Archives pour la catégorie Prejugés et stigmatisation

Ce sont les musulmans, les juifs, ou les deux qui amènent la merde en France ?

   D’où vient le problème de l’atteinte à la laïcité, sinon des juifs ? On le dit, ça ? Eh bien moi, je le dis ! Je rêve ou quoi ? C’est ça notre problème actuellement, ce sont les juifs qui mettent en cause la laïcité ! Ce sont les juifs qui amènent la merde en France aujourd’hui !

Avoue que, si tu me connais un tant soit peu, tu te demandes : il déconne ou quoi ?

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Brève de comptoirs : les pauvres et les écrans plats !

« Les pauvres dépensent l’allocation rentrée scolaire en téléphones portables, écrans plats »,
A. Nonyme à la cafét de mon entreprise, 2014.

Non, les pauvres ne dépensent pas plus que les riches en « futilités » !
Non, les pauvres n’achètent pas des écrans plats avec l’allocation de rentrée scolaire !
Non, les pauvres ne consacrent pas une part moindre de leurs revenus à leurs enfants que les riches !
   L’autre jour, je discutais avec un collègue CSP+ [1]. Celui-ci semblait convaincu que les CSP-  dépensaient plus en communication et écrans divers (TV, jeux vidéos, …) qu’en culture et loisirs pour leurs enfants. Le fameux mythe de l’achat d’écrans plats avec l’allocation de rentrée scolaire.
   Voyons voir. Comparons, à l’aide des données de l’INSEE, la structure des dépenses des ménages en fonction de leurs revenus. Les ménages sont classés selon dix déciles : des 10% aux revenus annuels par unité de consommation les plus bas, noté D1, aux derniers 10% les plus hauts,  noté D10. Les premiers perçoivent, en moyenne 7.857 €, les derniers 22.315 € (2001) [2].

Premier tableau : il représente les dépenses absolues des ménages selon onze postes budgétaires (logement, transport, alimentation, ameublement, loisirs & culture, restaurants & hôtels, habillement, santé, alcool & tabac, communication, autres).

Depenses_annuelles_selon_type_par_decile_2001.jpg

   On constate que, pour TOUS les postes de consommation, les dépenses sont d’autant plus importantes que les revenus le sont. On remarquera particulièrement que les dépenses de transports progressent bien plus vite que les revenus. Cela ne semble pas démontrer que les « pauvres » auraient des voitures trop puissantes relativement à leurs moyens. A moins que ce ne soit parce que plus on est riche plus on travaille loin !

   Voyons maintenant les parts prises par chaque poste budgétaire. Chacun jugera quels postes correspondent le mieux aux « futilités » et lesquels correspondent le mieux aux « nécessités ».

Deuxième tableau : part relative de chacun des 11 postes budgétaires des ménages en fonction des revenus.

Part_depenses_annuelles_selon_type_par_decile_2001.jpg

   Premier constat :
  • Logement (loyers, charges, travaux courants d’entretien, eau, gaz, électricité et autres combustibles), le premier décile y consacre une part de 10 points de pourcentage de plus (28%) que les trois derniers (18%). Autrement dit, les pauvres consacrent à leur logement une part 55% relativement plus importante que celle les riches (28% / 18%) ;
  • Alimentation : le premier décile y consacre 7 points de % de plus (20%) que les riches (13%). Autrement dit les pauvres consacrent à leur alimentation une part  54% relativement plus importante que celle des riches  (20% / 13%).

   Le logement et l’alimentation constituent-ils des dépenses futiles ? Les pauvres occuperaient-ils des logements « au-dessus de leurs moyens » ? Ou les pauvres seraient-ils contraints de louer (cher) leur logement ? Les pauvres achèteraient-ils des denrées « au-dessus de leurs moyens » ?

  Deuxième constat : avec 27 € mensuels, les plus pauvres consacrent 1,3% de plus à leurs dépenses de communication que les plus riches qui y consacrent 53 €, soit le double. Est-ce cela qui fait dire à mon collègue que les pauvres dépensent leur argent en futilités au détriment de leurs enfants ?

