence des popu­la­tions de natio­na­lité étran­gère en France crée de la richesse et donc de l’em­ploi, grâce à l’ap­port de consom­ma­tion, d’im­pôts et de coti­sa­tions (voir 9–6.). Les étran­gers sont aussi consom­ma­teurs, ils créent une demande supplé­men­taire et des emplois. Les études montrent que les migrants arri­vants créent leurs propres emplois.

« En imagi­nant une augmen­ta­tion de 10 % du flux d’im­mi­gra­tion au Royaume-Uni en 2007, le taux de chômage n’aug­men­te­rait alors que de 0,01 point au bout de 13 ans. » (source : Immi­grés: une boîte à outils pour répondre à Marine Le Pen et Nico­las Sarkozy, Caro­line Four­teau, mai 2011).

9–3) « La France est un des pays d’Eu­rope qui accueille le plus d’im­mi­grés »

 

FAUX ! En 2001, « avec un taux d’ac­crois­se­ment natu­rel de 4 pour 1000 et un taux d’ac­crois­se­ment migra­toire de 1 pour 1000, la France est le pays d’Eu­rope dont la crois­sance démo­gra­phique annuelle dépend le moins de l’im­mi­gra­tion ». 1 pour 1000 sigi­ni­fie 0,1% de la popu­la­tion française ! Grosse catas­trophe !!!

 

    Le solde migra­toire (entrées – sorties) ne repré­sente que 20 % de l’ac­crois­se­ment natu­rel de la popu­la­tion française. Il est en outre le PLUS FAIBLE de l’U.E..
   En Alle­magne, la tota­lité de l’ac­crois­se­ment de la popu­la­tion est due au solde migra­toire, le solde natu­rel étant néga­tif !

   Source : « Cinq idées reçues sur l’im­mi­gra­tion », tableau 2, p. 2, INED, 2004.

 

   Comme l’illustre le graphique ci-dessous, les autres pays d’Eu­rope se trouvent entre ces deux extrêmes :

  Bilan démographique Europe en 2001 en taux soldes naturel

 

   En 2009 et 2010, la situa­tion n’avait pas changé pour la France.

 

   Comme indiqué dans le graphique ci-dessous (colonne de droite), en 2010, la part des personnes immi­grées sur la popu­la­tion totale s’éle­vait à : Autriche : 16 %, Suède : 14 %, Espagne : 14 %, États-Unis : 13 %, Alle­magne : 13 %, France : 11 %2, Pays-Bas : 10 %, Royaume-Uni : 10 %, Belgique : 9 %, Italie : 7 % (source : Le nombre et la part des immi­grés dans la popu­la­tion : compa­rai­sons inter­na­tio­nales, Gilles Pison, INED, 2010).

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9–4) « Les familles immi­grées font beau­coup plus d’en­fants que les familles françaises natives »

Pas tant que cela ! « Dans la période 1991–1998, le nombre moyen d’en­fants par femme était de 1,65 pour les seules françaises natives. Les femmes immi­grées avaient en moyenne 2,2 enfants »  

Source : « Cinq idées reçues sur l’im­mi­gra­tion », Popu­la­tion et socié­tés, INED, 2004).

Voir égale­ment :  » Monde : existe-t-il un lien entre reli­gion et nombre d ‘enfants par femme ? « 

9–5) « La France accueille toute la misère du monde », sous-entendu : « Ce sont les popu­la­tions les plus pauvres qui immigrent en France »

FAUX ! « Dans l’en­semble, les migrants repré­sentent par rapport aux non-migrants de la société d’ori­gine une popu­la­tion sélec­tion­née : en meilleure santé, plus instruite, plus entre­pre­nante, dotée d’un mini­mum de ressources »  (source : « Cinq idées reçues sur l’im­mi­gra­tion », p. 4, Popu­la­tion et socié­tés, N° 397, INED, 2004).

 

    La part des immi­grés diplô­més de l’en­sei­gne­ment supé­rieur est passée de 12 à 25 % entre 1990 et 2007. La moyenne natio­nale est de 29 % (sources : « L’ac­ti­vité des immi­grés en 2007 », INSEE et Immi­grés: une boîte à outils pour répondre à Marine Le Pen et Nico­las Sarkozy, Caro­line Four­teau, mai 2011).

