Archives pour la catégorie Prélèvements obligatoires & Dépenses publiques

La (bonne) dette privée et la (mauvaise) dette publique !

Pourquoi parle-t-on tant de la dette publique et si peu de la dette privée ?
Depuis l’avènement de la crise bancaire et financière de 2008, laquelle à conduit à une augmentation des dettes publiques de la quasi totalité des états, au nom du too big to fail, il n’est quasiment par une journée sans que l’on n’entende parler de la nécessité absolue de réduire celle-ci. Les très (rigides et stupides) critères de Maastricht ne manquant pas d’être rappelés. Or, la dette qui a le plus augmenté ces 20 dernières années et plus particulièrement ces 10 dernières est la dette privée (+45 pts pour cette dernière contre +45 pts pour la dette publique).
Alors pourquoi cette dernière, pourtant à l’origine de la crise des subprimes aux USA qui a conduit à la crise systémique dont nous ne sommes pas encore sortis et dont nous ne sortirons peut-être pas avant la suivante, n’est-elle pas plus souvent évoquée ?
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La spirale infernale fiscale française : 44 taxes majeures comme en Allemagne

   La France serait prise dans « une spirale fiscale infernale ». C’est ce qu’affirme Nicolas Beytout dans son édito politique du 5 mars 2015 sur France-Inter. Ce serait cette spirale infernale qui pousserait nombre d’entreprises à faire de « l’optimisation fiscale ». Selon ce journaliste, né de bonne famille, les redressements fiscaux de 2015 seront au final deux fois moindre, les tribunaux donnant souvent raison aux contrevenants qui n’auraient donc pas fraudé mais . . . optimisé ! A ce jour, j’attends la source de ce scoop de la part de M. Beytout que j’ai interrogé sur le site de France-Inter  et qui a dit « Les contribuables, en particulier les entreprises qui ont à payer un nombre d’impôts et taxes infiniment supérieur à nous les particuliers « . IN-FI-NI-MENT, rien que cela ! Continuer la lecture

Trop de fonctionnaires en France ! Vraiment ?

La France souffrirait de son obésité administrative, laquelle serait une des causes de l’ampleur de ses dépenses publiques. Voyons voir !

Certes, si l’on peut réduire la bureaucratie, faisons-le. Mais ne prêtons pas à cette réduction des vertus exceptionnelles, n’en faisons pas une solution miracle à tous nos problèmes !

    Qui dit bureaucratie, pense – à tort  – fonctionnaires.

    Tout d’abord, il ne faut pas confondre « fonctionnaires » et « emplois publics » :

  • Les fonctionnaires sont des agents d’une des 3 fonctions publiques (d’état,  territoriale ou hospitalière). Si ils ont la chance d’être titulaires de leur  poste, ils ont alors le statut de fonctionnaire, et le privilège de la sécurité de l’emploi. En effet, comme le privé, la fonction publique est grande pourvoyeuse de CDD et emplois précaires (près de 20%) ;
  • Les seconds sont les emplois « financés » sur ressources publiques, quels que soient leurs statuts juridiques. Ainsi les employés de la sécurité sociale, constituée d’organismes pour la plupart privés, disposent de contrat de travail de droit privé. Ils ne sont donc pas fonctionnaires. Il en est de même pour les enseignants d’établissements scolaires privés sous contrat avec l’état (2 millions d’élèves répartis dans 8.800 établissements, essentiellement catholiques).

Cette précision faite,  comparons le taux d’emplois publics et leurs coûts dans divers pays de l’OCDE.

Emplois publics, comparaison internationale

    En 2008, l’Allemagne avec 55 emplois publics pour 1.000 habitants, se situe avec le Japon, dans le bas de la fourchette des pays de l’OCDE, avec 6 points de PIB sous la moyenne.

     En 2008, la France, avec un point au dessus de la moyenne des pays de l’OCDE et 88 emplois publics pour 1.000 habitants, se situe dans le haut du tableau. Au même niveau que le Royaume-Uni. Loin derrière les quatre pays scandinaves dont les trois premiers sont entre 140 et 160, le 4e à 115.

