Dispo­ser d’une boite à « écolor­vi­dés », c’est pas compliqué (1)

Pour dispo­ser d’une boite à écolor­vi­dés (= corvidé écolo, cf. présen­ta­tion et état d’avan­ce­ment ICI) et faute de trou­ver un modèle commer­cia­lisé, il vous faudra de l’huile de coude, de l’en­vie de brico­ler, quelques notions de menui­se­rie, d’élec­tro­nique, d’in­for­ma­tique et d’élec­tri­cité. A priori si vous dispo­sez d’un bac scien­ti­fique, mis à part la menui­se­rie, cela devrait suffire. Mais il vous faudra aussi débour­ser très proba­ble­ment quelques dizaines d’€, très proba­ble­ment moins d’une centaine selon vos capa­ci­tés à faire de la récup, de l’achat d’oc­ca­sion et de votre empres­se­ment. Conti­nuer la lecture

Trou de la sécu : 83% des dépenses sont liées aux mala­dies chro­niques dont le nombre explose

Le « trou » de la sécu on en parle depuis long­temps. Chaque année ou presque des rustines permettent de limi­ter ce trou. Mais, hélas, cela ne conduira qu’à réduire les soins pour un nombre de personnes modestes de plus en plus impor­tant. Le 1 € de parti­ci­pa­tion forfai­taire lors d’une consul­ta­tion chez un méde­cin fait partie de cet arse­nal de rustines visant les plus modestes d’entre-nous.

Or 83% des dépenses de la sécu sont desti­nées à des soins liées au mala­dies chro­niques dont le nombre explose : depuis 1990, les mala­dies cardio­vas­cu­laires ont progressé 5 fois plus vite que la popu­la­tion, le cancer 4 fois plus, les affec­tions psychia­triques 3 fois plus, le diabète 6 fois plus (depuis 2000), …

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Comment se débar­ras­ser soi-même d’une hernie ingui­nale, alter­na­tive à l’in­ter­ven­tion chiru­gi­cale ?

Lettre ouverte à mes méde­cins et conseils pour qui veut tenter mon expé­rience.

Ci-dessous vous trou­ve­rez la lettre envoyée le 2 février 2005 à mes méde­cins, géné­ra­liste et spécia­listes, qui m’ont examiné au sujet d’une hernie ingui­nale en novembre 2004. Vous trou­ve­rez égale­ment un lien sur la page dans laquelle je détaille « ma » théra­pie.

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Brève de comp­toir : les hypo­con­driaques creusent le trou de la sécu ! VRAi ou FAUX ?

Les rembour­se­ments des consul­ta­tions de méde­cins géné­ra­listes repré­sentent 3,22% des dépenses de la Sécu­rité Sociale (France, 2013).Part_rembsmt_generaliste_dans_depenses_secu_2013Soit égale­ment 3,7% des dépenses totales de santé (France, 2013).

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Le signal prix dans l’usage de la voiture

La taxa­tion du carbone pour la réduc­tion de l’usage de la voiture parti­cu­lière : utile ou néces­saire ?

Cet article fait suite à l’ar­ticle Au sujet du prix du carbone ques­tion­nant de l’uti­lité ou de la néces­sité du prix à donner au carbone afin de réduire les émis­sions de gaz à effet de serre pour atteindre l’objec­tif des +2°C maxi­mal, le fameux facteur 4 concer­nant les pays riches dont la France fait partie. Dans ce précé­dent article nous avions survolé les diffé­rents impacts du prix du carbone sur les choix de consom­ma­tion : sur l’ali­men­ta­tion, sur l’éner­gie (chauf­fage ou élec­tri­cité rési­den­tielles), sur les trans­ports de personnes. Nous allons ici nous foca­li­ser sur ce dernier aspect : l’im­pact du signal prix sur les émis­sions de gaz à effet de serre dues à l’usage de la voiture parti­cu­lière.
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Le Royaume Uni, bon élève en terme d’émis­sions de gaz à effet de serre du secteur trans­port

   De huit pays euro­péens parmi les plus riches, le Royaume-Uni est celui qui a le plus réduit « l’in­ten­sité carbone » [1] du secteur trans­port entre 1990 et 2012. Avec une réduc­tion de 35,74%, juste talonné par la Suède (-34,8%), il fait beau­coup mieux que la France de ce point de vue (-24,9%).

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Rela­tion(s) entre richesse d’un pays et les émis­sions de gaz à effet de serre de son secteur trans­port

Dans ce billet nous faisons l’hy­po­thèse que, « natu­rel­le­ment », la part des reve­nus des ménages consa­crés aux trans­ports ne croît pas linéai­re­ment, voire baisse, avec l’im­por­tance de ces reve­nus. En effet, en France et à partir du 7e décile cette part décroît. Si ceci est véri­fié pour d’autres pays, alors cela peut expliquer une baisse « natu­relle » de « l’in­ten­sité carbone » [1] du secteur trans­port de ces pays. Nous consta­tons en effet pour les 9 pays étudiés une très forte corré­la­tion (R2=0,84) entre niveau de vie et niveau d’émis­sions de GES du secteur trans­port rapporté à la richesse du pays. C’est ce que nous appe­lons « inten­sité carbone » avec des guille­mets.
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Au sujet du prix du carbone

La taxa­tion du carbone, utile ou néces­saire ?

Si il ne fallait qu’un argu­ment pour justi­fier l’ef­fi­ca­cité de la taxe carbone, ce serait ce graphique. Il met en rela­tion le prix du carbu­rant (abscisse) avec la consom­ma­tion annuel de carbu­rant par habi­tant (ordon­née) de 13 pays « riches ».

Conso_carburant_1998_vs_prix_du _litre_Manicore_2004Consom­ma­tion de carbu­rants par habi­tant en 1998 (en Gigajoules, ordon­née) en fonc­tion du prix des carbu­rants ($/litre, abscisse). Source 30 Years of Energy Use in IEA Coun­tries, IEA, 2004.

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La taxe carbone en Suède : pour ou contre un prix du carbone ?

Le débat autour de la perti­nence d’une taxe carbone s’est ravivé à l’ap­proche de la COP21. Ainsi notre prix « Nobel », Jean Tirole en est un ardent promo­teur. Dans sa tribune « Pour un accord effi­cace sur le climat »  (5 juin 2015, Le Monde) il la défend bec et ongles : « La stra­té­gie d’en­ga­ge­ments volon­taires est large­ment insuf­fi­sante [et] n’a pas l’ef­fi­ca­cité écono­mique que procure la fixa­tion d’un prix unique du carbone. ».

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LA TÉLÉ EN TOUS LIEUX ET À TOUTE HEURE

La Télé et les écrans en géné­ral : des faits , rien que des faits !

Extraits du livre TV lobo­to­mie
CHAPITRE I
LA TÉLÉ EN TOUS LIEUX ET À TOUTE HEURE

« La télé­vi­sion n’exige du spec­ta­teur qu’un acte de courage – mais il est
surhu­main -, c’est de l’éteindre. »
, Pascal Bruck­ner, philo­sophe [161].

« La déci­sion impor­tante consiste à savoir si l’on a une télé­vi­sion ou pas,
si l’on expose les enfants à presque tout ce que la télé­vi­sion offre, ou à rien du tout. »,
Qoshua Meyro­witz, profes­seur de commu­ni­ca­tion à l’uni­ver­sité du New Hamp­shire [162]

« Alors que jusqu’à main­te­nant, la télé­vi­sion enchaî­nait son spec­ta­teur [… ]. elle l’ac­com­pa­gnera demain partout où il ira », François Lost, spécia­liste des médias, profes­seur à l’Uni­ver­sité de Paris 3-Sorbonne [60]

Cet article est à relier à mon article chapeau TV LOBOTOMIE qui présente le livre éponyme de Pascal Desmur­get. Le chapitre II, « LA TÉLÉ ÉTOUFFE L’INTELLIGENCE « , est résumé dans cet autre article.

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Collec­ter les déchets grâce aux corvi­dés sauvages

Une vidéo avant de lire ? Cliquez ICI !

.   Ce bref billet a pour objet de soumettre à l’éva­lua­tion citoyenne le projet suivant : faire réali­ser par des corvi­dés (pies, corneilles, corbeaux) sauvages la collecte des déchets domes­tiques lais­sées dans la nature, telles les canettes qui jonchent les bords de route. Par cette colla­bo­ra­tion pour laquelle ces corvi­dés seront récom­pen­sés, nous espé­rons redo­rer l’image des corvi­dés encore consi­dé­rés comme nuisibles par nos insti­tu­tions et nombre de nos congé­nères. Bien à tort !
Notons que, contrai­re­ment à une opinion commune, la popu­la­tion des pies est globa­le­ment en régres­sion comme l’at­teste ces résul­tats du programme STOC du Centre de Recherches sur la Biolo­gie des Popu­la­tions d’Oi­seaux (CRBPO). 

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Depuis la crise de 2007–2008, la crois­sance est sur une tendance bien plus faible qu’a­vant !

