Chan­ge­ment clima­tique de Philippe de Larmi­nat : espert ou excroc ?

Au sujet de « Chan­ge­ment clima­tique : iden­ti­fi­ca­tion et projec­tions », le livre de Philippe de Larmi­nat, 2014.
Résumé

En 2014, Philippe de Larmi­nat publie l’ou­vrage Chan­ge­ment clima­tique : iden­ti­fi­ca­tion et projec­tions dont l’ori­gi­na­lité réside en la méthode d’iden­ti­fi­ca­tion des fonc­tions qui relient la tempé­ra­ture à la surface de la Terre à trois para­mètres : l’ir­ra­dia­tion solaire, l’ef­fet de serre et l’ac­ti­vité volca­nique. L’iden­ti­fi­ca­tion, outil bien connu des auto­ma­ti­ciens, semble n’avoir jamais été appliquée au climat de la Terre.

Au vu de certains de ses résul­tats, Philippe de Larmi­nat conclut que la cause majeure des varia­tions clima­tiques depuis deux millé­naires – y compris le réchauf­fe­ment constaté depuis 150 ans – serait plus proba­ble­ment l’ac­ti­vité solaire que les émis­sions anthro­piques de gaz à effet de serre. Ainsi l’aug­men­ta­tion de la tempé­ra­ture de 0,8°C depuis le début du XXe  serait due aux acti­vi­tés solaire et volca­nique pour +0,4°C contre +0,2°C selon le GIEC, tandis que l’ac­ti­vité humaine y serait pour +0,2°C contre +0,8°C pour le GIEC. Le reste serait dû aux fluc­tua­tions aléa­toires natu­relles, soit +0,2°C pour lui contre –0,2°C pour le GIEC.

Ses esti­ma­tions résultent de sa déter­mi­na­tion de la sensi­bi­lité à l’ac­ti­vité solaire (Sirr) égale à 17,5 °C/W.m–2 soit près de ONZE FOIS la valeur SUPÉRIEURE de 1,62 °C/W.m–2 de la four­chette admise par le GIEC, (0,27 °C/W.m–2< Sirr < 1,62 °C/W.m–2). La valeur supé­rieure de la sensi­bi­lité au CO2 serait quant à elle réduite d’un facteur compris entre 1,5 et 6 par rapport à la valeur supé­rieure admise par le GIEC (6°C). La valeur centrale pour­rait même, sous certaines hypo­thèses, être fran­che­ment néga­tive (jusqu’à –2,46°C !). Autre­ment dit l’es­sen­tiel de l’aug­men­ta­tion de tempé­ra­ture depuis le début de l’ère indus­trielle pour­rait ne quasi­ment rien devoir aux gaz à effet de serre anthro­piques et quasi­ment tout au soleil ! Rien que cela.

On comprend bien pourquoi cet ouvrage est large­ment repris dans des sites « clima­tos­cep­tiques » au sens de ceux qui contestent, non plus le réchauf­fe­ment clima­tique mais qui en contestent l’ori­gine anthro­pique. On y trou­vera de nombreuses louanges sur cet ouvrage et en parti­cu­lier sur le fait que, à la diffé­rence du GIEC, le modèle de M. De Larmi­nat, initia­lisé à l’an­née 2000, prévoit la pause clima­tique surve­nue a minima entre 1998 et 2012 (il semble que depuis la pause soit termi­née). Ses « prédic­tions rétro­ac­tives » de la tempé­ra­ture 2000–2012 (cf. fig 11.6 ci-dessous) sont en effet bien meilleures que celles rappor­tées dans le rapport 2013 du GIEC.

Fig_11_6_&_comment_p122_CC_de Larminait_2014_ISTEFigure 1 : figure 11.6 avec commen­taire (p.122)

On peut toute­fois se deman­der pourquoi il ne réalise pas le même exer­cice pour l’ac­cé­lé­ra­tion du réchauf­fe­ment durant la période 1975–1998 ainsi que pour le refroi­dis­se­ment de la période 1945–1975 (cf. fig 2.10 de l’AR5). D’au­tant qu’é­cri­vant (p.122) « s’agis­sant de prédic­tions à court terme, elles sont basées sur des modèles déter­mi­nées à partir de données recou­vrant plus d’un millé­naire », la prise en compte des dernières décen­nies ne devrait pas chan­ger sensi­ble­ment les résul­tats comme il le confirme lui même peu avant (p. 122) :  « En 1999, […] nous aurions pu déve­lop­per à l’iden­tique les algo­rithmes d’iden­ti­fi­ca­tion et de prédic­tion expo­sés ici. Nous aurions alors obtenu les mêmes résul­tats ».

