Archives pour la catégorie Prélèvements obligatoires & Dépenses publiques

La (bonne) dette privée et la (mauvaise) dette publique !

Pourquoi parle-t-on tant de la dette publique et si peu de la dette privée ?

Depuis l’avè­ne­ment de la crise bancaire et finan­cière de 2008, laquelle à conduit à une augmen­ta­tion des dettes publiques de la quasi tota­lité des états, au nom du too big to fail, il n’est quasi­ment par une jour­née sans que l’on n’en­tende parler de la néces­sité abso­lue de réduire celle-ci. Les très (rigides et stupides) critères de Maas­tricht ne manquant pas d’être rappe­lés. Or, la dette qui a le plus augmenté ces 20 dernières années et plus parti­cu­liè­re­ment ces 10 dernières est la dette privée (+45 pts pour cette dernière contre +45 pts pour la dette publique).
Alors pourquoi cette dernière, pour­tant à l’ori­gine de la crise des subprimes aux USA qui a conduit à la crise systé­mique dont nous ne sommes pas encore sortis et dont nous ne sorti­rons peut-être pas avant la suivante, n’est-elle pas plus souvent évoquée ?
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La spirale infer­nale fiscale française : 44 taxes majeures comme en Alle­magne

   La France serait prise dans « une spirale fiscale infer­nale ». C’est ce qu’af­firme Nico­las Beytout dans son édito poli­tique du 5 mars 2015 sur France-Inter. Ce serait cette spirale infer­nale qui pous­se­rait nombre d’en­tre­prises à faire de « l’op­ti­mi­sa­tion fiscale ». Selon ce jour­na­liste, né de bonne famille, les redres­se­ments fiscaux de 2015 seront au final deux fois moindre, les tribu­naux donnant souvent raison aux contre­ve­nants qui n’au­raient donc pas fraudé mais . . . opti­misé ! A ce jour, j’at­tends la source de ce scoop de la part de M. Beytout que j’ai inter­rogé sur le site de France-Inter  et qui a dit « Les contri­buables, en parti­cu­lier les entre­prises qui ont à payer un nombre d’im­pôts et taxes infi­ni­ment supé­rieur à nous les parti­cu­liers « . IN-FI-NI-MENT, rien que cela ! Conti­nuer la lecture

Brève de comp­toir : les hypo­con­driaques creusent le trou de la sécu ! VRAi ou FAUX ?

Les rembour­se­ments des consul­ta­tions de méde­cins géné­ra­listes repré­sentent 3,22% des dépenses de la Sécu­rité Sociale (France, 2013).Part_rembsmt_generaliste_dans_depenses_secu_2013Soit égale­ment 3,7% des dépenses totales de santé (France, 2013).

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Trop de fonc­tion­naires en France ! Vrai­ment ?

La France souf­fri­rait de son obésité admi­nis­tra­tive, laquelle serait une des causes de l’am­pleur de ses dépenses publiques. Voyons voir !

Certes, si l’on peut réduire la bureau­cra­tie, faisons-le. Mais ne prêtons pas à cette réduc­tion des vertus excep­tion­nelles, n’en faisons pas une solu­tion miracle à tous nos problèmes !

    Qui dit bureau­cra­tie, pense – à tort  – fonc­tion­naires.

    Tout d’abord, il ne faut pas confondre « fonc­tion­naires » et « emplois publics » :

  • Les fonc­tion­naires sont des agents d’une des 3 fonc­tions publiques (d’état,  terri­to­riale ou hospi­ta­lière). Si ils ont la chance d’être titu­laires de leur  poste, ils ont alors le statut de fonc­tion­naire, et le privi­lège de la sécu­rité de l’em­ploi. En effet, comme le privé, la fonc­tion publique est grande pour­voyeuse de CDD et emplois précaires (près de 20%) ;
  • Les seconds sont les emplois « finan­cés » sur ressources publiques, quels que soient leurs statuts juri­diques. Ainsi les employés de la sécu­rité sociale, consti­tuée d’or­ga­nismes pour la plupart privés, disposent de contrat de travail de droit privé. Ils ne sont donc pas fonc­tion­naires. Il en est de même pour les ensei­gnants d’éta­blis­se­ments scolaires privés sous contrat avec l’état (2 millions d’élèves répar­tis dans 8.800 établis­se­ments, essen­tiel­le­ment catho­liques).

Cette préci­sion faite,  compa­rons le taux d’em­plois publics et leurs coûts dans divers pays de l’OCDE.

Emplois publics, compa­rai­son inter­na­tio­nale

    En 2008, l’Al­le­magne avec 55 emplois publics pour 1.000 habi­tants, se situe avec le Japon, dans le bas de la four­chette des pays de l’OCDE, avec 6 points de PIB sous la moyenne.