9–6) « L’im­mi­gra­tion coûte 48 milliards d’Eu­ros à la France en pres­ta­tions sociales »

VRAI ! Mais elle rapporte 60 milliards d’€ en impôts et coti­sa­tions sociales chaque année.  

Sources : minis­tère de la Santé et des Affaires Sociales et étude de l’uni­ver­sité de Lille-II de juillet 2010, et « Immi­grés: une boîte à outils pour répondre à Marine Le Pen et Nico­las Sarkozy« , Caro­line Four­teau, mai 2011.

 

   La popu­la­tion immi­grée est en moyenne plus jeune et en bonne santé que les autres habi­tants de la France. Or dans les pres­ta­tions sociales la mala­die pèse 47 % et la retraite 31 % (les autres dépenses étant les allo­ca­tions chômage, le RSA, les allo­ca­tions loge­ment et les allo­ca­tions fami­liales). La popu­la­tion immi­grée est donc une chance pour aider au paie­ment des retraites.

 

   En moyenne, la contri­bu­tion nette de chaque immi­gré (diffé­rence entre ce qu’il verse et ce qu’il reçoit en impôts et coti­sa­tions sociales) est de l’ordre de 1500 € par an.

Source : « Migra­tions et protec­tion sociale : étude sur les liens et les impacts de court et long terme » , rapport pour la DREES-MIRe, auprès des Minis­tères du travail, du budget et de la Santé.

 

   « En l’ab­sence de l’im­mi­gra­tion, le besoin de finan­ce­ment de la protec­tion sociale en France augmen­te­rait de 2 points de Produit Inté­rieur Brut (PIB). » (source : Immi­gra­tion : combien ça coûte, Xavier Choj­ni­cki, Lille 2, labo­ra­toires EQUIPPE et CEPII). 

 

 

 

   Bien sûr, l’ap­port de l’im­mi­gra­tion à notre pays ne saurait se limi­ter à cet aspect comp­table : il est aussi et surtout humain, cultu­rel, scien­ti­fique, artis­tique, etc.

9–7) « Les étran­gers peuvent profi­ter faci­le­ment des minima sociaux »

FAUX ! Il faut être en posses­sion d’un titre de séjour et d’une carte de travail depuis au moins cinq ans pour béné­fi­cier du RSA si on est natif d’un pays exté­rieur à l’Union euro­péenne.

9–8) « Les étran­gers augmentent la délinquance »

FAUX ! 12,7 % du nombre de condam­nés sont étran­gers (source : minis­tère de la Justice), alors qu’ils repré­sentent envi­ron 8 % de la popu­la­tion française (cf. 9–3.). Quel écart trou­ve­rions-nous en fonc­tion de critères sociaux et non natio­naux ?

9–9) « Les immi­grés provoquent la baisse des salaires des natifs »

FAUX ! A en croire cette étude de la banque de France, c’est le contraire. Extrait du résumé : «  Pour comprendre cette asymé­trie et l’im­pact posi­tif de l’im­mi­gra­tion sur les salaires, nous explo­rons le lien entre immi­gra­tion et distri­bu­tion des natifs entre emplois « .

 

9–10) « Il y a 10 à 15 millions de musul­mans en France »

FAUX !  En 2010, 2,1 millions des adultes de 18 à 50 ans (7,8% de cette tranche d’âges) se décla­rait de confes­sion musul­mane (source :  » Trajec­toires  et Origines Enquête sur la diver­sité des popu­la­tions en France« , p124, INED, octobre 2010).  Si l’on extra­pole ce taux à toute la popu­la­tion – donc égale­ment les enfants de 0 à 18 ans ! – cela fait 5,1 millions d’in­di­vi­dus.

 

    Pour les scep­tiques envers les statis­tiques offi­cielles, selon l’IFOP le taux serait de 5,8% de la popu­la­tion des plus de 18 ans soit 3,5 millions (source :  » ANALYSE : 1989–2009, Enquête sur l’im­plan­ta­tion et l’évo­lu­tion de l’Is­lam de France », p.4, IFOP, aout  2009).

 

   On retrouve ces chiffres dans l’ar­ticle wiki­pe­dia L’is­lam en France.

 

  Pour aller lus loin sur la ques­tion de l’im­mi­gra­tion :

Trois petits films d’ani­ma­tion de deux minutes !

