Le capi­ta­lisme, seule cause de la crise écolo­gique. Vrai­ment ?

Pour certains orga­ni­sa­tions anti-capi­ta­listes, telle L.O., le capi­ta­lisme est la seule cause de la crise écolo­gique que nous vivons. Quoique favo­rable à l’éta­blis­se­ment d’une société débar­ras­sée du « capi­ta­lisme », je ne peux parta­ger cet avis.

Sur le site de L.O. (c’est moi qui mets en gras), on peut lire ceci dans l’ar­ticle Le réchauf­fe­ment clima­tique : un révé­la­teur de l’ir­res­pon­sa­bi­lité du capi­ta­lisme :
« Le propre de l’es­pèce humaine c’est qu’elle ne s’est pas conten­tée de vivre en préda­trice sur la nature. L’homme a appri­voisé la nature par l’in­ven­tion des outils avant même d’ap­pri­voi­ser des espèces animales pour en faire des animaux d’éle­vage (ou de compa­gnie) ou encore de domes­tiquer des plantes et permettre le déve­lop­pe­ment de l’agri­cul­ture. Avec l’ou­til d’abord, puis en mettant d’autres espèces animales à son service, et surtout avec l’agri­cul­ture, l’homme a commencé à domi­ner la nature et à modi­fier profon­dé­ment son envi­ron­ne­ment, sans d’ailleurs être capable de maîtri­ser les consé­quences de ses actions et de ces trans­for­ma­tions. Mais un certain équi­libre avec la nature s’éta­blis­sait [n.d.a. : sous entendu « sans le capi­ta­lisme »].

Avec le capi­ta­lisme, deux aspects contra­dic­toires des rapports de l’homme avec la nature ont été portés à un degré inconnu aupa­ra­vant. L’as­pect posi­tif est l’ex­tra­or­di­naire déve­lop­pe­ment des sciences et des tech­no­lo­gies, qui ont donné à l’hu­ma­nité les moyens d’ac­croître son emprise sur la nature de manière incom­men­su­rable par rapport aux socié­tés anté­rieures. Mais paral­lè­le­ment ces moyens sont restés pour l’es­sen­tiel aux mains d’in­té­rêts privés, ceux des capi­ta­listes, et ne sont pas mis au service de l’hu­ma­nité. Les hommes restent inca­pables de maîtri­ser leur propre société.

La critique marxiste de la société capi­ta­liste consiste d’une part à dénon­cer l’ex­ploi­ta­tion mais aussi à souli­gner cette impos­si­bi­lité de la société capi­ta­liste à maîtri­ser de manière consciente son avenir. L’hu­ma­nité a aujourd’­hui bien des possi­bi­li­tés tech­niques pour assu­rer une meilleure maîtrise, mais paral­lè­le­ment, à cause de la fuite en avant, de l’aveu­gle­ment de l’éco­no­mie de marché, les dégâts que l’homme peut causer à la nature sont, eux aussi, portés à un degré inconnu par les socié­tés humaines jusqu’a­lors. Et le réchauf­fe­ment clima­tique pour­rait bien être un de ces dégâts.

L’une des contra­dic­tions fonda­men­tales du capi­ta­lisme consiste pré­­ci­­sé­ment en cette diffé­rence entre les moyens tech­niques dispo­nibles et l’im­pos­si­bi­lité toujours plus grande de maîtri­ser les consé­quences de leur utili­sa­tion. »
Fin de l’ex­trait

Autre­ment dit, selon LO, les problèmes envi­ron­ne­men­taux sont nés avec le capi­ta­lisme (comme les guerres, l’iné­ga­lité femme/homme, … ?) :