     En 2008, la France, avec un point au dessus de la moyenne des pays de l’OCDE et 88 emplois publics pour 1.000 habi­tants, se situe dans le haut du tableau. Au même niveau que le Royaume-Uni. Loin derrière les quatre pays scan­di­naves dont les trois premiers sont entre 140 et 160, le 4e à 115.

Taux d administration pays OCDE-1993-2008 CAS-2010-copie-1Source du graphique : Tableau de bord de l’em­ploi public, Compa­rai­sons inter­na­tio­nales, tableau 1, p. 8, déc. 2010.

    L’écart entre ces deux pays “extrêmes” repré­sente 7 points de PIB, soit 2.100 € par français et par an. Certains juge­ront que c’est trop, certains que c’est accep­table. Tout dépend de la manière dont chacun estime le service rendu par ces employés.

Part remuneration publique dans PIB-pays OCDE-2008 CAS-2010

Source du graphique : Tableau de bord de l’em­ploi public, Compa­rai­sons inter­na­tio­nales, tableau 3, p. 8, déc. 2010.

    Pour mémo : en 2010, le revenu moyen avant impôt des Français était  de 33.000€ par adulte et par an (2.800€ par mois).

    Et bien sûr, tous ces emplois sont loin d’être des emplois « bureau­cra­tiques » :  les ensei­gnants, des bureau­crates ? Les person­nels soignants des hôpi­taux publics, des bureau­crates ? Et les conseillers de pôle emploi ? Et les cher­cheurs du CNRS ? …

    Quoi qu’il en soit  » En France, comme dans la plupart des pays de l’OCDE, les dépenses de rému­né­ra­tion du person­nel repré­sentent entre 10 % et 12 % du PIB « , précise le Conseil d’Ana­lyse Stra­té­gique.

    Bonus : La vérité sur les fonc­tion­naires et les ensei­gnants en 5 points et 10 lignes !

Actua­li­sa­tion (juin 2014) : le graphique ci-dessous illustre l’évo­lu­tion de l’em­ploi dans les trois fonc­tions publiques,  d’État (FPE), terri­to­riale (FPT) et hospi­ta­lière (FPH), entre 2002 et 2012. Les trois confon­dus, les effec­tifs ont cru de 7%. L’em­ploi total a cru de 3%, crois­sance liée essen­tiel­le­ment à la crois­sance démo­gra­phique.

Evolution effectifs fonction publique 2002-2012Source (url du docu­ment) : http://www.fonc­tion-publique.gouv.fr/files/files/statis­tiques/chiffres_cles/pdf/chiffres_cles_2014.pdf

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Note : En 2008, 5,2 millions d’em­plois publics dont 2 millions de fonc­tion­naires d’État  et 1,4 millions de fonc­tion­naires terri­to­riaux (conseil régio­naux, géné­raux, muni­ci­pa­li­tés, …). Le reste, soit 1,8 million, se ventile sur les Établis­se­ments publics admi­nis­tra­tifs (EPA) non marchands ou de droit parti­cu­lier : hôpi­taux publics, ANPE, CNRS, Caisses natio­nales de Sécu, … 4,4 millions, dont seuls 80% sont titu­laires et disposent donc de la sécu­rité de l’em­ploi.

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Sources :
Les dépenses publiques en Alle­magne : d’où proviennent les écarts avec la France ? (VI et fin). Éléments de synthèse, Arnaud le Cheva­lier, Alter­na­tives Econo­miques, 2011.

* Tableau de bord de l’em­ploi public : situa­tion de la France et compa­rai­sons inter­na­tio­nales, Synthèse, CAS, 2010.

Les entre­prises françaises sont les MOINS impo­sées d’Eu­rope (2/2)

Les entre­prises françaises victimes de la lour­deur admi­nis­tra­tive ?

  Ce billet est un complé­ment au billet Les entre­prises françaises sont les MOINS impo­sées d’Eu­rope. Ce dernier visait à dénon­cer la mani­pu­la­tion des jour­naux Les Echos et l’Ex­pan­sion rappor­tant les conclu­sions du rapport Paying taxes 2014 de la Banque Mondiale et du cabi­net PWC.

Paying taxes 2014 effec­tue trois clas­se­ments sur 189 pays rela­ti­ve­ment aux « taxes » auxquelles sont soumises les entre­prises de ces pays.  « Taxes » est entre guille­mets car ce substan­tif englobe dans la langue du rapport Paying taxes 2014, à la fois les impôts, les taxes et les coti­sa­tions sociales. Notons que l’on pour­rait alors égale­ment consi­dé­rer les salaires (net de charges) égale­ment comme des taxes puisque obli­ga­toires : il est en effet inter­dit de payer ses sala­riés en deçà du Smic horaire !!!