 

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1. Dans la défi­ni­tion de l’ONU, un immi­gré est une personne née en dehors du terri­toire concerné. Cela inclut donc les Français nés à l’étran­ger. En réalité, dans le sens commun adopté par l’INSEE, un immi­gré est une personne née étran­gère à l’étran­ger.

2. En incluant les Français nés à l’étran­ger, comme l’ONU le préco­nise dans ses calculs. La part des immi­grés de natio­na­lité étran­gère s’élève à 8 % (chiffre présenté par l’INSEE).

Préju­gés sur l’école

Dixième d’une série d’ar­ticles démon­tant les préju­gés sur la pauvreté, l’as­sis­ta­nat, l’im­mi­gra­tion, les Roms, . . .

10) Sur l’école

10–1) « Ce n’est pas à l’école de régler tous les problèmes de la société »

VRAI et FAUX ! La loi d’orien­ta­tion sur l’école de 2005 dit : « La scola­rité obli­ga­toire doit au moins garan­tir à chaque élève les moyens néces­saires à l’ac­qui­si­tion d’un socle commun consti­tué d’un ensemble de connais­sances et de compé­tences qu’il est indis­pen­sable de maîtri­ser pour accom­plir avec succès sa scola­rité, pour­suivre sa forma­tion, construire son avenir person­nel et profes­sion­nel et réus­sir sa vie en société. ». Cela dit bien que le rôle de l’école n’est pas seule­ment de trans­mettre des connais­sances, mais aussi de permettre aux élèves de se construire des compé­tences, dont celle de pouvoir vivre avec d’autres diffé­rents de soi.

 

   Elle doit aussi permettre à tous d’ac­qué­rir ces connais­sances et compé­tences. Mais on constate qu’elle peine à atteindre ces objec­tifs et à réduire les inéga­li­tés sociales, dans la mesure où l’échec et la réus­site scolaire sont de plus en plus liés à l’ori­gine sociale. En réalité, le fonc­tion­ne­ment actuel de l’école en France vise aussi un objec­tif non déclaré : sélec­tion­ner les meilleurs élèves qui s’orien­te­ront ensuite vers des études supé­rieures et les postes de respon­sa­bi­lité.

10–2) « Dans les familles pauvres, les parents sont démis­sion­naires et se désin­té­ressent de l’école »

FAUX ! Les parents défa­vo­ri­sés ont souvent peur de l’école car ils sont marqués par leur échec d’en­fant. Par ailleurs, 80 % des mères non-diplô­mées s’es­timent dépas­sées pour aider leurs enfants dans leurs études au collège, contre 26 % seule­ment des mères diplô­mées de l’en­sei­gne­ment supé­rieur (source :  « L’aide aux devoirs appor­tée par les parents », INSEE, 2004).

 

   Mais le lien entre pauvreté et échec scolaire n’est pas fatal : il est moins élevé dans la plupart des autres pays déve­lop­pés qu’en France, et très faible dans des pays comme le Canada, la Finlande, le Japon ou la Chine (source étude PISA).

10–3) « Heureu­se­ment que l’école est là pour corri­ger certaines inéga­li­tés sociales ! »

FAUX ! L’im­pact du milieu social sur la réus­site ou l’échec scolaire est plus grand en France que dans beau­coup d’autres pays, et il gran­dit au fil des années. En 2009, plus de 75 % des élèves dont les parents sont cadres ou profes­sions intel­lec­tuelles ont obtenu le bac géné­ral, contre 33 % pour les enfants d’ou­vriers et 41 % des enfants d’inac­tifs ; le pour­cen­tage de varia­tion de perfor­mance des élèves en lecture, expliqué par le milieu socio écono­mique est de 17 % pour la France bien au dessus de la moyenne de l’OCDE (14 %), le double de la Finlande du Canada ou du Japon.

Source : « Les inéga­li­tés à l’école », CESE, sept. 2011.

10–4) « Si les enfants pauvres réus­sissent moins bien à l’école, c’est qu’ils ne travaillent pas »

FAUX ! Les causes sont plus complexes que cela. Par exemple, « le niveau de diplôme des parents (parti­cu­liè­re­ment celui de la mère) et, de manière plus globale, les possi­bi­li­tés d’en­ca­dre­ment de la scola­rité par les familles revêtent une impor­tance au moins aussi grande que leur situa­tion socio-écono­mique » (Source : « Les inéga­li­tés à l’école », CESE, sept. 2011).