   Le graphique ci-dessous illustre le propos du direc­teur de la recherche écono­mique chez Natixis, filiale de BPCE, lequel écrit dans son article : « Le FMI s’in­ter­roge sur la crois­sance à moyen terme » :  » Dans son rapport d’avril 2015, le FMI s’in­ter­roge sur la possi­bi­lité de conver­ger vers la trajec­toire de crois­sance d’avant crise. Sa réponse est clai­re­ment néga­tive : la crois­sance poten­tielle, celle qui ne crée pas de tensions infla­tion­nistes, sera dura­ble­ment plus réduite que celle consta­tée avant la crise. [..] On ne retour­nera pas vers la tendance passée mais pire on s’en éloi­gnera de plus en plus. « .

Depuis la crise de 2007-2008, la croissance est sur une tendance bien plus faible qu'avant !

   Cette tendance ne fait donc que confir­mer la baisse tendan­cielle inéluc­table du taux de crois­sance que Jean Gadrey mettait en évidence en 2009 dans son livre « Adieu à la crois­sance ».

   Vous pouvez en retrou­ver un résumé sur son blog. L’ar­ticle «  La baisse tendan­cielle du taux de crois­sance » (oct. 2009) se décom­pose ainsi :

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L’abs­ten­tion ou le vote blanc contre le FN et la péda­go­gie de la catas­trophe

Petite analyse des scores du FN au 1er tour des dépar­te­men­tales 2015 dans les cantons de muni­ci­pa­li­tés FN ou ex-FN par compa­rai­son avec son score au niveau natio­nal.

L'abstention ou le vote blanc contre le FN et la pédagogie de la catastrophe

Un ami ayant le choix entre un FN (la peste ?) et un UMP (le choléra ?) au 2cd tour des dépar­te­men­tales 2015 me dit avoir voté blanc. Je lui fais tout d’abord remarquer qu’il subsiste tout de même une diffé­rence de gravité dans ces deux mala­dies.

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En 2016, les 1 % les plus riches du monde possè­de­ront plus que les 99% restant

Je publie ici l’ar­ticle du même nom posté par Jean Gadrey sur son blog ce mardi 20 janvier 2015. N’hé­si­tez pas à commen­ter ci-dessous.

En 2016, les 1 % les plus riches du monde possè­de­ront plus que les 99% restant puisqu’il possè­de­ront plus de la moitié de la richesse mondiale !

C’est l’un des résul­tats d’une étude d’Ox­fam, « Insa­tiable richesse », qui vient d’être mise en ligne. La part du patri­moine mondial déte­nue par les 1 % les plus riches est passée de 44 % en 2009 à 48 % en 2014, et dépas­sera selon toute proba­bi­lité les 50 % en 2016. En 2014, les membres de cette élite inter­na­tio­nale possé­daient en moyenne 2,7 millions de dollars par adulte. Vive la crise !

Les esti­ma­tions utilisent les meilleures sources mondiales dispo­nibles sur les patri­moines, dont celles du Crédit Suisse. D’autres chiffres renforcent le vertige devant la déme­sure, dont ce graphique, qui montre que si, en 2010, 388 milliar­daires (le haut du clas­se­ment Forbes) étaient aussi riches que la moitié la plus pauvre de la popu­la­tion mondiale, en 2014, il « n’en faut plus » que 80.

La concen­tra­tion de la richesse vers le haut produit le dénue­ment « en bas » et même aux étages inter­mé­diaires de la hiérar­chie. C’est ainsi que les 80 % les moins riches ne détiennent que 5,5 % de la richesse mondiale totale des ménages.

Cette étude consacre d’im­por­tants déve­lop­pe­ments aux méca­nismes écono­miques, poli­tiques, fiscaux, etc. de cet insa­tiable enri­chis­se­ment, et en parti­cu­lier à l’in­tense et très coûteux (mais hyper rentable) lobbying de cette oligar­chie de taille infime mais au pouvoir immen­se… tant que les pouvoirs poli­tiques s’en rendent complices ou, dans « le meilleur des cas », ne font rien de sérieux.

Extrait :
« En 2013, le secteur de la finance a dépensé plus de 400 millions de dollars dans des acti­vi­tés de lobbying aux États-Unis, soit 12% du montant total consa­cré aux acti­vi­tés de lobbying dans le pays cette même année, tous secteurs confon­dus. Par ailleurs, dans le cadre des élec­tions de 2012, les entre­prises de ce secteur ont dépensé 571 millions de dollars pour finan­cer certaines campagnes élec­to­rales. D’après le Centre for Respon­sive Poli­tics, c’est le secteur de la finance qui a apporté la plus grande contri­bu­tion aux partis et aux candi­dats fédé­raux. Les milliar­daires améri­cains repré­sentent envi­ron la moitié des milliar­daires de la liste Forbes ayant des inté­rêts dans le secteur finan­cier. Ce nombre est passé de 141 à 150 aux États-Unis, et leur fortune cumu­lée de 535 à 629 milliards de dollars, soit une augmen­ta­tion de 94 milliards de dollars (17%) en l’es­pace d’un an. »

L’en­semble du patri­moine net des milliar­daires ayant des inté­rêts dans le secteur phar­ma­ceu­tique et de la santé a augmenté de 47 %. Eux aussi avaient dépensé 500 millions de dollars pour faire pres­sion sur les respon­sables poli­tiques à Washing­ton et à Bruxelles, en 2013.

Oxfam craint que la force de lobbying de ces secteurs ne soit un obstacle majeur à la réforme du système fiscal inter­na­tio­nal et n’im­pose des règles de propriété intel­lec­tuelle qui empêchent les plus pauvres d’ac­cé­der à des médi­ca­ments vitaux.

Oxfam appelle les États à adop­ter un plan en sept points pour lutter contre les inéga­li­tés :

– Mettre un frein à l’éva­sion fiscale des entre­prises et des grandes fortunes
– Inves­tir en faveur de la gratuité et de l’uni­ver­sa­lité de services publics comme la santé et l’édu­ca­tion
– Répar­tir équi­ta­ble­ment la charge fiscale, l’al­lé­geant du côté du travail et de la consom­ma­tion tout en taxant davan­tage le capi­tal et les richesses
– Instau­rer un salaire mini­mum et oeuvrer à un salaire décent pour l’en­semble des travailleuses et travailleurs
– Instau­rer une légis­la­tion en faveur de l’éga­lité sala­riale et promou­voir des poli­tiques écono­miques assu­rant le trai­te­ment équi­table des femmes
– Mettre en place une protec­tion sociale suffi­sante pour les plus pauvres, notam­ment la garan­tie d’un revenu mini­mum
– Adop­ter l’objec­tif commun de lutter contre les inéga­li­tés à l’échelle inter­na­tio­nale

Char­lie à tout prix ? par Frédé­ric Lordon, 13 janvier 2015

Article repris du blog de Frédé­ric Lordon sur le site du Monde Diplo­ma­tique et publié ici pour d’éven­tuels commen­taires et débat.
Que vous ayez été Char­lie ou non, si vous êtes un défen­seur de la liberté d’ex­pres­sion, alors je vous invite à vous détour­ner des médias du complexe mili­ta­roin­dus­triel (Bouygues, Lagar­dère, Dassault, Bolloré, Roth­schild, ….) et de soute­nir des médias indé­pen­dants tel Le monde Diplo­ma­tique.
Bonne lecture et au plai­sir d’échan­ger via les commen­taires
Chris­tophe

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Ce texte est tiré d’une inter­ven­tion à la soirée « La dissi­dence, pas le silence ! », orga­ni­sée par le jour­nal Fakir à la Bourse du travail à Paris le 12 janvier 2015.
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Char­lie à tout prix ? par Frédé­ric Lordon.

Lorsque le pouvoir de trans­fi­gu­ra­tion de la mort, ce rituel social qui commande l’éloge des dispa­rus, se joint à la puis­sance d’une émotion commune à l’échelle de la société tout entière, il est à craindre que ce soit la clarté des idées qui passe un mauvais moment. Il faut sans doute en prendre son parti, car il y a un temps social pour chaque chose, et chaque chose a son heure sociale sous le ciel : un temps pour se recueillir, un temps pour tout dire à nouveau.

Mais qu’on se doive d’abord à la mémoire de ceux qui sont morts n’im­plique pas, même au plus fort du trau­ma­tisme, que toute parole nous soit inter­dite. Et notam­ment pour tenter de mettre quelque clari­fi­ca­tion dans l’inex­tri­cable confu­sion intel­lec­tuelle et poli­tique qu’un événe­ment si extrême ne pouvait manquer, en soi, de produire, à plus forte raison sous la direc­tion éclai­rée de médias qui ne loupe­ront pas une occa­sion de se refaire la cerise sur le dos de la « liberté d’ex­pres­sion », et de poli­tiques experts en l’art de la récu­pé­ra­tion.

Disons tout de suite que l’es­sen­tiel de cette confu­sion se sera concen­tré en une seule phrase, « Je suis Char­lie », qui semble avoir tout d’une limpide évidence, quand tant d’im­pli­cites à problème s’y trouvent repliés.