La réponse se trouve très proba­ble­ment dans le graphique de la figure 2 ci-dessous qui repro­duit la  figure 9.3 de la page 99. On constate que la simu­la­tion « Models using both natu­ral and anthro­po­ge­nic forcings » (courbe épaisse « ondu­lée » en gris clair) est quasi linéaire depuis 1910. On constate égale­ment qu’en l’an 2000, elle est bien en dessous des obser­va­tions. On peut donc affir­mer que le modèle de l’au­teur n’a pas prévu l’ac­cé­lé­ra­tion du réchauf­fe­ment de la période 1975–1998 (sa courbe part au dessus en 1975 et finit en dessous en 1998). Son modèle ne semble pas non plus prédire l’ac­cé­lé­ra­tion 1920–1945, pas plus que le refroi­dis­se­ment des années 1945–1975.

Fig_9_3_p99_CC_de Larminait_2014_ISTEFigure 2 : repro­duc­tion figure 9.3 p99 de chan­ge­ment clima­tique

Le plus fort c’est que pour « prédire » le plateau 1998–2012 (cf. sa figure 11.6 ci-dessus) il initia­lise son modèle à la valeur consta­tée en 2000 et non à la valeur prédite par ses modèles. Comme la forme de la courbe issue de son modèle corres­pond à un lissage des tempé­ra­tures obser­vées à partir de 1920 (peut-il en être autre­ment puisque selon lui la crois­sance expo­nen­tielle de la concen­tra­tion en CO2 n’a que peu d’im­pact ?), la pente moyenne est forcé­ment plus proche de celle du ralen­tis­se­ment 1998–2012 observé.

On commence à comprendre pourquoi « l’ex­pert » – comme il est affirmé par l’édi­teur en 4e de couver­ture – n’a pas publié les résul­tats de ses travaux dans une revue scien­ti­fique inter­na­tio­nale avec comité de lecture. Un livre n’en­gage en effet que son auteur (et,  norma­le­ment, son éditeur). En outre, un article dans une revue scien­ti­fique sera lu par nombre de scien­ti­fiques du domaine, permet­tant ainsi la pour­suite ou la critique des travaux. Dommage !

Avant d’ana­ly­ser le contenu du livre, j’ai cher­ché à comprendre les moti­va­tions de P. de Larmi­nat, reconnu par la commu­nauté natio­nale des auto­ma­ti­ciens pour sa compé­tence dans le domaine de la commande. Il a d’ailleurs écrit quelques ouvrages desti­nés à l’en­sei­gne­ment de cet aspect de l’au­to­ma­tique qui ont eu un certain succès. La publi­ca­tion de cet ouvrage de M. de Larmi­nat, consa­cré à l’ap­pli­ca­tion d’une méthode d’iden­ti­fi­ca­tion appliqué à un proces­sus aussi complexe que le climat et éloi­gné de ses domaines de prédi­lec­tion, a dû surprendre nombre d’Uni­ver­si­taires le connais­sant un tant soit peu.

En effet, un scien­ti­fique se limite géné­ra­le­ment à écrire des livres, même si desti­nés au « grand public », sur des sujets dans lesquels il excelle. Je dois donc avouer, qu’en tant qu’au­to­ma­ti­cien de forma­tion, je fus égale­ment surpris. Par consé­quent avant de lire l’ou­vrage j’ai tenté d’en savoir plus sur ce scien­ti­fique. La suite de cet article est donc d’abord consa­cré à l’homme, non pas à des fins de stériles attaques ad homi­nem, mais afin d’es­sayer de comprendre ses moti­va­tions et sa réelle compé­tence dans le domaine de l’iden­ti­fi­ca­tion et du climat.

Au sujet de l’au­teur

Mes recherches m’ont permis de dispo­ser des seules infor­ma­tions suivantes :