10–5) « Les enfants d’im­mi­grés sont plus en échec scolaire que les autres »

FAUX ! C’est la pauvreté qui la plus grande cause d’échec scolaire et non pas l’im­mi­gra­tion. Aniveau social égal, les descen­dants d’im­mi­grés ne sont pas en moyennes plus touchés par l’échec scolaire que le reste de la popu­la­tion (source : « Les inéga­li­tés à l’école », CESE, sept. 2011).

10–6) « La mixité sociale dans les écoles nuit à la réus­site scolaire »

FAUX ! Lorsque l’on met en oeuvre une péda­go­gie adap­tée, les résul­tats scolaires de tous s’amé­liorent, comme le montrent les expé­riences de plusieurs établis­se­ments scolaires (voir l’exemple des écoles Anne Frank et Hélène Boucher à Mons-en-Baroeul, celui du collège La Duran­tière à Nantes – Feuille de route sept/oct. 2011 -, celui du collège Évariste-Galois à Nanterre – Feuille de route novembre 2011 -, etc.). Par ailleurs, l’école ne doit-elle pas prépa­rer les enfants et les jeunes à vivre ensemble dans le respect des diffé­rences ?

Préju­gés sur les Roms

Onzième d’une série d’ar­ticles démon­tant les préju­gés sur la pauvreté, l’as­sis­ta­nat, l’im­mi­gra­tion, les Roms, . . .

11) Sur les Roms

11–1) « Les Roms ne veulent pas travailler »

FAUX ! Tout est fait en France pour que les Roms de Rouma­nie et de Bulga­rie n’aient pas le droit de travailler : une « période tran­si­toire » les empêche d’avoir les mêmes droits que les autres euro­péens avant fin 2013.

 

Pour travailler, ils doivent dispo­ser d’une auto­ri­sa­tion de travail. Les délais d’ob­ten­tion sont de 3 à 6 mois à partir d’une promesse d’em­bauche à temps plein. Le plus souvent, l’em­ployeur (qui doit en plus payer la taxe dûe à l’Of­fice Français pour l’Im­mi­gra­tion et l’In­té­gra­tion pour l’em­bauche d’un étran­ger) ne peut attendre la réponse et embauche quelqu’un d’autre.

 

Le 26 octobre 2009, la Haute auto­rité de lutte contre les discri­mi­na­tions et pour l’éga­lité (HALDE) a demandé au gouver­ne­ment qu’il mette fin à cette période tran­si­toire, ainsi que la Commis­sion Natio­nale Consul­ta­tive des Droits de l’Homme (CNCDH), dans un avis du 22 mars 2012 (article 33, p.9).
_______________

Pour appro­fon­dir : « Pour mettre fin à la ‘ques­tion rom’, il faut leur ouvrir l’ac­cès au marché du travail«  , L. Elghozi, président de la FNASAT , Le Monde, juillet 2011, qui répond à 10 jeunes.

Préju­gés sur le loge­ment

Cinquième d’une série d’ar­ticles démon­tant les préju­gés sur la pauvreté, l’as­sis­ta­nat, l’im­mi­gra­tion, les Roms, . . .

5) Sur le loge­ment

5–1) « La construc­tion de loge­ments sociaux se déve­loppe à un rythme suffi­sant en France »

FAUX ! Le niveau de la construc­tion en progrès régu­lier jusqu’en 2007 s’est effon­dré depuis : seule­ment 333.000 loge­ments ont été commen­cés en 2009 contre 435.000 en 2007, ce qui met à mal les objec­tifs du DALO.

On estime que le niveau de défi­cit va atteindre le million de loge­ments. De plus, la progres­sion des loge­ments sociaux tient surtout à l’aug­men­ta­tion de loge­ments acces­sibles seule­ment aux classes moyennes (nombre de loge­ments PLS multi­plié par 10 entre 2000 et 2010) alors que les loge­ments acces­sibles aux familles les plus modestes augmentent bien plus faible­ment : le nombre de PLAI a été multi­plié par 2 sur la même période (source : rapport Mal loge­ment, 2011, Fonda­tion Abbé Pierre).

5–2) « Les loge­ments sociaux devraient être attri­bués en prio­rité aux gens qui travaillent »

FAUX ! L’im­pé­ra­tif de soli­da­rité natio­nale exige que chacun, qu’il ait ou non un emploi, puisse dispo­ser d’un loge­ment adapté à ses ressources. Le droit à un loge­ment digne est reconnu pour tous les citoyens en France.