  • Sauf que l’on oublie que cela est tota­le­ment faux : le livre de Jared Diamond « Effon­dre­ment : Comment les socié­tés décident de leur dispa­ri­tion ou de leur survie » expose pourquoi et comment certaines socié­tés humaines se sont effon­drées bien avant l’ir­rup­tion du CAPITALISME avec une cause souvent commune (parmi d’autres) : la non prise en compte de la dégra­da­tion irré­ver­sible de leur envi­ron­ne­ment (pollu­tion et/ou et épui­se­ment des ressources) ;
  • Sauf que l’on oublie de dire que le déve­lop­pe­ment du capi­ta­lisme coïn­cide avec :
  1. La décou­verte du pétrole abon­dant ;
  2. Le siècle des Lumières et toutes les inven­tions qui ont permis d’ex­traire et trans­for­mer la matière de manière de plus en plus effi­cace. D’où une augmen­ta­tion du pouvoir d’achat de tous les travailleurs et ce malgré une réduc­tion de leur temps de travail. D’où une démul­ti­pli­ca­tion du rythme d’épui­se­ment des ressources natu­relles (stock de pois­sons, mine­rais, uranium, pétrole, ….) et de la dégra­da­tion des écosys­tèmes (6e extinc­tion massive des espèces, chan­ge­ment clima­tique, déser­ti­fi­ca­tion, …) ;
  3. Une multi­pli­ca­tion par 7,5 de la popu­la­tion mondiale (entre 1800 et 2016) dont tous les spéci­mens souhaitent accroitre en perma­nence leurs besoins de « biens et services » (cf. guerre de paci­fi­ca­tion en Amazo­nie) ;

    Or, lorsque l’on est scien­ti­fique, on se doit étudier l’in­fluence de chacun des para­mètres qui produisent un effet sur la destruc­tion de l’en­vi­ron­ne­ment. Et on ne peut nier que les causes sont indu­bi­ta­ble­ment la consom­ma­tion et à la produc­tion des biens et services, en n’ou­bliant pas de rappe­ler que les biens et services produits (par les méchants capi­ta­listes !) le sont pour être tous consom­més et pas seule­ment par les capi­ta­listes. Autre­ment dit même si la part de la consom­ma­tion des seuls capi­ta­listes était réduite au profit des exploi­tés (trans­fert des profits vers les reve­nus), la pollu­tion ne chan­ge­rait pas beau­coup, les modes de consom­ma­tions des riches n’étant pas parti­cu­liè­re­ment plus polluants que ceux des « pauvres ».

   Autre­ment dit, si le capi­ta­lisme s’est déve­loppé grâce à l’évo­lu­tion de ses trois para­mètres (ressources éner­gé­tiques fossiles, décou­verte et inven­tions, explo­sion démo­gra­phique), c’eut été proba­ble­ment iden­tique dans une société socia­liste : expur­gée des capi­ta­listes, la respon­sa­bi­lité en aurait incombé dans ce cas à tous les citoyens. Le résul­tat eut proba­ble­ment été le même. Les multiples expé­riences de « socia­lisme » menée au cour du 20e siècle semblent d’ailleurs aller dans ce sens.

    Il est donc faux de dire qu’a­vant le capi­ta­lisme « un certain équi­libre avec la nature s’éta­blis­sait. ». Ce n’était qu’une ques­tion d’échelle !

    Que les capi­ta­listes ne cherchent pas à préser­ver l’en­vi­ron­ne­ment n’in­duit pas que les travailleurs, avec ou sans le capi­ta­lisme, le souhaitent pour autant..

    En 2016, les 1% les plus riches (pas seule­ment des capi­ta­listes puisque j’en suis) possède autant que les 99% autres. En première approxi­ma­tion on peut donc consi­dé­rer qu’ils polluent pour 50%, les 50% restant étant dûs aux « travailleurs ». Or, il faut aujourd’­hui plus d’une planète pour satis­faire de façon durable (et paci­fique) la consom­ma­tion actuelle de l’Hu­ma­nité. Si l’on élimine la consom­ma­tion des 1% les plus riches, il faudra toujours plus d’une planète car si l’on redis­tri­bue leurs reve­nus, la consom­ma­tion sera trans­fé­rée aux 99% restants (les « exploi­tés). Il faudra donc toujours 2,5 planètes. Insou­te­nable !

    Non, il n’y a pas d’un côté les méchants et de l’autre les bons. Le prin­cipe du bouc émis­saire respon­sable de tout est intel­lec­tuel­le­ment confor­table et repo­sant mais hélas est loin d’être une réalité anthro­po­lo­gique.

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