Cassez-vous, très riches cons !

  Avec un taux marginal d’imposition sur le revenu de 75% au dessus d’UN MILLION d’EUROS par foyer, nos irremplaçables zélites vont se barrer !

Hum, hum, voyons voir !

Le patrimoine moyen des 5% étasuniens les plus riches est de 6.630.000 $ (2007), celui des 5% français les plus riches est de 1.657.258 € (2010). Voir source et calcul en bas de page.

Autrement dit ces 2,5 millions d’irremplaçables français adultes auraient un patrimoine 3,6 à 6 fois* supérieur si ils s’enrichissaient aux USA. Soit un gain absolu moyen compris entre 4,3 et 8,3 millions d’€ ! Continuer la lecture

Trop de prélèvements obligatoires et de dépenses publiques tuent-ils la compétitivité et la croissance ? Match France-Suède !

  Le taux de prélèvements obligatoires tuent la « compétitivité » et la croissance !
Vraiment ?

Match France – Suède

   L’idée maitresse – et récurrente – du rapport Gallois est la baisse du taux de prélèvements obligatoires (TPO) par le biais d’une réduction des cotisations sociales, salariales et patronales – ce que le patronat appelle les « charges » – pour renforcer la compétitivité de notre économie. Voyons si un pays au TPO supérieur à celui de la France (50,7% vs 44,2%, 2005) peut être en meilleure santé que cette dernière ?

Pourquoi la Suède ?

Parce que, parmi les pays de l’OCDE et sur la dernière décennie au moins (1992-2012), la Suède est un pays présentant, par rapport à la France :

  • des taux de prélèvements obligatoires et de dépenses publiques supérieurs (et ce depuis des décennies) ;
  • un taux d’emplois publics très supérieur ;

tout en ayant :

  • des indices de développement humain brut (IDH) et d’IDH ajusté aux inégalités (IDH-I) ainsi qu’un indice d’inégalités (Gini) meilleurs ;
  • des indicateurs d’éducation et d’espérance de vie supérieurs ;
  • des taux de croissance et de chômage meilleurs  ;
  • un taux d’endettement public et des déficits publics inférieurs ;
  • . . .

   Chacune de ces données pour la France et la Suède (+ l’Allemagne) sont disponibles en bas de page.

    Un point noir : l’empreinte écologique d’un suédois (6,1 ha/hab) est supérieure à celle d’un français (5,6 ha/hab). Notons toutefois que la France se situe sous des latitudes plus chaudes et qu’en outre, la France utilise massivement le nucléaire, énergie décarbonée.

 Notons que malgré ce choix criticable à bien des égards, l’empreinte écologique d’un Allemand, résidant pourtant sous des latitudes moyennes plus froides, possède une empreinte écologique par habitant inférieure à celle d’un français : 4,5 versus 5,6 !!!!

Alors pourquoi la Suède s’en sort-elle mieux ?

    Outre mon court billet perso sur le sujet (cf. Pourquoi la Suède s’en sort – plutôt – bien ?), je vous suggère cette étude très bien documentée :  » Crises et transformation du modèle social-démocrate suédois  » , J.-F. Vidal, Professeur de Sciences économiques à Paris XI, Revue de la Régulation , 22 pages, N°8, 2010.

     En effet, comme l’intitulé l’indique, la Suède a connu quelques crises dont la dernière, financière et la plus grave en 1991-1992, a induit des transformations de son modèle social : le niveau de dépenses publiques, de 65% du PIB avant cette crise, s’est aujourd’hui stabilisé à un peu plus de 50%.

     Ce niveau élevé de dépenses publiques était-il à la source de la crise ? Les réduire était-il la seule solution pour en sortir ?

     Si je devais résumer en une phrase mon sentiment, il s’appuierait sur cet extrait de l’étude ci-dessus : «  Nous concluons que la grave crise financière de 1991-1992 qui a suivi la dérégulation du système bancaire a joué un rôle plus important que l’érosion du système de négociations néocorporatistes, que le développement de l’état providence,  et que l’inadaptation de la spécialisation des exportations. « .

     Autrement dit la crise financière a servi de prétexte pour mettre en place des politiques d’austérité afin de réduire les déficits publics induits par la récession entamé en 1987. En clair, les crises liées à 30 ans de dérégulation financière ont bon dos !

  Notons que pour sortir de cette crise d’origine bancaire, d’autres mesures radicales ont été prises : deux banques importantes ont été recapitalisées par de l’argent public après avoir été nationalisées. Elles ont été de nouveau privatisées une fois assainies et l’état suédois a ainsi dégagé du profit (lire Sauvetage du système bancaire suédois, Wikipedia).

     Pour rappel, dans les pays de l’OCDE, les prélèvements obligatoires servent pour une large part à financer, d’une part la redistribution des revenus via les prestations sociales (prestations familiales, allocation logement, minima sociaux, . . . ), et d’autre part les services publics (dont santé et éducation qui en représentent de 45 à 75%). Voir mon billet Préjugés sur les dépenses publiques .

   Enfin, notons que les taux de croissance des pays sont principalement corrélés à leur PIB par habitant initial comme le démontre parfaitement cette étude menée sur 22 pays d l’Europe de l’Ouest entre 1950 et 2000 : Le taux de croissance est avant tout corrélé au PIB/habitant.

___________________________
Accés aux données :

Complément d’informations :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pourquoi il faut être CONTRE la DISSUASION NUCLEAIRE

Contre la dissuasion nucléaire, en 20 lignes !

bq La guerre de 14-18 avait fait un civil tué pour dix militaires. La guerre de 39-40, un civil pour un militaire. Le Viêt Nam, cent civils pour un militaire. Pour la prochaine, les militaires seront les seuls survivants. Engagez-vous ! eqColuche  

 

    Ci-dessous, le passage le plus déterminant d’un article décrivant un instant crucial de la journée du 27 octobre 1962. Il suffit à étayer ma position en faveur d’un désarmement nucléaire TOTAL.

 

    Pour mémo officiellement, le monde possède 26.600 têtes nucléaires représentant 600.000 (six cent mille) fois la puissance de destruction de Nagasaki

  Pour essayer de visualiser un peu ce que cela représente, ce petit diaporama personnel en images.

 

===== Extrait de Crise de Cuba : le jour le plus dangereux de l’Histoire  =====

 

     Selon le récit d’un officier présent dans le sous-marin, après les dix détonations, le commandant Savitsky perd son sang-froid. Ayant une fois encore vainement tenté de joindre Moscou, il lance à ses hommes : « On va les faire exploser maintenant ‘.Nous mourrons, mais nous coulerons tous ensemble. » Et il ordonne à l’officier de sécurité d’armer la torpille spéciale… « S’il l’avait lancée, il aurait détruit d’un coup tout le groupe naval américain à ses trousses et Kennedy aurait été contraint de répliquer avec une arme nucléaire. Cela aurait été le début d’un engrenage fatal », explique Svetlana Savranskaya, qui va publier « The Soviet Cuban Missile Crisis » (1).

 

    Pourquoi Savitsky a-t-il renoncé ? D’après les survivants de cette odyssée, un homme a réussi à persuader le commandant de ne pas ordonner le tir : un certain Vassili Arkhipov, chef d’état-major de la flotte des sous-marins, qui, par hasard, navigue à bord du B-59 ce 27 octobre. Malgré son titre, cet officier supérieur ne peut donner d’ordre au commandant Savitsky, qui est le seul maître à bord. Il ne peut que tenter de le ramener à la raison. Comment y parvient-il ? On ne le saura jamais. Arkhipov est mort en 1998, en emportant son secret. Mais, selon l’historien de la guerre froide Thomas Blanton, « ce type a sauvé le monde ».

 

======= Fin de l’extrait. =======

 

    À d’autres moments de cette crise, nous sommes passés près de l’erreur, ou plutôt de l’horreur !

    À lire ici : Crise de Cuba : le jour le plus dangereux de l’Histoire

 

Actualité française : Budget de la défense 2013 (nov. 2012).

 

    La France a signé le Traité de non prolifération nucléaire (TNP) en 1992. En contradiction avec ce texte, la course aux armements se poursuit, au mépris des risques de dissémination qu’elle engendre. En 2015 tout l’arsenal nucléaire français aura été renouvelé. Et alors que 146 pays, dont 4 puissances nucléaires (Chine, Inde, Pakistan, Corée du Nord) travaillent à un processus d’élimination de l’arme nucléaire au travers d’une nouvelle convention présentée à l’assemblée générale des Nations Unies, à laquelle notre pays s’oppose alors que l’Iran y est favorable !

 

    En savoir plus sur le budget de la défense 2013 : Attac dit non au budget de la Défense pour 2013.

À ces parents qui estiment payer trop d’impôts

Aux parents qui estiment payer trop d’impôts sur le revenu et qui pensent que ce sont « les autres » qui en profitent !

     Ci-dessous, vous trouverez ce que des parents économisent en terme d’éducation et de formation pour l’ensemble de leurs enfants grâce au service public de l’enseignement et de la formation (que ce soit en établissement public ou privé sous contrat).

Diplôme

 

Coût cumulé de la scolarité selon le nombre d’enfants

1 enfant

2 enfants

3 enfants

4 enfants

5 enfants

6 enfants

 

Bac

93 148 €

186 296 €

279 444 €

372 592 €

465 740 €

558 888 €

Licence

123 805 €

 247 610 €

 371 415 €

 495 220 €

 619 025 €

742 830 €

Master

144 243 €

 288 486 €

 432 729 €

 576 972 €

 721 215 €

865 458 €

Doctorat

174 900 €

349 800 €

524 700 €

699 600 €

874 500 €

1 049 400 €

  Source des chiffres : voir bas de page.

     Selon la profession des parents, les enfants ont des durées moyennes d’études très variables : la différence entre les 10% les moins scolarisés et les 10% les plus scolarisés est de 7,6 années. Ces années supplémentaires, constituées d’études supérieures, ont un coût moyen de 10 219 € par an. Soit pour les 7,6 années supplémentaires, un surcoût de 77 664 €. Cet écart croit avec le niveau de revenus des parents. Autrement dit, la (quasi) gratuité du service public d’enseignement supérieur bénéficie essentiellement aux classes sociales favorisées.

    Cas extrêmes : les enfants d’enseignant ont 14 fois plus de chances relatives d’accéder au bac – sésame pour les études supérieures que les enfants d’ouvriers non qualifiés.

    Sur ce thème, voir : À qui profitent les dépenses éducatives ?, Pierre Merle, sociologue, La Vie des idées, mai 2012.

    En outre, de nombreux avantages en nature sont octroyés aux parents : prestations familiales diverses, réduction d’impôts sur le revenu par le biais du quotient familial, …. Comme illustré ci-dessous, une famille « perçoit » ainsi entre 150 € (1er décile) et 380 € (dernier centile) mensuel et par enfant. Pour la plupart (2e au 8e décile) le montant est d’environ 180 € mensuel.

Avantages familiaux en nature selon revenus 2010En savoir plus sur ce graphique , voir : Pour un nouveau quotient familial

__________________

 Les chiffres ayant permis les calculs du coût de la scolarité : Pierre Merle, 2005, rapportés par Alternatives économiques n° 315 juillet-août 2012 dans l’article « les gagnants du système scolaire » (p.77).
Téléchargez (ou me demander) le tableur m’ayant permis d’établir la synthèse ci-dessus.

En 2009, coût d’une année de scolarité  :

École primaire 

Collège 

Lycée 

Université 

Classe préparatoire

5 374 €

8 021 €

11 398 €

10 219 €

14 812 €

Soit, pour les études jusqu’au baccalauréat, 12 ans (5 de primaire + 4 de collège + 3 de lycée + 0 de supérieur) : 93 148 €

Soit, pour les études jusqu’au doctorat, 21 ans (Bac + 8) : 174 900  €

Le prix Nobel français d’économie écrit aux français, 5 décembre 2009

Maurice AllaisLe 9 octobre 2010 disparaissait Maurice Allais à l’âge respectable de 99 ans, qui avait tout annoncé…C’était le seul prix Nobel d’économie français.

Marianne lui avait ouvert ses colonnes fin 2009. Il y a exprimé son opinion par le biais d’une lettre testament aux français. Cette lettre est reproduite intégralement ci-dessous.

Afin de vous inciter à la lire intégralement pour vous changer des discours lénifiants des économistes vedettes du 20 h (Attali, Minc, De Boissieu, Cohen, Lenglet, …), je me suis permis d’en extraire quelques phrases clés :

 

« Le point de vue que j’exprime est celui d’un théoricien à la fois libéral et socialiste. », M. Allais, 5 décembre 2009.

 

Le fondement de la crise : l’organisation du commerce mondial

  • « il est fou d’avoir supprimé les protections douanières aux frontières, avec la Chine en particulier mais également avec certains pays plus proches. »

Il faut délocaliser Pascal Lamy ! [note : directeur (et socialiste !) de l’OMC]

  • « … le chômage actuel est dû à cette libéralisation totale du commerce, la voie prise par le G20 m’apparaît par conséquent nuisible. »

  • «  … attribuer la crise de 1929 à des causes protectionnistes constitue un contresens historique »

  • « Que Pascal Lamy ait demandé une accélération de ce processus de libéralisation m’apparaît une méprise monumentale, je la qualifierais même de monstrueuse. »

Un protectionnisme raisonné et raisonnable

  • « L’absence d’une telle protection apportera la destruction de toute l’activité de chaque pays ayant des revenus plus élevés, c’est-à-dire de toutes les industries de l’Europe de l’Ouest et celles des pays développés »

Crise et mondialisation sont liées

  • « Alors que les fondateurs du marché commun européen à six avaient prévu des délais de plusieurs années avant de libéraliser les échanges avec les nouveaux membres accueillis en 1986, nous avons ensuite, ouvert l’Europe sans aucune précaution et sans laisser de protection extérieure face à la concurrence de pays dotés de coûts salariaux si faibles que s’en défendre devenait illusoire »

Un prix Nobel . . . téléspectateur

  • « Les commentateurs économiques que je vois s’exprimer régulièrement à la télévision pour analyser les causes de l’actuelle crise sont fréquemment les mêmes qui y venaient auparavant pour analyser la bonne conjoncture avec une parfaite sérénité »

  • « je n’étais pas convié sur les plateaux de télévision quand j’annonçais, et j’écrivais, il y a plus de dix ans, qu’une crise majeure accompagnée d’un chômage incontrôlé allait bientôt se produire »

  • « je n’ai pu expliquer aux français les origines réelles de la crise alors qu’ils ont été dépossédés de tout pouvoir réel sur leur propre monnaie, au profit des banquiers »

  • « Bien que je sois un expert internationalement reconnu sur les crises économiques, notamment celles de 1929 ou de 1987, ma situation présente peut donc se résumer de la manière suivante : je suis un téléspectateur. Un prix Nobel… téléspectateur »

  • « Certains se trompent doublement en ignorant leur ignorance, mais d’autres, qui la connaissent et pourtant la dissimulent, trompent ainsi les Français. »

Lettre aux français de Maurice Allais, prix Nobel d’économie paru dans Marianne le 5 décembre 2009

Le point de vue que j’exprime est celui d’un théoricien à la fois libéral et socialiste. Les deux notions sont indissociables dans mon esprit, car leur opposition m’apparaît fausse, artificielle. L’idéal socialiste consiste à s’intéresser à l’équité de la redistribution des richesses, tandis que les libéraux véritables se préoccupent de l’efficacité de la production de cette même richesse. Ils constituent à mes yeux deux aspects complémentaires d’une même doctrine. Et c’est précisément à ce titre de libéral que je m’autorise à critiquer les positions répétées des grandes instances internationales en faveur d’un libre-échangisme appliqué aveuglément.

Le fondement de la crise : l’organisation du commerce mondial

La récente réunion du G20 a de nouveau proclamé sa dénonciation du « protectionnisme » , dénonciation absurde à chaque fois qu’elle se voit exprimée sans nuance, comme cela vient d’être le cas. Nous sommes confrontés à ce que j’ai par le passé nommé « des tabous indiscutés dont les effets pervers se sont multipliés et renforcés au cours des années » (1). Car tout libéraliser, on vient de le vérifier, amène les pires désordres. Inversement, parmi les multiples vérités qui ne sont pas abordées se trouve le fondement réel de l’actuelle crise : l’organisation du commerce mondial, qu’il faut réformer profondément, et prioritairement à l’autre grande réforme également indispensable que sera celle du système bancaire.

 

Les grands dirigeants de la planète montrent une nouvelle fois leur ignorance de l’économie qui les conduit à confondre deux sortes de protectionnismes : il en existe certains de néfastes, tandis que d’autres sont entièrement justifiés. Dans la première catégorie se trouve le protectionnisme entre pays à salaires comparables, qui n’est pas souhaitable en général. Par contre, le protectionnisme entre pays de niveaux de vie très différents est non seulement justifié, mais absolument nécessaire. C’est en particulier le cas à propos de la Chine, avec laquelle il est fou d’avoir supprimé les protections douanières aux frontières. Mais c’est aussi vrai avec des pays plus proches, y compris au sein même de l’Europe. Il suffit au lecteur de s’interroger sur la manière éventuelle de lutter contre des coûts de fabrication cinq ou dix fois moindres – si ce n’est des écarts plus importants encore – pour constater que la concurrence n’est pas viable dans la grande majorité des cas. Particulièrement face à des concurrents indiens ou surtout chinois qui, outre leur très faible prix de main-d’œuvre, sont extrêmement compétents et entreprenants.

Il faut délocaliser Pascal Lamy !

Mon analyse étant que le chômage actuel est dû à cette libéralisation totale du commerce, la voie prise par le G20 m’apparaît par conséquent nuisible. Elle va se révéler un facteur d’aggravation de la situation sociale. À ce titre, elle constitue une sottise majeure, à partir d’un contresens incroyable. Tout comme le fait d’attribuer la crise de 1929 à des causes protectionnistes constitue un contresens historique. Sa véritable origine se trouvait déjà dans le développement inconsidéré du crédit durant les années qui l’ont précédée. Au contraire, les mesures protectionnistes qui ont été prises, mais après l’arrivée de la crise, ont certainement pu contribuer à mieux la contrôler. Comme je l’ai précédemment indiqué, nous faisons face à une ignorance criminelle. Que le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy, ait déclaré : « Aujourd’hui, les leaders du G20 ont clairement indiqué ce qu’ils attendent du cycle de Doha : une conclusion en 2010 » et qu’il ait demandé une accélération de ce processus de libéralisation m’apparaît une méprise monumentale, je la qualifierais même de monstrueuse. Les échanges, contrairement à ce que pense Pascal Lamy, ne doivent pas être considérés comme un objectif en soi, ils ne sont qu’un moyen. Cet homme, qui était en poste à Bruxelles auparavant, commissaire européen au Commerce, ne comprend rien, rien, hélas ! Face à de tels entêtements suicidaires, ma proposition est la suivante : il faut de toute urgence délocaliser Pascal Lamy, un des facteurs majeurs de chômage !