De fait, on constate malheu­reu­se­ment aujourd’­hui que les personnes possé­dant un emploi accèdent en prio­rité aux loge­ments sociaux.

5–3) « En période de restric­tion budgé­taire, il est normal que l’État réduise l’aide au loge­ment social »

FAUX ! C’est la réalité mais c’est un mauvais calcul. Tout d’abord parce que, en contre­par­tie, « l’en­semble des crédits que l’état consacre à la poli­tique d’hé­ber­ge­ment peut être estimé à 1,5 milliard d’eu­ros » chaque année (source : D. Migaud, président de la Cour des comptes, en Audi­tion parle­men­taire, déc. 2011).

Par ailleurs, l’ab­sence de loge­ment stable provoque pour une famille des ruptures durables dans l’em­ploi, la santé, la scola­rité, . . . qui auront des consé­quences et des coûts élevés pour la collec­ti­vité.Mon-premier-carton.jpg

Préju­gés sur le travail, le chômage et la retraite

Quatrième d’une série d’ar­ticles démon­tant les préju­gés sur la pauvreté, l’as­sis­ta­nat, l’im­mi­gra­tion, les Roms, . . .

4) Sur le travail, le chômage et la retraite

4–1) « Les pauvres ne veulent pas travailler » 

FAUX ! Les études convergent : 64 % des chômeurs inter­ro­gés dans huit pays euro­péens déclarent qu’ils veulent retrou­ver un emploi, même si cela ne leur procure pas un gain finan­cier, alors que seuls 48 % des personnes déjà en emploi déclarent vouloir conser­ver leur travail dans une telle situa­tion (source : étude coor­don­née par Duncan Gallie en 1999, citée par Jean Gadrey).

L’enquête « L’in­fluence des inci­ta­tions finan­cières sur le retour à l’em­ploi des béné­fi­ciaires de minima sociaux » (pdf) (Direc­tion Géné­rale du Trésor, 2009) montre bien que la valeur accor­dée au travail et la volonté d’as­su­rer le meilleur avenir possible aux siens conduisent la plupart des béné­fi­ciaires à accep­ter la reprise d’un emploi, même sans gain finan­cier immé­diat. Les prin­ci­paux freins évoqués pour la reprise d’un travail sont le manque d’em­plois, de moyens de trans­port, de forma­tions adap­tées, de modes de garde acces­sibles, etc.

4–2) « Il y a des pauvres qui veulent s’en sortir et d’autres qui ne veulent pas »

FAUX ! Personne n’ac­cepte de vivre dans la misère. La distinc­tion entre « bons pauvres » et « mauvais pauvres » traverse toute l’his­toire de la pauvreté ( lire Paul Chris­tophe). Cette distinc­tion est surtout le reflet de l’im­puis­sance de l’ac­tion publique ou de son manque de volonté de s’at­taquer vrai­ment à la pauvreté. Faute de quoi, on s’at­taque aux pauvres : c’est plus facile !

4–3) « Les béné­fi­ciaires du RSA ne font pas d’ef­forts réels pour cher­cher du travail »

FAUX ! La plupart des béné­fi­ciaires du RSA ont l’obli­ga­tion de cher­cher un emploi, sous peine de dimi­nu­tion ou suspen­sion de l’al­lo­ca­tion.

4–4) « Si on veut vrai­ment travailler, on trouve »

FAUX ! Dans l’état actuel du marché de l’em­ploi (entre 3 et 5 millions de chômeurs en 2012, selon la caté­go­rie consi­dé­rée), tout le monde ne PEUT­pas trou­ver du travail : le nombre d’em­plois vacants (offres) est très infé­rieur au nombre de chômeurs (demandes). En outre, certaines personnes restées depuis long­temps sans travail ont besoin d’être parti­cu­liè­re­ment soute­nues pour reve­nir à l’em­ploi. 