  •   Le premier clas­se­ment concerne le taux des « taxes » rela­ti­ve­ment au chiffre d’af­faires. Je n’y reviens pas (voir ici) .
  • Le deuxième concerne le clas­se­ment selon le temps que doivent consa­crer les entre­prises pour réali­ser ces prélè­ve­ments obli­ga­toires.
  • Le troi­sième clas­se­ment concerne le nombre de paie­ments annuels.

  Ces deux derniers clas­se­ments semblent avoir échappé aux medias mis en cause dans la première partie de l’ar­ticle (Les échos et l’Ex­pan­sion). Pourquoi ? Ben j’ai ma petite idée : passke la France est plutôt bien clas­sée sur ces deux critères. Nous ne pouvons que nous en réjouir.

  Verdict : parmi les 12 pays euro­péens choi­sis par Les Echos pour son clas­se­ment de taux d’ »impo­si­tion », la France se place respec­ti­ve­ment 7e et 2e selon le nombre de paie­ments dévo­lus au paie­ment de ces « impôts ».

   La France au 7e rang sur 12 pays pour le temps passé pour le paie­ment des « impôts » :  (ceux sélec­tion­nés par Les Echos):

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Les entre­prises françaises sont les MOINS impo­sées d’Eu­rope

  Des pommes, des poires et des scou­bi­dous !

   Le rapport Paying Taxes 2014 (Banque mondiale/cabi­net PWC) classe 189 pays selon les taux d’im­po­si­tion des socié­tés. Fort bien ! Sa publi­ca­tion a donné lieu à ces deux titres :

   Rappe­lons que Les Échos est aux mains du groupe LVMH, dont le proprié­taire n’est autre que la première fortune française, un certain Bernard Arnault, qui, comme Gégé, vient de tomber amou­reux de la Belgique.

   Lisons le rapport ou les articles sus-cités. On s’aperçoit qu’en réalité il ne s’agit pas de l’im­po­si­tion des entre­prises mais de la somme de poires, de pommes et de scou­bi­dous !!!!! En effet, pour calcu­ler ce présumé taux d’ « impo­si­tion » sont addi­tion­nés l’im­pôt sur les béné­fices et les coti­sa­tions sociales, ces fameuses « charges » !!! Or si l’im­pôt sur les béné­fices est effec­ti­ve­ment un impôt, collecté à ce titre par l’ad­mi­nis­tra­tion FISCALE, les coti­sa­tions sociales, collec­tées par l’URSSAF, ne sauraient être consi­dé­rées comme un impôt. Pas plus que le salaire net des sala­riés. Les coti­sa­tions sociales sont du « salaire socia­lisé ou différé » qui sera rendu aux sala­riés sous forme : d’ac­cès (presque) gratuit aux soins de santé, de pres­ta­tions fami­liales, d’in­dem­ni­sa­tion chômage, de retraite, . . . . D’ailleurs pourquoi compte-t-on dans les taxes ces coti­sa­tions pour les assu­rances sociales (chômage, santé, vieillesse) et ne compte-t-on pas les coti­sa­tions pour l’as­su­rance OBLIGATOIRE de la flotte des véhi­cules de l’en­tre­prise ainsi que des bâti­ments ? Parce qu’elles sont versées à une entre­prise privée ? Parce qu’on a le choix de l’en­tre­prise privée ? Les bons prélè­ve­ments obli­ga­toires seraient ceux qui servent à enri­chir des action­naires et les mauvais ceux qui seraient mis dans un pot commun au nom de la soli­da­rité ? Bizarre, bizarre !

    Une compa­rai­son tenant compte des coti­sa­tions sociales sans tenir compte du salaire net est par consé­quent tota­le­ment stupide. Dans les pays où le niveau de coti­sa­tion sociale est moindre le salaire net est plus élevé, le sala­rié devant s’as­su­rer socia­le­ment de lui-même. Ainsi alors que, selon le clas­se­ment établi par ce Rapport, la France et l’Al­le­magne paraissent éloi­gnées en terme de taux de « taxes » des entre­prises (64,7 vs 49,4), les coûts horaires du travail sont très voisins : 33,20 euros vs 33,40 euros outre-Rhin dans l’in­dus­trie manu­fac­tu­rière et 32,1 vs 26,8 dans les services (selon Le coût de la main-d’oeuvre : compa­rai­son euro­péenne 1996–2008, Insee réfé­rences, 2012). Voir graphique 3 en fin d’ar­ticle .