 

Plus concrètement, les règles à dégager sont d’une simplicité folle : du chômage résulte des délocalisations, elles-mêmes dues aux trop grandes différences de salaires… À partir de ce constat, ce qu’il faut entreprendre en devient tellement évident ! Il est indispensable de rétablir une légitime protection. Depuis plus de dix ans, j’ai proposé de recréer des ensembles régionaux plus homogènes, unissant plusieurs pays lorsque ceux-ci présentent de mêmes conditions de revenus, et de mêmes conditions sociales. Chacune de ces « organisations régionales » serait autorisée à se protéger de manière raisonnable contre les écarts de coûts de production assurant des avantages indus a certains pays concurrents, tout en maintenant simultanément en interne, au sein de sa zone, les conditions d’une saine et réelle concurrence entre ses membres associés.

Un protectionnisme raisonné et raisonnable

Ma position et le système que je préconise ne constitueraient pas une atteinte aux pays en développement. Actuellement, les grandes entreprises les utilisent pour leurs bas coûts, mais elles partiraient si les salaires y augmentaient trop. Ces pays ont intérêt à adopter mon principe et à s’unir à leurs voisins dotés de niveaux de vie semblables, pour développer à leur tour ensemble un marché interne suffisamment vaste pour soutenir leur production, mais suffisamment équilibré aussi pour que la concurrence interne ne repose pas uniquement sur le maintien de salaires bas. Cela pourrait concerner par exemple plusieurs pays de l’est de l’Union européenne, qui ont été intégrés sans réflexion ni délais préalables suffisants, mais aussi ceux d’Afrique ou d’Amérique latine.

L’absence d’une telle protection apportera la destruction de toute l’activité de chaque pays ayant des revenus plus élevés, c’est-à-dire de toutes les industries de l’Europe de l’Ouest et celles des pays développés. Car il est évident qu’avec le point de vue doctrinaire du G20, toute l’industrie française finira par partir à l’extérieur. Il m’apparaît scandaleux que des entreprises ferment des sites rentables en France ou licencient, tandis qu’elles en ouvrent dans les zones à moindres coûts, comme cela a été le cas dans le secteur des pneumatiques pour automobiles, avec les annonces faites depuis le printemps par Continental et par Michelin. Si aucune limite n’est posée, ce qui va arriver peut d’ores et déjà être annoncé aux Français : une augmentation de la destruction d’emplois, une croissance dramatique du chômage non seulement dans l’industrie, mais tout autant dans l’agriculture et les services.

 

De ce point de vue, il est vrai que je ne fais pas partie des économistes qui emploient le mot « bulle ». Qu’il y ait des mouvements qui se généralisent, j’en suis d’accord, mais ce terme de « bulle » me semble inapproprié pour décrire le chômage qui résulte des délocalisations. En effet, sa progression revêt un caractère permanent et régulier, depuis maintenant plus de trente ans. L’essentiel du chômage que nous subissons —tout au moins du chômage tel qu’il s’est présenté jusqu’en 2008 — résulte précisément de cette libération inconsidérée du commerce à l’échelle mondiale sans se préoccuper des niveaux de vie. Ce qui se produit est donc autre chose qu’une bulle, mais un phénomène de fond, tout comme l’est la libéralisation des échanges, et la position de Pascal Lamy constitue bien une position sur le fond.

Crise et mondialisation sont liées

Les grands dirigeants mondiaux préfèrent, quant à eux, tout ramener à la monnaie, or elle ne représente qu’une partie des causes du problème. Crise et mondialisation : les deux sont liées. Régler seulement le problème monétaire ne suffirait pas, ne réglerait pas le point essentiel qu’est la libéralisation nocive des échanges internationaux, Le gouvernement attribue les conséquences sociales des délocalisations à des causes monétaires, c’est une erreur folle.

 

Pour ma part, j’ai combattu les délocalisations dans mes dernières publications (2). On connaît donc un peu mon message. Alors que les fondateurs du marché commun européen à six avaient prévu des délais de plusieurs années avant de libéraliser les échanges avec les nouveaux membres accueillis en 1986, nous avons ensuite, ouvert l’Europe sans aucune précaution et sans laisser de protection extérieure face à la concurrence de pays dotés de coûts salariaux si faibles que s’en défendre devenait illusoire. Certains de nos dirigeants, après cela, viennent s’étonner des conséquences !

 

Si le lecteur voulait bien reprendre mes analyses du chômage, telles que je les ai publiées dans les deux dernières décennies, il constaterait que les événements que nous vivons y ont été non seulement annoncés mais décrits en détail. Pourtant, ils n’ont bénéficié que d’un écho de plus en plus limité dans la grande presse. Ce silence conduit à s’interroger.

Un prix Nobel… téléspectateur

Les commentateurs économiques que je vois s’exprimer régulièrement à la télévision pour analyser les causes de l’actuelle crise sont fréquemment les mêmes qui y venaient auparavant pour analyser la bonne conjoncture avec une parfaite sérénité. Ils n’avaient pas annoncé l’arrivée de la crise, et ils ne proposent pour la plupart d’entre eux rien de sérieux pour en sortir. Mais on les invite encore. Pour ma part, je n’étais pas convié sur les plateaux de télévision quand j’annonçais, et j’écrivais, il y a plus de dix ans, qu’une crise majeure accompagnée d’un chômage incontrôlé allait bientôt se produire, je fais partie de ceux qui n’ont pas été admis à expliquer aux Français ce que sont les origines réelles de la crise alors qu’ils ont été dépossédés de tout pouvoir réel sur leur propre monnaie, au profit des banquiers. Par le passé, j’ai fait transmettre à certaines émissions économiques auxquelles j’assistais en téléspectateur le message que j’étais disposé à venir parler de ce que sont progressivement devenues les banques actuelles, le rôle véritablement dangereux des traders, et pourquoi certaines vérités ne sont pas dites à leur sujet. Aucune réponse, même négative, n’est venue d’aucune chaîne de télévision et ce durant des années.

 

Cette attitude répétée soulève un problème concernant les grands médias en France : certains experts y sont autorisés et d’autres, interdits. Bien que je sois un expert internationalement reconnu sur les crises économiques, notamment celles de 1929 ou de 1987, ma situation présente peut donc se résumer de la manière suivante : je suis un téléspectateur. Un prix Nobel… téléspectateur, Je me retrouve face à ce qu’affirment les spécialistes régulièrement invités, quant à eux, sur les plateaux de télévision, tels que certains universitaires ou des analystes financiers qui garantissent bien comprendre ce qui se passe et savoir ce qu’il faut faire. Alors qu’en réalité ils ne comprennent rien. Leur situation rejoint celle que j’avais constatée lorsque je m’étais rendu en 1933 aux États-Unis, avec l’objectif d’étudier la crise qui y sévissait, son chômage et ses sans-abri : il y régnait une incompréhension intellectuelle totale. Aujourd’hui également, ces experts se trompent dans leurs explications. Certains se trompent doublement en ignorant leur ignorance, mais d’autres, qui la connaissent et pourtant la dissimulent, trompent ainsi les Français.

 

Cette ignorance et surtout la volonté de la cacher grâce à certains médias dénotent un pourrissement du débat et de l’intelligence, par le fait d’intérêts particuliers souvent liés à l’argent. Des intérêts qui souhaitent que l’ordre économique actuel, qui fonctionne à leur avantage, perdure tel qu’il est. Parmi eux se trouvent en particulier les multinationales qui sont les principales bénéficiaires, avec les milieux boursiers et bancaires, d’un mécanisme économique qui les enrichit, tandis qu’il appauvrit la majorité de la population française mais aussi mondiale.

 

Question clé : quelle est la liberté véritable des grands médias ? Je parle de leur liberté par rapport au monde de la finance tout autant qu’aux sphères de la politique.

 

Deuxième question : qui détient de la sorte le pouvoir de décider qu’un expert est ou non autorisé à exprimer un libre commentaire dans la presse ?

 

Dernière question : pourquoi les causes de la crise telles qu’elles sont présentées aux Français par ces personnalités invitées sont-elles souvent le signe d’une profonde incompréhension de la réalité économique ? S’agit-il seulement de leur part d’ignorance ? C’est possible pour un certain nombre d’entre eux, mais pas pour tous.

 

Ceux qui détiennent ce pouvoir de décision nous laissent le choix entre écouter des ignorants ou des trompeurs.

 

Maurice Allais, 5 décembre 2009.

NB : vous pouvez télécharger l’article scanné paru dans Marianne ici (4,2 Mo, pdf).

Pour en savoir plus sur Maurice Allais (morceaux choisis) : Le testament de maurice Allais

_________________
(1) L’Europe en crise. Que faire ?, éditions Clément Juglar. Paris, 2005.
(2) Notamment La crise mondiale aujourd’hui, éditions Clément Juglar, 1999, et la Mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance : l’évidence empirique, éditions Clément Juglar, 1999.

Taux d’immigrés à terme dans une population

Évolution du taux d’immigrés dans une population donnée en fonction du solde migratoire annuel

Un jour quelqu’un m’a dit, si le solde migratoire (nombre d’immigrés entrant moins le nombre d’immigrés sortant) annuel d’un pays est de 0,5%, c’est à dire 5 immigrés en plus pour 1.000 habitants alors, après 20 ans il y aura 10% d’immigrés et après 100 ans 50%. C’est évidemment FAUX, ARCHI FAUX !

Prenons le cas de la France : en 2001, le solde migratoire annuel était de 0,1% tandis que le solde démographique naturel (naissances – décès sur le sol français) annuel de 0,4 %. Source : INED, voir lien sur le point 9.3 de l’article Préjugés sur l’immigration.

Considérons également que le taux de mortalité des immigrés (eh oui, les immigrés ne sont pas immortels !) est le même que celui de la population française, soit 0,086%. Ce qui signifie que le taux de natalité est de 0,126%.

On aboutit alors, par des calculs année après année, à un taux d’immigrés dans la population française se stabilisant à 7,35% au bout de 4 siècles (1,20% après 20 ans, 3,09% après 40 ans, 5,47% après un siècle, … )

Si l’on prend la situation de l’année 2003,  la plus « défavorable » des années de 2003 à 2011 (solde naturel : 0,35%, solde migratoire 0,17%. Source : cette page de l’INED, plus disponible. ), l’on trouve une valeur finale de 12%. Si l’on prend les valeurs de la période 2010-2015 (soldes naturel et migratoire resp. de 0,34% et 0,21%. Source : cette page de l’INED ), on trouve une valeur finale de 14,3%. En 2013, le taux constaté était de 11,6%.

Vous pouvez télécharger le tableur qui l’établit (paramétrable) : cliquez ICI.

 On peut également établir cette limite par calcul formel (cf. ci-dessous).

    Un dernier mot pour ceux qui voient en tout immigré ou descendant d’immigré non européen, un musulman :

   7,8% des adultes de 18 à 50 ans , soit 2,1 millions de personnes, se déclaraient de confession musulmane en France ! (source :  » Trajectoires  et Origines Enquête sur la diversité des populations en France », p. 124, INED, octobre 2010).

   Pour les sceptiques envers les statistiques officielles, selon l’IFOP le taux serait de 5,8% de la population des plus de 18 ans (source :  » ANALYSE : 1989-2011, Enquête sur l’implantation et l’évolution de l’Islam de France », p.4, IFOP, juillet  2011).

Taux_musulman_par_departement.jpg

On retrouve ces chiffres dans l’article wikipedia : L’islam en France.

Sur la présumée islamisation de la France, j’en parle ici : Préjugés sur l’islamisation de la France.

__________________________________
Calcul formel du taux d’immigrés à terme.

Rappelons d’abord quelques définitions :

  • Immigré (selon l’ONU) : il s’agit de toutes les personnes nées en dehors du territoire français et qui entre sur le sol français. Cela inclut donc les français nés à l’étranger (droit du sang) ;
  • Non-immigré : sont non-immigrés les personnes nées sur le sol français, que leurs deux parents soient immigrés ou non (droit du sol) ;
  • Population française : ensemble des immigrés et des non-immigrés vivant à un moment donné sur le territoire français;

Adoptons les notations suivantes :

  • P(t) : population française (non immigrés + immigrés) à l’année t
    I(t) : population immigrée en France à l’année t
    n : taux de natalité (en %)
    d : taux de mortalité (en %)
    i : taux migratoire (en %), solde migratoire rapporté à la population française) ;
    r : taux d’immigré dans la population française (en %)

On a alors, à l’année t+1 :

  • Population française : P(t+1) = P(t)*[ (1+n)*(1-d) + i ] ; // Naissances + nouveaux immigrés – décés ;
  • Population immigrée : I(t+1) = I(t)*(1-d) + P(t)*i ; // Immigrés présents moins ceux qui décèdent durant l’année + nouveaux immigrés ;

On suppose que le taux d’immigrés r, soit I/P, est constant.

Alors : r = I(t+1)/P(t+1) = (r*(1-d)+i) / [(1+n)*(1-d)+i]

D’où : r = i / [n*(1-d)+i]

Exemple (valeurs françaises pour 2001 et considérées constantes par la suite :

n = 1.26%, d = 0.86% (donc accr = 0.4%) et i = 0.1%

On trouve un taux de 7,36% d’immigrés dans la population

C’est la valeur ainsi calculée et affichée en haut à droite du tableur téléchargeable ci-dessus, valeur identique à celle trouvée par calcul itératif (cf. dernières lignes du tableur).

IMPÔTS : faudrait savoir !

Impôts : inversion de tendance européenne !

Comme c’est bizarre, comme c’est étrange !

On nous martèle depuis plus de dix ans, de la droite dure à la gauche molle, que les impôts plombent la compétitivité de nos entreprises, favorisent les délocalisations, et, pour les particuliers, brisent les initiatives et favorisent l’exil de nos « élites ».

Et soudainement, après avoir peu ou prou tenté l’option de réduire les consommations publiques (oui, une dépense publique est une consommation collective de bien ou de service), nombre de pays européens retrouvent les vertus des impôts.

Comme c’est bizarre, comme c’est étrange et quelle coïncidence !!!!

Coïncidant avec la survenue de la crise financière (sept 2008), laquelle a induit la crise des dettes publiques, on constate un ralentissement, voire une inversion de tendance du taux d’imposition, dans l’Eurozone (union à 17) et l’Union à 27.

De-la-vertu-retrouvee-des-impots.gif
Figure 1 : Taux d’imposition moyens dans l’Union européenne (TVA) et dans la zone euro (taux marginal de l’impôt sur les revenus et taux d’imposition sur les bénéfices des entreprises), en %. Source : Eurostat.

Graphique tiré de l’article : Fiscalité : la tendance s’inverse, Guillaume Duval, Alternatives Économiques, n° 314 – juin 2012

    

Comme quoi, quand on veut, il n’est pas nécessaire d’attendre une décision européenne !

Cela étant, à quand une réglementation européenne d’harmonisation sociale et fiscale  en lieu et place du dumpingauquel on nous avait habitués ?

La croissance est terminée !

Pourquoi la croissance, c’est fini ?

Lorsque le mot « croissance » est cité 84 fois dans le communiqué du G20 de juin 2012, on peut penser que la question mérite d’être posée. Aussi, si vous avez une petite heure à consacrer au sujet, je vous recommande vivement cet article en quatre parties de Jean Gadrey, professeur émérite d’économie à l’Université de Lille1, membre de la commission Stiglitz sur les nouveaux indicateurs de richesse.

L’article « La baisse tendancielle du taux de croissance » (oct. 2009) se décompose ainsi :

Et si l’article vous a plu, je ne saurais que vous recommander la lecture de son livre « Adieu à la croissance »(192 p. 14 €, déc. 2011).

   Je vous invite également à lire l’interview de Dennis Meadows, co-auteur du rapport « Halte à la croissance ? » établi en 1972. Une actualisation« The limits to Growth – The 30-year update », sortie en 2004, a été traduite en français « Les limites à la croissance » en . . . 2012 ! L’actualisation conforte les projections faites en 1972. Lire l’interview :Nous n’avons pas mis fin à la croissance, la nature va s’en charger et La croissance mondiale va s’arrêter (juin 2012).

Sinon, prenez 5-10 mn pour lire ci-dessous un court résumé de l’article de J.Gadrey sus-cité.

   L’article « la baisse tendancielle du taux de croissance » de Jean Gadrey en quelques lignes et graphiques.

Premier constat, la baisse tendancielle du taux de croissance de 1950 à 2014 est UN FAIT :taux_croissance_france_1950-2014Source : Taux de croissance française de 1950 à 2014, INSEE,

    Remarque : Le taux de croissance est généralement fourni sans tenir compte de l’augmentation de la population. Or ce qui importe ce n’est pas la taille du gâteau (PIB) mais la taille des parts (PIB/habitant, cf. Bonus en fin d’article). Ce qui conduit à accentuer sensiblement la pente, la population française augmentant.

   Ce constat réalisé, Jean Gadrey fait l’inventaire des causes structurelles :

  1. Importance du secteur des services où les gains de productivité sont de fait limités : on ne peut obtenir des gains de productivité aussi importants que ceux qui ont permis de réduire l’emploi dans l’agriculture (mécanisation, remembrement) et l’industrie (robotisation). D’autant qu’en 2012, des gains substantiels ont déjà été atteints grâce à l’informatisation et la mise en réseau (collecte de l’information). Comment augmenter la productivité d’un enseignant, d’un soignant, d’un travailleur social, d’un conseiller, . . . Plus crûment : à quand l’enseignant ou le médecin robot ?