Quelques chiffres :

  •   Le chômage coûte, chaque mois, 2,2 milliards d’eu­ros à l’Une­dic (source : rapport du Sénat, 2011) ;
  •   Les plus pauvres cotisent comme les autres pour leur retraite, mais perçoivent moins de retraite dans la mesure où leur espé­rance de vie est moins impor­tante (cf. 6) ;
  •   Taux de chômage chez les 16–25 ans : 8,7 % chez les bac+2, et 35 % chez les non-diplô­més (source : « L’in­ser­tion des jeunes sans emploi », pp. 36–37, CERC). Le taux de chômage des 15–29 ans était, en 2009, de 29,5 % en zone urbaine sensible et de 16,9 % en moyenne natio­nale (source : « Emploi et chômage des 15–29 en 2009 », Analyses, oct. 2010, N°72, p. 1, DARES).

Préju­gés sur le budget des familles

Troi­sième article d’une série démon­tant les préju­gés sur la pauvreté, l’as­sis­ta­nat, l’im­mi­gra­tion, les Roms, . . .

3) Sur le budget des familles

3–1)« Le pouvoir d’achat moyen des Français a augmenté entre 2007 et 2010 »

VRAI et FAUX ! Le pouvoir d’achat global au niveau de la France a légè­re­ment augmenté. Mais, compte tenu de l’aug­men­ta­tion de la popu­la­tion, le « pouvoir d’achat du revenu arbi­trable » (une fois que les dépenses obli­gées – loyer, assu­rance, élec­tri­cité – ont été payées) par personne a baissé de 0,1 % entre 2008 et 2010 (source : Revenu « arbi­trable » des ménages et évolu­tion du pouvoir d’achat « arbi­trable » par personne, par ménage et par unité de consom­ma­tion, INSEE, 2012).

Par ailleurs, pour les reve­nus les plus modestes, la situa­tion est plus grave. Par exemple, de 1992 à 2006, les dépenses incom­pres­sibles dans leur budget sont passées de 52 à 74 %. Selon le Secours catho­lique (Message, février 2011) : « se chauf­fer devient un luxe pour des millions de personnes  », 3,4 millions de personnes subissent la préca­rité éner­gé­tique, les demandes d’aide au chauf­fage ont augmenté de 50 % entre 2008 et 2009 au Secours Catho­lique.

Le prix du gaz a augmenté de 50 % en 5 ans ; les loyers depuis 2000 : +30 % ; élec­tri­cité : +6 % en un an ; carbu­rants : +15 % en un an (source : rapport de la CLCV, octobre 2011).

Voir aussi le dossier annuel 2011 de la MRIE Rhônes-Alpes : ICI

Préju­gés sur les minima sociaux

Deuxième article d’une série démon­tant les préju­gés sur la pauvreté, l’as­sis­ta­nat, l’im­mi­gra­tion, les Roms, . . .

2) Sur les minima sociaux

2–1) « La France distri­bue des minima sociaux élevés » 

FAUX ! La France est sous la moyenne euro­péenne : le montant des minima sociaux s’élève à 72 % du seuil de pauvreté  contre 76 % dans l’Union Euro­péenne (base : famille de deux enfants, seuil de pauvreté à 60% du revenu médian) comme l’illustre le graphique ci-dessous.

Source : « Un pano­rama des minima sociaux en Europe », p. 8, revue « études et résul­tats », N° 464, février 2006, DREES, Minis­tère de la Santé et de la Protec­tion sociale).

  Minima sociaux pour un couple avec deux enfants-14 pays UE-

    Par ailleurs, le montant des minima sociaux (RSA, AAH) ne connaît pas la même progres­sion que l’en­semble des reve­nus : le RMI équi­va­lait en 1988 à 50 % du SMIC et le RSA-socle équi­vaut à 42 % (474,93 € pour une personne seule en 2012).

2–2) « Il n’y a pas assez d’argent dans les caisses pour augmen­ter les minima sociaux »

FAUX ! D’une part, seule la moitié des 7,5 milliards d’€ prévus pour le RSA sont effec­ti­ve­ment dépen­sés, à cause des non-recours (cf. 2–4.). D’autre part, il est possible de prendre des mesures – en parti­cu­lier de plus grande justice fiscale afin d’ac­croître les recettes de l’état et des collec­ti­vi­tés terri­to­riales.

2–3) « Les pauvres font des enfants pour toucher des aides et des allo­ca­tions. »

FAUX ! Ce n’est pas avec les allo­ca­tions qu’on peut vivre digne­ment en famille ; une famille proche du seuil de pauvreté s’ap­pau­vrit encore plus lorsqu’elle s’agran­dit.