Taux d administration pays OCDE-1993-2008 CAS-2010-copie-1Source du graphique : Tableau de bord de l’emploi public, Comparaisons internationales, tableau 1, p. 8, déc. 2010.

    L’écart entre ces deux pays “extrêmes” représente 7 points de PIB, soit 2.100 € par français et par an. Certains jugeront que c’est trop, certains que c’est acceptable. Tout dépend de la manière dont chacun estime le service rendu par ces employés.

Part remuneration publique dans PIB-pays OCDE-2008 CAS-2010

Source du graphique : Tableau de bord de l’emploi public, Comparaisons internationales, tableau 3, p. 8, déc. 2010.

    Pour mémo : en 2010, le revenu moyen avant impôt des Français était  de 33.000€ par adulte et par an (2.800€ par mois).

    Et bien sûr, tous ces emplois sont loin d’être des emplois « bureaucratiques » :  les enseignants, des bureaucrates ? Les personnels soignants des hôpitaux publics, des bureaucrates ? Et les conseillers de pôle emploi ? Et les chercheurs du CNRS ? …

    Quoi qu’il en soit  » En France, comme dans la plupart des pays de l’OCDE, les dépenses de rémunération du personnel représentent entre 10 % et 12 % du PIB « , précise le Conseil d’Analyse Stratégique.

    Bonus : La vérité sur les fonctionnaires et les enseignants en 5 points et 10 lignes !

Actualisation (juin 2014) : le graphique ci-dessous illustre l’évolution de l’emploi dans les trois fonctions publiques,  d’État (FPE), territoriale (FPT) et hospitalière (FPH), entre 2002 et 2012. Les trois confondus, les effectifs ont cru de 7%. L’emploi total a cru de 3%, croissance liée essentiellement à la croissance démographique.

Evolution effectifs fonction publique 2002-2012Source (url du document) : http://www.fonction-publique.gouv.fr/files/files/statistiques/chiffres_cles/pdf/chiffres_cles_2014.pdf

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Note : En 2008, 5,2 millions d’emplois publics dont 2 millions de fonctionnaires d’État  et 1,4 millions de fonctionnaires territoriaux (conseil régionaux, généraux, municipalités, …). Le reste, soit 1,8 million, se ventile sur les Établissements publics administratifs (EPA) non marchands ou de droit particulier : hôpitaux publics, ANPE, CNRS, Caisses nationales de Sécu, … 4,4 millions, dont seuls 80% sont titulaires et disposent donc de la sécurité de l’emploi.

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Sources :
Les dépenses publiques en Allemagne : d’où proviennent les écarts avec la France ? (VI et fin). Éléments de synthèse, Arnaud le Chevalier, Alternatives Economiques, 2011.

* Tableau de bord de l’emploi public : situation de la France et comparaisons internationales, Synthèse, CAS, 2010.

Les entreprises françaises sont les MOINS imposées d’Europe (2/2)

Les entreprises françaises victimes de la lourdeur administrative ?

  Ce billet est un complément au billet Les entreprises françaises sont les MOINS imposées d’Europe. Ce dernier visait à dénoncer la manipulation des journaux Les Echos et l’Expansion rapportant les conclusions du rapport Paying taxes 2014 de la Banque Mondiale et du cabinet PWC.

Paying taxes 2014 effectue trois classements sur 189 pays relativement aux « taxes » auxquelles sont soumises les entreprises de ces pays.  « Taxes » est entre guillemets car ce substantif englobe dans la langue du rapport Paying taxes 2014, à la fois les impôts, les taxes et les cotisations sociales. Notons que l’on pourrait alors également considérer les salaires (net de charges) également comme des taxes puisque obligatoires : il est en effet interdit de payer ses salariés en deçà du Smic horaire !!!