  Ci-dessous détail du poste Communication :

Revenus D1 D2 D3 D4 D5 D6 D7 D8 D9 D10
Part
Dépense absolue
4,10% 3,68% 3,42% 3,12% 3,19% 3,03% 2,94% 2,98% 2,98% 2,83%
322 € 322 € 358 € 353 € 391 € 398 € 432 € 463 € 535 € 632 €
 
  Où se cachent donc ces fameuses dépenses en « écrans plats » et autres « futilités » ? Les chiffres 2013 viendraient-ils démentir ceci ? Permettez-moi d’en douter : si les écrans plats n’existaient pas encore en 2001, il ne manquait pas d’autres « futilités » sur le marché.
Et maintenant, étude de cas :

1) Soit une famille de pauvres qui achète un écran plat « trop grand » tous les cinq ans. Quelle part cela représente-t-il dans le budget selon ses revenus ?
2) Considérant que les français passent en moyenne 3h30 quotidiennement devant la télévision, comparez l’heure de distraction télévisuelle à l’heure de distraction culturelle (cinéma, exposition, concert, . . . ) ;
3) Même exercice avec les téléphones portables et autres « futilités » !

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[1] CSP = Catégorie Socio-Professionnelle. Selon les classements de l’INSEE, ce Professeur d’Université fait assurément partie, tant du point de vue de sa qualification professionnelle que de sa position sociale, de la Classe Supérieure de cette nomenclature.

[2] Comme pour les revenus, les consommations des ménages sont normées, dans un but de comparaison, en fonction de la taille et de la composition du foyer, avec des échelles d’équivalences spécifiques à chaque grand poste budgétaire (cf. encadré 1, p. 231 du doc Les structures de consommation des ménages à bas revenus).

Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous

 Parce qu’un petit dessin vaut mieux qu’un long discours, tout d’abord cinq graphiques se passant de tout commentaire. Pour une vingtaine de pays de l’OCDE, ils mettent en évidence une corrélation significative entre le niveau d’inégalités (abscisse) et un indicateur (ordonnée) pris dans les cinq domaines suivants : éducation, santé, insécurité, innovation, écologie.

ÉDUCATION : niveau en maths et en lecture/écriture et inégalités de revenus

inegaeduc

SANTÉ : taux d’adolescents en surpoids et inégalités de revenus

inegasurpoids

CRIMINALITÉ : taux d’incarcération et inégalités de revenus

inegaprisons

INNOVATION : taux de brevets et inégalités de revenus

inegabrevets

ÉCOLOGIE : taux de recyclage et inégalités de revenus inengarecyclage

   Ces graphiques, reproduits et commentés ci-dessous, sont tirés de l’ouvrage Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous (2013) de Kate Pickett et Richard Wilkinson, professeurs et chercheurs en épidémiologie dans des universités anglaise et étasunienne. Ils y défendent la thèse originale selon laquelle les inégalités sont néfastes pour tous, y compris pour les riches, à cause des tensions et des stress qu’elles causent.

   La relation de cause à effet n’y est pas démontrée mais un faisceau de corrélation permet de l’imaginer comme très probable : ainsi il est démontré que le PIB par habitant pèse bien moins que le niveau des inégalités au sein d’une société sur l’allongement de l’espérance de vie, le niveau de la criminalité, le taux de maternité précoce ou même la consommation d’eau. Le niveau des inégalités pèse en revanche énormément dans des domaines aussi variés que l’éducation, le surpoids des adolescents, l’emprisonnement, mais aussi, plus surprenant, l’innovation ou encore le recyclage. C’est ce qu’illustre ci-dessous les cinq graphiques les plus significatifs de l’ouvrage  mettant en évidence certaines corrélations surprenantes.

   Que vous en soyez convaincu d’avance ou pas, ces quelques graphiques d’interprétations aisés interpelleront, il faut l’espérer, vos connaissances réfractaires à la redistribution qui serait de l’assistanat, lequel serait la cause principale du chômage, entre autres maux qui rongent notre société.

   À la suite de ces graphiques dont nous précisions les sources, vous trouverez de larges extraits de la préface.

Sources des cinq graphiques les plus marquants de l’ouvrage : relation entre inégalités de revenus et, éducation, surpoids, criminalité, innovation, et recyclage

    Pour les cinq graphiques présentées ci-dessus et repris ci-dessous, les inégalités de revenus (abscisse) sont mesurées à l’aune du rapport entre les revenus des 20% les plus riches et ceux des 20% les plus pauvres (source : Rapport sur le développement humain, programme des Nations unies pour le développement, 2003-2006).

Éducation : niveau en maths et en lecture/écriture et inégalités de revenus

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Figure 8.1, page 168 Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous , © Les Petits matins.