 Exemple : une famille au seuil de pauvreté, en passant de deux enfants à trois enfants, passe en dessous de ce seuil ! En effet pour tout nouvel enfant, le revenu de la famille s’élè­vera de 161 € d’al­lo­ca­tions fami­liales tandis que son seuil de pauvreté s’élè­vera de 0,3 × 954 € soit 286 €. C’est ainsi que l’on dissuade les pauvres d’avoir des enfants !

Démons­tra­tion : le seuil de pauvreté (à 60% du revenu median) pour une personne seule est de 954 €. Le seuil de pauvreté pour cette famille est de 2003 € mensuels ( (1+0,5+0,3+0,3) x 954 € ). Disons 2.100 € de reve­nus (y compris allo­ca­tions fami­liales), juste au-dessus du seuil de pauvreté. Lorsque le nouvel enfant survient, son seuil de pauvreté devien­dra 2.290 € ( (1+0,5+0,3+0,3+0,3) x 954 € ). Ses reve­nus, augmen­tés de 161 € (allo­ca­tions fami­liales) seront alors de 2.261 €, infé­rieur au seuil de pauvreté !

2–4) « Les gens font tout pour toucher le maxi­mum d’aides »

FAUX ! La moitié des personnes éligibles au RSA n’en fait pas la demande (source : « La moitié des personnes éligibles au RSA n’en fait pas la demande », Actua­li­tés Sociales Hebdo­ma­daires, N° 2737, 2011, Odenore).

   Les raisons : la volonté de ne pas dépendre de l’aide publique, la complexité des démarches, le manque d’in­for­ma­tion, le souhait de ne pas être contrôlé. cancer-assistanat   Pour les taux de non-recours aux pres­ta­tions sociales, voir aussi 6–4. .

2–5) « Les pauvres demandent tous des droits, mais ça va avec des devoirs »

VRAI ! Mais la société doit aussi enga­ger des moyens suffi­sants pour que son devoir de soute­nir les personnes en diffi­culté se traduise en un accom­pa­gne­ment réel et ne consiste pas unique­ment en du contrôle. Or « Le suivi des allo­ca­taires du RSA parait s’être dégradé, puisque, pour les seuls allo­ca­taires du RSA socle, ils sont un tiers à avoir signé un CER (contrat d’en­ga­ge­ment réci­proque) alors que près de la moitié de ceux qui touchaient le RMI avaient à l’époque un contrat d’in­ser­tion. » commentent les auteurs (source : « La moitié des personnes éligibles au RSA n’en fait pas la demande« , Actua­li­tés Sociales Hebdo­ma­daires, N° 2737, 2011, Odenore).

     Pour ce qui est de l’ac­com­pa­gne­ment des cher­cheurs d’em­ploi, il n’est pas à la mesure des besoins. Le nombre moyen de deman­deurs d’em­ploi suivis par conseiller de Pôle Emploi était de 85 fin 2008, 95 en 2009, puis 105,8 fin décembre 2010. Le Sénat et le Conseil Écono­mique Social et Envi­ron­ne­men­tal estiment qu’il faudrait se rappro­cher de la cible de 60 deman­deurs d’em­ploi par conseiller (source : rapport du Sénat sur Pôle emploi, juillet 2011)

2–6) « On peut s’en sortir mieux au RSA qu’a­vec le SMIC »

FAUX ! C’est TOTALEMENT IMPOSSIBLE.

Et  pour­tant Laurent Wauquier décla­rait : « Un couple qui estwauquiez au RSA, en cumu­lant les diffé­rents systèmes de minima sociaux, peut  gagner plus qu’un couple dans lequel il y a une personne qui travaille  au SMIC » le 8 mai 2011.  

        Exemple d’un couple loca­taire en Île-de-France :

Ressources mensuelles (y compris APL) pour un couple sans emploi ni allo­ca­tions chômage (RSA-Socle)

Ressources mensuelles (y compris APL) pour un couple avec un SMIC à 1000 € mensuel net (+ RSA-acti­vité)

Sans enfant avec aide au loge­ment (APL)

598(RSA)+360(APL) = 

958 €

+ droit à la CMUC

1000+200(APL)+218(RSA-acti­vité) = 

1418 €

pas de droit à la CMUC

Sans enfant et sans APL

712 €

+ droit à la CMUC

1000+332(RSA-acti­vité) = 

1332 €

pas de droit à la CMUC

Avec deux enfants et APL et Allo­ca­tions fami­liales (126 €)