  Si l’on s’en tient à l’im­pôt (sur les profits) des socié­tés, avec un taux moyen de 8,7 %, la France se classe en avant dernière posi­tion pour la faiblesse de son taux, se situant ainsi entre deux para­dis fiscaux : le Luxem­bourg et la Suisse. Vous avez dit la France, enfer fiscal ?

  Ci-dessous le tableau tel que présenté dans Les Échos puis rema­nié par mes soins par ordre crois­sant de taux d’im­po­si­tion sur les socié­tés (légendé Impôt sur le résul­tat commer­cial par Les Échos).

Taux imposition & cotisations sociales Les Echos nov 2013 Taux imposition & cotisations sociales C Vieren nov 2013
 Clas­se­ment selon la somme des pommes,
des poires et des scou­bi­dous !
 Clas­se­ment selon taux d’im­po­si­tion sur le béné­fice des socié­tés (Profit Taxes).

    Le rapport Paying Taxes 2014 réalise égale­ment deux autres clas­se­ments, l’un sur le temps, l’autre sur le nombre de paie­ments, consa­crés par les entre­prises aux « Taxes ». Parmi les 12 pays sélec­tion­nés par Les Echos, la France se place au 2e et 7e rang. Pour plus de détails cliquer ICI.

    Sur les distinc­tions fonda­men­tales entre les diffé­rentes « charges » lire : Impôts, taxes, coti­sa­tions… « trop d’im­pôt tue l’im­pôt » c’est faux, Gérard Filoche, sept. 2013.

   Ci-dessous, un graphique illus­trant la compo­si­tion du chiffre d’af­faires d’une société.

Composition_chiffre_d_affaires_societe.jpg

Comparaison_europeenne_cout_horaire_main_oeuvre_INSEE-2012.jpg

Bonus : évolu­tion du taux d’im­po­si­tion sur les profits (profit taxes) dans le monde entre 2004 et 2012 selon ce même rapport.

Evolution impots sur les profits 2004-2012 Paying taxes 201

Le taux de crois­sance est avant tout corrélé au PIB/habi­tant

 Les poli­tiques menées impactent margi­na­le­ment les taux de crois­sance

   Sur la base du seul graphique ci-dessous établi sur 14 pays ouest-euro­péens pris sur la période 1950–2000, nous montrons que le taux de crois­sance d’un pays est d’au­tant plus impor­tant que son PIB/habi­tant est faible. Autre­ment dit, les poli­tiques menées jouent peu sur les taux de crois­sance. Cela dément tous les discours de nombreux écono­mistes que l’on pour­rait clas­ser dans la caté­go­rie  « néoli­bé­raux », discours large­ment relayé par les partis de droite.

   Ainsi entre un pays tel la Suède, où l’état provi­dence fût et reste très déve­loppé (jusqu’à 75% du PIB consa­crés aux dépenses publiques !) et un pays tel le Royaume-Uni, leader euro­péen du néoli­bé­ra­lisme depuis les années 80 et initié par la Dame de fer, le taux de crois­sance reste très corrélé au PIB/habi­tant. Ceci confirme ce que Jean-Gadrey a établi pour la France et les Etats-Unis dans son article La baisse tendan­cielle du taux de crois­sance, résumé dans l’ar­ticle La crois­sance est termi­née ! . Tendance égale­ment véri­fiée pour 14 pays de l’OCDE (graphique).

   Pour 14 pays euro­péens, le graphique ci-dessous illustre la rela­tion entre leur PIB-PPA/habi­tant de départ rela­tif en 1950 (abscisse) et leur taux de crois­sance annuel moyen de 1950 à 2000 du PIB-PPA/habi­tant (ordon­née).

   L’abs­cisse est le PIB-PPA/habi­tant de chacun des pays exprimé en % du PIB-PPA/habi­tant moyen de l’en­semble de ces pays, la valeur 100 corres­pon­dant à cette moyenne.

   L’or­don­née est le taux de crois­sance annuel moyen de 1950 à 2000 du PIB-PPA/habi­tant (en %).

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Nota : Ce graphique et le texte qui suit sont large­ment repris de l’ar­ticle Crises et trans­for­ma­tions du modèle social-démo­crate suédois, Jean-François Vidal, Revue de la régu­la­tion, automne 2010.

   Ainsi, l’on constate que la Suisse (en bas à droite), pays riche au sortir de la guerre, a connu depuis un taux de crois­sance faible (1,8%) rela­ti­ve­ment à celui de l’Es­pagne ou du Portu­gal (4%), pays (en haut à gauche) les plus pauvres  au sortir de la guerre.