  2. Renchérissement du coût de l’énergie (hydrocarbures) et des ressources naturelles (minerais, …) : le prix du pétrole a été multiplié par un facteur deux à trois depuis 1975 pour des raisons politiques (OPEP). Le pétrole a passé son pic de production autour du milieu des années 2000. Ce fait physique conduit à une tendance haussière durable du prix du baril jusqu’à un niveau voisin des autres sources d’énergies, renouvelables (photovoltaïque, renouvelable, biomasse, …) ou non (pétrole non conventionnel, sables bitumineux, gaz de schistes …) ;Prix pétrole 1861-2005 BP-2007

   Ainsi il faut désormais faire mieux avec moins alors que durant les trente glorieuses l’on a fait mieux avec plus : de 1945 à 1980, multiplication par CINQ de la quantité de pétrole par habitant au niveau mondial puis, après une diminution de 20%, le niveau stagne depuis 1985. Probablement baissera-t-il encore étant donné l’accroissement de la population mondiale.

   Rajoutez à tout cela 40 ans de vie à crédit (dettes publiques et privées) et une dette écologique (changement climatique, effondrement de la biodiversité, . . . ) sur laquelle nous ne pourrons faire défaut, et il n’y a plus qu’à espérer le retour de Jésus !

   Et à ceux qui penseraient que la France décline(rait) à cause des 35 h, des dépenses publiques, de l’immigration, des minima sociaux, des allocations familiales, des fraudes aux prestations sociales, de trop-de-fonctionnaires, des grèves, de la fiscalité, des allocations chômage, des rigidités du contrat de travail, de la retraite à 60 ans, . . . ,  je propose le graphique suivant : il met en évidence la baisse tendancielle du taux de croissance de quatorze pays représentatifs de l’OCDE de 1962 à aujourd’hui. Notons que certains ne sont pas des exemples en terme de justices, sociale et économique.

   Au point de vue mondial, l’OCDE dans son rapport Horizon 2060 : perspectives de croissance économique globale à long terme (2012), écrit à la page 8 :  » De plus de 7 % par an pendant les dix dernières années, la croissance des pays hors OCDE tombera aux alentours de 5 % dans les années 2020 puis à environ la moitié de ce taux à l’horizon 2050, tandis que la croissance tendancielle de la zone OCDE s’établira autour de 1,75% à 2,25% par an en moyenne. »

   Si ce résumé personnel ne vous convainc pas alors lisez les quatre parties de l’article « La baisse tendancielle du taux de croissance » (J. Gadrey, oct. 2009) :

Le graphique ci-dessous synthétise les tendances prédites dans le rapport Meadows en 1972 (courbes en pointillés) et observées depuis (courbes continues) sur la période 1970-2000.

   Confondant, non ?

Espérons que l’humanité réagira avant l’effondrement prévisible d’ici 10 à 20 ans.À moins qu’il n’ait commencé en juillet 2007 avec la crise des subprimes, la chute de Lehman Brothers , . . .

À la date de cet article le sommet de la Terre Rio+20 vient de se terminer en retrait sur les engagements du premier sommet de la Terre de Rio en 1992, c’est à dire sur . . . RIEN !

_________________________________
Bonus 
: autre présentation de la baisse tendancielle du taux de croissance, par décennie et par habitant, par Olivier Berruyer de l’excellent blog Les Crises :

Et maintenant, si vous y croyez encore un peu, je vous invite à entonner avec La Parisienne Libérée, cette prière à la croissance :

Préjugés sur les fraudes aux prestations sociales

  Salauds de pauvres ? Les fraudes aux prestations sociales représentent 2% de l’ensemble des fraudes fiscales et sociales (France, 2010).

A en croire certains discours tel celui de N. Sarkozy (Bordeaux, novembre 2011), les déficits publics seraient liés à un manque à gagner de l’État lié aux fraudes aux prestations sociales. La réalité est tout autre. Même si celles-ci existent et doivent être réduites par tous les moyens possibles, les fraudes sociales ne représentent qu’une très faible part des fraudes avérées : environ 2% de l’ensemble des fraudes sociales et fiscales comme l’illustre le graphique ci-dessous (France, 2010).

Légende : les fraudes des particuliers sont représentées par les barres de teintes vertes (4,7 milliards d’€), celles des professionels et entreprises par les barres de teintes orangées (8,1 milliards d’€). Pour le détail, cliquez sur le graphique ci-dessous ou sur le bandeau qui suit.

Part fraudes prestations sociales dans fraudes totales Fran

Le chiffrage et ses sources sont disponibles à partir de cet article La fraude fiscale coûte plus cher à l’État que la fraude sociale de France24, ou en cliquant sur l’image associée ci-dessous :

La-Fraude-en-France_Infographie_France24.jpg

   Et si l’on prend en compte les estimations de fraudes ?
Si l’on prend en compte non plus les fraudes avérées mais les estimations alors la part des fraudes aux prestations sociales reste tout aussi modeste. Ainsi :
   Concernant la fraude sociale réelle, tant au niveau des prestations indues (particuliers) que des cotisations non réalisées (employeurs), dans ce rapport parlementaire (juin 2011) on peut lire :« la fraude aux prestations pour le régime général représenterait donc entre 2 et 3 milliards d’euros» tandis que « la fraude aux prélèvements sociaux [..] représenterait entre 8,4 et 14,6 milliards d’euros ».

   Les premières concernerait 1% des particuliers et les secondes 10 % des entreprises. Il s’agit là d’estimation extrapolée à partir de diverses sources françaises ou étrangères.

   Concernant l’évasion fiscale réelle, le montant est très difficile à mesurer. Tout au plus peut-on faire des estimations par croisement de données. Ainsi :

  • Le juge Van Ruymbeke l’estime à 20 milliards d’€ annuels ;
  • Dans son ouvrage « Ces 600 milliards qui manquent à la France » (mars 2012, interview sur France-Info, 8 mn), Antoine Peillon, journaliste d’investigation, estime à 600 milliards le manque à gagner sur plusieurs décennies. Cette somme se répartit en deux parties entre les entreprises et groupes d’une part (340 milliards) et les particuliers d’autre part (260 milliards). Il ne s’agit pas d’un flux annuel mais du stock constitué sur des décennies. Cela représente en terme de manque à gagner fiscal annuel une somme de 32,5 milliards, soit 17% du budget de l’état, soit le budget total de l’éducation nationale, 2e poste de dépenses après le service de la dette.

   Concernant la fraude fiscale : en 2005 elle est évaluée entre 20 et 25 Milliards d’€ par le Conseil des prélèvements obligatoires, à 30 Milliards d’€ par la Direction du Budget, ou encore à 50 Milliards d’€ par la Commission Européenne.

   On voit bien que la part des fraudes aux prestations sociales est encore plus modeste selon ces estimations de fraudes.

   Pour d’autres préjugés sur les prestations sociales, voir également : Préjugés sur la sécurité sociale et la santé et  Préjugés sur les prestations familiales.

Très bon article sur un autre blog avec lien pour approfondir et toutes les sources des données : La fraude sociale sur la balance, par Jérôme Latta,  24 janvier 2014.

Préjugés sur les dépenses publiques

17) Préjugés sur les dépenses publiques

17-1)« Il y a trop de dépenses publiques ! »

FAUT VOIR ! Qui dit « trop », signifie qu’il faut en supprimer. Pourquoi pas ! Mais lesquelles et selon quels critères ?

Un constat : les dépenses publiques représentent une part croissante du PIB .

Pourquoi ?

600x450-ct249 De 1978 à 2010 (33 ans), le poids des dépenses publiques dans le PIB s’est accru de 11,9 points de PIB. Comment une telle progression se justifie-t-elle ?

Si l’on compare l’évolution entre l’année 1978 et l’année 2010, la décomposition de la progression est la suivante :Evolution_entre_1978_et_2010_depenses_publiques_par_nature

De 1978 à 2010, l’augmentation des dépenses de fonctionnement (+1,3 pt) ne représente que 11% de l’augmentation totale (+11,9 pt).

Peut-on, en réduisant le nombre d’emplois publics (santé, éducation, travailleurs sociaux, recherche, …) réduire ces dépenses sans entamer la qualité des services publics ?

Pas sûr !

N’est-il pas légitime que le coût de la santé s’accroisse parallèlement au développement de nouvelles thérapies ?

L’on peut cependant se poser la question de la prévention : ne serait-il pas moins coûteux de prévenir certaines maladies. Non seulement celles liées à notre mode de vie individuel (sédentarité, alimentation, …) mais aussi à notre environnement collectif (polluants chimiques , …).

N’est-il pas légitime que l’éducation et la formation prennent une part croissante ? Doit-on déléguer ces fonctions à des établissements privés ?

Concernant les rémunérations des emplois publics (fonctions publiques d’état, territoriale et hospitalière), voir : Préjugés sur les fonctionnaires.

L’essentiel de l’augmentation est due aux dépenses de transfert (+9,3 pts) et principalement celles de prestations sociales (+7,5 pts) qui représentent 63% de l’augmentation totale.

 Faut-il réduire ces prestations sociales qui représentent 45% des dépenses publiques ?

Ces prestations concernent : la santé (maladie, accidents du travail, invalidité), la vieillesse et survie, la maternité  et la famille, le chômage, le logement, la pauvreté et l’exclusion sociale.

Sur la pauvreté et l’exclusion, voir : Préjugés sur les minima sociaux.

Sur la maternité et la famille, voir : Préjugés sur les prestations familiales.

Sur le chômage, voir : Préjugés sur le chômage.

Sur la protection sociale (santé et retraites ) : patience !

Hormis ces deux gros postes de dépenses (fonctionnement et prestations) qui représentent 80% de la dépense publique, il reste 20% se décomposant en : charges d’intérêts de la dette (4%), subventions et autres transferts courants (10%), et enfin investissement (6%) comme l’illustre ce graphique pour l’année 2010 :Repartition-depense-publique-2010_Gouv-2012

Source : Rapport sur la dépense publique et son évolution, p. 11, graphique 1, Ministère du budget, des comptes publics et de la réforme de l’Etat, 2012.

En savoir plus : « La France a-t-elle trop de dépenses publiques ? » (C. Chavagneux, Alternatives économiques, juin 2012). L’article réalise une comparaison intéressante avec l’Allemagne qui serait plus vertueuse en la matière et qu’il faudrait imiter selon certains !

17-2)  » Les charges pèsent trop sur les entreprises et pénalisent leur compétitivité ! »

FAUX ! Les « charges », que l’on devrait appeler cotisations sociales, sont des prélèvements obligatoires sur votre salaire « super-brut ». Ils sont partie intégrante de votre salaire « super-brut », lequel est la somme de votre salaire brut et des « charges » patronales. Les « charges » salariales sont prélevées de votre salaire brut et conduise au salaire net. L’ensemble de ces « charges » contribuent pour l’essentiel à votre propre protection sociale (retraite, chômage, maladie). Les autres prélèvements contribuent à des objectifs collectifs ciblés tel le logement,  les transports, la formation, ….Il s’agit donc en fait d’une partie des salaires qui est, soit différé (retraite, chômage, …) , soit socialisé (santé, éducation, recherche, …).

    Notons au passage que les cotisations maladie, famille et retraite, sont gérées par la Sécurité Sociale, organisme de droit privé (ses employés ne sont donc pas des fonctionnaires !).

Une part plus réduite (CSG, …) de ces « charges » contribue au budget de l’état afin de procéder à une redistribution des richesses et/ou d’assurer le fonctionnement des pouvoirs régaliens (ordre, sécurité, justice, …) de l’état . Voir graphique ci-dessus répartition de la dépense publique.

En résumé, ces « charges » correspondent donc à des dépenses collectives et ne pèsent donc pas plus sur les entreprises que le salaire net. Il va de soit que baisser, l’un, l’autre ou les deux, fait baisser le coût du travail et peut donc augmenter la compétitivité  des entreprises si celles-ci répercutent cela sur leur prix plutôt que sur leur profits.

Cependant, si ces « charges » n’existaient pas, ce serait à chacun d’entre-nous de les réaliser individuellement en prenant des assurances privées pour nous protéger des accidents de la vie : chômage, maladie, vieillesse, …

Ce système serait-il plus juste ? Moins coûteux ? Pas sûr ! Un bon exemple sont les dépenses de santé dans les pays de l’OCDE. Les Etats-Unis est un des rares pays où la part les dépenses privées (complémentaires santé, reste à charge) de santé sont plus importantes que celle des dépenses publiques (sécu, …). Et c’est pourtant le pays où la part des dépenses de santé dans le PIB est de loin le plus important : 15,3% contre 11,1% en France et 10,6% en Allemagne. Pour quel résultat ? Concernant l’Allemagne relativement à la France, lire Santé : maîtrise des dépenses en France, financement pragmatique en Allemagne (Alternatives économiques, avril 2012).

Un seul indicateur : l’espérance de vie en 2010 était de 3,2 ans moins élevée aux Etats-unis qu’en France, l’Allemagne et le Royaume-Uni se situant entre les deux (resp. 80 et 80,4 ans)

Au Royaume-Uni,  les dépenses totales de santé sont inférieures de 2,7 pts de PIB par rapport à la France. Cependant, la part publique y est plus importante qu’en France (87% contre 79,5% ). Notons qu’une spécificité du système de santé britannique réside dans le fait que les médecins sont des employés du public.

Le graphique ci-dessous fait état des dépenses de santé dans divers pays de l’OCDE.Depenses_sante_privees_et_publiques_en_part_de_pib

 17-3)   » Les prélèvements obligatoires limitent le pouvoir d’achat et pénalisent donc l’emploi ! »

FAUX ! Les prélèvements obligatoires correspondent à des dépenses collectives qui de fait se traduisent par des achats (collectifs) de biens ou de services. S’agissant des services, tels l’éducation et la formation, la santé, la recherche, l’aide au retour à l’emploi, . . . elles se retrouvent dans la consommation des employés du public. S’agissant de biens, tels les infrastructures routières, ferroviaires, les établissements scolaires, les logements sociaux, les équipements sportifs ou culturels,  …. elles génèrent de l’emploi, non délocalisable, dans le bâtiment, le génie civil, …

Si ces dépenses collectives n’existaient pas, ce serait à chacun d’entre-nous de réaliser individuellement certaines d’entre-elles auprès d’opérateurs privés (complémentaire santé, complémentaire retraite, établissement scolaire et universitaire privés, cliniques privées, ….). Ce système serait-il moins coûteux ? Pas sûr : quid du coût de la communication des entreprises pour attirer des clients ? Quid de la rémunération des actionnaires ?

En outre, ce système serait-il plus juste ? Un coup d’oeil outre-atlantique suffit à se rendre compte du contraire : ne peuvent prendre des assurances que ceux qui en ont les moyens. L’on voit ainsi des gens ne pouvant se soigner ou devant travailler jusqu’à la mort !

Préjugés sur les 35 h et la RTT

16) Préjugés sur les 35 h et la RTT

16-1)  » Les 35 h ont tué la croissance et la compétitivité des entreprises ! « 

FAUX ! Yves de Kerdrel, chroniqueur au Figaro, écrivait le 15 mai 2012 : depuis l’instauration des 35 h,  » la croissance moyenne de la France qui était de 2,7 % par an est passée à 1,2 %.« .

Voyons voir !
Ci-dessous, l’évolution du taux de croissance de la France de 1950 à 2011 (source : INSEE) :

Taux_de_croissance_1950-2008_Gadrey-2009.jpg
Arrivez-vous à détecter une quelconque chute peu après l’instauration des 35 h dont la mise en place s’est faite sur quatre ans, de 1999 à 2002 ? Moi non ! Si vous y arrivez, surtout n’hésitez pas à laisser un commentaire argumenté ci-dessous ! Je vous récompenserai.

Aussi, je vous propose une autre explication : la droite qui apparait sur le graphique, établie par Jean Gadrey, modélise l’évolution du taux de croissance (droite de régression linéaire). Celle-ci met en évidence une baisse tendancielle sur le long terme (60 ans !).

Dans son article, Jean Gadrey donne des explications autrement plus convaincantes sur les causes de cette baisse tendancielle du taux de croissance, baisse tendancielle constatée dans tous les pays de l’OCDE.

Le coût croissant de l’énergie (pétrole) est un élément d’explication parmi d’autres (chocs pétroliers : 1973, 1978-80, 2008).

Pour une démonstration plus étayée sur l’impact des 35 h : « Les bêtises ont la vie dure« , Denis Clerc, Alternatives économiques, mai 2012.

Voir aussi :

______________________

Note : pour m’amuser, j’ai calculé le taux de croissance moyen sur deux périodes de 12 ans, l’une avant les 35 h (1987-1998) et l’autre après (1999-2010). Verdict : 2,22 % avant, 1,53% après. Cela ressemble assez à ce que Yves de Kerdel annonce sans précision des périodes prises. Yves aurait-il finalement raison ?

  Essayons avec deux autres périodes. Allez, au hasard, prenons 1998-2002 (5 ans de gouvernement de gauche) et 2003-2008 (5 ans de gouvernement de droite). Résultat : 2,55% pour « la gauche » et 2% pour « la droite ». Devons-nous en conclure que la droite est la cause d’une faible croissance ?

  Bien évidemment non. Ces résultats sont tout simplement conformes à ce que met en évidence J. Gadrey : une baisse tendancielle sur le long terme. Cela ne constitue nullement une démonstration que les 35 h ou la droite serait responsable de la baisse du taux de croissance. C.Q.F.D. ! Les données sont téléchargeables ICI (Insee, format xls).

16-2)  » Les français ne travaillent pas assez ! »

FAUT VOIR ! Faut-il travailler moins, comme un Allemand (1.309 h annuelle), un Néerlandais (1.326 h) ou plus, comme un Polonais (1.914h), un étasunien (1.776 h) ?

Duree_anuelle_travail_monde_2009-0CDE.jpg

Si vous avez trouvé des chiffres contradictoires, alors lisez ceci : Où travaille-t-on le moins dans l’Union Européenne ?.

Pour aller plus loin :

Préjugés sur les fonctionnaires

15) Préjugés sur les fonctionnaires

15.1) « Il y a trop de fonctionnaires ! » *

FAUT VOIR ! On ne peut en effet répondre sans connaître le critère à l’aune duquel les fonctionnaires seraient jugés en « trop » grand nombre.