  • M. de Larmi­nat, né en 1939, était âgé de 75 ans lorsqu’il a publié le livre. Il était a priori en retraite depuis quelques années. Je n’ai en tout cas pas trouvé ses coor­don­nées dans aucun annuaire d’éta­blis­se­ment, y compris ceux dans lesquels il fût affecté ;
  • M. de Larmi­nat met géné­reu­se­ment à dispo­si­tion les codes sources de ses programmes ainsi que les jeux de données qu’il a utilisé et invite à les exploi­ter (ils sont ICI sur le site de l’édi­teur). Aussi il est surpre­nant qu’il ne permette pas d’échan­ger avec lui au sujet de son travail, travail pour­tant assez consé­quent : je n’ai trouvé aucun blog ni aucune @dresse permet­tant d’en­trer en contact avec lui. Si vous savez comment le joindre, n’hé­si­tez pas à m’en infor­mer via le formu­laire de contact ou via un commen­taire ci-dessous ;
  • Selon la 4e de couver­ture, M. de Larmi­nat est « expert en modé­li­sa­tion des proces­sus » alors qu’il n’est « auteur [que] de nombreuses publi­ca­tions et ouvrages en contrôle-commande ». Une recherche avec pour mots-clés « « Philippe De Larmi­nat » iden­ti­fi­ca­tion » ne donne en effet que des résul­tats rela­tifs à ce livre. Or l’iden­ti­fi­ca­tion est un outil consti­tuant un domaine de compé­tence spéci­fique à l’in­té­rieur du domaine de la modé­li­sa­tion. Peut-on donc consi­dé­rer De Larmi­nat comme un « expert » dans ce domaine ? Pour les profanes, voir les distinc­tions entre « modé­li­sa­tion », « iden­ti­fi­ca­tion » et « contrôle » sur la page de l’édi­teur de l’IJMIC (Jour­nal Inter­na­tio­nal de la Modé­li­sa­tion, de l’Iden­ti­fi­ca­tion et du Contrôle) ;

Ayant lu le livre, j’au­rais aimé l’in­ter­ro­ger rela­ti­ve­ment à quelques préci­sions sur le fond et la forme de certains aspects de son livre. Et, en parti­cu­lier, j’au­rais aimé savoir pourquoi  il n’a pas soumis son travail sous forme d’ar­ticle à une revue scien­ti­fique avec comité de lecture ? Il n’est en effet pas besoin d’être en acti­vité pour soumettre un article. Surtout si l’on est un expert !

Au sujet du livre (forme)

Le livre est plutôt bien fait. Cepen­dant, outre les remarques formu­lées dans le résumé :

  • On peut regret­ter que les illus­tra­tions, en noir et blanc et de tailles réduites, ne soient pas à la hauteur des enjeux du débat. En parti­cu­lier celles illus­trant les recons­ti­tu­tions du climat et de l’ac­ti­vité solaire sur les deux derniers millé­naires. Ces dernières sont en effet l’objet des prin­ci­pales contro­verses liées à leurs imper­fec­tions et incer­ti­tudes ;
  • On peut déplo­rer la présence du Chapitre 3 inti­tulé La guerre des graphes (p. 35) : l’au­teur lui-même recon­naît en intro­duc­tion de ce chapitre qu’« Un tel chapitre ne devrait pas se trou­ver dans un ouvrage scien­ti­fique. Il s’im­pose pour­tant, vu le contexte polé­mique qui agite la ques­tion du réchauf­fe­ment clima­tique ». D’au­tant plus regret­table que des extraits de cour­riels (pira­tés) entre des cher­cheurs y soient utili­sés comme argu­ments ! Sur ces cour­riels : voir Incident des e-mails du Clima­tic Research Unit sur Wiki­pe­dia ;
  • On peut regret­ter que l’au­teur n’ait pas pris la peine de confron­ter son modèle, établi pour le climat global (terre + océan), aux tempé­ra­tures histo­riques (1850 à nos jours) de diffé­rentes régions. Le GIEC le propose pour les 7 conti­nents (Amérique du Nord, Amérique du Sud, Europe, Afrique, Asie, Austra­lie, Antar­c­tique) ainsi que pour neuf autres régions ou océans pour la période 1950 à nos jours (fig.9.1 p. 98 du livre ou sur le site du GIEC : fig 10–21 de l’AR5, 2013) ;
  • On peut regret­ter que l’au­teur ne consacre qu’une partie très réduite à la vali­da­tion de ses résul­tats : la seule simu­la­tion (sur les 16 possibles) qu’il propose et qui permet­trait de confron­ter ses résul­tats à chacune des quatre courbes de tempé­ra­tures (Moberg, Ljungq­vist, Loehle, Jones-Mann) utili­sées pour l’iden­ti­fi­ca­tion est celle de Ljungq­vist.
    On peut voir la super­po­si­tion de la courbe simu­lée par son modèle (en noir) avec la courbe de Lungq­vist (en gris) sur l’image supé­rieure droite de la figure 7.2 (Free model simu­la­tion) qu’il présente à la section 7.2.1 (cf. figure 3 ci-dessous) :

Section_721_dont_Fig_7_6_p77_CC_de Larminait_2014_ISTEFigure 3 : copie de la figure 7.2 avec le commen­taire (p.77)

Il n’est même pas précisé à laquelle des quatre recons­truc­tions de l’ac­ti­vité solaire qu’il a réali­sée elle corres­pond. Pourquoi n’avoir pas proposé les mêmes graphiques (une demi-page !) pour Loehle, Moberg et Jones-Mann ?