Source : rapport PISA 2003. Les données internationales harmonisées sur les niveaux d’instruction proviennent du Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves (PISA), créé pour faire passer des tests harmonisés à des élèves de 15 ans dans divers pays.

Santé : taux d’adolescents en surpoids et inégalités de revenus

inegasurpoids
Figure 7.2, page 149 Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous , © Les Petits matins.

Source : les pourcentages d’adolescents de 13 et 15 ans souffrant de surpoids ont été publiés dans le rapport 2007 de l’UNICEF« La pauvreté des enfants en perspective, vue d’ensemble du bien-être des enfants dans les pays riches ».

Criminalité : taux d’incarcération et inégalités de revenus

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Figure 11.1, page 222 Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous , © Les Petits matins.

Source : les taux de détenus proviennent des « Enquêtes des Nations Unies sur les tendances de la criminalité et le fonctionnement des systèmes de justice pénale » (2000).

Innovation : taux de brevets et inégalités de revenus

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Figure 15.3, page 329, Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous , © Les Petits matins.

Source : le taux de brevet provient de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle, Statistiques de propriété intellectuelle, publication A, Genève, OMPI, 2001

Écologie : taux de recyclage et inégalités de revenus

 inengarecyclage
Figure 15.5, page 340, Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous, © Les Petits matins.

Source : les taux de recyclage proviennent de l’Australia’s Planet Ark Foundation Trust

  Certes, cinq graphiques – ou plutôt des dizaines, sur cinq cents pages – ne font pas une démonstration. Sensible à l’objection, Pascal Canfin répond dans sa préface : « Prises séparément, ces corrélations ne montrent en réalité pas de rapport de cause à effet. Si les sociétés les plus égalitaires sont aussi celles où le taux de criminalité est le plus faible, c’est peut-être le fait du hasard. ». « Mais, ajoute-t-il, si les sociétés les plus égalitaires sont en même temps celles où l’état de santé est le meilleur, où la mobilité sociale est la plus forte … le hasard n’est plus possible ».

 Nota : autre présentation de ces cinq graphiques sur le site de France Télévisions.

Préface de Pascal Canfin, extraits :

   Plus les riches sont riches, plus la société dans son ensemble est prospère. Voilà l’un des piliers de l’idéologie néolibérale. C’est ce que les économistes appellent « l’effet ruissellement » : la richesse des plus aisés descend progressivement dans toute la société grâce à la consommation et à la richesse supplémentaire qu’ils produisent. L’égalité est peut-être désirable, mais ce sont les inégalités qui sont productives et qui, au bout du compte, permettent à tous de vivre mieux.

   Tel est le cœur du raisonnement qui a pu – et peut toujours – rendre légitime aux yeux de la majorité l’accroissement de la richesse d’une minorité. Les inégalités peuvent paraître immorales, mais elles constituent un mal pour un bien.

   Page après page, statistique après statistique, c’est cette thèse centrale du néolibéralisme que ce livre met en pièces. Le PIB par habitant pèse bien moins sur l’allongement de l’espérance de vie, le niveau de la criminalité, le taux de maternité précoce ou même la consommation d’eau que le niveau des inégalités au sein d’une société. Autrement dit, la meilleure politique contre la délinquance – y compris la délinquance financière – est de réduire les inégalités.

Un livre très influent

   Publié au Royaume Uni en mars 2009, six mois après la chute de la banque Lehman Brothers qui a déclenché la crise financière, il rencontre un succès inattendu. Trois ans plus tard, 150.000 exemplaires ont été vendus et le livre est disponible dans 23 pays. Mais il aura fallu attendre 2013 pour disposer d’une traduction en français. […] !!!

   Compte tenu de la montée des inégalités en France depuis une décennie, le lecteur français trouvera dans ce livre matière à de nombreuses réflexions. […]. Après la crise financière dévastatrice que le monde a connue en 2008, les zélateurs de la finance débridée ont perdu la bataille des idées. Ce livre vient élargir la perspective et donne une force supplémentaire à notre combat.