    Toujours est-il qu’ avec 88 emplois publics pour 1.000 habitants, la France se situe au 6e rang des 19 pays de l’OCDE, au même niveau que le Royaume-Uni. À l’exception de la Finlande qui se situe avec le Canada avec un taux voisin de 100, les pays scandinaves – qui se portent très bien, merci – culminent aux alentours de 150, soit 70% de plus. Le taux des États-Unis (peu soupçonnables de collectivisme) est de 75. Enfin, en bas de l’échelle, se trouvent le Japon et la Grèce (dont on envie le niveau de dette publique !!!!) avec un taux voisin de 40-45.

    Le graphique ci-dessous illustre le taux d’administration pour 19 pays de l’OCDE pour 4 années sur 15 ans (1993, 1998, 2003 et 2008) :

Taux d administration pays OCDE-1993-2008 CAS-2010-copie-1
Source : p.8 de Tableau de bord de l’emploi public , Centre d’Analyse Stratégique, déc.2010.

Et combien ça coûte ?

    Comme l’illustre le graphique ci-dessous, la part des rémunérations publiques est d’environ 10-12% pour nombre de ces pays.

Part-remuneration-publique-dans-PIB-pays-OCDE-2008_CAS-2010.jpg
Le nombre de fonctionnaires, répartis au sein des trois fonctions publiques (d’État, territoriale et hospitalière) est de 5,3 millions dont 4,4 millions de titulaires, les seuls disposant de la sécurité de l’emploi (source : Chiffres clés de la fonction publique, DGAFP, Ministère de la fonction publique, 2011) et représentant 14% des emplois français. Le nombre total d’emplois publics (voir ci-dessous) est de 6,1 millions, soit 20% des emplois.

Différence entre le fonctionnariat et l’emploi public :

     La notion de « fonctionnaire » étant très différente d’un pays à l’autre, afin de réaliser une comparaison internationale, le Centre d’Analyse Stratégique préfère la notion d’« emploi public », qui inclut les salariés d’organismes payés sur fonds publics. Comme par exemple des agents de la Sécurité sociale (contrat de droit privé) ou des enseignants en école privée sous contrat.

Et à quoi servent-ils, ces emplois publics ?

     Dans tous ces pays, les secteurs de l’éducation, de la santé et de la protection sociale, représentent à eux seuls entre 45 et 75% des emplois publics. Pour plus de détail sur la ventilation des dépenses et leurs évolutions depuis 50 ans, voir  » Il y a trop de dépenses publiques « 

Source : tableau de Bord de l’emploi public : situation de la France et comparaisons internationales, Synthèse, CAS, 2010.

__________________

* L’énoncé « Il y a trop de fonctionnaires ! » est généralement associé à (choix non exclusif) :

  1. « il faut réduire les dépenses publiques » suivi de « afin de réduire la dette publique »

  2. « ils ne foutent rien » ou « ils ne sont pas productifs ».

Préjugés sur les grèves et les mouvements sociaux

 

14) Préjugés sur les mouvements sociaux en France

14.1) « La grève est le sport national français »,  « la culture du conflit social est une exception Française » 

FAUT VOIR ! Voyons le classement de la France au cours de sept périodes différentes et par conflictualité décroissante (basé sur huit études) : 2e/25, 3e/25, 10e/15, 10e/18, 11e/18, 10e/18, 3e/6 (correspondant respectivement aux périodes suivantes : 2005-2009, 1998-2004, 1984-1993, 1970-1993, 1970-1988, 1955-1977, 1900-1970 et à des pays de l’OCDE).

    Note : l’indicateur utilisé est le nombre annuel moyen de journées non travaillées pour 1.000 employés. Les auteurs des huit études permettant ces classements soulignent des biais méthodologiques liés essentiellement aux disparités de comptabilités nationales.

Sources : pour la période 2005-2009 : « Developments in industrial action 2005-2009 », p.12, Observatoire européen des relations industrielles, 2010. Pour les autres périodes : « La France, pays des grèves ? », Observatoire des médias (Acrimed), 2007.

   Selon ces études comparatives, peut-on considérer la grève comme un « sport national français », comme une « exception française » ? Tout au long du XXe siècle, la France est globalement restée dans la moyenne basse des pays industrialisés. Notons également que pour la dernière période, le nombre de journées non travaillées pour fait de grève représente 0,06% des journées travaillées, bien loin derrière les journées non travaillées pour d’autres raisons (maladies, accidents, …).

   Il serait également intéressant de tenir compte de la politique menée dans certains pays à certaines périodes pour expliquer cette disparité des places de la France et des différents pays. Ainsi, la position de la France dans le peloton de tête pour la période 1998-2009 ne pourrait-elle s’expliquer par la politique de remise en cause de nombreux acquis sociaux ?

    Une autre conclusion qui peut être tirée de ces études est que la « culture de la négociation », tant vantée par les médias, n’empêche pas, loin s’en faut, les conflits sociaux. Le fait de négocier avant n’empêche pas de faire grève. Ainsi, la période 1998-2004 fait apparaître que les pays scandinaves sont relativement conflictuels occupant les 1ère, 3e et 7e places (Danemark, Norvège, Finlande). Ainsi, la « culture de la négociation » n’implique pas forcément une « faible intensité conflictuelle ». Et, à l’inverse, la « culture de la confrontation » (tant décriée par les médias français) n’engendre pas automatiquement une « forte intensité conflictuelle ».

Classements bruts :

    Pour le détail des classements, voir article « La France, pays des grèves ?»  (Acrimed, 2007), sauf pour la période 2005-2009, voir graphique ci-dessuos.

2005-2009 (25 pays) : 2e (Danemark, France, Belgique, Finlande, Espagne, Chypre, Irlande, Italie, Malte, Royaume-Uni, Norvège, Solvénie, Portugal, Lituanie, Pologne, Suède, Allemagne, Roumanie, Hongrie, Pays-Bas, Luxembourg, Slovaquie, Latvia, Estonie, Autriche) :

1998-2004 (25 pays) : 3e (Danemark, Espagne, France, Italie, Norvège, Autriche, Irlande, Finlande, Grèce, Hongrie, Roumanie, Suède, Royaume-Uni, Slovénie, Belgique, Chypre, Portugal, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Estonie, Pologne, Allemagne, Lituanie, Slovaquie) ;

1984-1993 (15 pays) : 10e (Grèce, Espagne, Canada, Italie, Royaume-Uni, Danemark, Norvège, Suède, Portugal, France, Allemagne, États-Unis, Belgique, Pays-Bas, Japon) ;

1970-1993 (18 pays) : 10e (Grèce, Islande, Italie, Espagne, Irlande, Finlande, Royaume-Uni, Danemark, Belgique, France, Portugal, Suède, Norvège, Allemagne, Pays-Bas, Autriche, Suisse, Luxembourg) ;

1970-1988 (18 pays) : 11e (Italie, Canada, Espagne, Grèce, Finlande, Australie, Royaume-Uni, États-Unis, Danemark, Portugal, France, Suède, Norvège, Japon, Allemagne (RFA), Pays-Bas, Autriche, Suisse) ;

1955-1977 (18 pays) : 10e (Italie, Canada, États-Unis, Finlande, Irlande, Australie, Royaume-Uni, Belgique, Danemark, France, Nvelle-Zélande, Japon, Norvège, Suède, Pays-Bas, Autriche, Allemagne (RFA), Suisse) ;

1900-1970 (6 pays) : 3e (Italie, Royaume-Uni, France, Allemagne, Belgique Pays-Bas) ;

Journees_travail_perdues_2005-2009--EIRO-2010.jpg

 Source :  « Developments in industrial action 2005-2009 », p.12, Observatoire européen des relations industrielles, 2010.

Préjugés sur les prestations familiales

Treizième d’une série d’articles démontant les préjugés sur la pauvreté, l’assistanat, l’immigration, les Roms, les impôts, . . .

13) Sur les prestations familiales

13-1) « Les pauvres, immigrés ou pas, vivent grâce aux allocations familiales » 

 FAUX !  6 € par jour et par enfant, c’est le montant moyen par enfant perçu grâce à la totalité des transferts en nature (prestations + réduction d’impôts) pour 80% des ménages aux plus faibles revenus.

    Les prestations familiales sont liées à la présence d’enfants à charge et aux revenus. Celles conditionnées aux revenus (ex : allocation de rentrée)  sont d’autant plus faibles que les revenus sont élevés. Elles représentent au maximum 160 €/mois.

    Cependant, comme l’illustre le graphique ci-dessous, grâce au quotient familial, les familles bénéficient d’autant plus de réduction d’impôts sur le revenu que ceux-ci sont importants : ainsi les 10% de ménages aux plus hauts revenus se partagent près de 50% des réductions d’impôts qu’il induit. Ainsi, un enfant de riche coûte jusqu’à 380 € par mois à la collectivité.

Source :« Le quotient familial, un coûteux privilège de classe », Christiane Marty, 2011.

Le bilan des transferts sociaux via les prestations familiales et sociales et les réductions d’impôts est illustré ci-dessous :

Transferts-sociaux-par-enfant-selon-percentile---Piketty-20 Source : La révolution fiscale, T. Piketty & Coll, 2010.

L’ensemble des aides familiales représentent donc par enfant et par jour : entre 5 € et 6 € pour 80% des revenus les moins élevés (décile 1 à 8), puis croit jusqu’à 13 € des déciles 8 à 10. Autrement dit un enfant de très riches « rapporte » 2,5 fois plus qu’un enfant de pauvres !

Et on voudrait nous faire croire, qu’avec 5-6 €, on peut gagner de l’argent en ayant un enfant ?

Note : le quotient familial n’existe ailleurs dans l’UE qu’au Portugal et au Luxembourg.

Préjugés sur la dette publique

Douzième d’une série d’articles démontant les préjugés sur la pauvreté, le chômage, l’assistanat, l’immigration, les Roms, les impôts, la dette, . . .

12) Sur la Dette publique

12-1) « La dette publique, c’est la gauche »

FAUX ! Sans commentaires

DettePubliqueFrancaise_gauche_vs_droite.jpg

 Pour une courbe de la dette publique : ICI (wikipedia selon Insee). 

12-2) « Pour sortir de la crise de la dette, il faut réduire les dépenses publiques »

FAUX !  C’est une possibilité mais certainement pas une obligation : on peut aussi choisir de maintenir les recettes, voire de les augmenter !

Pour cause de modification de la législation fiscale (bouclier fiscal, …) les recettes sont passées de 44,3 % à 42,5% du PIB entre 1999 et 2008. Si cette législation n’avait pas été modifiée, les recettes représenteraient 45,3 % en 2008, soit 3 points de PIB en plus !

La dette publique aurait alors été inférieure de 20 points de PIB car la charge des intérêts annuels eut été réduite de 0,5 point de PIB  et serait alors à peine supérieure aux 60% du PIB autorisés par le Traité de Maastricht. 

Source : « Rapport sur la situation des finances publiques », Jean-Philippe Coris & Paul Champsaur, resp. directeur et ex-directeur de l’INSEE, mai 2010. « Rapport d’information 2689 », Gilles Carrez, député UMP, juillet 2008. Commentés tous deux dans cet article : « Ces dix années de cadeaux fiscaux qui ont ruiné la France », L. Mauduit, juil. 2010. (pour les non abonnés, me demander).

Rappelons que la moitié des allègements fiscaux provient de la baisse de l’impôt sur le revenu : 2 % de PIB contre 0,6 % pour la baisse de TVA et 0,5 % pour la baisse de l’impôt sur les sociétés.

Source : « Rapport d’information 2689 », pp. 9-12, Gilles Carrez, député UMP, juillet 2008.

Ce qui a profité aux plus riches : le taux marginal de l’impôt sur le revenu est passé de 53 % à 40 % entre 2002 et 2007 (mandat de N. Sarkozy). 

Source : rapport d’information « Quels changements d’assiette pour les prélèvements fiscaux et sociaux ? », Sénat, 2012. Ou ICI (wikipedia).

Si vous pensez qu’indépendamment de la question des recettes, il faut réduire les dépenses publiques, je vous invite à lire les articles sur la question : préjugés sur les dépenses publiques .

Préjugés sur la sécurité sociale et la santé

Sixième d’une série d’articles démontant les préjugés sur la pauvreté, l’assistanat, l’immigration, les Roms, . . .

6) Sur la Sécurité sociale et la santé

6-1) « Les pauvres sont des fraudeurs »

FAUX ! La fraude aux prestations sociales est évaluée à environ 3 Milliards d’€ dont 90% sont récupérés. Elle concernerait 1 % des particuliers.
Pour la branche famille :  » Une  part  importante  de  ces  montants,  selon  ces  mêmes estimations,  aurait  cependant  été  détectée  et  les  indus  correspondants récupérés pour la plus grande part : le préjudice financier final lié aux  fraudes  serait  donc  plus  limité,  de  l’ordre  de  170 Millions d’€  selon  les estimations de la Cour, à partir des données de la CNAF ».
Source: rapport Cour des comptes 2010 sur la sécurité sociale : la lutte contre la fraude aux prestations sociales dans le régime général).

La CNAF estime le taux de fraude à 0,46 % pour les prestations familiales, 3,1 % pour l’API (Allocation Parent Isolé), 3,6 % pour le RMI-RSA (source : AFP, 29 avril 2010).

Mais n’est-ce pas l’arbre qui cache le forêt ? Voyons voir :

  • la fraude aux prélèvements sociaux est évaluée entre 8 et 12 Milliards d’€ et concernerait 10 % des entreprises (source : Conseil des Prélèvements Obligatoires, 2007)
  • la fraude fiscale est évaluée entre 20 et 25 Milliards d’€ par le Conseil des prélèvements obligatoires, à 30 Milliards d’€ par la Direction du Budget, ou encore à 50 Milliards d’€ par la Commission Européenne (2005).

6-2) « Les bénéficiaires de la CMU en profitent pour faire des soins de confort dont ils n’ont pas vraiment besoin »

FAUX ! La CMU est très restrictive. 

En vidéo (3’30 ») : Jean-François Chadelat, directeur du Fonds CMU, démonte des idées fausses sur la CMU

6-3) « Grâce aux bons CAF, les enfants des familles défavorisées ont un accès normal à la culture, au sport, etc. »

OUI et NON ! Ces aides sont appréciables, mais elles nécessitent un financement complémentaire plus ou moins important par les familles. Et il faut anticiper les besoins pour faire les demandes à temps.

6-4) « Grâce à la CMU, à la CMUC et à l’ACS, tout le monde bénéficie d’une protection santé satisfaisante. »

FAUX ! En 2008, 1,5 million de personnes, sur les 6 millions de bénéficiaires potentiels, ne disposaient pas de la CMU. Au 31 décembre 2010, une étude du Fonds CMU estimait que le nombre de personnes n’ayant pas recours à la CMU-C (CMU complémentaire) était de plus de 20 %.

Pour l’aide à l’acquisition d’une complémentaire santé (ACS), le taux de non-recours est de 80 %. Par ailleurs, en 2008, 22 % des bénéficiaires de la CMU-C déclaraient avoir renoncé à certains soins pour des raisons financières au cours des 12 derniers mois (source : « Étudier l’accès aux soins des assurés CMU-C, une approche par le renoncement aux soins« , Boisguérin et coll., Santé, Soins et protection sociale en 2008. Paris : IRDES, 2010/06, 31-40).

6-5) « Pour ce qui est de l’espérance de vie en France aujourd’hui, nous sommes relativement égaux. »

FAUX ! A la fin des années 1990, un ouvrier ayant 35 ans vivra encore en moyenne 39 ans, un cadre 46 ans et un chômeur 28 ans.

Ces inégalités d’espérance de vie sont croissantes en France (source : « Les différences sociales de mortalité : en augmentation chez les hommes, stables chez les femmes », Monteil C., Robert-Bobée I., 2005, INSEE Première, 1025).

Préjugés sur le placement des enfants

Septième d’une série d’articles démontant les préjugés sur la pauvreté, l’assistanat, l’immigration, les Roms, . . .

7) Sur le placement des enfants

7-1) « Les enfants placés ont la chance de connaître une vie meilleure et de découvrir un autre milieu que le leur. »

FAUX ! Pour un grand nombre d’enfants et de parents, le placement est une solution qui crée des ruptures profondes alors qu’il pourrait souvent être évité.  » Une personne sans domicile sur cinq a dû quitter le domicile de ses parents avant l’âge de 16 ans – proportion six fois plus élevée que dans le reste de la population «  (source : Devenir sans-domicile, le rester : rupture des liens sociaux ou difficultés d’accès au logement ? », Économie et Statistique, N° 391-392, 2006, INSEE).

7-2) « Si on place les enfants, c’est à cause de la maltraitance. »

FAUX ! Les causes du placement d’un enfant d’une famille pauvre tiennent souvent aux conditions d’accès de la famille au logement, à la santé, etc. Des difficultés pourraient dans de nombreux cas être résolues par un soutien à la famille qui coûterait par ailleurs moins cher que la solution du placement. « Six milliards d’euros sont dépensés chaque année de façon empirique, sans que l’on cherche à contrôler les acteurs de la protection de l’enfance, ni à connaître l’efficacité de ces interventions » (source : rapport « La protection de l’enfance », Cour des comptes, octobre 2009).

Préjugés sur la fiscalité et les impôts

Huitième d’une série d’articles démontant les préjugés sur la pauvreté, l’assistanat, l’immigration, les Roms, . . .

8) Sur la fiscalité et les impôts

8-1) « Les pauvres ne paient pas d’impôts »

FAUX ! Le taux moyen d’imposition (impôts directs et indirects) des 10 % les moins riches est d’environ 40 %, celui des 0,1 % les plus riches d’environ 37 %, et celui des revenus moyens de 45 à 48 % (source : calculs effectués par les économistes Saez, Landais et Piketty à partir des données INSEE).

 

Prelevements_obligatoires_selon_revenus.jpg

Nota bene : pour les plus hauts revenus, les taux réels d’imposition sont souvent très inférieurs aux taux affichés : grâce aux niches fiscales, une partie des plus hauts revenus échappe à une part de l’imposition.

8-2) « Les plus pauvres peuvent se faire exonérer de charges et d’impôts »

Oui, mais il faut effectuer beaucoup de démarches avant d’obtenir ces exonérations et il faut les renouveler régulièrement. Tous paient entre 5,5% et 19,6% d’impôts par le biais de la TVA sur leur consommation.

Préjugés sur l’immigration

Les plus petits esprits ont les plus gros préjugés. »,
Victor Hugo, Océan, Tas de pierres, 1842.