« Je suis Char­lie ». Que peut bien vouloir dire une phrase pareille, même si elle est en appa­rence d’une parfaite simpli­cité ? On appelle méto­ny­mie la figure de rhéto­rique qui consiste à donner une chose pour une autre, avec laquelle elle est dans un certain rapport : l’ef­fet pour la cause, le contenu pour le conte­nant, ou la partie pour le tout. Dans « Je suis Char­lie », le problème du mot « Char­lie » vient du fait qu’il renvoie à une multi­tude de choses diffé­rentes, mais liées entre elles sous un rapport de méto­ny­mie. Or ces choses diffé­rentes appellent de notre part des devoirs diffé­rents, là où, préci­sé­ment, leurs rapports de méto­ny­mie tendent à les confondre et à tout plon­ger dans l’in­dis­tinc­tion.

Char­lie, ce sont d’abord des personnes humaines, privées – par bonheur, on s’est aperçu rapi­de­ment que dire simple­ment « Char­lie » pour les rassem­bler faisait bon marché de deux poli­ciers, un agent de main­te­nance, un malheu­reux visi­teur de ce jour là, et puis aussi de cinq autres personnes, dont quatre juives, tuées les deux jours d’après. Sauf à avoir rompu avec toute huma­nité en soi, on ne pouvait qu’être frappé de stupeur et d’ef­froi à la nouvelle de ces assas­si­nats.

Mais l’émo­tion n’a été si consi­dé­rable que parce qu’il était percep­tible à tous que ce qui venait d’être attaqué excé­dait évidem­ment les personnes privées. Et voici donc le deuxième sens possible de « Char­lie » : Char­lie comme méto­ny­mie des prin­cipes de liberté d’ex­pres­sion, des droits à expri­mer sans craindre pour sa sécu­rité, tels qu’ils sont au cœur de notre forme de vie.

On pouvait donc sans doute se sentir Char­lie pour l’hom­mage aux personnes tuées – à la condi­tion toute­fois de se souve­nir que, des personnes tuées, il y en a régu­liè­re­ment, Zied et Bouna il y a quelque temps, Rémi Fraisse il y a peu, et que la compas­sion publique se distri­bue parfois d’une manière étrange, je veux dire étran­ge­ment inégale.

On pouvait aussi se sentir Char­lie au nom de l’idée géné­rale, sinon d’une certaine manière de vivre en société, du moins d’y orga­ni­ser la parole, c’est-à-dire au nom du désir de ne pas s’en lais­ser conter par les agres­sions qui entre­prennent de la nier radi­ca­le­ment. Et l’on pouvait trou­ver qu’une commu­nauté, qui sait retour­ner ainsi à l’un de ses déno­mi­na­teurs communs les plus puis­sants, fait une démons­tra­tion de sa vita­lité.

Mais les choses deviennent moins simples quand « Char­lie » désigne – et c’est bien sûr cette lecture immé­diate qui avait tout chance d’im­po­ser sa force d’évi­dence – quand « Char­lie », donc, désigne non plus des personnes privées, ni des prin­cipes géné­raux, mais des personnes publiques rassem­blées dans un jour­nal. On peut sans la moindre contra­dic­tion avoir été acca­blé par la tragé­die humaine et n’avoir pas varié quant à l’avis que ce jour­nal nous inspi­rait – pour ma part il était un objet de violent désac­cord poli­tique. Si, comme il était assez logique de l’en­tendre, « Je suis Char­lie » était une injonc­tion à s’as­si­mi­ler au jour­nal Char­lie, cette injonc­tion-là m’était impos­sible. Je ne suis pas Char­lie, et je ne pouvais pas l’être, à aucun moment.

Je le pouvais d’au­tant moins que cette formule a aussi fonc­tionné comme une somma­tion. Et nous avons en quelques heures basculé dans un régime de comman­de­ment insé­pa­ra­ble­ment émotion­nel et poli­tique. Dès ses premiers moments, la diffu­sion comme traî­née de poudre du « Je suis Char­lie » a fait irré­sis­ti­ble­ment penser au « Nous sommes tous améri­cains » du jour­nal Le Monde du 12 septembre 2001. Il n’a pas fallu une demi-jour­née pour que cette rémi­nis­cence se confirme, et c’est Libé­ra­tion qui s’est chargé de faire passer le mot d’ordre à la première personne du pluriel : « Nous sommes tous Char­lie » — bien­ve­nue dans le monde de l’una­ni­mité décré­tée, et malheur aux réfrac­taires. Et puis surtout célé­brons la liberté de penser sous l’écra­se­ment de tout dissen­sus, en mélan­geant subrep­ti­ce­ment l’émo­tion de la tragé­die et l’adhé­sion poli­tique impli­cite à une ligne édito­riale. Ceci d’ailleurs au point de faire à la presse anglo-saxonne le procès de se montrer hypo­crite et insuf­fi­sam­ment soli­daire (obéis­sante) quand elle refuse de repu­blier les cari­ca­tures. Il fallait donc traver­ser au moins une mer pour avoir quelque chance de retrou­ver des têtes froides, et entendre cet argu­ment norma­le­ment élémen­taire que défendre la liberté d’ex­pres­sion n’im­plique pas d’en­dos­ser les expres­sions de ceux dont on défend la liberté.

Mais cette unani­mité sous injonc­tion était surtout bien faite pour que s’y engouffrent toutes sortes de récu­pé­ra­teurs. Les médias d’abord, dont on pouvait être sûr que, dans un réflexe oppor­tu­niste somme toute très semblable à celui des pouvoirs poli­tiques dont ils partagent le discré­dit, ils ne manque­raient pas pareille occa­sion de s’en­ve­lop­per dans la « liberté de la presse », cet asile de leur turpi­tude. A l’image par exemple de Libé­ra­tion, qui orga­nise avec une publi­cité aussi osten­ta­toire que possible l’hé­ber­ge­ment de Char­lie Hebdo. Libé­ra­tion, ce rafiot, vendu à tous les pouvoirs tempo­rels, auto-insti­tué dernière demeure de la liberté d’ex­pres­sion ! — peut-être en tous les sens du terme d’ailleurs. Et combien de la même farine derrière Libé pour faire de la suren­chère dans le Char­lisme ?

« Si cet homme qui, dit-on, riait de tout reve­nait en ce siècle, il mour­rait de rire assu­ré­ment », écrit Spinoza dans une de ses lettres. Et c’est vrai qu’il y a de quoi rire long­temps à voir ainsi les organes de la soumis­sion à l’ordre social enton­ner avec autant de sincé­rité l’air de l’an­ti­con­for­misme et de la subver­sion radi­cale. Rire long­temps… enfin pas trop quand même, car il faudra bien songer un jour à sortir de cette impos­ture.

Ce sera sans l’aide du pouvoir poli­tique, qui n’a jamais inté­rêt au dessille­ment, et à qui l’union natio­nale a toujours été la plus fidèle des ressources. Union natio­nale, et même inter­na­tio­nale en l’oc­cur­rence, dont une version cara­bi­née nous aura été admi­nis­trée. Fallait-il qu’elle soit incoer­cible la pulsion récu­pé­ra­trice de François Hollande de se faire reluire à la tête de Paris « capi­tale du monde » pour convier, de proche en proche, jusqu’à Orban, Poro­chenko, et puis Neta­nyahu, Lieber­man, etc. de hautes figures morales, connues pour se parta­ger entre défen­seurs de la liberté de la presse et amis du dialogue inter­con­fes­sion­nel [1].

Par bonheur, il s’est déjà trouvé suffi­sam­ment de voix pour s’inquié­ter des usages, ou plutôt des mésusages, que ce pouvoir ne manquera pas de faire d’une mobi­li­sa­tion de masse qu’il s’em­pres­sera de consi­dé­rer comme un mandat.

Espé­rons qu’il s’en trou­vera égale­ment pour recom­man­der à quelques édito­ria­listes un court séjour en cellule de dégri­se­ment, et pour leur appor­ter le café salé. Dans la concur­rence pour être à la hauteur de l’His­toire, et même – pente aussi fatale que grotesque de l’in­for­ma­tion en continu – pour être les premiers à « annon­cer » l’His­toire, il était logique que tous criassent à l’His­toire et à l’His­to­rique à propos de la mani­fes­ta­tion d’hier. S’il est permis d’en rire, on dira que, histo­rique, elle l’a sans doute été sous quelque rapport, au moins pour être la première du genre où le comp­tage de la police avait une chance d’être supé­rieur à celui des orga­ni­sa­teurs. On ne sache pas cepen­dant qu’il soit resté grand-chose des mani­fes­ta­tions monstres de Carpen­tras et du 1er mai 2002, effu­sions collec­tives qui avaient déjà hysté­risé le commen­ta­riat, mais dont on doit bien recon­naître que la produc­ti­vité poli­tique aura été rigou­reu­se­ment nulle.