  •   Le premier classement concerne le taux des « taxes » relativement au chiffre d’affaires. Je n’y reviens pas (voir ici) .
  • Le deuxième concerne le classement selon le temps que doivent consacrer les entreprises pour réaliser ces prélèvements obligatoires.
  • Le troisième classement concerne le nombre de paiements annuels.

  Ces deux derniers classements semblent avoir échappé aux medias mis en cause dans la première partie de l’article (Les échos et l’Expansion). Pourquoi ? Ben j’ai ma petite idée : passke la France est plutôt bien classée sur ces deux critères. Nous ne pouvons que nous en réjouir.

  Verdict : parmi les 12 pays européens choisis par Les Echos pour son classement de taux d' »imposition », la France se place respectivement 7e et 2e selon le nombre de paiements dévolus au paiement de ces « impôts ».

   La France au 7e rang sur 12 pays pour le temps passé pour le paiement des « impôts » :  (ceux sélectionnés par Les Echos):

Temps_consacre_aux_impots_-_cotisations-sociales_C_Vieren_n.jpg

Les entreprises françaises sont les MOINS imposées d’Europe

  Des pommes, des poires et des scoubidous !

   Le rapport Paying Taxes 2014 (Banque mondiale/cabinet PWC) classe 189 pays selon les taux d’imposition des sociétés. Fort bien ! Sa publication a donné lieu à ces deux titres :

   Rappelons que Les Échos est aux mains du groupe LVMH, dont le propriétaire n’est autre que la première fortune française, un certain Bernard Arnault, qui, comme Gégé, vient de tomber amoureux de la Belgique.

   Lisons le rapport ou les articles sus-cités. On s’aperçoit qu’en réalité il ne s’agit pas de l’imposition des entreprises mais de la somme de poires, de pommes et de scoubidous !!!!! En effet, pour calculer ce présumé taux d’ « imposition » sont additionnés l’impôt sur les bénéfices et les cotisations sociales, ces fameuses « charges » !!! Or si l’impôt sur les bénéfices est effectivement un impôt, collecté à ce titre par l’administration FISCALE, les cotisations sociales, collectées par l’URSSAF, ne sauraient être considérées comme un impôt. Pas plus que le salaire net des salariés. Les cotisations sociales sont du « salaire socialisé ou différé » qui sera rendu aux salariés sous forme : d’accès (presque) gratuit aux soins de santé, de prestations familiales, d’indemnisation chômage, de retraite, . . . . D’ailleurs pourquoi compte-t-on dans les taxes ces cotisations pour les assurances sociales (chômage, santé, vieillesse) et ne compte-t-on pas les cotisations pour l’assurance OBLIGATOIRE de la flotte des véhicules de l’entreprise ainsi que des bâtiments ? Parce qu’elles sont versées à une entreprise privée ? Parce qu’on a le choix de l’entreprise privée ? Les bons prélèvements obligatoires seraient ceux qui servent à enrichir des actionnaires et les mauvais ceux qui seraient mis dans un pot commun au nom de la solidarité ? Bizarre, bizarre !

    Une comparaison tenant compte des cotisations sociales sans tenir compte du salaire net est par conséquent totalement stupide. Dans les pays où le niveau de cotisation sociale est moindre le salaire net est plus élevé, le salarié devant s’assurer socialement de lui-même. Ainsi alors que, selon le classement établi par ce Rapport, la France et l’Allemagne paraissent éloignées en terme de taux de « taxes » des entreprises (64,7 vs 49,4), les coûts horaires du travail sont très voisins : 33,20 euros vs 33,40 euros outre-Rhin dans l’industrie manufacturière et 32,1 vs 26,8 dans les services (selon Le coût de la main-d’oeuvre : comparaison européenne 1996-2008, Insee références, 2012). Voir graphique 3 en fin d’article .

  Si l’on s’en tient à l’impôt (sur les profits) des sociétés, avec un taux moyen de 8,7 %, la France se classe en avant dernière position pour la faiblesse de son taux, se situant ainsi entre deux paradis fiscaux : le Luxembourg et la Suisse. Vous avez dit la France, enfer fiscal ?