Neuvième d’une série d’articles démontant les préjugés sur la pauvreté, l’assistanat, l’immigration, les Roms, les dépenses publiques, . . .

9) Sur l’immigration

immigration_je_veux_pas_savoir.jpg

9-1) « L’immigration augmente d’année en année en France »

VRAI et FAUX ! Depuis 1975, le taux d’immigrés est quasi constant : 8,4 % en 2008  contre 7,4 % en 1975  (source: Évolution de la part des populations étrangères et immigrées en 2008,  INSEE).

 

Le solde migratoire (entrées – sorties) annuel est, en taux, le plus faible de l’U.E. (cf. 9.3). Il a varié selon une tendance baissière de 1,7 en 2003 à 1,2 en 2011 (source : 5e colonne de ce tableau, INED 2011).

 

   Si l’on ne tient compte que des entrées, la France compte parmi les pays dont le nombre d’entrées d’étrangers relativement à la population totale est le plus bas comme l’atteste le graphique ci-dessous.

 

Entrees_etrangers_-_pop_20_pays_en-2011_OCDE.jpg

Source: OCDE, Obtenir les données

9-2) « Si on renvoyait les étrangers1 dans leur pays, il y aurait moins de chômage en France »
ou
« Les étrangers prennent des emplois aux Français »
ou
« Les étrangers creusent le trou de la Sécurité sociale »

FAUX ! Globalement, la présence des populations de nationalité étrangère en France crée de la richesse et donc de l’emploi, grâce à l’apport de consommation, d’impôts et de cotisations (voir 9-6.). Les étrangers sont aussi consommateurs, ils créent une demande supplémentaire et des emplois. Les études montrent que les migrants arrivants créent leurs propres emplois.

« En imaginant une augmentation de 10 % du flux d’immigration au Royaume-Uni en 2007, le taux de chômage n’augmenterait alors que de 0,01 point au bout de 13 ans. » (source : Immigrés: une boîte à outils pour répondre à Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy, Caroline Fourteau, mai 2011).

9-3) « La France est un des pays d’Europe qui accueille le plus d’immigrés »

 

FAUX ! En 2001, « avec un taux d’accroissement naturel de 4 pour 1000 et un taux d’accroissement migratoire de 1 pour 1000, la France est le pays d’Europe dont la croissance démographique annuelle dépend le moins de l’immigration ». 1 pour 1000 siginifie 0,1% de la population française ! Grosse catastrophe !!!

 

    Le solde migratoire (entrées – sorties) ne représente que 20 % de l’accroissement naturel de la population française. Il est en outre le PLUS FAIBLE de l’U.E..
   En Allemagne, la totalité de l’accroissement de la population est due au solde migratoire, le solde naturel étant négatif !

   Source : « Cinq idées reçues sur l’immigration », tableau 2, p. 2, INED, 2004.

 

   Comme l’illustre le graphique ci-dessous, les autres pays d’Europe se trouvent entre ces deux extrêmes :

  Bilan démographique Europe en 2001 en taux soldes naturel

 

   En 2009 et 2010, la situation n’avait pas changé pour la France.

 

   Comme indiqué dans le graphique ci-dessous (colonne de droite), en 2010, la part des personnes immigrées sur la population totale s’élevait à : Autriche : 16 %, Suède : 14 %, Espagne : 14 %, États-Unis : 13 %, Allemagne : 13 %, France : 11 %2, Pays-Bas : 10 %, Royaume-Uni : 10 %, Belgique : 9 %, Italie : 7 % (source : Le nombre et la part des immigrés dans la population : comparaisons internationales, Gilles Pison, INED, 2010).

Taux-immigres-Monde---2000---2010---INED-2010.jpg

9-4) « Les familles immigrées font beaucoup plus d’enfants que les familles françaises natives »

Pas tant que cela ! « Dans la période 1991-1998, le nombre moyen d’enfants par femme était de 1,65 pour les seules françaises natives. Les femmes immigrées avaient en moyenne 2,2 enfants »  

Source : « Cinq idées reçues sur l’immigration », Population et sociétés, INED, 2004).

Voir également :  » Monde : existe-t-il un lien entre religion et nombre d ‘enfants par femme ? « 

9-5) « La France accueille toute la misère du monde », sous-entendu : « Ce sont les populations les plus pauvres qui immigrent en France »

FAUX ! « Dans l’ensemble, les migrants représentent par rapport aux non-migrants de la société d’origine une population sélectionnée : en meilleure santé, plus instruite, plus entreprenante, dotée d’un minimum de ressources »  (source : « Cinq idées reçues sur l’immigration », p. 4, Population et sociétés, N° 397, INED, 2004).

 

    La part des immigrés diplômés de l’enseignement supérieur est passée de 12 à 25 % entre 1990 et 2007. La moyenne nationale est de 29 % (sources : « L’activité des immigrés en 2007 », INSEE et Immigrés: une boîte à outils pour répondre à Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy, Caroline Fourteau, mai 2011).

9-6) « L’immigration coûte 48 milliards d’Euros à la France en prestations sociales »

VRAI ! Mais elle rapporte 60 milliards d’€ en impôts et cotisations sociales chaque année.  

Sources : ministère de la Santé et des Affaires Sociales et étude de l’université de Lille-II de juillet 2010, et « Immigrés: une boîte à outils pour répondre à Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy« , Caroline Fourteau, mai 2011.

 

   La population immigrée est en moyenne plus jeune et en bonne santé que les autres habitants de la France. Or dans les prestations sociales la maladie pèse 47 % et la retraite 31 % (les autres dépenses étant les allocations chômage, le RSA, les allocations logement et les allocations familiales). La population immigrée est donc une chance pour aider au paiement des retraites.

 

   En moyenne, la contribution nette de chaque immigré (différence entre ce qu’il verse et ce qu’il reçoit en impôts et cotisations sociales) est de l’ordre de 1500 € par an.

Source : « Migrations et protection sociale : étude sur les liens et les impacts de court et long terme » , rapport pour la DREES-MIRe, auprès des Ministères du travail, du budget et de la Santé.

 

   « En l’absence de l’immigration, le besoin de financement de la protection sociale en France augmenterait de 2 points de Produit Intérieur Brut (PIB). » (source : Immigration : combien ça coûte, Xavier Chojnicki, Lille 2, laboratoires EQUIPPE et CEPII). 

 

 

 

   Bien sûr, l’apport de l’immigration à notre pays ne saurait se limiter à cet aspect comptable : il est aussi et surtout humain, culturel, scientifique, artistique, etc.

9-7) « Les étrangers peuvent profiter facilement des minima sociaux »

FAUX ! Il faut être en possession d’un titre de séjour et d’une carte de travail depuis au moins cinq ans pour bénéficier du RSA si on est natif d’un pays extérieur à l’Union européenne.

9-8) « Les étrangers augmentent la délinquance »

FAUX ! 12,7 % du nombre de condamnés sont étrangers (source : ministère de la Justice), alors qu’ils représentent environ 8 % de la population française (cf. 9-3.). Quel écart trouverions-nous en fonction de critères sociaux et non nationaux ?

9-9) « Les immigrés provoquent la baisse des salaires des natifs »

FAUX ! A en croire cette étude de la banque de France, c’est le contraire. Extrait du résumé : «  Pour comprendre cette asymétrie et l’impact positif de l’immigration sur les salaires, nous explorons le lien entre immigration et distribution des natifs entre emplois « .

 

9-10) « Il y a 10 à 15 millions de musulmans en France »

FAUX !  En 2010, 2,1 millions des adultes de 18 à 50 ans (7,8% de cette tranche d’âges) se déclarait de confession musulmane (source :  » Trajectoires  et Origines Enquête sur la diversité des populations en France« , p124, INED, octobre 2010).  Si l’on extrapole ce taux à toute la population – donc également les enfants de 0 à 18 ans ! – cela fait 5,1 millions d’individus.

 

    Pour les sceptiques envers les statistiques officielles, selon l’IFOP le taux serait de 5,8% de la population des plus de 18 ans soit 3,5 millions (source :  » ANALYSE : 1989-2009, Enquête sur l’implantation et l’évolution de l’Islam de France », p.4, IFOP, aout  2009).

 

   On retrouve ces chiffres dans l’article wikipedia L’islam en France.

 

  Pour aller lus loin sur la question de l’immigration  :

Trois petits films d’animation de deux minutes !

 

———————————————————————–

1. Dans la définition de l’ONU, un immigré est une personne née en dehors du territoire concerné. Cela inclut donc les Français nés à l’étranger. En réalité, dans le sens commun adopté par l’INSEE, un immigré est une personne née étrangère à l’étranger.

2. En incluant les Français nés à l’étranger, comme l’ONU le préconise dans ses calculs. La part des immigrés de nationalité étrangère s’élève à 8 % (chiffre présenté par l’INSEE).

Préjugés sur l’école

Dixième d’une série d’articles démontant les préjugés sur la pauvreté, l’assistanat, l’immigration, les Roms, . . .

10) Sur l’école

10-1) « Ce n’est pas à l’école de régler tous les problèmes de la société »

VRAI et FAUX ! La loi d’orientation sur l’école de 2005 dit : « La scolarité obligatoire doit au moins garantir à chaque élève les moyens nécessaires à l’acquisition d’un socle commun constitué d’un ensemble de connaissances et de compétences qu’il est indispensable de maîtriser pour accomplir avec succès sa scolarité, poursuivre sa formation, construire son avenir personnel et professionnel et réussir sa vie en société. ». Cela dit bien que le rôle de l’école n’est pas seulement de transmettre des connaissances, mais aussi de permettre aux élèves de se construire des compétences, dont celle de pouvoir vivre avec d’autres différents de soi.

 

   Elle doit aussi permettre à tous d’acquérir ces connaissances et compétences. Mais on constate qu’elle peine à atteindre ces objectifs et à réduire les inégalités sociales, dans la mesure où l’échec et la réussite scolaire sont de plus en plus liés à l’origine sociale. En réalité, le fonctionnement actuel de l’école en France vise aussi un objectif non déclaré : sélectionner les meilleurs élèves qui s’orienteront ensuite vers des études supérieures et les postes de responsabilité.

10-2) « Dans les familles pauvres, les parents sont démissionnaires et se désintéressent de l’école »

FAUX ! Les parents défavorisés ont souvent peur de l’école car ils sont marqués par leur échec d’enfant. Par ailleurs, 80 % des mères non-diplômées s’estiment dépassées pour aider leurs enfants dans leurs études au collège, contre 26 % seulement des mères diplômées de l’enseignement supérieur (source :  « L’aide aux devoirs apportée par les parents », INSEE, 2004).

 

   Mais le lien entre pauvreté et échec scolaire n’est pas fatal : il est moins élevé dans la plupart des autres pays développés qu’en France, et très faible dans des pays comme le Canada, la Finlande, le Japon ou la Chine (source étude PISA).

10-3) « Heureusement que l’école est là pour corriger certaines inégalités sociales ! »

FAUX ! L’impact du milieu social sur la réussite ou l’échec scolaire est plus grand en France que dans beaucoup d’autres pays, et il grandit au fil des années. En 2009, plus de 75 % des élèves dont les parents sont cadres ou professions intellectuelles ont obtenu le bac général, contre 33 % pour les enfants d’ouvriers et 41 % des enfants d’inactifs ; le pourcentage de variation de performance des élèves en lecture, expliqué par le milieu socio économique est de 17 % pour la France bien au dessus de la moyenne de l’OCDE (14 %), le double de la Finlande du Canada ou du Japon.

Source : « Les inégalités à l’école », CESE, sept. 2011.

10-4) « Si les enfants pauvres réussissent moins bien à l’école, c’est qu’ils ne travaillent pas »

FAUX ! Les causes sont plus complexes que cela. Par exemple, « le niveau de diplôme des parents (particulièrement celui de la mère) et, de manière plus globale, les possibilités d’encadrement de la scolarité par les familles revêtent une importance au moins aussi grande que leur situation socio-économique » (Source : « Les inégalités à l’école », CESE, sept. 2011).

10-5) « Les enfants d’immigrés sont plus en échec scolaire que les autres »

FAUX ! C’est la pauvreté qui la plus grande cause d’échec scolaire et non pas l’immigration. Aniveau social égal, les descendants d’immigrés ne sont pas en moyennes plus touchés par l’échec scolaire que le reste de la population (source : « Les inégalités à l’école », CESE, sept. 2011).

10-6) « La mixité sociale dans les écoles nuit à la réussite scolaire »

FAUX ! Lorsque l’on met en oeuvre une pédagogie adaptée, les résultats scolaires de tous s’améliorent, comme le montrent les expériences de plusieurs établissements scolaires (voir l’exemple des écoles Anne Frank et Hélène Boucher à Mons-en-Baroeul, celui du collège La Durantière à Nantes – Feuille de route sept/oct. 2011 -, celui du collège Évariste-Galois à Nanterre – Feuille de route novembre 2011 -, etc.). Par ailleurs, l’école ne doit-elle pas préparer les enfants et les jeunes à vivre ensemble dans le respect des différences ?

Préjugés sur les Roms

Onzième d’une série d’articles démontant les préjugés sur la pauvreté, l’assistanat, l’immigration, les Roms, . . .

11) Sur les Roms

11-1) « Les Roms ne veulent pas travailler »

FAUX ! Tout est fait en France pour que les Roms de Roumanie et de Bulgarie n’aient pas le droit de travailler : une « période transitoire » les empêche d’avoir les mêmes droits que les autres européens avant fin 2013.

 

Pour travailler, ils doivent disposer d’une autorisation de travail. Les délais d’obtention sont de 3 à 6 mois à partir d’une promesse d’embauche à temps plein. Le plus souvent, l’employeur (qui doit en plus payer la taxe dûe à l’Office Français pour l’Immigration et l’Intégration pour l’embauche d’un étranger) ne peut attendre la réponse et embauche quelqu’un d’autre.

 

Le 26 octobre 2009, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE) a demandé au gouvernement qu’il mette fin à cette période transitoire, ainsi que la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH), dans un avis du 22 mars 2012 (article 33, p.9).
_______________

Pour approfondir : « Pour mettre fin à la ‘question rom’, il faut leur ouvrir l’accès au marché du travail«  , L. Elghozi, président de la FNASAT , Le Monde, juillet 2011, qui répond à 10 jeunes.

Préjugés sur le logement

Cinquième d’une série d’articles démontant les préjugés sur la pauvreté, l’assistanat, l’immigration, les Roms, . . .

5) Sur le logement

5-1) « La construction de logements sociaux se développe à un rythme suffisant en France »

FAUX ! Le niveau de la construction en progrès régulier jusqu’en 2007 s’est effondré depuis : seulement 333.000 logements ont été commencés en 2009 contre 435.000 en 2007, ce qui met à mal les objectifs du DALO.

On estime que le niveau de déficit va atteindre le million de logements. De plus, la progression des logements sociaux tient surtout à l’augmentation de logements accessibles seulement aux classes moyennes (nombre de logements PLS multiplié par 10 entre 2000 et 2010) alors que les logements accessibles aux familles les plus modestes augmentent bien plus faiblement : le nombre de PLAI a été multiplié par 2 sur la même période (source : rapport Mal logement, 2011, Fondation Abbé Pierre).

5-2) « Les logements sociaux devraient être attribués en priorité aux gens qui travaillent »

FAUX ! L’impératif de solidarité nationale exige que chacun, qu’il ait ou non un emploi, puisse disposer d’un logement adapté à ses ressources. Le droit à un logement digne est reconnu pour tous les citoyens en France.

De fait, on constate malheureusement aujourd’hui que les personnes possédant un emploi accèdent en priorité aux logements sociaux.

5-3) « En période de restriction budgétaire, il est normal que l’État réduise l’aide au logement social »

FAUX ! C’est la réalité mais c’est un mauvais calcul. Tout d’abord parce que, en contrepartie, « l’ensemble des crédits que l’état consacre à la politique d’hébergement peut être estimé à 1,5 milliard d’euros » chaque année (source : D. Migaud, président de la Cour des comptes, en Audition parlementaire, déc. 2011).

Par ailleurs, l’absence de logement stable provoque pour une famille des ruptures durables dans l’emploi, la santé, la scolarité, . . . qui auront des conséquences et des coûts élevés pour la collectivité.Mon-premier-carton.jpg

Préjugés sur le travail, le chômage et la retraite

Quatrième d’une série d’articles démontant les préjugés sur la pauvreté, l’assistanat, l’immigration, les Roms, . . .

4) Sur le travail, le chômage et la retraite

4-1) « Les pauvres ne veulent pas travailler » 

FAUX ! Les études convergent : 64 % des chômeurs interrogés dans huit pays européens déclarent qu’ils veulent retrouver un emploi, même si cela ne leur procure pas un gain financier, alors que seuls 48 % des personnes déjà en emploi déclarent vouloir conserver leur travail dans une telle situation (source : étude coordonnée par Duncan Gallie en 1999, citée par Jean Gadrey).

L’enquête « L’influence des incitations financières sur le retour à l’emploi des bénéficiaires de minima sociaux » (pdf) (Direction Générale du Trésor, 2009) montre bien que la valeur accordée au travail et la volonté d’assurer le meilleur avenir possible aux siens conduisent la plupart des bénéficiaires à accepter la reprise d’un emploi, même sans gain financier immédiat. Les principaux freins évoqués pour la reprise d’un travail sont le manque d’emplois, de moyens de transport, de formations adaptées, de modes de garde accessibles, etc.

4-2) « Il y a des pauvres qui veulent s’en sortir et d’autres qui ne veulent pas »

FAUX ! Personne n’accepte de vivre dans la misère. La distinction entre « bons pauvres » et « mauvais pauvres » traverse toute l’histoire de la pauvreté ( lire Paul Christophe). Cette distinction est surtout le reflet de l’impuissance de l’action publique ou de son manque de volonté de s’attaquer vraiment à la pauvreté. Faute de quoi, on s’attaque aux pauvres : c’est plus facile !

4-3) « Les bénéficiaires du RSA ne font pas d’efforts réels pour chercher du travail »

FAUX ! La plupart des bénéficiaires du RSA ont l’obligation de chercher un emploi, sous peine de diminution ou suspension de l’allocation.