  • Il semble perti­nent de compa­rer les qualité des simu­la­tions obte­nues l’une à partir de son iden­ti­fi­ca­tion libre (pas de présup­posé sur les valeurs des para­mètres Sirr  et Sclim), l’autre à partir d’iden­ti­fi­ca­tion forcée (avec Sirr = 1,62 °C/W.m–2 ). Cepen­dant, si le modèle qu’il propose n’est pas bon, il n’est pas éton­nant que l’iden­ti­fi­ca­tion forcée, c’est à dire avec les valeurs de Sirr  et Sclim rete­nues par le GIEC appliquées au modèle de De Larmi­nat ne donne pas de bons résul­tats ;
Au sujet des données qu’il a sélec­tion­nées

Afin de tenter de véri­fier la vali­dité des modèles et/ou de les déter­mi­ner, les clima­to­logues doivent utili­ser des données sur le climat passé. Si leur modèle « colle » suffi­sam­ment aux données, on peut consi­dé­rer que le modèle est valide. C’est à cette seule condi­tion que l’on peut réali­ser des projec­tions valides pour l’ave­nir.

Parmi ces données il y a bien sûr les tempé­ra­tures à la surface de la Terre (terres et océans). Mais aussi les données concer­nant les facteurs qui condi­tionnent ces tempé­ra­tures. Parmi ces facteurs font partie indu­bi­ta­ble­ment le soleil, les gaz à effet de serre et l’ac­ti­vité volca­nique. L’au­teur ne retien­dra que des données concer­nant ces trois seuls facteurs.

  • Données concer­nant les tempé­ra­tures

Concer­nant le passé récent (depuis 1850), on dispose de tempé­ra­tures réelles – mesu­rées avec des ther­mo­mètres – à de multiples endroit de la Terre. Même si elles sont, comme toute mesure, enta­chées d’im­pré­ci­sions, elles ne font pas l’objet de débats.

En revanche, avant cette période, appe­lée période paléo­cli­ma­tique, on tente de recons­ti­tuer les tempé­ra­tures à partir de proxys. Les proxys sont des événe­ments géolo­giques, bota­niques, zoolo­giques, anthro­piques, océa­niques, . . . qui dépendent de la tempé­ra­ture. Ils permettent donc d’es­ti­mer, avec plus ou moins de préci­sion, de manière plus ou moins loca­li­sée, la tempé­ra­ture qu’il faisait au moment où ces événe­ments se sont produits et là où ils se sont produits.

De nombreuses tenta­tives sont effec­tuées par des cher­cheurs à travers le monde pour trou­ver de nouveaux proxys et/ou pour amélio­rer leurs liens avec les tempé­ra­tures. Ainsi, dans le dernier rapport du GIEC (fig 5.7, chap.5, AR5, 2013), on peut voir quinze recons­truc­tions de la tempé­ra­ture de l’hé­mi­sphère Nord pour les deux derniers millé­naires. Nous ne repro­dui­sons ci-dessous que cette partie (a) de la figure 5.7.  Les deux autres concernent respec­ti­ve­ment l’hé­mi­sphère Sud (b) et la Terre entière ©.

Fig5-07-a_NH_AR5_IPCC_1024Figure 1 : les 15 paléo­tem­pé­ra­tures de l’hé­mi­sphère nord telles que présen­tées dans le 5e rapport du GIEC.
(Cliquez ICI pour visua­li­ser la figure complète direc­te­ment à partir du site du GIEC).

Comme on peut le consta­ter l’écart de tempé­ra­tures entre deux courbes peut atteindre jusqu’à 1,5°C sur toute la période paléo­cli­ma­tique, beau­coup moins sur la période histo­rique. C’est beau­coup et il va de soit que l’on peut trou­ver autant de modèles clima­tiques qu’il y a de courbes de tempé­ra­ture.