  Ci-dessous le tableau tel que présenté dans Les Échos puis remanié par mes soins par ordre croissant de taux d’imposition sur les sociétés (légendé Impôt sur le résultat commercial par Les Échos).

Taux imposition & cotisations sociales Les Echos nov 2013 Taux imposition & cotisations sociales C Vieren nov 2013
 Classement selon la somme des pommes,
des poires et des scoubidous !
 Classement selon taux d’imposition sur le bénéfice des sociétés (Profit Taxes).

    Le rapport Paying Taxes 2014 réalise également deux autres classements, l’un sur le temps, l’autre sur le nombre de paiements, consacrés par les entreprises aux « Taxes ». Parmi les 12 pays sélectionnés par Les Echos, la France se place au 2e et 7e rang. Pour plus de détails cliquer ICI.

    Sur les distinctions fondamentales entre les différentes « charges » lire : Impôts, taxes, cotisations… « trop d’impôt tue l’impôt » c’est faux, Gérard Filoche, sept. 2013.

   Ci-dessous, un graphique illustrant la composition du chiffre d’affaires d’une société.

Composition_chiffre_d_affaires_societe.jpg

Comparaison_europeenne_cout_horaire_main_oeuvre_INSEE-2012.jpg

Bonus : évolution du taux d’imposition sur les profits (profit taxes) dans le monde entre 2004 et 2012 selon ce même rapport.

Evolution impots sur les profits 2004-2012 Paying taxes 201

Le taux de croissance est avant tout corrélé au PIB/habitant

 Les politiques menées impactent marginalement les taux de croissance

   Sur la base du seul graphique ci-dessous établi sur 14 pays ouest-européens pris sur la période 1950-2000, nous montrons que le taux de croissance d’un pays est d’autant plus important que son PIB/habitant est faible. Autrement dit, les politiques menées jouent peu sur les taux de croissance. Cela dément tous les discours de nombreux économistes que l’on pourrait classer dans la catégorie  « néolibéraux », discours largement relayé par les partis de droite.

   Ainsi entre un pays tel la Suède, où l’état providence fût et reste très développé (jusqu’à 75% du PIB consacrés aux dépenses publiques !) et un pays tel le Royaume-Uni, leader européen du néolibéralisme depuis les années 80 et initié par la Dame de fer, le taux de croissance reste très corrélé au PIB/habitant. Ceci confirme ce que Jean-Gadrey a établi pour la France et les Etats-Unis dans son article La baisse tendancielle du taux de croissance, résumé dans l’article La croissance est terminée ! . Tendance également vérifiée pour 14 pays de l’OCDE (graphique).

   Pour 14 pays européens, le graphique ci-dessous illustre la relation entre leur PIB-PPA/habitant de départ relatif en 1950 (abscisse) et leur taux de croissance annuel moyen de 1950 à 2000 du PIB-PPA/habitant (ordonnée).

   L’abscisse est le PIB-PPA/habitant de chacun des pays exprimé en % du PIB-PPA/habitant moyen de l’ensemble de ces pays, la valeur 100 correspondant à cette moyenne.

   L’ordonnée est le taux de croissance annuel moyen de 1950 à 2000 du PIB-PPA/habitant (en %).

La-beta-convergence-en-Europe-de-l-Ouest_1950-2000_Jean-F.jpg

Nota : Ce graphique et le texte qui suit sont largement repris de l’article Crises et transformations du modèle social-démocrate suédois, Jean-François Vidal, Revue de la régulation, automne 2010.

   Ainsi, l’on constate que la Suisse (en bas à droite), pays riche au sortir de la guerre, a connu depuis un taux de croissance faible (1,8%) relativement à celui de l’Espagne ou du Portugal (4%), pays (en haut à gauche) les plus pauvres  au sortir de la guerre.

   Les pays pauvres en 1950, le Portugal (Port), l’Espagne (Esp), l’Irlande (Irl), l’Italie (Ital), l’Autriche (Autr), la Finlande (Finl), et l’Allemagne (All) à cause des destructions de la guerre, ont eu des taux de croissance élevés.

