Faut-il réha­bi­li­ter Malthus ? Oui et non

Pourquoi OUI et NON ? Parce que comme chez de nombreux auteurs, il y a du bon et du mauvais, du vrai et du faux. Ceci est d’au­tant plus vrai que l’au­teur, tel Malthus (1766–1834), est ancien.

Je passe­rais rapi­de­ment sur l’ar­gu­ment portant sur le statut de Malthus, « Cet homme, qui, soit dit en passant, était pasteur angli­can » (sic. dans cet article). Comme  si l’on pouvait discré­di­ter les travaux de Mendel sous prétexte qu’il était moine catho­lique.
Nota : ayant trouvé, depuis l’écri­ture de cet article, un autre plus convain­cant, je vous en suggère la lecture :  L’injus­tice faite à Malthus. Mais n’hé­si­tez pas à reve­nir ici pour débattre

Donc rappe­lons que l’hy­po­thèse de Malthus pour esti­mer qu’il fallait réduire la crois­sance démo­gra­phique est que cette dernière est expo­nen­tielle tandis que les rende­ments agri­coles connaissent une crois­sance linéaire.

Il va de soit que si ces deux hypo­thèses sont véri­fiées, un jour ou l’autre la nour­ri­ture devient insuf­fi­sante pour appor­ter un nour­ri­ture suffi­sante et équi­li­brée à l’en­semble de la popu­la­tion. De ce point de vue là Malthus avait raison. Et d’ailleurs cela s’est véri­fié dans de nombreuses régions du monde : malgré une augmen­ta­tion des rende­ments quasi linéaires, des famines ont poussé ses popu­la­tions à émigrer vers des terri­toires vierges ou habi­tés. C’est le cas de la famine en Irlande qui à large­ment contri­bué à la colo­ni­sa­tion de l’Est de l’Amé­rique du Nord, puis, la popu­la­tion doublant tous les 25 ans, à la conquête de l’Ouest jusqu’à atteindre le Paci­fique, causant au passage l’ex­ter­mi­na­tion de 98% de la popu­la­tion amérin­dienne.

Alors pourquoi, cette insuf­fi­sance alimen­taire au niveau mondial n’est pas parvenu aussi vite que Malthus ne le prévoyait ? Quelle hypo­thèse ne s’est pas véri­fiée ?

En réalité, il faut et il suffit que la première croisse plus vite que la seconde pour que le problème survienne. Avec une crois­sance de la popu­la­tion de type expo­nen­tielle, hypo­thèse de Malthus car véri­fiée les siècles qui l’on précédé, le problème de surpo­pu­la­tion survient très vite. Mais heureu­se­ment, la crois­sance démo­gra­phique n’est plus dans nombre de pays de ce type : dans la plupart des pays de l’ocde la popu­la­tion s’est stabi­li­sée, voire régresse « natu­rel­le­ment », dans d’autre, tel la Chine elle a été poli­tique­ment frei­née (mais pas encore stabi­li­sée). Il reste cepen­dant encore de grosse incer­ti­tudes concer­nant nombre de pays,  afri­cains en parti­cu­lier mais pas seule­ment (l’Inde, . . . )

  1. Crois­sance expo­nen­tielle de la popu­la­tion mondiale ?

    evolution-population-0-2010On a constaté que tous les pays ont vu leur crois­sance démo­gra­phique se réduire en corré­la­tion avec leur déve­lop­pe­ment. Certains y trouvent comme cause directe le bien-être maté­riel autre­ment dit « plus on est riche, moins on a envie d’en­fants ». D’autres, dont je suis, voit plutôt en l’éman­ci­pa­tion des femmes, la cause prin­ci­pale. En effet, l’éman­ci­pa­tion des femmes induit simul­ta­né­ment la réduc­tion de son taux de ferti­lité (contra­cep­tion, acti­vi­tés profes­sion­nelles et indé­pen­dance finan­cière) et le déve­lop­pe­ment de son pays (éduca­tion, forma­tion).
    Quoiqu’il en soit , on constate que de nombreux pays on achevé leur tran­si­tion démo­gra­phique. Ce n’est hélas pas le cas des plus peuplés (Inde, Indo­né­sie, Chine, Afrique dans son ensemble).