859+470(APL) =
 

1329 €

+ droit à la CMUC

1000 + 390(APL) + 126 (AF)
+ 350(RSA acti­vité) = 

1866 €

+ droit à la CMUC

Avec deux enfants et sans APL. AF=126 €

997 €

+ droit à la CMUC

1000+126+491(RSA acti­vité) = 

1617 €

+ droit à la CMUC

Nota bene :

  •   Les simu­la­tions d’APL ont été effec­tuées sur le site de la CAF pour un loyer de 700 € à Paris.
  •   RSA acti­vité = Montant forfai­taire RSA + 62 % des reve­nus d’ac­ti­vité du foyer – Ressources du foyer – Forfait d’aide au loge­ment (voir Rapport d’in­for­ma­tion, N°713, sénat, 2011). Pour notre premier calcul, cela donne 712+(1000×62 %)-1000–114=218 € . Note : 114 € est le forfait à déduire en 2012 pour une famille de deux personnes béné­fi­ciant d’une aide au loge­ment. Pour la situa­tion avec deux enfants, cela donne 997+(1000 x 62 %) – 1000 – 126 – 141=350 €.

   Note : 141 € est le forfait à déduire en 2012 pour une famille de 3 personnes et plus béné­fi­ciant d’une aide au loge­ment.

  •   Le RSA socle comprend les allo­ca­tions fami­liales.
  •  Pour avoir accès à la CMUC (CMU-Complé­men­taire), les reve­nus mensuels doivent être infé­rieurs à 1.080 € (2015) pour une famille de deux personnes et 1.512 € pour 4 personnes. Sont inclus dans ce calcul les reve­nus de la famille (hors RSA mais y compris allo­ca­tions fami­liales) et un forfait loge­ment pour les loca­taires béné­fi­ciant d’une aide au loge­ment : 125 € mensuels pour une famille de deux personnes en 2012 et 155 € pour plus de trois personnes (sources : CMU complé­men­taire : Condi­tions d’ac­cès, Ressources prises en compte & Aide complé­men­taire santé).

    Deux commen­taires :

  •   Effec­tuer ces calculs est un véri­table parcours du combat­tant : plusieurs témoi­gnages nous montrent qu’il y a parfois des écarts entre la théo­rie et la réalité. Comment une famille aux reve­nus modestes peut-elle prévoir ses reve­nus sur les mois à venir ?
  •   Nous n’avons pas pris en compte des dépenses de garde d’en­fant ou de services essen­tiels (trans­port, gaz, élec­tri­cité) qui peuvent être diffé­rentes entre une famille perce­vant un SMIC et une famille perce­vant le RSA socle.

2–7) « Toute une partie de la popu­la­tion a tendance à se lais­ser porter par les aides », « 99% de la popu­la­tion sont des glan­deurs et 1% essaie de s’en sortir », Clélia et Étienne, étudiants en école de commerce, à 0′ 17″ et 1’20 de l’émis­sion « La France, un pays d’as­sis­tés ?« , Avril 2010 !

FAUX ! 5% de la popu­la­tion française étaient allo­ca­taires de minima sociaux dont 2% pour le RSA (resp. 3,5 millions dont 1,3 millions) en 2009. 44% de ces allo­ca­taires le sont au titre du handi­cap (AAH) ou de la vieillesse (AVS, ASPA, AER-R).
Source : Protec­tion et aide sociale, para­graphe Allo­ca­taires de minima sociaux, INSEE.

 Nota : ne sont pas inclus les pres­ta­tions fami­liales car, liées à la présence d’en­fants à charge, celles-ci béné­fi­cient à TOUS les parents, soit sous forme d’aides pour les plus pauvres (ex : allo­ca­tion de rentrée), soit via le quotient fami­lial pour les plus riches (10 % de ménages aux plus hauts reve­nus se partagent près de 50% des réduc­tions d’im­pôts qu’il induit). Sur les pres­ta­tions fami­liales voir mon billet !

Source :« Le quotient fami­lial, un coûteux privi­lège de classe », Chris­tiane Marty, 2011.

    Sur le présumé effet dissua­sif des minima sociaux sur la recherche d’em­ploi, voir Y a-t-il une corré­la­tion entre le chômage et les minima sociaux ?

"Bien informés, les hommes sont des citoyens, mal informés ils deviennent des sujets.", Alfred Sauvy.