   Les pays les plus riches, la Suisse (Suis), le Royaume-Uni (Runi), la Suède (Sued), le Danemark (Dan) et les Pays-Bas (Pbas) ont eu une croissance relativement faible.

   La France (Fra) et la Belgique (Belg) ont été proches de la moyenne.

Explication de l’auteur du graphique

   Extrait du paragraphe 2. 1. Une croissance excessive de l’État providence ? :  » Des pays qui sont limitrophes ont en général des échanges intenses de produits, de population, de capitaux, et d’idées. Cela favorise le rattrapage des pays les plus riches par les pays les plus pauvres, à condition que ces derniers adoptent des politiques économiques favorables à la croissance.

   Le rattrapage des pays en retard implique le « déclin » relatif des pays les plus avancés. Mais les processus de déclin et de rattrapage ne sont pas uniformes au cours du temps : l’Irlande n’a commencé à rattraper le niveau de vie moyen en Europe que depuis la fin des années 1980. Le rattrapage de l’Espagne a commencé en 1960 et il s’est interrompu entre 1975 et 1985 environ. En Suède, la longue phase de déclin (1947-1992) a connu deux périodes de baisse accélérée : de 1947 à 1957, quand les autres pays européens ont réalisé leur reconstruction. Puis de 1989 à 1992, lorsque la Suède a subi une grave crise bancaire

   D’après les auteurs libéraux, un État providence étendu freinerait la croissance parce que la progressivité des impôts et les prestations sociales décourageraient l’épargne, et parce que le poids élevé du secteur public et les interventions de l’État affaibliraient l’efficacité de l’économie, et par conséquent la productivité. Ces explications ne sont guère convaincantes « .  Fin de citation.

   En effet, au vu du graphique, c’est le moins que l’on puisse dire.

   Mais alors si les politiques, sociales en particulier, ne jouent pas sur le taux de croissance, argument souvent invoqué pour justifier l’acroissement des inégalités de revenus, l’abaissement des minima sociaux et de la protection sociale, au prétexte que cela dissuaderait l’entrepreunariat et encouragerait l’oisiveté, pourquoi ne pas redistribuer les richesses et assurer la protection sociale à tous ?

   Surtout si, comme le démontrent quelques économistes de renom, les inégalités croissantes sont à la source de la crise systémique dans lequel le monde est tombé depuis 2008.

  Sur la relation entre le montant des minima sociaux et le taux de chômage, voir : Y a-t-il une corrélation entre le chômage et les minima sociaux ?

Actualisation (mars 2014) :

Ci-dessous le même graphique que le précédent mais couvrant la période 1980-2012 . Mis à part peut-être l’Irlande dont on connaît la récente spécificité financière (paradis fiscal ?) et ses déconvenues post-2008, et l’Italie, le phénomène de béta-convergence se retrouve bien vérifié pour les 12 autres pays.

La-beta-convergence-en-Europe-de-l-Ouest_1980-2012_C_Vier.jpg

Nota : ici, à la différence du précédent graphique, les PIB et donc les taux de croissance sont en $ courants. Pour disposer des taux de croissance en $ constants, il faudrait déduire l’inflation. En outre « le taux de croissance » est en réalité le rapport entre les PIB 2012 et 1980. Les taux de croissance annuel moyens serait voisin : 4,05 pour ITA et 5,61 pour Irl.

Y a-t-il trop de fonctionnaires en France ?

La France souffrirait de son obésité administrative qui serait une des causes de l’ampleur de ses dépenses publiques. Voyons voir !

Certes, si l’on peut réduire la bureaucratie, faisons-le. Mais ne lui prêtons pas non plus des vertus exceptionnelles, une solution à tous nos problèmes !

Qui dit bureaucratie pense, à tort, fonctionnaires.