On aime­rait beau­coup qu’il en aille autre­ment cette fois-ci, mais on ne peut pas s’em­pê­cher de poser en toute géné­ra­lité la ques­tion de savoir s’il n’y a pas un effet de substi­tu­tion entre le degré de l’una­ni­mité et sa teneur poli­tique possible. Par construc­tion, arasant toute la conflic­tua­lité qui est la matière même de la poli­tique, la masse unie est tendan­ciel­le­ment a-poli­tique. Ou alors, c’est que c’est la Révo­lu­tion – mais il n’est pas certain que nous soyons dans ce cas de figu­re…

Il y aurait enfin matière à ques­tion­ner la réalité de l’« union natio­nale » qu’on célèbre en tous sens. Tout porte à croire que le cortège pari­sien, si immense qu’il ait été, s’est montré d’une remarquable homo­gé­néité socio­lo­gique : blanc, urbain, éduqué. C’est que le nombre brut n’est pas en soi un indi­ca­teur de repré­sen­ta­ti­vité : il suffit que soit excep­tion­nel­le­ment élevé le taux de mobi­li­sa­tion d’un certain sous-ensemble de la popu­la­tion pour produire un résul­tat pareil.

Alors « union natio­nale » ? « Peuple en marche » ? « France debout » ? Il s’agi­rait peut-être d’y regar­der à deux fois, et notam­ment pour savoir si cette manière de clamer la réso­lu­tion du problème par la levée en masse n’est pas une manière spécia­le­ment insi­dieuse de recon­duire le problème, ou d’en faire la déné­ga­tion. A l’image des domi­nants, toujours portés à prendre leur parti­cu­la­rité pour de l’uni­ver­sel, et à croire que leur être au monde social épuise tout ce qu’il y a à dire sur le monde social, il se pour­rait que les cortèges d’hier aient surtout vu la bour­geoi­sie éduquée contem­pler ses propres puis­sances et s’aban­don­ner au ravis­se­ment d’elle-même. Il n’est pas certain cepen­dant que ceci fasse un « pays », ou même un « peuple », comme nous pour­rions avoir bien­tôt l’oc­ca­sion de nous en ressou­ve­nir.

Il y a une façon aveu­glée de s’ex­ta­sier de l’his­toire imagi­naire qui est le plus sûr moyen de lais­ser échap­per l’his­toire réelle — celle qui s’ac­com­plit hors de toute fantas­ma­go­rie, et le plus souvent dans notre dos. Or, l’his­toire réelle qui s’an­nonce a vrai­ment une sale gueule. Si nous voulons avoir quelque chance de nous la réap­pro­prier, passé le temps du deuil, il faudra songer à sortir de l’hé­bé­tude et à refaire de la poli­tique. Mais pour de bon.

Notes

[1] Lire Alain Gresh, « D’étranges défen­seurs de la liberté de la presse à la mani­fes­ta­tion pour “Char­lie Hebdo” », Nouvelles d’Orient, 12 janvier 2015.

Conti­nuer la lecture

[Reprise] Répar­ti­tion des reve­nus et crois­sance, par Philippe Waech­ter, Direc­teur de recherche écono­mique chez Natixis

   Selon une étude de l’OCDE de 2014 : «  Une augmen­ta­tion des inéga­li­tés dans la distri­bu­tion des reve­nus a un impact néga­tif durable sur la crois­sance.  »

   Dans son article du 10 décembre 2014, Philippe Waech­ter, Direc­teur de recherche écono­mique de la banque Natixis, met en exergue le prin­ci­pal ensei­gne­ment d’une étude de l’OCDE de décembre 2014. Je le repro­duis ici : " Dans un travail récent l’OCDE apporte des éléments de réponse à cette ques­tion qui taraude les écono­mistes de longue date: faut il des inéga­li­tés afin de créer des inci­ta­tions favo­rables à la crois­sance ? Ou bien est ce qu’une distri­bu­tion resser­rée des reve­nus n’est elle pas fina­le­ment favo­rable à la crois­sance moyenne ?
La réponse de l’OCDE est sans ambi­guïté : une augmen­ta­tion des inéga­li­tés dans la distri­bu­tion des reve­nus a un impact néga­tif durable sur la crois­sanc
e. "

   Retrou­vez ce passage dans l’ar­ticle de l’au­teur repro­duit inté­gra­le­ment ci-dessous.

Répar­ti­tion des reve­nus et crois­sance

Publié le 10 décembre 2014 par Philippe WAECHTER

Verba­tim de ce podcast.

   La répar­ti­tion des reve­nus est devenu un sujet majeur en raison de la persis­tance des effets de la crise.

   On se souvient à l’au­tomne 2011 du mouve­ment «  Occupy Wall Street  ». De manière plus récente le livre de Thomas Piketty donnait un cadre de réflexion pour comprendre et analy­ser les défor­ma­tions dans la répar­ti­tion des reve­nus.Piketty indiquait aussi que la dyna­mique de l’éco­no­mie n’était pas spon­ta­né­ment équi­table et que des méca­nismes de correc­tion étaient néces­saires.

   Cepen­dant, on ne dispo­sait pas d’une analyse formelle reliant l’évo­lu­tion de la distri­bu­tion des reve­nus à la crois­sance.

   Dans un travail récent (déc. 2014) l’OCDE apporte des éléments de réponse à cette ques­tion qui taraude les écono­mistes de longue date : faut-il des inéga­li­tés afin de créer des inci­ta­tions favo­rables à la crois­sance ? Ou bien est ce qu’une distri­bu­tion resser­rée des reve­nus n’est elle pas fina­le­ment favo­rable à la crois­sance moyenne ?

   Cette ques­tion est essen­tielle pour comprendre la dyna­mique des écono­mies à moyen terme.

   La réponse de l’OCDE est sans ambi­guïté : une augmen­ta­tion des inéga­li­tés dans la distri­bu­tion des reve­nus a un impact néga­tif durable sur la crois­sance.

   Une mesure simple et immé­diate des inéga­li­tés est le rapport entre les 10 % des reve­nus les plus élevés et les 10 % des reve­nus les plus faibles. Du milieu des années 80 à main­te­nant ce rapport est passé de 7.5 à 9. La distri­bu­tion des reve­nus est deve­nue plus inéga­li­taire sur cette courte période de temps.

   Des mesures par pays de la défor­ma­tion dans la distri­bu­tion des reve­nus, le coef­fi­cient de Gini, montrent que les inéga­li­tés se sont accrues dans 16 des 21 pays analy­sés (du milieu des années 80 jusqu’en 2011/2012). Elle ne se réduisent que dans deux pays: la Grèce et la Turquie. Elles sont stables pour trois pays: la Belgique, les Pays-Bas et La France.
L’im­pact sur la crois­sance de ces chan­ge­ments dans les inéga­li­tés de reve­nus est signi­fi­ca­tif. L’étude suggère que l’im­pact a été d’en­vi­ron 10 % au Mexique et en Nouvelle Zélande, de 9 points au Royaume Uni et de 6 à 7 points aux USA, en Italie et en Suède.

   En d’autres termes, la hausse des inéga­li­tés a péna­lisé la crois­sance au Royaume Uni en lui ôtant 9 points de crois­sance sur la période. A inéga­li­tés inchan­gées sur la période 1990–2010 le PIB britan­nique aurait été 9 % plus élevés en fin de période. C’est loin d’être négli­geable.

   Pour la France, l’OCDE indique que l’im­pact des inéga­li­tés sur la crois­sance n’est pas signi­fi­ca­tive car pour le Think Tank du Château de la Muette il n’y a pas eu de défor­ma­tion signi­fi­ca­tive dans la distri­bu­tion des reve­nus.

   L’OCDE explique que le lien entre distri­bu­tion des reve­nus et crois­sance passe notam­ment par l’ac­cès à l’édu­ca­tion. Les plus défa­vo­ri­sés ont un accès plus limité à l’édu­ca­tion et donc une possi­bi­lité moindre d’amé­lio­rer leur capi­tal humain.

   L’OCDE indique aussi que l’ef­fet de l’édu­ca­tion n’est pas limité aux 10 % les plus pauvres mais aux 40 % les plus défa­vo­ri­sés dans la distri­bu­tion des reve­nus.

   L’ac­cès à l’édu­ca­tion est donc l’élé­ment clé dans l’amé­lio­ra­tion de la dyna­mique de crois­sance. Cela doit donner un rôle majeur à l’Etat pour favo­ri­ser la mise en place de ces condi­tions.

   L’in­no­va­tion qui est au coeur des proces­sus de crois­sance passe d’abord par les hommes avant de passer par les process. C’est pour cela que l’édu­ca­tion et la forma­tion sont les éléments clé de la crois­sance et de l’amé­lio­ra­tion des condi­tions de vie.

Préjugé sur le lien entre chômage et minima sociaux

   L’on entend parfois dire, jusque dans les hautes sphères poli­tiques, que les minima sociaux (RSA, . . . ) contri­bue­raient au chômage, certains béné­fi­ciaires préfé­rant s’en conten­ter plutôt que de recher­cher un emploi.

Mais alors, cela doit se consta­ter au niveau du taux de chômage, non ?

Voyons voir ce que dit ce premier graphique qui met en rela­tion le montant des minima sociaux (rela­ti­ve­ment au seuil de pauvreté à 60 % de chacun des pays) et le taux de chômage pour 14 pays de l’Union Euro­péenne en 2003.