   Les pays pauvres en 1950, le Portu­gal (Port), l’Es­pagne (Esp), l’Ir­lande (Irl), l’Ita­lie (Ital), l’Au­triche (Autr), la Finlande (Finl), et l’Al­le­magne (All) à cause des destruc­tions de la guerre, ont eu des taux de crois­sance élevés.

   Les pays les plus riches, la Suisse (Suis), le Royaume-Uni (Runi), la Suède (Sued), le Dane­mark (Dan) et les Pays-Bas (Pbas) ont eu une crois­sance rela­ti­ve­ment faible.

   La France (Fra) et la Belgique (Belg) ont été proches de la moyenne.

Expli­ca­tion de l’au­teur du graphique

   Extrait du para­graphe 2. 1. Une crois­sance exces­sive de l’État provi­dence ? :  » Des pays qui sont limi­trophes ont en géné­ral des échanges intenses de produits, de popu­la­tion, de capi­taux, et d’idées. Cela favo­rise le rattra­page des pays les plus riches par les pays les plus pauvres, à condi­tion que ces derniers adoptent des poli­tiques écono­miques favo­rables à la crois­sance.

   Le rattra­page des pays en retard implique le « déclin » rela­tif des pays les plus avan­cés. Mais les proces­sus de déclin et de rattra­page ne sont pas uniformes au cours du temps : l’Ir­lande n’a commencé à rattra­per le niveau de vie moyen en Europe que depuis la fin des années 1980. Le rattra­page de l’Es­pagne a commencé en 1960 et il s’est inter­rompu entre 1975 et 1985 envi­ron. En Suède, la longue phase de déclin (1947–1992) a connu deux périodes de baisse accé­lé­rée : de 1947 à 1957, quand les autres pays euro­péens ont réalisé leur recons­truc­tion. Puis de 1989 à 1992, lorsque la Suède a subi une grave crise bancaire

   D’après les auteurs libé­raux, un État provi­dence étendu frei­ne­rait la crois­sance parce que la progres­si­vité des impôts et les pres­ta­tions sociales décou­ra­ge­raient l’épargne, et parce que le poids élevé du secteur public et les inter­ven­tions de l’État affai­bli­raient l’ef­fi­ca­cité de l’éco­no­mie, et par consé­quent la produc­ti­vité. Ces expli­ca­tions ne sont guère convain­cantes « .  Fin de cita­tion.

   En effet, au vu du graphique, c’est le moins que l’on puisse dire.

   Mais alors si les poli­tiques, sociales en parti­cu­lier, ne jouent pas sur le taux de crois­sance, argu­ment souvent invoqué pour justi­fier l’acrois­se­ment des inéga­li­tés de reve­nus, l’abais­se­ment des minima sociaux et de la protec­tion sociale, au prétexte que cela dissua­de­rait l’en­tre­preu­na­riat et encou­ra­ge­rait l’oi­si­veté, pourquoi ne pas redis­tri­buer les richesses et assu­rer la protec­tion sociale à tous ?

   Surtout si, comme le démontrent quelques écono­mistes de renom, les inéga­li­tés crois­santes sont à la source de la crise systé­mique dans lequel le monde est tombé depuis 2008.

  Sur la rela­tion entre le montant des minima sociaux et le taux de chômage, voir : Y a-t-il une corré­la­tion entre le chômage et les minima sociaux ?

Actua­li­sa­tion (mars 2014) :

Ci-dessous le même graphique que le précé­dent mais couvrant la période 1980–2012 . Mis à part peut-être l’Ir­lande dont on connaît la récente spéci­fi­cité finan­cière (para­dis fiscal ?) et ses décon­ve­nues post-2008, et l’Ita­lie, le phéno­mène de béta-conver­gence se retrouve bien véri­fié pour les 12 autres pays.

La-beta-convergence-en-Europe-de-l-Ouest_1980-2012_C_Vier.jpg

Nota : ici, à la diffé­rence du précé­dent graphique, les PIB et donc les taux de crois­sance sont en $ courants. Pour dispo­ser des taux de crois­sance en $ constants, il faudrait déduire l’in­fla­tion. En outre « le taux de crois­sance » est en réalité le rapport entre les PIB 2012 et 1980. Les taux de crois­sance annuel moyens serait voisin : 4,05 pour ITA et 5,61 pour Irl.

Y a-t-il trop de fonc­tion­naires en France ?

La France souf­fri­rait de son obésité admi­nis­tra­tive qui serait une des causes de l’am­pleur de ses dépenses publiques. Voyons voir !

Certes, si l’on peut réduire la bureau­cra­tie, faisons-le. Mais ne lui prêtons pas non plus des vertus excep­tion­nelles, une solu­tion à tous nos problèmes !

Qui dit bureau­cra­tie pense, à tort, fonc­tion­naires.