D’où la première précision utile : il ne faut pas confondre « fonctionnaires » et « emplois publics ». Les premiers sont des agents d’une des 3 fonctions publiques (d’état,  territoriale ou hospitalière). Si ils ont la chance d’être titulaire de leur  poste, ils ont alors le statut de fonctionnaire, et le privilège de la sécurité de l’emploi. En effet, comme le privé, la fonction publique est grande pourvoyeuse de CDD et emplois précaires (près de 20%).

Cela dit, comparons le taux d’emplois publics et leur coût dans les pays de l’OCDE.

En 2008, l’Allemagne avec 55 emplois publics pour 1.000 habitants, se situe avec le Japon, dans le bas de la fourchette des pays de l’OCDE, avec 6 points de PIB sous la moyenne.

En 2008, la France, avec un point au dessus de la moyenne des pays de l’OCDE, se situe avec 88 emplois publics pour 1.000 habitants, dans le haut du tableau, au même niveau que le Royaume-Uni. Loin derrière les quatres pays scandinaves dont les trois premiers sont entre 140 et 160, le 4e à 115.

Taux d administration pays OCDE-1993-2008 CAS-2010-copie-1.Source du graphique : Tableau de bord de l’emploi public, Comparaisons internationales, p. 8, déc. 2010.

    L’écart entre ces deux pays “extrèmes” représente 7 points de PIB, soit 2.100 € par français et par an. Certains jugeront que c’est trop, certains que c’est acceptable. Tout dépend de la manière dont chacun estime le service rendu par ces employés.

Part remuneration publique dans PIB-pays OCDE-2008 CAS-2010

Pour mémo : en 2010, le revenu moyen avant impôt des Français était  de 33.000€ par adulte et par an (2.800€ par mois).

Et bien sûr, tous ces emplois sont loin d’être des emplois « bureaucratiques » :  les enseignants, des bureaucrates ? Les personnels soignants des hopitaux publics, des bureaucrates ? Et les conseillers de pôle emploi ? Et les chercheurs du CNRS ? ….

Les employés de la sécurité sociale, non fonctionnaires mais ayant un contrat de droit privé, des bureaucrates ? Peut-être mais remplacer ceux-ci par des employés de complémentaires santé concurrentes et laissées au libre choix du citoyen ou de l’entreprise, est-il préférable ? Pas sûr : Complémentaires santé, le scandale !

Quoiqu’il en soit  » En France, comme dans la plupart des pays de l’OCDE, les dépenses de rémunération du personnel représentent entre 10 % et 12 % du PIB « , précise le Conseil d’Analyse Stratégique.

Bonus : La vérité sur les fonctionnaires et les enseignants en 5 points et 10 lignes !

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Note : En 2008, 5,2 millions d’emplois publics dont 2 millions de fonctionnaires d’État  et 1,4 millions de fonctionnaires territoriaux (conseil régionaux, généraux, municipalité, …). Le reste, 1,8 millions, se ventile sur les Établissements publics administratifs (EPA) non marchands ou de droit particulier : hôpitaux publics, ANPE, CNRS, Caisses nationales de Sécu, … 4,4 millions, soit 80% sont titulaires et disposent donc de la sécurité de l’emploi.

Sources :

* Les dépenses publiques en Allemagne : d’où proviennent les écarts avec la France ? (VI et fin). Éléments de synthèse, Arnaud le Chevalier, Alternatives Économiques, 2011.

* Tableau de bord de l’emploi public : situation de la France et comparaisons internationales, Synthèse, CAS, 2010.

Cassez-vous, très riches cons !

  Avec un taux marginal d’imposition sur le revenu de 75% au dessus d’UN MILLION d’EUROS par foyer, nos irremplaçables zélites vont se barrer !

Hum, hum, voyons voir !

Le patrimoine moyen des 5% étasuniens les plus riches est de 6.630.000 $ (2007), celui des 5% français les plus riches est de 1.657.258 € (2010). Voir source et calcul en bas de page.