Corrélation chomage minima sociaux en 2003 pour 14 pays U

Légende : les montants de pres­ta­tions-types d’as­sis­tance sociale nettes sont rappor­tés aux seuils de pauvreté à 60 % du niveau de vie des ménages en 2003. Il s’agit ici du cas d’un couple avec deux enfants. Pour d’autres cas voir tableau en fin de page.

Lecture : en France, les minima sociaux pour un couple avec deux enfants repré­sen­taient en 2003 72% du seuil de pauvreté à 60% et le taux de chomage était de 8,9%.

Sources : pour les minima sociaux, OCDE repris dans le rapport « Un pano­rama des minima sociaux en Europe », p. 8, revue « Etudes et résul­tats », DREES, N° 464, février 2006. Pour le chômage : base de données en ligne d’Eu­ro­stat.

   Si corré­la­tion il y a, il semble­rait plutôt qu’elle soit néga­tive : plus les minima sont élevés, plus le taux de chômage est faible.

Il est à noter qu’en France, le pouvoir d’achat du RMI/RSA-socle n’a augmenté que de + 3 % entre 1990 et 2010, tandis que celui du Smic horaire progres­sait de 29 % et le niveau de vie médian de 27 % (source : Contre la pauvreté, l’em­ploi ne suffit pas , Alter­na­tives Econo­miques n° 319 – décembre 2012).

   Cette étude compa­ra­tive sur les minima sociaux est la plus récente (cf. tableau ci-dessous). Si vous trou­vez des données plus récentes que ce tableau de la p.8 du rapport « un pano­rama des minima sociaux en Europe », je suis preneur.

Tableau_minima_sociaux_Europe-2003_DREES-2006.jpg

   Ci-dessous, le clas­se­ment de ces quatorze pays selon les trois situa­tions fami­liales du tableau : personne seule, parents avec deux enfants, parent isolé avec deux enfants.

Minima sociaux pour personne seule - 14 pays UE - 2003 DRE

  • La France se situe en 6e posi­tion, juste au dessus de la moyenne euro­péenne, pour une personne seule.

Minima sociaux pour un couple avec deux enfants-14 pays UE-

  • La France se situe en 5e posi­tion, sous la moyenne euro­péenne, pour un couple avec deux enfants.

Minima sociaux pour un parent isolé avec deux enfants-14 p

  • Et enfin, la France se situe en 7e posi­tion, sous la moyenne de l’UE-14, pour un parent seul avec deux enfants.

Rela­ti­ve­ment au SMIC, le RMI-RSA a perdu 23% de sa valeur entre 1990 et  2013, soit de 66,5 à 51,2 heures de travail au Smic brut. Pour en savoir plus : lire cet article de Jean Gadrey : Le grand retour de « l’as­sis­ta­nat » : sur quelques idées fausses

Sur les minima sociaux, montant et moda­li­tés d’at­tri­bu­tions, nombre de béné­fi­ciaires, voir aussi : Préju­gés sur les minima sociaux.

Sur d’autres idées reçues sur les raisons du chômage :

acces­sibles à partir de l’ar­ticle géné­ral : Préju­gés sur les raisons du chômage

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Mots clés : chômage – emploi – habi­tant – actif – volume de travail – heures travaillées – ouvrées – clas­se­ment – compa­rai­son inter­na­tio­nale – OCDE – Union euro­peenne – 35 heures – préjugé – idée reçue – minima sociaux – indem­ni­sa­tion – SMIC – RSA.

Liste des idées reçues au sujet des causes du chômage

Préjugé sur le lien entre chômage et durée annuelle du travail

   La rela­tion entre quan­tité de travail annuelle des travailleurs et taux de chômage, établie sur 34 pays de l’OCDE (année 2012), montrent plutôt que plus les actifs travaillent durant l’an­née, plus le taux de chômage est impor­tant.
Quoique la corré­la­tion ne soit pas très signi­fi­ca­tive, le graphique ci-dessous illustre cela. Donc jusqu’à preuve du contraire, augmen­ter la durée du travail annuel, ne réduit pas le chômage.

   Et pour­tant, le 24 septembre 2009, le Medef propo­sait un plan choc pour créer un million d’em­plois. Parmi les mesures : reve­nir sur les 35h, suppri­mer deux jours fériés sur 11. Autre­ment dit : « travailler plus ».
Et pour­tant, peu après le gouver­ne­ment Hollande-Valls par la voix de son Ministre de l’éco­no­mie, E. Macron, ex-banquier d’af­faireassou­plis­sait la légis­la­tion sur le travail du Dimanche. Autre­ment dit : « travailler plus » égale­ment.

Taux_de_chomage_vs_volume_travail_par_actif_employe_avec_no.jpg   Pour l’ac­cés aux sources de données OCDE, voir liens en fin d’ar­ticle. L’an­née est 2012

   Commen­taire du graphique :
La durée annuelle de travail des actifs en Alle­magne, Dane­mark, Norvège et au Pays Bas est moindre qu’en France. Le taux de chômage aussi. A l’op­posé, la Grèce, l’Es­pagne et le Portu­gal, où les actifs en emploi travaillent plus, connaissent des taux de chômage impor­tants. Bien sûr il y a des excep­tions telles que la Corée et le Mexique.
Main­te­nant, ceci est pour l’an­née 2012. Je tâche­rais prochai­ne­ment d’ap­pro­fon­dir la ques­tion en étudiant cette rela­tion pour diffé­rentes années et diffé­rentes périodes, si les données sont dispo­nibles.

Sur d’autres idées recues sur des causes de chômage, lire mes billets :

acces­sibles à partir de l’ar­ticle géné­ral : Préju­gés sur les raisons du chômage
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Les sources des données OCDE ayant permis l’éta­blis­se­ment du graphique sont en accès libre ici :
* Taux de chômage harmo­nisé
* Heures moyennes annuelles ouvrées par travailleur

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Mots clés : chômage – emploi – habi­tant – actif – volume de travail – heures travaillées – ouvrées – clas­se­ment – compa­rai­son inter­na­tio­nale – OCDE – Union euro­peenne – 35 heures – préjugé – idée reçue – minima sociaux – indem­ni­sa­tion – SMIC – RSA.

La France, cancre de l’em­ploi ! Vrai­ment ?

Selon le Xerfi, ce constat est FAUX : pour la période 2000–2013, la France, depuis l’an­née 2000 fait mieux que les Pays-Bas, l’Ita­lie, et le Royaume-Uni, beau­coup mieux que les États-Unis et le Dane­mark, comme l’at­teste le graphique ci-dessous rela­ti­ve­ment à sept pays souvent cités en modèle (Alle­magne, Suède, Pays-Bas, Italie, Royaume-Uni, Dane­mark, États-Unis).

Volume_travai_par_pop_age_travail_8_pays_base2000-2012_Xerf.png

Lecture du graphique :  Le volume de travail repré­sente le nombre d’heures de travail effec­tuées dans l’an­née par la popu­la­tion en âge de travailler. En effet, ces huit pays présen­tant des dyna­miques démo­gra­phiques diffé­rentes, ne pas en tenir compte serait non perti­nent en terme de compa­rai­son.

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Notons que le Dane­mark a été long­temps vanté pour sa « flexi­sé­cu­rité », flexi­sé­cu­rité vers laquelle nous avons fait un pas. À raison ?

L’Al­le­magne, le nouveau « bon élève », fait certes mieux que la France. Mais à quel prix ? Tout le monde a en mémoire les emplois à 1 € par exemple !

Il n’en reste pas moins qu’en France, le taux de chômage actuel, et en parti­cu­lier celui des jeunes, et la qualité des emplois créés sont loin d’être satis­fai­sants. Cepen­dant, quoiqu’il en soit, il est des causes à ce chômage que l’on ne peut pas rete­nir : indem­ni­tés chômage trop géné­reuses, minima sociaux trop élevés, rigi­dité du code de travail, … Je vous invite à lire cet article et ceux qui y sont reliés sur ces non-causes du chômage.

   Un prochain billet tentera d’iden­ti­fier les causes poten­tielles du chômage et de propo­ser d’autres pistes que la préca­ri­sa­tion de l’em­ploi et l’aus­té­rité pour les plus pauvres.

Le graphique ci-dessus est extrait de la vidéo La France cancre de l’em­ploi ? C’EST FAUXdu Xerfi que je vous suggère de vision­ner. J‘en propose cepen­dant une synthèse à partir des prin­ci­paux graphiques qui y sont présen­tés et commen­tés.

Résumé de la vidéo La France cancre de l’em­ploi ? C’EST FAUX (3’41 », Nov. 2014)

Au vu des taux de chômage harmo­nisé (graphique ci-dessous), on pour­rait penser la France inca­pable de créer du travail.

Taux_chomage_harmonise_UE_T3_2014_Xerfi.png

Or, en terme de créa­tion d’em­plois totale, la France fait aussi bien que nombre de « bons élèves » (Alle­magne, États-Unis, Pays-Bas), le Royaume-Uni et la Suède restant de loin meilleurs.