D’où la première préci­sion utile : il ne faut pas confondre « fonc­tion­naires » et « emplois publics ». Les premiers sont des agents d’une des 3 fonc­tions publiques (d’état,  terri­to­riale ou hospi­ta­lière). Si ils ont la chance d’être titu­laire de leur  poste, ils ont alors le statut de fonc­tion­naire, et le privi­lège de la sécu­rité de l’em­ploi. En effet, comme le privé, la fonc­tion publique est grande pour­voyeuse de CDD et emplois précaires (près de 20%).

Cela dit, compa­rons le taux d’em­plois publics et leur coût dans les pays de l’OCDE.

En 2008, l’Al­le­magne avec 55 emplois publics pour 1.000 habi­tants, se situe avec le Japon, dans le bas de la four­chette des pays de l’OCDE, avec 6 points de PIB sous la moyenne.

En 2008, la France, avec un point au dessus de la moyenne des pays de l’OCDE, se situe avec 88 emplois publics pour 1.000 habi­tants, dans le haut du tableau, au même niveau que le Royaume-Uni. Loin derrière les quatres pays scan­di­naves dont les trois premiers sont entre 140 et 160, le 4e à 115.

Taux d administration pays OCDE-1993-2008 CAS-2010-copie-1.Source du graphique : Tableau de bord de l’em­ploi public, Compa­rai­sons inter­na­tio­nales, p. 8, déc. 2010.

    L’écart entre ces deux pays “extrèmes” repré­sente 7 points de PIB, soit 2.100 € par français et par an. Certains juge­ront que c’est trop, certains que c’est accep­table. Tout dépend de la manière dont chacun estime le service rendu par ces employés.

Part remuneration publique dans PIB-pays OCDE-2008 CAS-2010

Pour mémo : en 2010, le revenu moyen avant impôt des Français était  de 33.000€ par adulte et par an (2.800€ par mois).

Et bien sûr, tous ces emplois sont loin d’être des emplois « bureau­cra­tiques » :  les ensei­gnants, des bureau­crates ? Les person­nels soignants des hopi­taux publics, des bureau­crates ? Et les conseillers de pôle emploi ? Et les cher­cheurs du CNRS ? ….

Les employés de la sécu­rité sociale, non fonc­tion­naires mais ayant un contrat de droit privé, des bureau­crates ? Peut-être mais rempla­cer ceux-ci par des employés de complé­men­taires santé concur­rentes et lais­sées au libre choix du citoyen ou de l’en­tre­prise, est-il préfé­rable ? Pas sûr : Complé­men­taires santé, le scan­dale !

Quoiqu’il en soit  » En France, comme dans la plupart des pays de l’OCDE, les dépenses de rému­né­ra­tion du person­nel repré­sentent entre 10 % et 12 % du PIB « , précise le Conseil d’Ana­lyse Stra­té­gique.

Bonus : La vérité sur les fonc­tion­naires et les ensei­gnants en 5 points et 10 lignes !

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Note : En 2008, 5,2 millions d’em­plois publics dont 2 millions de fonc­tion­naires d’État  et 1,4 millions de fonc­tion­naires terri­to­riaux (conseil régio­naux, géné­raux, muni­ci­pa­lité, …). Le reste, 1,8 millions, se ventile sur les Établis­se­ments publics admi­nis­tra­tifs (EPA) non marchands ou de droit parti­cu­lier : hôpi­taux publics, ANPE, CNRS, Caisses natio­nales de Sécu, … 4,4 millions, soit 80% sont titu­laires et disposent donc de la sécu­rité de l’em­ploi.

Sources :

* Les dépenses publiques en Alle­magne : d’où proviennent les écarts avec la France ? (VI et fin). Éléments de synthèse, Arnaud le Cheva­lier, Alter­na­tives Écono­miques, 2011.

* Tableau de bord de l’em­ploi public : situa­tion de la France et compa­rai­sons inter­na­tio­nales, Synthèse, CAS, 2010.

Cassez-vous, très riches cons !

  Avec un taux margi­nal d’im­po­si­tion sur le revenu de 75% au dessus d’UN MILLION d’EUROS par foyer, nos irrem­plaçables zélites vont se barrer !

Hum, hum, voyons voir !

Le patri­moine moyen des 5% étasu­niens les plus riches est de 6.630.000 $ (2007), celui des 5% français les plus riches est de 1.657.258 € (2010). Voir source et calcul en bas de page.

Autre­ment dit ces 2,5 millions d’ir­rem­plaçables français adultes auraient un patri­moine 3,6 à 6 fois* supé­rieur si ils s’en­ri­chis­saient aux USA. Soit un gain absolu moyen compris entre 4,3 et 8,3 millions d’€ ! Conti­nuer la lecture

Trop de prélè­ve­ments obli­ga­toires et de dépenses publiques tuent-ils la compé­ti­ti­vité et la crois­sance ? Match France-Suède !