Autrement dit ces 2,5 millions d’irremplaçables français adultes auraient un patrimoine 3,6 à 6 fois* supérieur si ils s’enrichissaient aux USA. Soit un gain absolu moyen compris entre 4,3 et 8,3 millions d’€ ! Continuer la lecture

Trop de prélèvements obligatoires et de dépenses publiques tuent-ils la compétitivité et la croissance ? Match France-Suède !

  Le taux de prélèvements obligatoires tuent la « compétitivité » et la croissance !
Vraiment ?

Match France – Suède

   L’idée maitresse – et récurrente – du rapport Gallois est la baisse du taux de prélèvements obligatoires (TPO) par le biais d’une réduction des cotisations sociales, salariales et patronales – ce que le patronat appelle les « charges » – pour renforcer la compétitivité de notre économie. Voyons si un pays au TPO supérieur à celui de la France (50,7% vs 44,2%, 2005) peut être en meilleure santé que cette dernière ?

Pourquoi la Suède ?

Parce que, parmi les pays de l’OCDE et sur la dernière décennie au moins (1992-2012), la Suède est un pays présentant, par rapport à la France :

  • des taux de prélèvements obligatoires et de dépenses publiques supérieurs (et ce depuis des décennies) ;
  • un taux d’emplois publics très supérieur ;

tout en ayant :

  • des indices de développement humain brut (IDH) et d’IDH ajusté aux inégalités (IDH-I) ainsi qu’un indice d’inégalités (Gini) meilleurs ;
  • des indicateurs d’éducation et d’espérance de vie supérieurs ;
  • des taux de croissance et de chômage meilleurs  ;
  • un taux d’endettement public et des déficits publics inférieurs ;
  • . . .

   Chacune de ces données pour la France et la Suède (+ l’Allemagne) sont disponibles en bas de page.

    Un point noir : l’empreinte écologique d’un suédois (6,1 ha/hab) est supérieure à celle d’un français (5,6 ha/hab). Notons toutefois que la France se situe sous des latitudes plus chaudes et qu’en outre, la France utilise massivement le nucléaire, énergie décarbonée.

 Notons que malgré ce choix criticable à bien des égards, l’empreinte écologique d’un Allemand, résidant pourtant sous des latitudes moyennes plus froides, possède une empreinte écologique par habitant inférieure à celle d’un français : 4,5 versus 5,6 !!!!

Alors pourquoi la Suède s’en sort-elle mieux ?

    Outre mon court billet perso sur le sujet (cf. Pourquoi la Suède s’en sort – plutôt – bien ?), je vous suggère cette étude très bien documentée :  » Crises et transformation du modèle social-démocrate suédois  » , J.-F. Vidal, Professeur de Sciences économiques à Paris XI, Revue de la Régulation , 22 pages, N°8, 2010.

     En effet, comme l’intitulé l’indique, la Suède a connu quelques crises dont la dernière, financière et la plus grave en 1991-1992, a induit des transformations de son modèle social : le niveau de dépenses publiques, de 65% du PIB avant cette crise, s’est aujourd’hui stabilisé à un peu plus de 50%.

     Ce niveau élevé de dépenses publiques était-il à la source de la crise ? Les réduire était-il la seule solution pour en sortir ?

     Si je devais résumer en une phrase mon sentiment, il s’appuierait sur cet extrait de l’étude ci-dessus : «  Nous concluons que la grave crise financière de 1991-1992 qui a suivi la dérégulation du système bancaire a joué un rôle plus important que l’érosion du système de négociations néocorporatistes, que le développement de l’état providence,  et que l’inadaptation de la spécialisation des exportations. « .

     Autrement dit la crise financière a servi de prétexte pour mettre en place des politiques d’austérité afin de réduire les déficits publics induits par la récession entamé en 1987. En clair, les crises liées à 30 ans de dérégulation financière ont bon dos !

  Notons que pour sortir de cette crise d’origine bancaire, d’autres mesures radicales ont été prises : deux banques importantes ont été recapitalisées par de l’argent public après avoir été nationalisées. Elles ont été de nouveau privatisées une fois assainies et l’état suédois a ainsi dégagé du profit (lire Sauvetage du système bancaire suédois, Wikipedia).