P. de Larmi­nat a sélec­tionné trois d’entre-elles (Mo05­wave, Lj10cps, LM08ave) auxquelles il a rajouté celle de Jones & Mann de 2004 car proche de « la crosse de Hockey » de Mann de 1999, cette dernière ne figu­rant plus dans les rapports du GIEC car trop contes­tée. De Larmi­nat justi­fie ce choix ainsi : « malgré son absence au cata­logue de l’AR5, nous conser­vons néan­moins celle de Jones et Mann, pour sa proxi­mité avec la courbe en crosse de hockey [MAN99] que nous aurions rete­nue pour son inté­rêt « histo­rique » si elle n’avait pas été restreinte au second millé­naire. ».  On peut se deman­der pourquoi, parmi les trois courbes de Mann concer­nant l’hé­mi­sphère nord présentes dans ce rapport du GIEC, il n’a pas conservé celle qui démarre à l’an 200 (Ma08cpsl, tracé fin continu en rouge).

L’au­teur justi­fie ainsi son choix (p.23) : « Quoi qu’il en soit, cela a été notre choix, dicté un peu par le hasard et les circons­tances, et nous pensons qu’il est assez repré­sen­ta­tif de la variété des recons­truc­tions dispo­nibles. ». Peut-être, peut-être pas car il faudrait défi­nir des critères de « repré­sen­ta­ti­vité ».

Comme l’in­dique l’au­teur (p.24) : « Certaines de ces recons­truc­tions sont censées être globales, d’autres sont limi­tées aux conti­nents, ou à l’hé­mi­sphère Nord. Nous les raccor­de­rons néan­moins sans distinc­tion à une même tempé­ra­ture globale (HadCRUT4), les incer­ti­tudes engen­drées par les proxys étant appa­rem­ment bien supé­rieures aux diffé­rences qu’on peut rele­ver sur la période histo­rique, entre conti­nent et océans, ou entre les hémi­sphères nord et sud ». HadCRUT4 est la tempé­ra­ture histo­rique globale depuis 1850, c’est à dire celle que l’on peut consi­dé­rer comme objec­tive et en tout cas non contes­tée par l’au­teur.

Est-il légi­time de réali­ser ce raccor­de­ment ? Peut-être, peut-être pas !

Nous repro­dui­sons ci-dessous sa sélec­tion après la procé­dure de raccor­de­ment.

Fig_2_3_p23_CC_de Larminait_2014_ISTEFigure 2 : figure 2.3 p.23 du livre Chan­ge­ment clima­tique de P. de Larmi­nat, 2014

Par compa­rai­son avec les courbes de l’AR5 du GIEC (cf. fig. 3 ci-dessous), on peut consta­ter que le raccor­de­ment réhausse de +0,18 °C la courbe de Ljung­vist et de +0,15°C celle de Moberg. Justi­fié ou pas, ce raccor­de­ment induit la réduc­tion du réchauf­fe­ment posté­rieur à 1850 et, par consé­quent, l’im­pact des émis­sions anthro­piques commen­cées à peu près à la même date.

Effet_raccordement_HadCRUT4

Figure 2 : Mise en évidence du réhaus­se­ment des paléo­tem­pé­ra­tures sélec­tion­nées par De Larmi­nat suite au raccor­de­ment aux tempé­ra­tures histo­riques (1850 à nos jours) de HadCRUT4.

  • Données concer­nant l’ir­ra­diance solaire :

Comme pour les données de tempé­ra­tures, l’au­teur sélec­tionne égale­ment quatre jeux de données censés repré­sen­ter l’ir­ra­diance totale du soleil, deux sur deux millé­naires, deux limi­tés aux cinq derniers siècles. Il semble cepen­dant ici que ce soit l’au­teur qui ait recom­posé lui-même ces signaux sur ces périodes puisqu’il écrit (2.4.5. Une sélec­tion, p. 31) : « La corré­la­tion de toutes ces mani­fes­ta­tions d’ac­ti­vité solaire (Total solar Irra­diance, taches, champ magné­tique, marqueurs cosmo­gé­niques) justi­fie leur fusion dans des signaux d’un seul tenant. ». La suite du texte explique en effet les trai­te­ments dont il semble être l’au­teur. On peut légi­ti­me­ment s’in­ter­ro­ger sur la vali­dité de telles recons­truc­tions puisque aucun spécia­liste du soleil ne semble s’y être risqué. L’au­teur cite pour­tant cinq recons­truc­tions quadri­cen­te­naires (fig. 2.9 p.29 et fig. 2.10 p.30) et deux recons­truc­tions bimil­lé­naires (fig. 2.11 p.31) : la quadri­cen­te­naire de la fig. 2.10 dont il justi­fie la non-sélec­tion par un énig­ma­tique « dont nous n’avons pas récu­péré les données », et les deux recons­truc­tions bimil­lé­naires réali­sées « à base de marqueurs isoto­piques »qu’il ne sélec­tionne pas au motif que « Malheu­reu­se­ment, elles ne sont pas raccor­dées aux mesures satel­li­taires, ce qui les rend pour nous inex­ploi­tables »;