Emploi_total_base_2000-2014_8_pays_Xerfi.png
Mais il y a emploi et emploi. Ainsi par exemple, au Royaume-Uni existent des contrats de travail qui ne garan­tissent aucun volume hebdo­ma­daire mini­mal de travail : celui qui en béné­fi­cie peut très bien ne pas travailler du tout durant des périodes égales ou supé­rieures à une semaine, durée de réfé­rence pour diffé­ren­cier un chômeur d’un employé. On les appelle les contrats zéro heure (lire :Royaume-Uni : 1,4 million de « zéro heure », Alter­na­tives écono­miques, juin 2014).

.

C’est pourquoi il est plus perti­nent de mesu­rer le volume de travail créé, celui-ci pouvant se répar­tir en plus ou moins d’em­plois à temps partiels ou à temps complets. C’est ce volume que repré­sente le graphique ci-dessous.
Volume_horaire_de_travail_total_8_pays_base2000-2012_Xerfi.png
Et comme les dyna­miques démo­gra­phiques ne sont pas les mêmes, il est néces­saire de rappor­ter à la popu­la­tion en âge de travailler :

Volume travai par pop age travail 8 pays base2000-2012 Xerf

Conclu­sion : la France n’est pas le cancre de l’em­ploi a minima depuis l’an 2000.  Si les contrats 0 heures en GB, la lexi­sé­cu­rité au Dane­mark ou les contrats à un € en Alle­magne ont peut-être (j’en doute) été des solu­tion opti­males pour ces pays, les 35h n’au­raient-elles pas été la solu­tion opti­male, au moins pour notre pays ?

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Mots clés : chômage – emploi – habi­tant – volume de travail – heures – travaillées -ouvrées – clas­se­ment – compa­rai­son -OCDE – Union euro­péenne – 35 heures  préjugé – idée reçue.

Préju­gés sur les raisons du chômage

   Si les facteurs tels que géné­ro­sité des minima sociaux et/ou des indem­ni­tés chômage, rigi­dité des contrats de travail, recherche d’em­ploi insuf­fi­sante de la part des chômeurs, … avaient une influence majeure sur les taux de chômage, comment s’ex­plique­raient les dispa­ri­tés impor­tantes de ces taux à l’in­té­rieur d’un même pays. En effet, ces dispo­si­tifs sont uniformes sur l’en­semble des terri­toires natio­naux.

   Démons­tra­tion en trois cartes concer­nant la France, l’Al­le­magne et la Belgique !

Si des minima sociaux et/ou des indem­ni­tés chômage trop géné­reux, des contrats de travail trop rigides, des chômeurs trop fainéants, impactent le chômage alors . . .

   Dans quatre articles sur le chômage, je tente de démon­trer – chiffres et compa­rai­sons inter­na­tio­nales à l’ap­pui – que l’on ne saurait expliquer le chômage de masse français par la « fainéan­tise » de nos chômeurs et/ou par la diffi­culté à licen­cier.

   En effet, ces dernières années nous avons entendu diverses décla­ra­tions de ministres, tant du gouver­ne­ment Sarkozy-FIllon que celui de Hollande-Valls qui laissent sous entendre que le chômage de masse est  dû :

 . . . comment expliquer des dispa­ri­tés de taux de chômage aussi impor­tantes à l’in­té­rieur d’un même pays ?

  Les trois cartes ci-dessous suffisent à justi­fier la ques­tion suivante : si les pres­ta­tions sociales, les  assu­rances chômage et la protec­tion de sala­riés, uniformes sur ces terri­toires natio­naux, sont les causes prin­ci­pales du chômage, alors comment expliquer qu’elles ne produisent pas les mêmes effets selon les régions de ces pays .

  Ci-dessous les cartes du taux de chômage en France, en Alle­magne et en Belgique mettent en évidence ces impor­tantes dispa­ri­tés :

  • France : de 6,5 à plus de 11% selon les dépar­te­ments
  • Alle­magne (2012) : de 3,6 à 10,9% selon les régions ;
  • Belgique (2013) : de 4 à 20% selon les communes ;

Carte_chomage_en_France_2013.jpg

Carte_chomage_en_Allemagne_2012.jpg

 

Carte_Chomage_Belgique_2010.jpg

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Mots clés : chômage – emploi – habi­tant – actif – volume de travail – heures travaillées – ouvrées – clas­se­ment – compa­rai­son inter­na­tio­nale – OCDE – Union euro­peenne – 35 heures – préjugé – idée reçue – minima sociaux – indem­ni­sa­tion – SMIC – RSA.

Préjugé sur le lien entre chômage et « faux-chômeurs »

    M. Rebsa­men, ministre du travail du gouver­ne­ment Hollande-Valls, a déclaré en septembre 2014 :

« 350.000 offres d’em­ploi ne trouvent pas preneur dans un pays qui compte 3,4 millions de chômeurs. C’est insup­por­table ! »

    Insup­por­table ? Vrai­ment ? Spéci­fi­cité française ? Bien au contraire !

L’Al­le­magne a un taux d’em­plois vacants près de CINQ fois supé­rieur à celui de la France !!!!!

   Ci-dessous les taux d’em­plois vacants de 30 pays euro­péens en 2014 (UE28, Suisse, Norvège, source : Euro­stat, pour 2015 ICI).

    Cerclé de vert, ce bon élève – l’Al­le­magne – que l’on devrait imiter.
    Cerclé de rouge, la vilaine France !

Taux_d_emplois_vacants_2014_Eurostat.jpg

En terme de taux d’em­plois vacants, la France est donc très bien placée, n’en déplaise à M. Rebsa­men.
Si tant est que ce soit réali­sable, suppri­mer ces 0,6% d’em­plois vacants rédui­rait le taux de chômage de 0,6% mais le coup n’est pas rejouable. On passe­rait donc de 10,8 à 10,2%. Géniaaallllll !!!
Rappe­lons que Pôle Emploi peut radier les chômeurs pour une dizaine de motifs diffé­rents dont le refus de deux « offres raison­nables d’em­ploi » consé­cu­tives.

Pour en savoir plus sur la mesure et les raisons de ces emplois vacants : Offres d’em­ploi non pour­vues : la machine à fantasme.

Y a-t-il une corré­la­tion entre taux de chômage et taux d’em­plois vacants?

Voyons voir : le graphe ci-dessous met en rela­tion le taux d’em­plois vacants (abscisses) et le taux de chômage (ordon­née).

Chomage_correlation_Taux_vs_taux_emplois_vacants_UE_2012.jpg

Comme on pouvait s’y attendre: plus le taux de chômage est élevé, plus le taux d’em­plois vacants est faible.

En effet, un taux de chômage faible signi­fie un taux impor­tant d’offres d’em­plois et donc un taux d’em­plois vacants égale­ment impor­tant : il y a toujours un délai entre la paru­tion d’une offre d’em­ploi et son pour­voi.

Encore une rengaine néoli­bé­rale visant à stig­ma­ti­ser les chômeurs servie cette fois, et c’est un comble, par un gouver­ne­ment «  » » » » de gauche «  » » » » !

Épilogue !

Et moi qui croyais que la stig­ma­ti­sa­tion des faibles et des mino­ri­tés était l’apa­nage des gouver­ne­ments de droite, décom­plexée ou non !

  On se souvient par exemple de cette décla­ra­tion de L. Wauquiez, ministre du gouver­ne­ment Sarkozy-Fillon :  « Un couple qui est au RSA, en cumu­lant les diffé­rents systèmes de minima sociaux, peut  gagner plus qu’un couple dans lequel il y a une personne qui travaille  au SMIC » (8 mai 2011). Une contre­vé­rité démen­tie ICI .

Sur d’autres idées reçues sur les raisons du chômage :

acces­sibles à partir de l’ar­ticle géné­ral : Préju­gés sur les raisons du chômage

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* Fichier source Euro­stat : http://epp.euro­stat.ec.europa.eu/statis­tics_explai­ned/index.php/File:Job_Vacancy_Rate_by_coun­try_2014Q1.PNG

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Mots clés : chômage – emploi – habi­tant – actif – volume de travail – heures travaillées – ouvrées – clas­se­ment – compa­rai­son inter­na­tio­nale – OCDE – Union euro­peenne – 35 heures – préjugé – idée reçue – minima sociaux – indem­ni­sa­tion – SMIC – RSA.

Préjugé sur le lien entre chômage et rigi­dité du contrat de travail

    Manuel 1er a dit : « Le fonc­tion­ne­ment du marché du travail n’est pas satis­fai­sant, car il ne crée pas assez d’em­plois, il génère des inéga­li­tés impor­tantes entre d’une part des sala­riés très proté­gés en CDI et d’autre part des sala­riés très précaires en CDD et en inté­rim. C’est là-dessus qu’il faut agir » (Manuel Valls, l’Obs, 22 octobre 2014).

    Et pour­tant, selon l’OCDE diffi­ci­le­ment soupçon­nable d’être noyau­tée par les syndi­cats, en terme de protec­tion des sala­riés en CDI, la France, quoiqu’un peu plus protec­trice que trois des quatre pays scan­di­naves, est moins protec­trice que  la Suède, l’Al­le­magne, les Pays-Bas qui connaissent pour­tant des taux de chômage plus faibles.