4-4) « Si on veut vraiment travailler, on trouve »

FAUX ! Dans l’état actuel du marché de l’emploi (entre 3 et 5 millions de chômeurs en 2012, selon la catégorie considérée), tout le monde ne PEUTpas trouver du travail : le nombre d’emplois vacants (offres) est très inférieur au nombre de chômeurs (demandes). En outre, certaines personnes restées depuis longtemps sans travail ont besoin d’être particulièrement soutenues pour revenir à l’emploi. 

Quelques chiffres :

  •   Le chômage coûte, chaque mois, 2,2 milliards d’euros à l’Unedic (source : rapport du Sénat, 2011) ;
  •   Les plus pauvres cotisent comme les autres pour leur retraite, mais perçoivent moins de retraite dans la mesure où leur espérance de vie est moins importante (cf. 6) ;
  •   Taux de chômage chez les 16-25 ans : 8,7 % chez les bac+2, et 35 % chez les non-diplômés (source : « L’insertion des jeunes sans emploi », pp. 36-37, CERC). Le taux de chômage des 15-29 ans était, en 2009, de 29,5 % en zone urbaine sensible et de 16,9 % en moyenne nationale (source : « Emploi et chômage des 15-29 en 2009 », Analyses, oct. 2010, N°72, p. 1, DARES).

Préjugés sur le budget des familles

Troisième article d’une série démontant les préjugés sur la pauvreté, l’assistanat, l’immigration, les Roms, . . .

3) Sur le budget des familles

3-1)« Le pouvoir d’achat moyen des Français a augmenté entre 2007 et 2010 »

VRAI et FAUX ! Le pouvoir d’achat global au niveau de la France a légèrement augmenté. Mais, compte tenu de l’augmentation de la population, le « pouvoir d’achat du revenu arbitrable » (une fois que les dépenses obligées – loyer, assurance, électricité – ont été payées) par personne a baissé de 0,1 % entre 2008 et 2010 (source : Revenu « arbitrable » des ménages et évolution du pouvoir d’achat « arbitrable » par personne, par ménage et par unité de consommation, INSEE, 2012).

Par ailleurs, pour les revenus les plus modestes, la situation est plus grave. Par exemple, de 1992 à 2006, les dépenses incompressibles dans leur budget sont passées de 52 à 74 %. Selon le Secours catholique (Message, février 2011) : « se chauffer devient un luxe pour des millions de personnes  », 3,4 millions de personnes subissent la précarité énergétique, les demandes d’aide au chauffage ont augmenté de 50 % entre 2008 et 2009 au Secours Catholique.

Le prix du gaz a augmenté de 50 % en 5 ans ; les loyers depuis 2000 : +30 % ; électricité : +6 % en un an ; carburants : +15 % en un an (source : rapport de la CLCV, octobre 2011).

Voir aussi le dossier annuel 2011 de la MRIE Rhônes-Alpes : ICI

Préjugés sur les minima sociaux

Deuxième article d’une série démontant les préjugés sur la pauvreté, l’assistanat, l’immigration, les Roms, . . .

2) Sur les minima sociaux

2-1) « La France distribue des minima sociaux élevés » 

FAUX ! La France est sous la moyenne européenne : le montant des minima sociaux s’élève à 72 % du seuil de pauvreté  contre 76 % dans l’Union Européenne (base : famille de deux enfants, seuil de pauvreté à 60% du revenu médian) comme l’illustre le graphique ci-dessous.

Source : « Un panorama des minima sociaux en Europe », p. 8, revue « études et résultats », N° 464, février 2006, DREES, Ministère de la Santé et de la Protection sociale).

  Minima sociaux pour un couple avec deux enfants-14 pays UE-

    Par ailleurs, le montant des minima sociaux (RSA, AAH) ne connaît pas la même progression que l’ensemble des revenus : le RMI équivalait en 1988 à 50 % du SMIC et le RSA-socle équivaut à 42 % (474,93 € pour une personne seule en 2012).

2-2) « Il n’y a pas assez d’argent dans les caisses pour augmenter les minima sociaux »

FAUX ! D’une part, seule la moitié des 7,5 milliards d’€ prévus pour le RSA sont effectivement dépensés, à cause des non-recours (cf. 2-4.). D’autre part, il est possible de prendre des mesures – en particulier de plus grande justice fiscale afin d’accroître les recettes de l’état et des collectivités territoriales.

2-3) « Les pauvres font des enfants pour toucher des aides et des allocations. »

FAUX ! Ce n’est pas avec les allocations qu’on peut vivre dignement en famille ; une famille proche du seuil de pauvreté s’appauvrit encore plus lorsqu’elle s’agrandit.

 Exemple : une famille au seuil de pauvreté, en passant de deux enfants à trois enfants, passe en dessous de ce seuil ! En effet pour tout nouvel enfant, le revenu de la famille s’élèvera de 161 € d’allocations familiales tandis que son seuil de pauvreté s’élèvera de 0,3 x 954 € soit 286 €. C’est ainsi que l’on dissuade les pauvres d’avoir des enfants !

Démonstration : le seuil de pauvreté (à 60% du revenu median) pour une personne seule est de 954 €. Le seuil de pauvreté pour cette famille est de 2003 € mensuels ( (1+0,5+0,3+0,3) x 954 € ). Disons 2.100 € de revenus (y compris allocations familiales), juste au-dessus du seuil de pauvreté. Lorsque le nouvel enfant survient, son seuil de pauvreté deviendra 2.290 € ( (1+0,5+0,3+0,3+0,3) x 954 € ). Ses revenus, augmentés de 161 € (allocations familiales) seront alors de 2.261 €, inférieur au seuil de pauvreté !

2-4) « Les gens font tout pour toucher le maximum d’aides »

FAUX ! La moitié des personnes éligibles au RSA n’en fait pas la demande (source : « La moitié des personnes éligibles au RSA n’en fait pas la demande », Actualités Sociales Hebdomadaires, N° 2737, 2011, Odenore).

   Les raisons : la volonté de ne pas dépendre de l’aide publique, la complexité des démarches, le manque d’information, le souhait de ne pas être contrôlé. cancer-assistanat   Pour les taux de non-recours aux prestations sociales, voir aussi 6-4. .

2-5) « Les pauvres demandent tous des droits, mais ça va avec des devoirs »

VRAI ! Mais la société doit aussi engager des moyens suffisants pour que son devoir de soutenir les personnes en difficulté se traduise en un accompagnement réel et ne consiste pas uniquement en du contrôle. Or « Le suivi des allocataires du RSA parait s’être dégradé, puisque, pour les seuls allocataires du RSA socle, ils sont un tiers à avoir signé un CER (contrat d’engagement réciproque) alors que près de la moitié de ceux qui touchaient le RMI avaient à l’époque un contrat d’insertion. » commentent les auteurs (source : « La moitié des personnes éligibles au RSA n’en fait pas la demande« , Actualités Sociales Hebdomadaires, N° 2737, 2011, Odenore).

     Pour ce qui est de l’accompagnement des chercheurs d’emploi, il n’est pas à la mesure des besoins. Le nombre moyen de demandeurs d’emploi suivis par conseiller de Pôle Emploi était de 85 fin 2008, 95 en 2009, puis 105,8 fin décembre 2010. Le Sénat et le Conseil Économique Social et Environnemental estiment qu’il faudrait se rapprocher de la cible de 60 demandeurs d’emploi par conseiller (source : rapport du Sénat sur Pôle emploi, juillet 2011)

2-6) « On peut s’en sortir mieux au RSA qu’avec le SMIC »

FAUX ! C’est TOTALEMENT IMPOSSIBLE.

Et  pourtant Laurent Wauquier déclarait : « Un couple qui estwauquiez au RSA, en cumulant les différents systèmes de minima sociaux, peut  gagner plus qu’un couple dans lequel il y a une personne qui travaille  au SMIC » le 8 mai 2011.  

        Exemple d’un couple locataire en Île-de-France :

Ressources mensuelles (y compris APL) pour un couple sans emploi ni allocations chômage (RSA-Socle)

Ressources mensuelles (y compris APL) pour un couple avec un SMIC à 1000 € mensuel net (+ RSA-activité)

Sans enfant avec aide au logement (APL)

598(RSA)+360(APL) = 

958 €

+ droit à la CMUC

1000+200(APL)+218(RSA-activité) = 

1418 €

pas de droit à la CMUC

Sans enfant et sans APL

712 €

+ droit à la CMUC

1000+332(RSA-activité) = 

1332 €

pas de droit à la CMUC

Avec deux enfants et APL et Allocations familiales (126 €)

859+470(APL) =
 

1329 €

+ droit à la CMUC

1000 + 390(APL) + 126 (AF)
+ 350(RSA activité) = 

1866 €

+ droit à la CMUC

Avec deux enfants et sans APL. AF=126 €

997 €

+ droit à la CMUC

1000+126+491(RSA activité) = 

1617 €

+ droit à la CMUC

Nota bene :

  •   Les simulations d’APL ont été effectuées sur le site de la CAF pour un loyer de 700 € à Paris.
  •   RSA activité = Montant forfaitaire RSA + 62 % des revenus d’activité du foyer – Ressources du foyer – Forfait d’aide au logement (voir Rapport d’information, N°713, sénat, 2011). Pour notre premier calcul, cela donne 712+(1000×62 %)-1000-114=218 € . Note : 114 € est le forfait à déduire en 2012 pour une famille de deux personnes bénéficiant d’une aide au logement. Pour la situation avec deux enfants, cela donne 997+(1000 x 62 %) – 1000 – 126 – 141=350 €.

   Note : 141 € est le forfait à déduire en 2012 pour une famille de 3 personnes et plus bénéficiant d’une aide au logement.

  •   Le RSA socle comprend les allocations familiales.
  •  Pour avoir accès à la CMUC (CMU-Complémentaire), les revenus mensuels doivent être inférieurs à 1.080 € (2015) pour une famille de deux personnes et 1.512 € pour 4 personnes. Sont inclus dans ce calcul les revenus de la famille (hors RSA mais y compris allocations familiales) et un forfait logement pour les locataires bénéficiant d’une aide au logement : 125 € mensuels pour une famille de deux personnes en 2012 et 155 € pour plus de trois personnes (sources : CMU complémentaire : Conditions d’accès, Ressources prises en compte & Aide complémentaire santé).

    Deux commentaires :

  •   Effectuer ces calculs est un véritable parcours du combattant : plusieurs témoignages nous montrent qu’il y a parfois des écarts entre la théorie et la réalité. Comment une famille aux revenus modestes peut-elle prévoir ses revenus sur les mois à venir ?
  •   Nous n’avons pas pris en compte des dépenses de garde d’enfant ou de services essentiels (transport, gaz, électricité) qui peuvent être différentes entre une famille percevant un SMIC et une famille percevant le RSA socle.

2-7) « Toute une partie de la population a tendance à se laisser porter par les aides », «99% de la population sont des glandeurs et 1% essaie de s’en sortir », Clélia et Étienne, étudiants en école de commerce, à 0′ 17″ et 1’20 de l’émission « La France, un pays d’assistés ?« , Avril 2010 !

FAUX ! 5% de la population française étaient allocataires de minima sociaux dont 2% pour le RSA (resp. 3,5 millions dont 1,3 millions) en 2009. 44% de ces allocataires le sont au titre du handicap (AAH) ou de la vieillesse (AVS, ASPA, AER-R).
Source : Protection et aide sociale, paragraphe Allocataires de minima sociaux, INSEE.

 Nota : ne sont pas inclus les prestations familiales car, liées à la présence d’enfants à charge, celles-ci bénéficient à TOUS les parents, soit sous forme d’aides pour les plus pauvres (ex : allocation de rentrée), soit via le quotient familial pour les plus riches (10 % de ménages aux plus hauts revenus se partagent près de 50% des réductions d’impôts qu’il induit). Sur les prestations familiales voir mon billet !

Source :« Le quotient familial, un coûteux privilège de classe », Christiane Marty, 2011.

    Sur le présumé effet dissuasif des minima sociaux sur la recherche d’emploi, voir Y a-t-il une corrélation entre le chômage et les minima sociaux ?

Préjugés sur la pauvreté, les revenus et les patrimoines

Premier article d’une série démontant les préjugés sur la pauvreté, l’assistanat, l’immigration, les Roms, . . .

1) Sur la pauvreté, les revenus et les patrimoines

1-1) « La pauvreté a diminué en France entre 2006 et 2009 »

FAUX !   Tous les indicateurs de l’INSEE montrent au contraire que la pauvreté et son intensité se sont aggravées entre 2006 et 2009 (on n’a pas d’indicateurs plus récents) :

  • le taux de pauvreté à 60 % du revenu médian est passé de 13,1 % en 2006 à 13,5 % en 2009 (8,2 millions de personnes) ;
  • entre 2000 et 2008, le nombre de personnes sous le seuil de 40 % du revenu médian est passé de 2,7 à 3,2 millions (et pas de chiffre en 2009 ! Pourquoi ?).

Source : Les niveaux de vie en 2009, INSEE.

À savoir : on parle souvent des inégalités de revenus, mais c’est surtout au niveau des patrimoines et donc au moment des héritages que les inégalités se creusent : les 10 % des ménages les moins aisés détiennent moins de 2.700 euros de patrimoine brut (avant remboursement des emprunts). Les 10 % les mieux dotés disposent d’un patrimoine supérieur à 552.300 €. Soit un rapport de 1 à 205, qui a crû de près d’un tiers depuis 2004. Un écart bien plus important que celui relatif aux revenus, qui était en 2009 de 4,2 entre les 10 % les plus modestes et les 10 % les plus riches.

Source : Les inégalités de patrimoine s’accroissent entre 2004 et 2010

Nota bene : Le gouvernement a publié le 19 octobre 2011 son rapport sur l’évolution de la pauvreté en France, qui conclut effectivement à une baisse de 5 % du nombre de personnes sous le seuil de pauvreté entre 2007 et 2009. Cette diminution de 5 % concerne en réalité le taux de pauvreté « ancré dans le temps », contesté par de nombreux experts et associations de lutte contre la pauvreté (source : Pourquoi l’indicateur du taux de pauvreté « ancré dans le temps » est trompeur , un citoyen en campagne, 2011).

Les idées fausses qui stigmatisent : inventaire !

Pour avoir l’argumentaire de la réponse, cliquez sur la citation

1) Sur la pauvreté, les revenus et les patrimoines

« La pauvreté a diminué en France entre 2006 et 2009 » : FAUX !

2) Sur les minima sociaux

2-1) « La France distribue des minima sociaux élevés » : FAUX !

2-2) « Il n’y a pas assez d’argent dans les caisses pour augmenter les minima sociaux » : FAUX ! 

2-3)  « Les pauvres font des enfants pour toucher des aides et des allocations » : FAUX !

2-4)  « Les gens font tout pour toucher le maximum d’aides » : FAUX !

2-5)  « Les pauvres demandent tous des droits, mais ça va avec des devoirs » : VRAI !

2-6)  « On peut s’en sortir mieux au RSA qu’avec le SMIC » FAUX !

3) Sur le budget des familles

3-1) « Le pouvoir d’achat moyen des Français a augmenté entre 2007 et 2010 » : VRAI et FAUX !

4) Sur le travail, le chômage et la retraite

4-1) « Les pauvres ne veulent pas travailler » : FAUX !

4-2) « Il y a des pauvres qui veulent s’en sortir et d’autres qui ne veulent pas » : FAUX !

4-3) « Les bénéficiaires du RSA ne font pas d’efforts réels pour chercher du travail » : FAUX !

4-4) « Si on veut vraiment travailler, on trouve » : FAUX !

5) Sur le logement

5-1) « La construction de logements sociaux se développe à un rythme suffisant en France » : FAUX !

5-2) « Les logements sociaux devraient être attribués en priorité aux gens qui travaillent » : FAUX !

5-3) « En période de restriction budgétaire, il est normal que l’État réduise l’aide au logement social » : FAUX !

6) Sur la sécurité sociale et la santé

6-1) « Les pauvres sont des fraudeurs » :  FAUX !

6-2) « Les bénéficiaires de la CMU en profitent pour faire des soins de confort dont ils n’ont pas vraiment besoin » : FAUX !

6-3) « Grâce aux bons CAF, les enfants des familles défavorisées ont un accès normal à la culture, au sport, etc. » : OUI et NON !

6-4) « Grâce à la CMU, la CMUC et l’ACS, tout le monde bénéficie d’une protection santé satisfaisante. » : FAUX !

6-5) « Pour ce qui est de l’espérance de vie en France aujourd’hui, nous sommes relativement égaux. » : FAUX ! 

7) Sur le placement des enfants

7-1) « Les enfants placés ont la chance de connaitre une vie meilleure et de découvrir un autre milieu que le leur. » : FAUX !

7-2) « Si on place les enfants, c’est à cause de la maltraitance. » : FAUX !

8) Sur la fiscalité et les impôts

8-1) « Les pauvres ne paient pas d’impôts » : FAUX !

8-2) « Les plus pauvres peuvent se faire exonérer de charges et d’impôts » : OUI MAIS . . .

9) Sur l’immigration

9-1) « L’immigration augmente d’année en année en France » : FAUX !

9-2) « Si on renvoyait les étrangers1 dans leur pays, il y aurait moins de chômage en France »

 ou
« Les étrangers prennent des emplois aux Français »
ou
« Les étrangers qui creusent le trou de la Sécurité sociale »

FAUX, trois fois FAUX  !

9-3) « La France est un des pays d’Europe qui accueille le plus d’immigrés » : FAUX !

9-4) « Les familles immigrées font beaucoup plus d’enfants que les familles françaises natives » : FAUX !

9-5) « La France accueille toute la misère du monde », sous-entendu :« Ce sont les populations les plus pauvres qui immigrent en France » : FAUX !

9-6) « L’immigration coûte 48 milliards d’euros à la France en prestations sociales » : VRAI !

 

9-7) « Les étrangers peuvent profiter facilement des minima sociaux » : FAUX !

9-8) « Les étrangers augmentent la délinquance » : FAUX !

10) Sur l’école

10-1) « Ce n’est pas à l’école de régler tous les problèmes de la société » : VRAI et FAUX !

10-2) « Dans les familles pauvres, les parents sont démissionnaires et se désintéressent de l’école » : FAUX !

10-3) « Heureusement que l’école est là pour corriger certaines inégalités sociales ! » : FAUX !