  Le taux de prélè­ve­ments obli­ga­toires tuent la « compé­ti­ti­vité » et la crois­sance !
Vrai­ment ?

Match France – Suède

   L’idée maitresse – et récur­rente – du rapport Gallois est la baisse du taux de prélè­ve­ments obli­ga­toires (TPO) par le biais d’une réduc­tion des coti­sa­tions sociales, sala­riales et patro­nales – ce que le patro­nat appelle les « charges » – pour renfor­cer la compé­ti­ti­vité de notre écono­mie. Voyons si un pays au TPO supé­rieur à celui de la France (50,7% vs 44,2%, 2005) peut être en meilleure santé que cette dernière ?

Pourquoi la Suède ?

Parce que, parmi les pays de l’OCDE et sur la dernière décen­nie au moins (1992–2012), la Suède est un pays présen­tant, par rapport à la France :

  • des taux de prélè­ve­ments obli­ga­toires et de dépenses publiques supé­rieurs (et ce depuis des décen­nies) ;
  • un taux d’em­plois publics très supé­rieur ;

tout en ayant :

  • des indices de déve­lop­pe­ment humain brut (IDH) et d’IDH ajusté aux inéga­li­tés (IDH-I) ainsi qu’un indice d’iné­ga­li­tés (Gini) meilleurs ;
  • des indi­ca­teurs d’édu­ca­tion et d’espé­rance de vie supé­rieurs ;
  • des taux de crois­sance et de chômage meilleurs  ;
  • un taux d’en­det­te­ment public et des défi­cits publics infé­rieurs ;
  • . . .

   Chacune de ces données pour la France et la Suède (+ l’Al­le­magne) sont dispo­nibles en bas de page.

    Un point noir : l’em­preinte écolo­gique d’un suédois (6,1 ha/hab) est supé­rieure à celle d’un français (5,6 ha/hab). Notons toute­fois que la France se situe sous des lati­tudes plus chaudes et qu’en outre, la France utilise massi­ve­ment le nucléaire, éner­gie décar­bo­née.

 Notons que malgré ce choix criti­cable à bien des égards, l’em­preinte écolo­gique d’un Alle­mand, rési­dant pour­tant sous des lati­tudes moyennes plus froides, possède une empreinte écolo­gique par habi­tant infé­rieure à celle d’un français : 4,5 versus 5,6 !!!!

Alors pourquoi la Suède s’en sort-elle mieux ?

    Outre mon court billet perso sur le sujet (cf. Pourquoi la Suède s’en sort – plutôt – bien ?), je vous suggère cette étude très bien docu­men­tée :  » Crises et trans­for­ma­tion du modèle social-démo­crate suédois  » , J.-F. Vidal, Profes­seur de Sciences écono­miques à Paris XI, Revue de la Régu­la­tion , 22 pages, N°8, 2010.

     En effet, comme l’in­ti­tulé l’in­dique, la Suède a connu quelques crises dont la dernière, finan­cière et la plus grave en 1991–1992, a induit des trans­for­ma­tions de son modèle social : le niveau de dépenses publiques, de 65% du PIB avant cette crise, s’est aujourd’­hui stabi­lisé à un peu plus de 50%.

     Ce niveau élevé de dépenses publiques était-il à la source de la crise ? Les réduire était-il la seule solu­tion pour en sortir ?

     Si je devais résu­mer en une phrase mon senti­ment, il s’ap­puie­rait sur cet extrait de l’étude ci-dessus : «  Nous concluons que la grave crise finan­cière de 1991–1992 qui a suivi la déré­gu­la­tion du système bancaire a joué un rôle plus impor­tant que l’éro­sion du système de négo­cia­tions néocor­po­ra­tistes, que le déve­lop­pe­ment de l’état provi­dence,  et que l’ina­dap­ta­tion de la spécia­li­sa­tion des expor­ta­tions. « .

     Autre­ment dit la crise finan­cière a servi de prétexte pour mettre en place des poli­tiques d’aus­té­rité afin de réduire les défi­cits publics induits par la réces­sion entamé en 1987. En clair, les crises liées à 30 ans de déré­gu­la­tion finan­cière ont bon dos !

  Notons que pour sortir de cette crise d’ori­gine bancaire, d’autres mesures radi­cales ont été prises : deux banques impor­tantes ont été reca­pi­ta­li­sées par de l’argent public après avoir été natio­na­li­sées. Elles ont été de nouveau priva­ti­sées une fois assai­nies et l’état suédois a ainsi dégagé du profit (lire Sauve­tage du système bancaire suédois, Wiki­pe­dia).