    Mais l’on peut cepen­dant se mettre à espé­rer à une stabi­li­sa­tion de la popu­la­tion mondiale. Selon diffé­rents scéna­rio plau­sibles, les prévi­sions de l’ONU pour 2050 sont situés entre 8 milliards et 12 milliards pour 2050.  En octobre 2016, nous étions au-delà de 7,4 milliards avec une crois­sance d’en­vi­ron 80 millions (= une grande France) par an (cliquez ICI, pour une esti­ma­tion temps réel de la popu­la­tion).  Au delà, trois scéna­rios sont possibles : pour­suite de la crois­sance, stabi­li­sa­tion ou décrois­sance. Ces hypo­thèses ne tiennent pas compte de scéna­rios catas­trophes tels que hiver nucléaire, surve­nance d’une épidé­mie, effon­dre­ment dû au manque de nour­ri­ture, …

projection-populationAu delà de 2050–2100, je crains que peu de mes lecteurs qui auront entre 50 et 100 ans s’in­té­ressent à l’ave­nir de l’es­pèce humaine.
Selon l’hy­po­thèse opti­miste : la popu­la­tion mondiale va se stabi­li­ser autour de 9–10 milliards à l’ho­ri­zon 2050, soit 1,5 à 2,5 milliards de plus qu’en 2016 et même avec une agri­cul­ture durable, selon le dernier rapport de la FAO (2015), il sera possible de nour­rir toute la popu­la­tion . . . mais pas comme un norda­mé­ri­cain ou un austra­lien qui consomme beau­coup de viande. Et sans non plus arti­fi­cia­li­ser les sols (urba­ni­sa­tion, infra­struc­tures routières, aéro­por­tuaires, ….) ou les utili­ser pour produire des agro­car­bu­rants !

  1. Crois­sance linéaire des rende­ments agri­coles ?

    Alors sous cette hypo­thèse d’une stabi­li­sa­tion à 9–10 milliards, tenant compte que toutes les terres exploi­tables le sont, la crois­sance des rende­ments agri­coles va-t-elle être suffi­sante ? Oui selon la FAO sous réserve que l’on renonce à l’agri­cul­ture conven­tion­nelle qui épuise les sols.

    Si l’on pour­suit la tendance en terme de stocks mondiaux des céréales dispo­nibles (cf. graphique ci-dessous), on ne peut aujourd’­hui reje­ter l’hy­po­thèse d’une surpo­pu­la­tion du SEUL point de vue de l’ali­men­ta­tion. Sauf à envi­sa­ger un saut tech­no­lo­gique bien impro­bable dans l’agri­cul­ture. Les OGM, véri­table saut tech­no­lo­gique, après 20 ans de cultures à grande échelle, est loin d’être en mesure de rele­ver le défi, pas plus que ne l’a été en plus de cinquante ans, la fission nucléaire en matière d’éner­gie non carbo­née.

evolution_stock_cereales_1980-2008Mais toujours est-il qu’au delà de la seule ques­tion de nour­rir la popu­la­tion mondiale, se pose d’autres ques­tions : quid de la satis­fac­tion des autres besoins de l’hu­ma­nité en terme de loge­ment, habille­ment, mobi­lité, loisirs, commu­ni­ca­tions, … ? Ces autres besoins reposent aujourd’­hui en très large partie sur l’épui­se­ment de ressources natu­relles, de la forêt aux éner­gies fossiles, en passant par l’eau, les ressource halieu­tiques, les mine­rais dont les métaux rares, ….

Actua­li­sa­tion : les récentes données en matière de jour de consom­ma­tion corres­pon­dant aux stocks mondiaux de céréales sont moins pessi­mistes que l’on pouvait imagi­ner en 2008 (cf. graphique ci-dessous) comme l’at­teste le graphique ci-dessous. Malgré le rebond 2009–2010, sur la période 1980–2012, la tendance reste bais­sière.

evolution_stock_cereales_1980-2012

Une réflexion sur “ Faut-il réha­bi­li­ter Malthus ? Oui et non ”

  1. Comme il est dit dans la conclusion, si au niveau des ressources alimentaires Malthus s’est plus ou moins « trompé » (et encore jusqu’à quand?) par contre en ce qui concerne l’adéquation population/ressources générales, il a eu raison (sans le savoir)… En tout cas, si elle survit aux crises écologiques qu’elle s’apprête à affronter, l’espèce humaine pourra dire merci à Malthus pour l’avoir alertée.

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