     Pour rappel, dans les pays de l’OCDE, les prélèvements obligatoires servent pour une large part à financer, d’une part la redistribution des revenus via les prestations sociales (prestations familiales, allocation logement, minima sociaux, . . . ), et d’autre part les services publics (dont santé et éducation qui en représentent de 45 à 75%). Voir mon billet Préjugés sur les dépenses publiques .

   Enfin, notons que les taux de croissance des pays sont principalement corrélés à leur PIB par habitant initial comme le démontre parfaitement cette étude menée sur 22 pays d l’Europe de l’Ouest entre 1950 et 2000 : Le taux de croissance est avant tout corrélé au PIB/habitant.

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Accés aux données :

Complément d’informations :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À ces parents qui estiment payer trop d’impôts

Aux parents qui estiment payer trop d’impôts sur le revenu et qui pensent que ce sont « les autres » qui en profitent !

     Ci-dessous, vous trouverez ce que des parents économisent en terme d’éducation et de formation pour l’ensemble de leurs enfants grâce au service public de l’enseignement et de la formation (que ce soit en établissement public ou privé sous contrat).

Diplôme

 

Coût cumulé de la scolarité selon le nombre d’enfants

1 enfant

2 enfants

3 enfants

4 enfants

5 enfants

6 enfants

 

Bac

93 148 €

186 296 €

279 444 €

372 592 €

465 740 €

558 888 €

Licence

123 805 €

 247 610 €

 371 415 €

 495 220 €

 619 025 €

742 830 €

Master

144 243 €

 288 486 €

 432 729 €

 576 972 €

 721 215 €

865 458 €

Doctorat

174 900 €

349 800 €

524 700 €

699 600 €

874 500 €

1 049 400 €

  Source des chiffres : voir bas de page.

     Selon la profession des parents, les enfants ont des durées moyennes d’études très variables : la différence entre les 10% les moins scolarisés et les 10% les plus scolarisés est de 7,6 années. Ces années supplémentaires, constituées d’études supérieures, ont un coût moyen de 10 219 € par an. Soit pour les 7,6 années supplémentaires, un surcoût de 77 664 €. Cet écart croit avec le niveau de revenus des parents. Autrement dit, la (quasi) gratuité du service public d’enseignement supérieur bénéficie essentiellement aux classes sociales favorisées.

    Cas extrêmes : les enfants d’enseignant ont 14 fois plus de chances relatives d’accéder au bac – sésame pour les études supérieures que les enfants d’ouvriers non qualifiés.

    Sur ce thème, voir : À qui profitent les dépenses éducatives ?, Pierre Merle, sociologue, La Vie des idées, mai 2012.

    En outre, de nombreux avantages en nature sont octroyés aux parents : prestations familiales diverses, réduction d’impôts sur le revenu par le biais du quotient familial, …. Comme illustré ci-dessous, une famille « perçoit » ainsi entre 150 € (1er décile) et 380 € (dernier centile) mensuel et par enfant. Pour la plupart (2e au 8e décile) le montant est d’environ 180 € mensuel.

Avantages familiaux en nature selon revenus 2010En savoir plus sur ce graphique , voir : Pour un nouveau quotient familial

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 Les chiffres ayant permis les calculs du coût de la scolarité : Pierre Merle, 2005, rapportés par Alternatives économiques n° 315 juillet-août 2012 dans l’article « les gagnants du système scolaire » (p.77).
Téléchargez (ou me demander) le tableur m’ayant permis d’établir la synthèse ci-dessus.

En 2009, coût d’une année de scolarité  :

École primaire 

Collège 

Lycée 

Université 

Classe préparatoire

5 374 €

8 021 €

11 398 €

10 219 €

14 812 €

Soit, pour les études jusqu’au baccalauréat, 12 ans (5 de primaire + 4 de collège + 3 de lycée + 0 de supérieur) : 93 148 €

Soit, pour les études jusqu’au doctorat, 21 ans (Bac + 8) : 174 900  €