10-4) « Si les enfants pauvres réussissent moins bien à l’école, c’est qu’ils ne travaillent pas » : FAUX !

10-5) « Les enfants d’immigrés sont plus en échec scolaire que les autres » : FAUX !

10-6) « La mixité sociale dans les écoles nuit à la réussite scolaire » : FAUX !

11) Sur les Roms

11-1) « Les Roms ne veulent pas travailler » : FAUX !

______________________________
Article reprenant très largement le travail réalisé par ATD Quart Monde et la MRIE, Mission Régionale d’Information sur l’Exclusion en Rhône-Alpes et publié ICI.

vous y  trouverez en bas de cette (longue) page, ce document de synthèse :

* Une sélection d’idées reçues en 4 pages (http://www.atd-quartmonde.fr/IMG/pdf/4pagesIdeesrecues.pdf)

La stigmatisation, ça suffit !

Pauvreté, immigration, délinquance, assistanat, fraude, … : cassons les idées reçues !

 » Quelle triste époque vivons-nous, où il est plus difficile de briser un préjugé qu’un atome »,
Albert Einstein
.

    Je vous invite à déconstruire des préjugés et des stéréotypes répandus sur la pauvreté et les pauvres afin qu’ils cessent d’être les boucs émissaires des maux de nos sociétés et qu’ils deviennent au contraire des partenaires à part entière dans la construction d’un monde plus juste. Nombre de ces préjugés alimente les discours d’extrême droite, laquelle constitue un danger pour notre démocratie.

Et quand j’entends une Clelia ou un Etienne, étudiants en grandes écoles, reprendre ces prégugés dans un débat sur France 4 : La France, un pays d’assistés ? (video 14’50 »), je me dis que la désinformation est la raison principale du malaise.

Voici nombre de ces idées reçues (sommaire ICI). Diffusez-les autour de vous, réagissez, participez au débat  !

Nota bene : article reprenant largement le document précieux d’ATD Quart-Monde. Je n’ai fait qu’une remise en forme et une précision de certaines sources.

 

1) Sur la pauvreté, les revenus et les patrimoines

1-1) « La pauvreté a diminué en France entre 2006 et 2009 »

FAUX !   Tous les indicateurs de l’INSEE montrent au contraire que la pauvreté et son intensité se sont aggravées entre 2006 et 2009 (on n’a pas d’indicateurs plus récents) :

  • le taux de pauvreté à 60 % du revenu médian est passé de 13,1 % en 2006 à 13,5 % en 2009 (8,2 millions de personnes) ;
  • entre 2000 et 2008, le nombre de personnes sous le seuil de 40 % du revenu médian est passé de 2,7 à 3,2 millions (et pas de chiffre en 2009 ! Pourquoi ?).

Source : Les niveaux de vie en 2009, INSEE.

À savoir : on parle souvent des inégalités de revenus, mais c’est surtout au niveau des patrimoines et donc au moment des héritages que les inégalités se creusent : les 10 % des ménages les moins aisés détiennent moins de 2.700 euros de patrimoine brut (avant remboursement des emprunts). Les 10 % les mieux dotés disposent d’un patrimoine supérieur à 552.300 €. Soit un rapport de 1 à 205, qui a crû de près d’un tiers depuis 2004. Un écart bien plus important que celui relatif aux revenus, qui était en 2009 de 4,2 entre les 10 % les plus modestes et les 10 % les plus riches.

Source : Les inégalités de patrimoine s’accroissent entre 2004 et 2010

Nota bene : Le gouvernement a publié le 19 octobre 2011 son rapport sur l’évolution de la pauvreté en France, qui conclut effectivement à une baisse de 5 % du nombre de personnes sous le seuil de pauvreté entre 2007 et 2009. Cette diminution de 5 % concerne en réalité le taux de pauvreté « ancré dans le temps », contesté par de nombreux experts et associations de lutte contre la pauvreté (source : Pourquoi l’indicateur du taux de pauvreté « ancré dans le temps » est trompeur , un citoyen en campagne, 2011).

2) Sur les minima sociaux

2-1) « La France distribue des minima sociaux élevés »

FAUX ! La France est légèrement sous la moyenne européenne : le montant des minima sociaux s’y élève à 72 % du seuil de pauvreté contre 76 % en moyenne dans l’Union Européenne (base : famille de 2 enfants, seuil à 60 % du revenu médian). 

Source : « Un panorama des minima sociaux en Europe », p. 8, revue « études et résultats », N° 464, février 2006, DREES, Ministère de la Santé et de la Protection sociale.

En 1988, le RMI équivalait à 50 % du SMIC et, en 2012, le RSA socle équivaut à 42 % (474,93 € pour une personne seule). Le montant des minima sociaux (RSA, AAH) n’a pas connu la même progression que l’ensemble des revenus.

2-2) « Il n’y a pas assez d’argent dans les caisses pour augmenter les minima sociaux »

FAUX ! D’une part, seule la moitié des 7,5 milliards d’€ prévus pour le RSA sont effectivement dépensés, à cause des non-recours (cf. 2-4.). D’autre part, il est possible de prendre des mesures – en particulier de plus grande justice fiscale afin d’accroître les recettes de l’état et des collectivités territoriales.

2-3) « Les pauvres font des enfants pour toucher des aides et des allocations. »

FAUX ! Ce n’est pas avec les allocations qu’on peut vivre dignement en famille ; une famille proche du seuil de pauvreté s’appauvrit encore plus lorsqu’elle s’agrandit.

Exemple : une famille au seuil de pauvreté, en passant de deux enfants à trois enfants, passe en dessous de ce seuil ! En effet pour tout nouvel enfant, le revenu de la famille s’élèvera de 161 € d’allocations familiales tandis que son seuil de pauvreté s’élèvera de 0,3 x 954 € soit 286 €. C’est ainsi que l’on dissuade les pauvres d’avoir des enfants !

Démonstration : le seuil de pauvreté (à 60% du revenu median) pour une personne seule est de 954 €. Le seuil de pauvreté pour cette famille est de 2003 € mensuels ( (1+0,5+0,3+0,3) x 954 € ). Disons 2.100 € de revenus (y compris allocations familiales), juste au-dessus du seuil de pauvreté. Lorsque le nouvel enfant survient, son seuil de pauvreté deviendra 2.290 € ( (1+0,5+0,3+0,3+0,3) x 954 € ). Ses revenus, augmentés de 161 € (allocations familiales) seront alors de 2.261 €, inférieur au seuil de pauvreté !

2-4) « Les gens font tout pour toucher le maximum d’aides »

FAUX ! La moitié des personnes éligibles au RSA n’en fait pas la demande (source : « La moitié des personnes éligibles au RSA n’en fait pas la demande », Actualités Sociales Hebdomadaires, N° 2737, 2011, Odenore).

Les raisons : la volonté de ne pas dépendre de l’aide publique, la complexité des démarches, le manque d’information, le souhait de ne pas être contrôlé.

Pour les taux de non-recours aux prestations sociales, voir aussi 6-4. .

2-5) « Les pauvres demandent tous des droits, mais ça va avec des devoirs »

VRAI ! Mais la société doit aussi engager des moyens suffisants pour que son devoir de soutenir les personnes en difficulté se traduise en un accompagnement réel et ne consiste pas uniquement en du contrôle. Or « Le suivi des allocataires du RSA parait s’être dégradé, puisque, pour les seuls allocataires du RSA socle, ils sont un tiers à avoir signé un CER (contrat d’engagement réciproque) alors que près de la moitié de ceux qui touchaient le RMI avaient à l’époque un contrat d’insertion. » commentent les auteurs (source : « La moitié des personnes éligibles au RSA n’en fait pas la demande », Actualités Sociales Hebdomadaires, N° 2737, 2011, Odenore).

Pour ce qui est de l’accompagnement des chercheurs d’emploi, il n’est pas à la mesure des besoins. Le nombre moyen de demandeurs d’emploi suivis par conseiller de Pôle Emploi était de 85 fin 2008, 95 en 2009, puis 105,8 fin décembre 2010. Le Sénat et le Conseil Économique Social et Environnemental estiment qu’il faudrait se rapprocher de la cible de 60 demandeurs d’emploi par conseiller (source : rapport du Sénat sur Pôle emploi, juillet 2011)

2-6) « On peut s’en sortir mieux au RSA qu’avec le SMIC »

FAUX ! C’est TOTALEMENT IMPOSSIBLE.

Et pourtant Laurent Wauquier déclarait : « Un couple qui est au RSA, en cumulant les différents systèmes de minima sociaux, peut gagner plus qu’un couple dans lequel il y a une personne qui travaille au SMIC » le 8 mai 2011.

    Exemple d’un couple locataire en Île-de-France :

  Ressources mensuelles (y compris APL) pour un couple sans emploi ni allocations chômage (RSA Socle) Ressources mensuelles (y compris APL) pour un couple avec un SMIC à 1000 € mensuel net (+ RSA activité)
Sans enfant avec aide au logement (APL)

598(RSA)+360(APL) =
958 €

+ droit à la CMUC

1000+200(APL)+218(RSA activité) =
1418 €

pas de droit à la CMUC

Sans enfant et sans APL

712 €

+ droit à la CMUC

1000+332(RSA activité) =
1332 €

pas de droit à la CMUC

Avec deux enfants et APL et Allocations familiales (126 €)

859+470(APL) =
1329 €

+ droit à la CMUC

1000+390(APL)+126(AF)+350(RSA activité) =
1866 €

+ droit à la CMUC

Avec deux enfants et sans APL. AF=126 €

997 €

+ droit à la CMUC

1000+126+491(RSA activité) =
1617 €

+ droit à la CMUC

Nota bene :

  •   Les simulations d’APL ont été effectuées sur le site de la CAF pour un loyer de 700 € à Paris.
  •   RSA activité = Montant forfaitaire RSA + 62 % des revenus d’activité du foyer – Ressources du foyer – Forfait d’aide au logement (voir http://bit.ly/yB2UJy). Pour notre premier calcul, cela donne 712+(1000×62 %)-1000-114=218 € . Note : 114 € est le forfait à déduire en 2012 pour une famille de deux personnes bénéficiant d’une aide au logement. Pour la situation avec deux enfants, cela donne 997+(1000 x 62 %) – 1000 – 126 – 141=350 €.

Note : 141 € est le forfait à déduire en 2012 pour une famille de 3 personnes et plus bénéficiant d’une aide au logement.

  •   Le RSA socle comprend les allocations familiales.
  •   Pour avoir accès à la CMUC (CMU-Complémentaire), les revenus mensuels doivent être inférieurs à 971 € pour une famille de deux personnes et 1360 € pour 4 personnes. Sont inclus dans ce calcul les revenus de la famille (hors RSA mais y compris allocations familiales) et un forfait logement pour les locataires bénéficiant d’une aide au logement : 114 € mensuels pour une famille de deux personnes en 2012 et 141 € pour plus de trois personnes (sources : CMU complémentaire : y avez-vous droit ?  et Plafonds applicables pour l’octroi de la CMUC et l’aide complémentaire santé).

Deux commentaires :

  •   Effectuer ces calculs est un véritable parcours du combattant : plusieurs témoignages nous montrent qu’il y a parfois des écarts entre la théorie et la réalité. Comment une famille aux revenus modestes peut-elle prévoir ses revenus sur les mois à venir ?
  •   Nous n’avons pas pris en compte des dépenses de garde d’enfant ou de services essentiels (transport, gaz, électricité) qui peuvent être différentes entre une famille percevant un SMIC et une famille percevant le RSA socle.

3) Sur le budget des familles

3-1)« Le pouvoir d’achat moyen des Français a augmenté entre 2007 et 2010 »

VRAI et FAUX ! Le pouvoir d’achat global au niveau de la France a légèrement augmenté. Mais, compte tenu de l’augmentation de la population, le « pouvoir d’achat du revenu arbitrable » (une fois que les dépenses obligées – loyer, assurance, électricité – ont été payées) par personne a baissé de 0,1 % entre 2008 et 2010 (source : Revenu « arbitrable » des ménages et évolution du pouvoir d’achat « arbitrable » par personne, par ménage et par unité de consommation, INSEE, 2012).

Par ailleurs, pour les revenus les plus modestes, la situation est plus grave. Par exemple, de 1992 à 2006, les dépenses incompressibles dans leur budget sont passées de 52 à 74 %. Selon le Secours catholique (Message, février 2011) : « se chauffer devient un luxe pour des millions de personnes  », 3,4 millions de personnes subissent la précarité énergétique, les demandes d’aide au chauffage ont augmenté de 50 % entre 2008 et 2009 au Secours Catholique.

Le prix du gaz a augmenté de 50 % en 5 ans ; les loyers depuis 2000 : +30 % ; électricité : +6 % en un an ; carburants : +15 % en un an (source : rapport de la CLCV, octobre 2011).

Voir aussi le dossier annuel 2011 de la MRIE Rhônes-Alpes : ICI sur http://bit.ly/wjG2to

4) Sur le travail, le chômage et la retraite

4-1) « Les pauvres ne veulent pas travailler » 

FAUX ! Les études convergent : 64 % des chômeurs interrogés dans huit pays européens déclarent qu’ils veulent retrouver un emploi, même si cela ne leur procure pas un gain financier, alors que seuls 48 % des personnes déjà en emploi déclarent vouloir conserver leur travail dans une telle situation (source : étude coordonnée par Duncan Gallie en 1999, citée par Jean Gadrey).

L’enquête « L’influence des incitations financières sur le retour à l’emploi des bénéficiaires de minima sociaux » (pdf) (Direction Générale du Trésor, 2009) montre bien que la valeur accordée au travail et la volonté d’assurer le meilleur avenir possible aux siens conduisent la plupart des bénéficiaires à accepter la reprise d’un emploi, même sans gain financier immédiat. Les principaux freins évoqués pour la reprise d’un travail sont le manque d’emplois, de moyens de transport, de formations adaptées, de modes de garde accessibles, etc.

4-2) « Il y a des pauvres qui veulent s’en sortir et d’autres qui ne veulent pas »

FAUX ! Personne n’accepte de vivre dans la misère. La distinction entre « bons pauvres » et « mauvais pauvres » traverse toute l’histoire de la pauvreté ( lire Paul Christophe). Cette distinction est surtout le reflet de l’impuissance de l’action publique ou de son manque de volonté de s’attaquer vraiment à la pauvreté. Faute de quoi, on s’attaque aux pauvres : c’est plus facile !

4-3) « Les bénéficiaires du RSA ne font pas d’efforts réels pour chercher du travail »

FAUX ! La plupart des bénéficiaires du RSA ont l’obligation de chercher un emploi, sous peine de diminution ou suspension de l’allocation.

4-4) « Si on veut vraiment travailler, on trouve »

FAUX ! Dans l’état actuel du marché de l’emploi (entre 3 et 5 millions de chômeurs en 2012, selon la catégorie considérée), tout le monde ne PEUTpas trouver du travail : le nombre d’emplois vacants (offres) est très inférieur au nombre de chômeurs (demandes). En outre, certaines personnes restées depuis longtemps sans travail ont besoin d’être particulièrement soutenues pour revenir à l’emploi. 

Quelques chiffres :

  •   Le chômage coûte, chaque mois, 2,2 milliards d’euros à l’Unedic (source : rapport du Sénat, 2011) ;
  •   Les plus pauvres cotisent comme les autres pour leur retraite, mais perçoivent moins de retraite dans la mesure où leur espérance de vie est moins importante (cf. 6) ;
  •   Taux de chômage chez les 16-25 ans : 8,7 % chez les bac+2, et 35 % chez les non-diplômés (source : « L’insertion des jeunes sans emploi », pp. 36-37, CERC). Le taux de chômage des 15-29 ans était, en 2009, de 29,5 % en zone urbaine sensible et de 16,9 % en moyenne nationale (source : « Emploi et chômage des 15-29 en 2009 », Analyses, oct. 2010, N°72, p. 1, DARES).

5) Sur le logement

5-1) « La construction de logements sociaux se développe à un rythme suffisant en France »

FAUX ! Le niveau de la construction en progrès régulier jusqu’en 2007 s’est effondré depuis : seulement 333.000 logements ont été commencés en 2009 contre 435.000 en 2007, ce qui met à mal les objectifs du DALO.

 

On estime que le niveau de déficit va atteindre le million de logements. De plus, la progression des logements sociaux tient surtout à l’augmentation de logements accessibles seulement aux classes moyennes (nombre de logements PLS multiplié par 10 entre 2000 et 2010) alors que les logements accessibles aux familles les plus modestes augmentent bien plus faiblement : le nombre de PLAI a été multiplié par 2 sur la même période (source : rapport Mal logement, 2011, Fondation Abbé Pierre).

5-2) « Les logements sociaux devraient être attribués en priorité aux gens qui travaillent »

FAUX ! L’impératif de solidarité nationale exige que chacun, qu’il ait ou non un emploi, puisse disposer d’un logement adapté à ses ressources. Le droit à un logement digne est reconnu pour tous les citoyens en France.

De fait, on constate malheureusement aujourd’hui que les personnes possédant un emploi accèdent en priorité aux logements sociaux.

5-3) « En période de restriction budgétaire, il est normal que l’État réduise l’aide au logement social »

FAUX ! C’est la réalité mais c’est un mauvais calcul. Tout d’abord parce que, en contrepartie, « l’ensemble des crédits que l’état consacre à la politique d’hébergement peut être estimé à 1,5 milliard d’euros » chaque année (source : D. Migaud, prsident de la Cour des comptes, en Audition parlementaire, déc. 2011).

Par ailleurs, l’absence de logement stable provoque pour une famille des ruptures durables dans l’emploi, la santé, la scolarité, . . . qui auront des conséquences et des coûts élevés pour la collectivité.

6) Sur la Sécurité sociale et la santé

6-1) « Les pauvres sont des fraudeurs »

FAUX ! La fraude aux prestations sociales est évaluée à environ 3 Milliards d’€ dont 90% sont récupérés. Elle concernerait 1 % des particuliers.
Pour la branche famille :  » Une  part  importante  de  ces  montants,  selon  ces  mêmes estimations,  aurait  cependant  été  détectée  et  les  indus  correspondants récupérés pour la plus grande part : le préjudice financier final lié aux  fraudes  serait  donc  plus  limité,  de  l’ordre  de  170 M€  selon  les estimations de la Cour, à partir des données de la CNAF ».
Source: rapport Cour des comptes 2010 sur la sécurité sociale : la lutte contre la fraude aux prestations sociales dans le régime général).