     Pour rappel, dans les pays de l’OCDE, les prélè­ve­ments obli­ga­toires servent pour une large part à finan­cer, d’une part la redis­tri­bu­tion des reve­nus via les pres­ta­tions sociales (pres­ta­tions fami­liales, allo­ca­tion loge­ment, minima sociaux, . . . ), et d’autre part les services publics (dont santé et éduca­tion qui en repré­sentent de 45 à 75%). Voir mon billet Préju­gés sur les dépenses publiques .

   Enfin, notons que les taux de crois­sance des pays sont prin­ci­pa­le­ment corré­lés à leur PIB par habi­tant initial comme le démontre parfai­te­ment cette étude menée sur 22 pays d l’Eu­rope de l’Ouest entre 1950 et 2000 : Le taux de crois­sance est avant tout corrélé au PIB/habi­tant.

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Accés aux données :

Complé­ment d’in­for­ma­tions :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À ces parents qui estiment payer trop d’im­pôts

Aux parents qui estiment payer trop d’im­pôts sur le revenu et qui pensent que ce sont « les autres » qui en profitent !

     Ci-dessous, vous trou­ve­rez ce que des parents écono­misent en terme d’édu­ca­tion et de forma­tion pour l’en­semble de leurs enfants grâce au service public de l’en­sei­gne­ment et de la forma­tion (que ce soit en établis­se­ment public ou privé sous contrat).

Diplôme

 

Coût cumulé de la scola­rité selon le nombre d’en­fants

1 enfant

2 enfants

3 enfants

4 enfants

5 enfants

6 enfants

 

Bac

93 148 €

186 296 €

279 444 €

372 592 €

465 740 €

558 888 €

Licence

123 805 €

 247 610 €

 371 415 €

 495 220 €

 619 025 €

742 830 €

Master

144 243 €

 288 486 €

 432 729 €

 576 972 €

 721 215 €

865 458 €

Docto­rat

174 900 €

349 800 €

524 700 €

699 600 €

874 500 €

1 049 400 €

  Source des chiffres : voir bas de page.

     Selon la profes­sion des parents, les enfants ont des durées moyennes d’études très variables : la diffé­rence entre les 10% les moins scola­ri­sés et les 10% les plus scola­ri­sés est de 7,6 années. Ces années supplé­men­taires, consti­tuées d’études supé­rieures, ont un coût moyen de 10 219 € par an. Soit pour les 7,6 années supplé­men­taires, un surcoût de 77 664 €. Cet écart croit avec le niveau de reve­nus des parents. Autre­ment dit, la (quasi) gratuité du service public d’en­sei­gne­ment supé­rieur béné­fi­cie essen­tiel­le­ment aux classes sociales favo­ri­sées.

    Cas extrêmes : les enfants d’en­sei­gnant ont 14 fois plus de chances rela­tives d’ac­cé­der au bac – sésame pour les études supé­rieures que les enfants d’ou­vriers non quali­fiés.

    Sur ce thème, voir : À qui profitent les dépenses éduca­tives ?, Pierre Merle, socio­logue, La Vie des idées, mai 2012.

    En outre, de nombreux avan­tages en nature sont octroyés aux parents : pres­ta­tions fami­liales diverses, réduc­tion d’im­pôts sur le revenu par le biais du quotient fami­lial, …. Comme illus­tré ci-dessous, une famille « perçoit » ainsi entre 150 € (1er décile) et 380 € (dernier centile) mensuel et par enfant. Pour la plupart (2e au 8e décile) le montant est d’en­vi­ron 180 € mensuel.

Avantages familiaux en nature selon revenus 2010En savoir plus sur ce graphique , voir : Pour un nouveau quotient fami­lial

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 Les chiffres ayant permis les calculs du coût de la scola­rité : Pierre Merle, 2005, rappor­tés par Alter­na­tives écono­miques n° 315 juillet-août 2012 dans l’ar­ticle « les gagnants du système scolaire » (p.77).
Télé­char­gez (ou me deman­der) le tableur m’ayant permis d’éta­blir la synthèse ci-dessus.

En 2009, coût d’une année de scola­rité :

École primaire 

Collège 

Lycée 

Univer­sité 

Classe prépa­ra­toire

5 374 €

8 021 €

11 398 €

10 219 €

14 812 €

Soit, pour les études jusqu’au bacca­lau­réat, 12 ans (5 de primaire + 4 de collège + 3 de lycée + 0 de supé­rieur) : 93 148 €

Soit, pour les études jusqu’au docto­rat, 21 ans (Bac + 8) : 174 900  €