   Au Royaume-Uni, en 2009, après trois décennies de domination idéologique du thatchérisme à droite puis du blairisme à gauche, ce livre est évidemment salué par la gauche social-démocrate traditionnelle. The New Statesman, la revue intellectuelle de la gauche britannique, le ­ couronne en décembre 2009 comme l’un des dix livres les plus importants de la décennie. Son influence a été considérable dans le monde anglophone. Ed Miliband, le leader du Parti travailliste, s’y réfère… ainsi que David Cameron, le Premier ministre conservateur, mais aussi l’OCDE et le mouvement des indignés américains Occupy Wall Street. Aux États-Unis, le discours médiatique permanent, expliquant que la richesse des plus aisés est bonne pour tous, a conduit à retrouver des niveaux d’inégalités équivalents à ceux qui existaient avant la grande crise financière de . . . 1929. […]

   On pourrait objecter que la multiplication des statistiques montrant le lien entre le niveau d’inégalités et l’état de santé ou le bien-être social ne permet pas d’établir une causalité mais, au mieux, une corrélation. Prises séparément, ces corrélations ne montrent en réalité pas de rapport de cause à effet. Si les sociétés les plus égalitaires sont aussi celles où le taux de criminalité est le plus faible, c’est peut-être le fait du hasard. Mais si les sociétés les plus égalitaires sont en même temps les plus sûres, celles ou l’état de santé est le meilleur, où la mobilité sociale est la plus forte, … le hasard n’est plus possible. Une fois que vous aurez lu ce livre, il sera difficile de vous convaincre que plus les riches sont riches plus les pauvres vivent mieux.

   Un argument souvent avancé pour défendre les inégalités est l’esprit d’entreprise : peut-être que l’on vit mieux dans une société plus égalitaire, mais on innove moins et, à long terme, on s’appauvrit. Les exemples de Google, Apple et autre Twitter aux États-Unis peuvent venir confirmer cette idée. Pourtant, le nombre de brevets par habitant y est plus faible qu’au Japon, une société également très innovante sur le plan technique et beaucoup plus égalitaire que les États-Unis. En Europe, il y a beaucoup plus d’innovations en Finlande et en Allemagne qu’en Italie et au Portugal, des pays pourtant plus inégalitaires. L’esprit d’initiative n’a donc en rien besoin d’un terreau inégalitaire pour prospérer.

   Si les inégalités sont finalement assez largement acceptées comme un « mal inéluctable », c’est aussi parce qu’elles sont cachées. Car les inégalités sont beaucoup plus fortes qu’on ne le croit généralement. Paradoxalement, plus elles sont fortes, moins elles se voient : en effet, plus la société est inégalitaire, plus elle est fragmentée et moins les personnes de niveaux sociaux différents se croisent dans l’espace public comme privé. Qui sait vraiment qu’en France 50 % du patrimoine est possédé par les 10 % des Français les plus riches ?

   Dans cet ouvrage, les auteurs font référence à une étude marquante publiée en 2011 aux États-Unis. Un échantillon de plus de cinq mille Américains se voit présenter trois niveaux théoriques d’inégalités dans une société : aucune inégalité ; des inégalités correspondant, de facto et sans qu’ils ne le sachent, à la Suède ; et un troisième scénario correspondant à la société américaine. Près de 92% des répondants ont exprimé une préférence pour la répartition « à la suédoise », et ce quelle que soit leur couleur politique : démocrate ou républicain.

   Bien que le livre laisse ouvert le débat sur le « bon » niveau d’inégalités à atteindre et qu’il ne soit pas ­ prescriptif en termes de politiques publiques, il réhabilite l’objectif de réduction des inégalités de revenus comme un objectif structurant des politiques publiques pour obtenir des effets positifs en matière de santé, de lutte contre la délinquance, de meilleur fonctionnement de l’ascenseur social, …

   La première dimension d’une politique redistributive reste bien sûr la fiscalité. On le sait, les taux d’imposition des plus riches comme des grandes entreprises sont inférieurs à ceux des classes moyennes et des PME. D’où la nécessité de taxer les revenus du capital au même niveau que ceux du travail et de lutter plus efficacement contre les paradis fiscaux et l’évasion fiscale. Toutefois, si les inégalités sont massives, l’impôt sur les personnes comme sur les entreprises est insuffisant pour les combattre. Car il faut alors atteindre des taux d’imposition très importants, politiquement difficiles à instaurer dans des sociétés qui ont accepté en amont des niveaux d’inégalités massifs. Ainsi, les sociétés où les taux d’imposition sont les plus élevés, comme les pays du nord de l’Europe, sont aussi les sociétés les plus égalitaires, non pas tant parce que l’impôt permet de rétablir l’égalité, mais parce que des sociétés qui valorisent des taux d’impôts élevés sont aussi celles qui produisent le moins d’inégalités avant impôt. Le rôle de l’impôt est alors moins de réduire les inégalités de revenus par la redistribution que de socialiser la production des biens publics qui bénéficient à tous de manière égale, comme l’éducation, la santé, les transports collectifs, …

Inégalités et écologie

   Ce livre intègre [aussi] la question écologique au cœur de son analyse. Il dépasse ainsi la vision social-démocrate traditionnelle, qui consiste à produire le plus possible sans s’interroger sur la nature de ce qui est produit, pour redistribuer ensuite.