La preuve par l’image :
Protection_emploi_pays_OCDE_2012.png
En outre, l’on ne décèle aucune corré­la­tion signi­fi­ca­tive entre l’in­dice de protec­tion de l’em­ploi et le taux de chômage comme l’at­teste le graphique ci-dessous :Taux_de_chomage_vs_protection_emploi_34_pays_OCDE--copie-1.pngSource des données OCDE : http://stats.oecd.org/Index.aspx?lang=fr , onglets Marché du travail puis Protec­tion d’em­ploi (ou direct ICI).

Cette protec­tion « exces­sive » des CDI ne saurait donc être une expli­ca­tion satis­fai­sante au taux de chômage français.
Mais bon, si Jean Tirole, notre prix d’éco­no­mie de la banque de Suède en l’hon­neur d’Al­fred Nobel*, dit le contraire !!!

En outre, les CDD français comptent parmi les plus protec­teurs des pays de l’OCDE. Les inéga­li­tés entre CDI et CDD n’est donc, une fois de plus qu’un fantasme destiné à un nivel­le­ment vers le bas.

En savoir plus sur la ques­tion du chômage, des CDD et des CDI : Marché du travail : Manuel Valls devrait se rensei­gner davan­tage !(G. Duval, Alter­na­tives Écono­miques, oct 2014).

Sur d’autres idées reçues au sujet des raisons du chômage :

acces­sibles à partir de l’ar­ticle géné­ral : Préju­gés sur les raisons du chômage

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* Le (vrai) prix Nobel d’éco­no­mie n’existe pas ! Je répète : le prix Nobel d’éco­no­mie n’existe pas.

Bonus à l’at­ten­tion des fainéants de fonc­tion­naires, ensei­gnants ou pas, et des chômeurs : pour vous distraire, un site qui recense 140 AlterDo­cus : La preuve par l’image

En un clic, vous accé­de­rez libre­ment à chacun de ces alter­do­cus : Le Traité de libre échange TAFTA, La fabri­ca­tion du consen­te­ment (Noam Chom­sky), La stra­té­gie du choc (Naomi Klein), Le Monde selon Monsanto (Marie-Monique Robin), La société du spec­tacle (Guy Debord), TV-Lobo­to­mie (Pascal Desmur­get), Les nouveaux chiens de garde (G. Ballastre), Inside Job, La maffia de l’eau (confé­rence), …

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Mots clés : chômage – emploi – habi­tant – actif – volume de travail – heures travaillées – ouvrées – clas­se­ment – compa­rai­son inter­na­tio­nale – OCDE – Union euro­péenne – 35 heures – préjugé – idée reçue – minima sociaux – indem­ni­sa­tion – SMIC – RSA.

Préjugé sur le lien entre chômage et géné­ro­sité des allo­ca­tions chômage

   Manuel 1er a taclé récem­ment le choix hexa­go­nal en matière de chômage :

Berlin, fin septembre 2014: « La France a une préfé­rence pour le chômage de masse bien indem­nisé, c’est un fait. »

Londres, 6 octobre 2014 : « Nous, en France, avons fait le choix d’un chômage très impor­tant et très bien indem­nisé. »

    Sous-entendu : à trop indem­ni­ser les chômeurs, l’on favo­rise le chômage. Rengaine néoli­bé­rale clas­sique.

    Voyons si, globa­le­ment, le niveau de dépenses consa­crées aux chômeurs est corrélé au taux de chômage. Grâce aux données d’Eu­ro­stat, c’est assez facile : comme l’in­dique le graphique ci-dessous, la corré­la­tion est très faible (R2 = 0,11). Et si elle était signi­fi­ca­tive elle serait même plutôt néga­tive : plus les dépenses par chômeur sont impor­tantes et plus le taux de chômage est faible.

    Comme on peut le voir, l’Alle­magne est envi­ron 12% plus géné­reuse que la France (0,19 vs 0,17 points de PIB/point de chômage) et pour­tant son taux de chômage est deux fois moindre (en 2013) !

Chomage_correlation_Taux_vs_Depense_indemnisation_chomage_U.jpg

   Voir égale­ment barre-graphe ci-dessous.

   Autre­ment dit, diffi­cile de mettre sur le dos de la géné­ro­sité globale de l’as­su­rance chômage, le chômage de masse français. Et surtout n’ou­blions pas que :

  • 52,2 % des chômeurs ne touchent rien ;
  • 23 % touchent moins de 1.000 € brut ;
  • 2,5 % touchent entre 2.000 € et le plafond ;
  • et seuls 0,02 % touchent le plafond (7,084 € brut mensuel).

Pour en savoir plus sur la géné­ro­sité de l’as­su­rance chômage rela­ti­ve­ment à nos voisins car, les moda­li­tés de mise en oeuvre de l’as­su­rance chômage étant très dispa­rate, c’est un peu plus complexe que cela, lire :

Depense_indemnisation_chomage_17_pays_Europe_2012.jpg

Actua­lité (décembre 2015) :  » Un rapport de l’Ins­ti­tut de l’en­tre­prise, un think tank financé par les grandes entre­prises vient tailler en pièces l’idée en vogue selon laquelle les règles d’in­dem­ni­sa­tion du chômage en France seraient trop géné­reuses. Pour son auteur, Bruno Coquet, grand spécia­liste du sujet, les défi­cits et la dette de l’Une­dic ont été créés par un jeu de défausse de l’État, qui doit main­te­nant prendre ses respon­sa­bi­li­tés. « .

C’est ce que l’on peut lire dans l’ar­ticle du Point « Défi­cit public : l’as­su­rance chômage n’est pas coupable«  . Le rapport de l’Insti­tut de l’En­tre­prise incri­miné est lisible sur le site de cette dernière ICI .

Sur d’autres idées reçues sur les raisons du chômage :

acces­sibles à partir de l’ar­ticle géné­ral : Préju­gés sur les raisons du chômage

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Mots clés : chômage – emploi – habi­tant – actif – volume de travail – heures travaillées – ouvrées – clas­se­ment – compa­rai­son inter­na­tio­nale – OCDE – Union euro­peenne – 35 heures – préjugé – idée reçue – minima sociaux – indem­ni­sa­tion – SMIC – RSA.

Trop de fonc­tion­naires en France ! Vrai­ment ?

La France souf­fri­rait de son obésité admi­nis­tra­tive, laquelle serait une des causes de l’am­pleur de ses dépenses publiques. Voyons voir !

Certes, si l’on peut réduire la bureau­cra­tie, faisons-le. Mais ne prêtons pas à cette réduc­tion des vertus excep­tion­nelles, n’en faisons pas une solu­tion miracle à tous nos problèmes !

    Qui dit bureau­cra­tie, pense – à tort  – fonc­tion­naires.

    Tout d’abord, il ne faut pas confondre « fonc­tion­naires » et « emplois publics » :

  • Les fonc­tion­naires sont des agents d’une des 3 fonc­tions publiques (d’état,  terri­to­riale ou hospi­ta­lière). Si ils ont la chance d’être titu­laires de leur  poste, ils ont alors le statut de fonc­tion­naire, et le privi­lège de la sécu­rité de l’em­ploi. En effet, comme le privé, la fonc­tion publique est grande pour­voyeuse de CDD et emplois précaires (près de 20%) ;
  • Les seconds sont les emplois « finan­cés » sur ressources publiques, quels que soient leurs statuts juri­diques. Ainsi les employés de la sécu­rité sociale, consti­tuée d’or­ga­nismes pour la plupart privés, disposent de contrat de travail de droit privé. Ils ne sont donc pas fonc­tion­naires. Il en est de même pour les ensei­gnants d’éta­blis­se­ments scolaires privés sous contrat avec l’état (2 millions d’élèves répar­tis dans 8.800 établis­se­ments, essen­tiel­le­ment catho­liques).

Cette préci­sion faite,  compa­rons le taux d’em­plois publics et leurs coûts dans divers pays de l’OCDE.

Emplois publics, compa­rai­son inter­na­tio­nale

    En 2008, l’Al­le­magne avec 55 emplois publics pour 1.000 habi­tants, se situe avec le Japon, dans le bas de la four­chette des pays de l’OCDE, avec 6 points de PIB sous la moyenne.

     En 2008, la France, avec un point au dessus de la moyenne des pays de l’OCDE et 88 emplois publics pour 1.000 habi­tants, se situe dans le haut du tableau. Au même niveau que le Royaume-Uni. Loin derrière les quatre pays scan­di­naves dont les trois premiers sont entre 140 et 160, le 4e à 115.

Taux d administration pays OCDE-1993-2008 CAS-2010-copie-1Source du graphique : Tableau de bord de l’em­ploi public, Compa­rai­sons inter­na­tio­nales, tableau 1, p. 8, déc. 2010.

    L’écart entre ces deux pays “extrêmes” repré­sente 7 points de PIB, soit 2.100 € par français et par an. Certains juge­ront que c’est trop, certains que c’est accep­table. Tout dépend de la manière dont chacun estime le service rendu par ces employés.