La CNAF estime le taux de fraude à 0,46 % pour les prestations familiales, 3,1 % pour l’API (Allocation Parent Isolé), 3,6 % pour le RMI-RSA (source : AFP, 29 avril 2010).

Peut-être mais n’est-ce pas l’arbre qui cache le forêt :

  • la fraude aux prélèvements sociaux, évaluée à entre 8 et 12 Milliards d’€ et concernerait 10 % des entreprises (source : Conseil des Prélèvements Obligatoires, 2007)
  • la fraude fiscale en France: en 2005 elle est évaluée entre 20 et 25 Milliards d’€ par le Conseil des prélèvements obligatoires, à 30 Milliards d’€ par la Direction du Budget, ou encore à 50 Milliards d’€ par la Commission Européenne.

6-2) « Les bénéficiaires de la CMU en profitent pour faire des soins de confort dont ils n’ont pas vraiment besoin »

FAUX ! La CMU est très restrictive. 

En vidéo (3’30 ») : Jean-François Chadelat, directeur du Fonds CMU, démonte des idées fausses sur la CMU

6-3) « Grâce aux bons CAF, les enfants des familles défavorisées ont un accès normal à la culture, au sport, etc. »

OUI et NON ! Ces aides sont appréciables, mais elles nécessitent un financement complémentaire plus ou moins important par les familles. Et il faut anticiper les besoins pour faire les demandes à temps.

6-4) « Grâce à la CMU, à la CMUC et à l’ACS, tout le monde bénéficie d’une protection santé satisfaisante. »

FAUX ! En 2008, 1,5 million de personnes sur les 6 millions de bénéficiaires potentiels ne disposaient pas de la CMU. Au 31 décembre 2010, une étude du Fonds CMU estimait que le nombre de personnes n’ayant pas recours à la CMU-C (CMU complémentaire) était de plus de 20 %.

Pour l’aide à l’acquisition d’une complémentaire santé (ACS), le taux de non-recours est de 80 %. Par ailleurs, en 2008, 22 % des bénéficiaires de la CMU-C déclaraient avoir renoncé à certains soins pour des raisons financières au cours des 12 derniers mois (source : « Étudier l’accès aux soins des assurés CMU-C, une approche par le renoncement aux soins« , Boisguérin et coll., Santé, Soins et protection sociale en 2008. Paris : IRDES, 2010/06, 31-40).

6-5) « Pour ce qui est de l’espérance de vie en France aujourd’hui, nous sommes relativement égaux. »

FAUX ! A la fin des années 1990, un ouvrier ayant 35 ans vivra encore en moyenne 39 ans, un cadre 46 ans et un chômeur 28 ans.

Ces inégalités d’espérance de vie sont croissantes en France (source : « Les différences sociales de mortalité : en augmentation chez les hommes, stables chez les femmes », Monteil C., Robert-Bobée I., 2005, INSEE Première, 1025).

7) Sur le placement des enfants

7-1) « Les enfants placés ont la chance de connaître une vie meilleure et de découvrir un autre milieu que le leur. »

FAUX ! Pour un grand nombre d’enfants et de parents, le placement est une solution qui crée des ruptures profondes alors qu’il pourrait souvent être évité.  » Une personne sans domicile sur cinq a dû quitter le domicile de ses parents avant l’âge de 16 ans – proportion six fois plus élevée que dans le reste de la population «  (source : Devenir sans-domicile, le rester : rupture des liens sociaux ou difficultés d’accès au logement ? », Économie et Statistique, N° 391-392, 2006, INSEE).

7-2) « Si on place les enfants, c’est à cause de la maltraitance. »

FAUX ! Les causes du placement d’un enfant d’une famille pauvre tiennent souvent aux conditions d’accès de la famille au logement, à la santé, etc. Des difficultés pourraient dans de nombreux cas être résolues par un soutien à la famille qui coûterait par ailleurs moins cher que la solution du placement. « Six milliards d’euros sont dépensés chaque année de façon empirique, sans que l’on cherche à contrôler les acteurs de la protection de l’enfance, ni à connaître l’efficacité de ces interventions » (source : rapport « La protection de l’enfance », Cour des comptes, octobre 2009).

8) Sur la fiscalité et les impôts

8-1) « Les pauvres ne paient pas d’impôts »

FAUX ! Le taux moyen d’imposition (impôts directs et indirects) des 10 % les moins riches est d’environ 40 %, celui des 0,1 % les plus riches d’environ 37 %, et celui des revenus moyens de 45 à 48 % (source : calculs effectués par les économistes Saez, Landais et Piketty à partir des données INSEE).

Nota bene : pour les plus hauts revenus, les taux réels d’imposition sont souvent très inférieurs aux taux affichés : grâce aux niches fiscales, une partie des plus hauts revenus échappe à une part de l’imposition.

8-2) « Les plus pauvres peuvent se faire exonérer de charges et d’impôts »

Oui, mais il faut effectuer beaucoup de démarches avant d’obtenir ces exonérations et il faut les renouveler régulièrement.

9) Sur l’immigration

immigration je veux pas savoir9-1) « L’immigration augmente d’année en année en France »

VRAI et FAUX ! Depuis 1975, le taux d’immigrés est quasi constant : 8,4 % en 2008  contre 7,4 % en 1975  . (source: Évolution de la part des populations étrangères et immigrées en 2008,  INSEE).

9-2) « Si on renvoyait les étrangers1 dans leur pays, il y aurait moins de chômage en France »
ou
« Les étrangers prennent des emplois aux Français »
ou
« Les étrangers creusent le trou de la Sécurité sociale »

FAUX ! Globalement, la présence des populations de nationalité étrangère en France crée de la richesse et donc de l’emploi, grâce à l’apport de consommation, d’impôts et de cotisations (cf. 9-6.). Les étrangers sont aussi consommateurs, ils créent une demande supplémentaire et des emplois. Les études montrent que les migrants arrivants créent leurs propres emplois.

« En imaginant une augmentation de 10 % du flux d’immigration au Royaume-Uni en 2007, le taux de chômage n’augmenterait alors que de 0,01 point au bout de 13 ans. » (source : Immigrés: une boîte à outils pour répondre à Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy, Caroline Fourteau, mai 2011).

9-3) « La France est un des pays d’Europe qui accueille le plus d’immigrés »

FAUX ! « Avec un taux d’accroissement naturel de 4 pour 1000 et un taux d’accroissement migratoire de 1 pour 1000, la France est le pays d’Europe dont la croissance démographique annuelle dépend le moins de l’immigration » (source : « Cinq idées reçues sur l’immigration », tableau 2, page 2, INED, 2004). Autrement dit le solde migratoire (entrées-sorties) représente 20 % de l’accroissement naturel de la population française. En Allemagne, la totalité de l’accroissement de la population est dû au solde migratoire, le solde naturel étant négatif !

En 2010, la part des personnes immigrées sur la population totale s’élevait à : Autriche : 16 %, Suède 14 %, Espagne :14 %, États-Unis : 13 %, Allemagne : 13 %, France : 11 %2, Pays-Bas : 10 %, Royaume-Uni : 10 %, Belgique : 9 %, Italie : 7 % (source : Le nombre et la part des immigrés dans la population : comparaisons internationales, Gilles Pison, INED, 2010).

9-4) « Les familles immigrées font beaucoup plus d’enfants que les familles françaises natives »

Pas tant que cela ! « Dans la période 1991-1998, le nombre moyen d’enfants par femme était de 1,65 pour les seules françaises natives. Les femmes immigrées avaient en moyenne 2,2 enfants » (source : « Cinq idées reçues sur l’immigration », Population et sociétés, INED, 2004).

9-5) « La France accueille toute la misère du monde », sous-entendu : « Ce sont les populations les plus pauvres qui immigrent en France »

FAUX ! « Dans l’ensemble, les migrants représentent par rapport aux non-migrants de la société d’origine une population sélectionnée : en meilleure santé, plus instruite, plus entreprenante, dotée d’un minimum de ressources »  Source : « Cinq idées reçues sur l’immigration », Population et sociétés, INED, 2004.

La part des immigrés diplômés de l’enseignement supérieur est passée de 12 à 25 % entre 1990 et 2007. La moyenne nationale est de 29 %.
Sources : « L’activité des immigrés en 2007 », INSEE et Immigrés: une boîte à outils pour répondre à Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy, Caroline Fourteau, mai 2011.

9-6) « L’immigration coûte, en prestations sociales, 48 milliards d’euros »

VRAI ! Mais elle rapporte 60 milliards d’€ en impôts et cotisations sociales chaque année

Sources : ministère de la Santé et des Affaires Sociales et étude de l’université de Lille-II de juillet 2010, voir « Immigrés: une boîte à outils pour répondre à Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy« , Caroline Fourteau, mai 2011.

La population immigrée est en moyenne plus jeune et en meilleure santé que les autres habitants de la France. Or, dans les prestations sociales, la maladie pèse 47 % et la retraite 31 % (les autres dépenses étant allocations chômage, RSA, allocations logement et allocations familiales). La population immigrée est donc une chance pour aider au paiement des retraites.

En moyenne, la contribution nette de chaque immigré (différence entre ce qu’il verse et ce qu’il reçoit en transfert sociaux) est de l’ordre de 1500 € par an.

Source : « Migrations et protection sociale : étude sur les liens et les impacts de court et long terme » , rapport pour la DREES-MIRe, auprès des Ministères du travail, du budget et de la Santé.

   « En l’absence de l’immigration, le besoin de financement de la protection sociale en France augmenterait de 2 points de Produit Intérieur Brut (PIB). » (source : Immigration : combien ça coûte, Xavier Chojnicki, Lille 2, laboratoires EQUIPPE et CEPII). 

Bien sûr, l’apport de l’immigration à notre pays ne saurait se limiter à cet aspect comptable : il est aussi et surtout humain, culturel, scientifique, artistique, etc.

9-7) « Les étrangers peuvent profiter facilement des minima sociaux »

FAUX ! Il faut être en possession d’un titre de séjour et d’une carte de travail depuis au moins cinq ans pour bénéficier du RSA si on est natif d’un pays extérieur à l’Union européenne.

9-8) « Les étrangers augmentent la délinquance »

FAUX ! 12,7 % du nombre de condamnés sont étrangers (source : ministère de la Justice), alors qu’ils représentent environ 8 % de la population française (cf. 9-3.). L’écart n’est pas si important que veulent le faire croire certains hommes politiques.

10) Sur l’école

10-1) « Ce n’est pas à l’école de régler tous les problèmes de la société »

VRAI et FAUX ! La loi d’orientation sur l’école de 2005 dit : « La scolarité obligatoire doit au moins garantir à chaque élève les moyens nécessaires à l’acquisition d’un socle commun constitué d’un ensemble de connaissances et de compétences qu’il est indispensable de maîtriser pour accomplir avec succès sa scolarité, poursuivre sa formation, construire son avenir personnel et professionnel et réussir sa vie en société. ». Cela dit bien que le rôle de l’école n’est pas seulement de transmettre des connaissances, mais aussi de permettre aux élèves de se construire des compétences, dont celle de pouvoir vivre avec d’autres différents de soi.

Elle doit aussi permettre à tous d’acquérir ces connaissances et compétences. Mais on constate qu’elle peine à atteindre ces objectifs et à réduire les inégalités sociales, dans la mesure où l’échec et la réussite scolaire sont de plus en plus liés à l’origine sociale. En réalité, le fonctionnement actuel de l’école en France vise aussi un objectif non déclaré : sélectionner les meilleurs élèves qui s’orienteront ensuite vers des études supérieures et les postes de responsabilité.

10-2) « Dans les familles pauvres, les parents sont démissionnaires et se désintéressent de l’école »

FAUX ! Les parents défavorisés ont souvent peur de l’école car ils sont marqués par leur échec d’enfant. Par ailleurs, 80 % des mères non-diplômées s’estiment dépassées pour aider leurs enfants dans leurs études au collège, contre 26 % seulement des mères diplômées de l’enseignement supérieur (source :  « L’aide aux devoirs apportée par les parents », INSEE, 2004).

Mais le lien entre pauvreté et échec scolaire n’est pas fatal : il est moins élevé dans la plupart des autres pays développés qu’en France, et très faible dans des pays comme le Canada, la Finlande, le Japon ou la Chine (source : étude PISA).

10-3) « Heureusement que l’école est là pour corriger certaines inégalités sociales ! »

FAUX ! L’impact du milieu social sur la réussite ou l’échec scolaire est plus grand en France que dans beaucoup d’autres pays, et il grandit au fil des années. En 2009, plus de 75 % des élèves dont les parents sont cadres ou professions intellectuelles ont obtenu le bac général, contre 33 % pour les enfants d’ouvriers et 41 % des enfants d’inactifs ; le pourcentage de variation de performance des élèves en lecture, expliqué par le milieu socio économique est de 17 % pour la France bien au dessus de la moyenne de l’OCDE (14 %), le double de la Finlande du Canada ou du Japon.

Source : « Les inégalités à l’école », CESE, sept. 2011.

10-4) « Si les enfants pauvres réussissent moins bien à l’école, c’est qu’ils ne travaillent pas »

FAUX ! Les causes sont plus complexes que cela. Par exemple, « le niveau de diplôme des parents (particulièrement celui de la mère) et, de manière plus globale, les possibilités d’encadrement de la scolarité par les familles revêtent une importance au moins aussi grande que leur situation socio-économique » (Source : « Les inégalités à l’école », CESE, sept. 2011).

10-5) « Les enfants d’immigrés sont plus en échec scolaire que les autres »

FAUX ! C’est la pauvreté qui la plus grande cause d’échec scolaire et non pas l’immigration. Aniveau social égal, les descendants d’immigrés ne sont pas en moyennes plus touchés par l’échec scolaire que le reste de la population (source : « Les inégalités à l’école », CESE, sept. 2011).

10-6) « La mixité sociale dans les écoles nuit à la réussite scolaire »

FAUX ! Lorsque l’on met en oeuvre une pédagogie adaptée, les résultats scolaires de tous s’améliorent, comme le montrent les expériences de plusieurs établissements scolaires (voir l’exemple des écoles Anne Frank et Hélène Boucher à Mons-en-Baroeul, celui du collège La Durantière à Nantes – Feuille de route sept/oct. 2011 -, celui du collège Évariste-Galois à Nanterre – Feuille de route novembre 2011 -, etc.). Par ailleurs, l’école ne doit-elle pas préparer les enfants et les jeunes à vivre ensemble dans le respect des différences ?

11) Sur les Roms

11-1) « Les Roms ne veulent pas travailler »

FAUX ! C’est le contraire : tout est fait en France pour que les Roms de Roumanie et de Bulgarie n’aient pas le droit de travailler : une « période transitoire » les empêche d’avoir les mêmes droits que les autres européens avant fin 2013. Pour travailler, ils doivent disposer d’une autorisation de travail. Les délais d’obtention sont de 3 à 6 mois à partir d’une promesse d’embauche à temps plein. Le plus souvent, l’employeur (qui doit en plus payer la taxe dûe à l’Office Français pour l’Immigration et l’Intégration pour l’embauche d’un étranger) ne peut attendre la réponse et embauche quelqu’un d’autre.

Le 26 octobre 2009, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE) a demandé au gouvernement qu’il mette fin à cette période transitoire, ainsi que la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH), dans l’avis du 22 mars 2012 (article 33, p.9).

_________________________
Article très largement inspiré de cet article d’ATD Quart Monde sur la base d’un travail réalisé avec la Mission Régionale d’Information sur l’Exclusion en Rhône-Alpes.

* Une sélection d’idées reçues en 4 pages

———————————————————————–

1. Dans la définition de l’ONU, un immigré est une personne née en dehors du territoire concerné. Cela inclut donc les Français nés à l’étranger. Dans le sens commun adopté par l’INSEE, un immigré est une personne née étrangère à l’étranger.

2. En incluant les Français nés à l’étranger, comme l’ONU le préconise dans ses calculs. La part des immigrés de nationalité étrangère s’élève à 8 % (chiffre présenté par l’INSEE).

Deux Prix Nobel d’économie étatsuniens parlent de l’Europe et de sa politique d’austérité.

 Paul Krugman fait le bilan de la crise en zone euro dans le New-York Times : Le suicide économique de l’Europe, (Europe’s Economic Suicide), 15 avril 2012.

« Il est donc difficile d’éviter un sentiment de désespoir. Plutôt que d’admettre qu’ils ont eu tort, les dirigeants européens semblent déterminés à conduire leur économie – et leur société – au bas de la falaise. Et le monde entier en paiera le prix. »

(de l’anglais : « So it’s hard to avoid a sense of despair. Rather than admit that they’ve been wrong, European leaders seem determined to drive their economy — and their society — off a cliff. And the whole world will pay the price. »)

Joseph Stiglitz, « l’Europe va droit dans le mur » dans une interview dans la Tribune de Genève, 16 avril 2012

« La seule bonne chose de l’année 2011, c’est qu’elle a été meilleure que ne le sera 2012 », estime le prix Nobel d’économie.

Si l’Europe poursuit ses programmes de restriction, « les années à venir seront vraiment dures ».

« La situation en Europe préoccupe Joseph Stiglitz : « Les chances de résoudre le problème par de nouvelles économies sont proches de zéro », relève-t-il dans une interview donnée au Tages-Anzeiger. L’Europe est même « menacée à court terme d’une deuxième récession ».

 « La plupart des gouvernements européens épargnent, ce qui accentue le ralentissement économique » constate le chercheur et économiste américain.

Et contrairement aux promesses faites, « on ne voit toujours pas poindre la lumière au bout du tunnel ».

 « Il n’y a au monde pas un seul exemple qui montre qu’il est possible d’assainir un État malade en réduisant les salaires, les rentes et les prestations sociales », poursuit l’ancien prix Nobel.

« La croissance ralentit, les recettes fiscales baissent et la question de l’endettement n’est pas résolue » ajoute-t-il en substance.

_______________
Post scriptum : ces citations ne signifient pas que je considère les paroles de ces prix (de la Banque centrale de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred) Nobel, comme vérités incontestables. Sur ce prix : Le « prix Nobel d’économie » : une habile mystification.

"Bien informés, les hommes sont des citoyens, mal informés ils deviennent des sujets.", Alfred Sauvy.