  • Données concer­nant l’ac­ti­vité volca­nique : rien à signa­ler ;
  • Données concer­nant la concen­tra­tion des gaz à effet de serre : rien à signa­ler ;

Au vu de ces sélec­tions de données d’en­trées et de sorties de sa « boite noire », j’au­rais aimé soumettre à l’au­teur  la ques­tion suivante : pourquoi n’a-t-il pas appliqué sa méthode à toutes les recons­truc­tions dispo­nibles de tempé­ra­tures (cf. ci-dessus fig. 5.7) ? S’agis­sant juste d’un jeu de données à mettre en entrée de sa « boite noire » (cf. infra Au sujet de la méthode d’iden­ti­fi­ca­tion) et que, comme l’af­firme plus loin l’au­teur, sa méthode ne néces­si­tant pas de gros et longs calculs, il eut été facile de les réali­ser. Sa seule expli­ca­tion réside en cette phrase (p.23) : « Nous nous sommes arrê­tés [à quatre recons­truc­tions de tempé­ra­tures], pour ne pas faire explo­ser le nombre de combi­nai­sons avec les recons­truc­tions d’ac­ti­vité solaire ». Le nombre de combi­nai­sons est donc de seize (quatre jeux de tempé­ra­tures x quatre jeux d’ir­ra­diance).

Les clima­to­logues ne se fondent pas sur ces obser­va­tions pour déter­mi­ner les poids des diffé­rents facteurs qui régissent le climat. Ils ne s’en servent que pour véri­fier si leurs modèles, – 24 en tout réali­sés par trois grands orga­nismes de clima­to­lo­gie – sont réalistes. Chaque modèle intègre les connais­sances des diffé­rents proces­sus qui régissent le climat. C’est ce que l’on appelle la modé­li­sa­tion.

À l’in­verse, l’au­teur a déter­miné les poids de ces facteurs à partir d’une méthode d’iden­ti­fi­ca­tion : à partir des obser­va­tions d’en­trées (acti­vi­tés solaire et volca­nique, concen­tra­tion atmo­sphé­rique des gaz à effet de serre, . . .), il établit les rela­tions qui les lient à des obser­va­tions de sortie carac­té­ri­sant le climat (tempé­ra­tures, . . .). C’est cette méthode d’iden­ti­fi­ca­tion que nous allons tenter main­te­nant exami­ner. Cepen­dant, quoi qu’au­to­ma­ti­cien, je n’y connais pas grand chose au méthodes d’iden­ti­fi­ca­tion. Je laisse main­te­nant la parole à mes collègues « expert » de l’iden­ti­fi­ca­tion, ou en tout cas ceux qui s’ess­ti­ment aptes à juger si certaines erreurs ont été commises par M. de Larmi­nat (hypo­thèses, métho­do­lo­gie, inter­pré­ta­tions, . . . ) .

Au sujet de la méthode d’iden­ti­fi­ca­tion : à venir après consul­ta­tion de spécia­listes de l’iden­ti­fi­ca­tion !

En atten­dant cet article très détaillé de Stéphane Foucart : Hoax clima­tique #2 : « Le réchauf­fe­ment, c’est à cause du Soleil ! »,  15 Oct. 2015.

 Mots-clés : analyse critique, avis, compte_rendu de lecture, auto­ma­tique.

Une réflexion sur “ Chan­ge­ment clima­tique de Philippe de Larmi­nat : espert ou excroc ? ”

  1. Bonjour,
    Philippe est le frère de Stanislas de Larminat.
    Il a réussi à se faire publier tout récemment par Elsevier :
    http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1367578816300931
    tout cela est relayé par toute la sphère catho comme étant une remise en cause du « dogme réchauffiste » :
    http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2016/11/une-%C3%A9tude-scientifique-attribue-lessentiel-du-r%C3%A9chauffement-au-soleil.html ,
    http://www.riposte-catholique.fr/en-une/climat-debat-contradictoire-a-maison-eveques-de-france
    la newsletter des éditions Terramare …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Entrez la liste des chiffres représentés *