Part remuneration publique dans PIB-pays OCDE-2008 CAS-2010

Source du graphique : Tableau de bord de l’em­ploi public, Compa­rai­sons inter­na­tio­nales, tableau 3, p. 8, déc. 2010.

    Pour mémo : en 2010, le revenu moyen avant impôt des Français était  de 33.000€ par adulte et par an (2.800€ par mois).

    Et bien sûr, tous ces emplois sont loin d’être des emplois « bureau­cra­tiques » :  les ensei­gnants, des bureau­crates ? Les person­nels soignants des hôpi­taux publics, des bureau­crates ? Et les conseillers de pôle emploi ? Et les cher­cheurs du CNRS ? …

    Quoi qu’il en soit  » En France, comme dans la plupart des pays de l’OCDE, les dépenses de rému­né­ra­tion du person­nel repré­sentent entre 10 % et 12 % du PIB « , précise le Conseil d’Ana­lyse Stra­té­gique.

    Bonus : La vérité sur les fonc­tion­naires et les ensei­gnants en 5 points et 10 lignes !

Actua­li­sa­tion (juin 2014) : le graphique ci-dessous illustre l’évo­lu­tion de l’em­ploi dans les trois fonc­tions publiques,  d’État (FPE), terri­to­riale (FPT) et hospi­ta­lière (FPH), entre 2002 et 2012. Les trois confon­dus, les effec­tifs ont cru de 7%. L’em­ploi total a cru de 3%, crois­sance liée essen­tiel­le­ment à la crois­sance démo­gra­phique.

Evolution effectifs fonction publique 2002-2012Source (url du docu­ment) : http://www.fonc­tion-publique.gouv.fr/files/files/statis­tiques/chiffres_cles/pdf/chiffres_cles_2014.pdf

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Note : En 2008, 5,2 millions d’em­plois publics dont 2 millions de fonc­tion­naires d’État  et 1,4 millions de fonc­tion­naires terri­to­riaux (conseil régio­naux, géné­raux, muni­ci­pa­li­tés, …). Le reste, soit 1,8 million, se ventile sur les Établis­se­ments publics admi­nis­tra­tifs (EPA) non marchands ou de droit parti­cu­lier : hôpi­taux publics, ANPE, CNRS, Caisses natio­nales de Sécu, … 4,4 millions, dont seuls 80% sont titu­laires et disposent donc de la sécu­rité de l’em­ploi.

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Sources :
Les dépenses publiques en Alle­magne : d’où proviennent les écarts avec la France ? (VI et fin). Éléments de synthèse, Arnaud le Cheva­lier, Alter­na­tives Econo­miques, 2011.

* Tableau de bord de l’em­ploi public : situa­tion de la France et compa­rai­sons inter­na­tio­nales, Synthèse, CAS, 2010.

Brève de comp­toirs : les pauvres et les écrans plats !

« Les pauvres dépensent l’al­lo­ca­tion rentrée scolaire en télé­phones portables, écrans plats »,
A. Nonyme à la cafét de mon entre­prise, 2014.

Non, les pauvres ne dépensent pas plus que les riches en « futi­li­tés » !
Non, les pauvres n’achètent pas des écrans plats avec l’al­lo­ca­tion de rentrée scolaire !
Non, les pauvres ne consacrent pas une part moindre de leurs reve­nus à leurs enfants que les riches !
   L’autre jour, je discu­tais avec un collègue CSP+ [1]. Celui-ci semblait convaincu que les CSP-  dépen­saient plus en commu­ni­ca­tion et écrans divers (TV, jeux vidéos, …) qu’en culture et loisirs pour leurs enfants. Le fameux mythe de l’achat d’écrans plats avec l’al­lo­ca­tion de rentrée scolaire.
   Voyons voir. Compa­rons, à l’aide des données de l’INSEE, la struc­ture des dépenses des ménages en fonc­tion de leurs reve­nus. Les ménages sont clas­sés selon dix déciles : des 10% aux reve­nus annuels par unité de consom­ma­tion les plus bas, noté D1, aux derniers 10% les plus hauts,  noté D10. Les premiers perçoivent, en moyenne 7.857 €, les derniers 22.315 € (2001) [2].

Premier tableau : il repré­sente les dépenses abso­lues des ménages selon onze postes budgé­taires (loge­ment, trans­port, alimen­ta­tion, ameu­ble­ment, loisirs & culture, restau­rants & hôtels, habille­ment, santé, alcool & tabac, commu­ni­ca­tion, autres).

Depenses_annuelles_selon_type_par_decile_2001.jpg

   On constate que, pour TOUS les postes de consom­ma­tion, les dépenses sont d’au­tant plus impor­tantes que les reve­nus le sont. On remarquera parti­cu­liè­re­ment que les dépenses de trans­ports progressent bien plus vite que les reve­nus. Cela ne semble pas démon­trer que les « pauvres » auraient des voitures trop puis­santes rela­ti­ve­ment à leurs moyens. A moins que ce ne soit parce que plus on est riche plus on travaille loin !

   Voyons main­te­nant les parts prises par chaque poste budgé­taire. Chacun jugera quels postes corres­pondent le mieux aux « futi­li­tés » et lesquels corres­pondent le mieux aux « néces­si­tés ».

Deuxième tableau : part rela­tive de chacun des 11 postes budgé­taires des ménages en fonc­tion des reve­nus.

Part_depenses_annuelles_selon_type_par_decile_2001.jpg

   Premier constat :
  • Loge­ment (loyers, charges, travaux courants d’en­tre­tien, eau, gaz, élec­tri­cité et autres combus­tibles), le premier décile y consacre une part de 10 points de pour­cen­tage de plus (28%) que les trois derniers (18%). Autre­ment dit, les pauvres consacrent à leur loge­ment une part 55% rela­ti­ve­ment plus impor­tante que celle les riches (28% / 18%) ;
  • Alimen­ta­tion : le premier décile y consacre 7 points de % de plus (20%) que les riches (13%). Autre­ment dit les pauvres consacrent à leur alimen­ta­tion une part  54% rela­ti­ve­ment plus impor­tante que celle des riches  (20% / 13%).

   Le loge­ment et l’ali­men­ta­tion consti­tuent-ils des dépenses futiles ? Les pauvres occu­pe­raient-ils des loge­ments « au-dessus de leurs moyens » ? Ou les pauvres seraient-ils contraints de louer (cher) leur loge­ment ? Les pauvres achè­te­raient-ils des denrées « au-dessus de leurs moyens » ?

  Deuxième constat : avec 27 € mensuels, les plus pauvres consacrent 1,3% de plus à leurs dépenses de commu­ni­ca­tion que les plus riches qui y consacrent 53 €, soit le double. Est-ce cela qui fait dire à mon collègue que les pauvres dépensent leur argent en futi­li­tés au détri­ment de leurs enfants ?

  Ci-dessous détail du poste Commu­ni­ca­tion :

Reve­nus D1 D2 D3 D4 D5 D6 D7 D8 D9 D10
Part
Dépense abso­lue
4,10% 3,68% 3,42% 3,12% 3,19% 3,03% 2,94% 2,98% 2,98% 2,83%
322 € 322 € 358 € 353 € 391 € 398 € 432 € 463 € 535 € 632 €
 
  Où se cachent donc ces fameuses dépenses en « écrans plats » et autres « futi­li­tés » ? Les chiffres 2013 vien­draient-ils démen­tir ceci ? Permet­tez-moi d’en douter : si les écrans plats n’exis­taient pas encore en 2001, il ne manquait pas d’autres « futi­li­tés » sur le marché.
Et main­te­nant, étude de cas :

1) Soit une famille de pauvres qui achète un écran plat « trop grand » tous les cinq ans. Quelle part cela repré­sente-t-il dans le budget selon ses reve­nus ?
2) Consi­dé­rant que les français passent en moyenne 3h30 quoti­dien­ne­ment devant la télé­vi­sion, compa­rez l’heure de distrac­tion télé­vi­suelle à l’heure de distrac­tion cultu­relle (cinéma, expo­si­tion, concert, . . . ) ;
3) Même exer­cice avec les télé­phones portables et autres « futi­li­tés » !

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[1] CSP = Caté­go­rie Socio-Profes­sion­nelle. Selon les clas­se­ments de l’INSEE, ce Profes­seur d’Uni­ver­sité fait assu­ré­ment partie, tant du point de vue de sa quali­fi­ca­tion profes­sion­nelle que de sa posi­tion sociale, de la Classe Supé­rieure de cette nomen­cla­ture.

[2] Comme pour les reve­nus, les consom­ma­tions des ménages sont normées, dans un but de compa­rai­son, en fonc­tion de la taille et de la compo­si­tion du foyer, avec des échelles d’équi­va­lences spéci­fiques à chaque grand poste budgé­taire (cf. enca­dré 1, p. 231 du doc Les struc­tures de consom­ma­tion des ménages à bas reve­nus).

"Bien informés, les hommes sont des citoyens, mal informés ils deviennent des sujets.", Alfred Sauvy.