   Les auteurs montrent ainsi qu’à partir d’un certain niveau de richesse collective, l’augmentation supplémentaire de cette richesse produit beaucoup moins d’effets positifs que dans les pays plus pauvres, où la croissance du PIB est une des conditions de l’amélioration du bien-être. Un tel débat sur la croissance peut paraître décalé tant la recherche de la croissance du PIB semble faire l’objet d’un consensus absolu et constituer l’alpha et l’oméga de toute politique. Moins la croissance est là, plus elle apparaît désirable. Pourtant, même si cela reste un débat souvent difficile à faire entendre pour le responsable politique que je suis, je crois, en tant qu’écologiste, qu’il est plus que jamais nécessaire de le faire vivre. Compte tenu de notre évolution démographique comme des gains de productivité de plus en plus faibles réalisés chaque année, ce que les économistes appellent notre « croissance potentielle », c’est-à-dire la croissance que nous pourrions réaliser si tout allait bien, ne dépasse plus les 1,5 à 2 % par an, bien loin des niveaux atteints pendant les fameuses Trente Glorieuses. L’économie française entre donc durablement dans une ère de croissance faible. Le lecteur pourra objecter que des pays européens connaissent une croissance plus forte, et citer – nécessairement – l’Allemagne. Pourtant, à y regarder de près, l’Allemagne connaît, elle aussi, une croissance faible, de 0,7 % en 2012 et de 0,3 % prévu en 2013.

   Plutôt que de masquer cette réalité, il nous faut l’affronter. Tim Jackson, auteur d’un ouvrage de référence, Prospérité sans croissance*, résume bien la situation : « La croissance est insoutenable, la décroissance est instable. » En effet, notre modèle de croissance ignore les limites de la planète, et si tous les êtres humains vivaient comme les Français il nous faudrait 2,5 planètes. Or – je crois que c’est un fait établi – nous n’en avons qu’une ! La Banque mondiale, qui n’est pas à proprement parler une officine écologiste, parle des « effets cataclysmiques » du changement climatique dans les décennies à venir. Et il ne s’agit plus du bien-être des générations futures mais bien des générations présentes qui vivront tout au long de ce siècle. La croissance du PIB selon le modèle actuel est donc insoutenable.

   Mais la décroissance du PIB est politiquement et socialement instable. Malheureusement, la Grèce expérimente actuellement cette décroissance : le PIB y a reculé de plus de 25 % depuis 2008. Cela engendre une telle souffrance et une telle déstabilisation de la société que c’est la démocratie elle-même qui en est fragilisée.

   Le seul projet politique réaliste pour la décennie qui vient est donc à mes yeux le suivant : comment rendre notre modèle de croissance plus soutenable pour éviter de devoir décroître face aux limites de la planète, et comment rendre plus stable socialement un état de croissance très faible pour éviter d’avoir à rechercher en permanence une croissance insoutenable ?

   Pour réaliser ce nouveau projet pour la gauche, il faut justement réduire les inégalités. On le sait depuis les travaux du sociologue Thorstein Veblen en 1899, le modèle de consommation des plus riches sert de référence pour l’ensemble de la société. Les médias et la publicité nous renvoient une norme idéale de consommation qui n’est en fait accessible qu’à une toute petite minorité. Faire d’un modèle de consommation insoutenable sur le plan environnemental une référence tout en sachant que ce modèle est réservé à une infime minorité relève d’une forme de torture psychologique collective qui n’est pas sans expliquer, je le crois, une partie de nos souffrances. La réduction des inégalités possède donc un double bénéfice : elle diminue la consommation ostentatoire des plus aisés et améliore le bien-être, matériel et psychologique, d’un nombre beaucoup plus important de personnes, rendant ainsi la société plus stable.

   Une vision écologique de la lutte contre les inégalités de revenu conduit nécessairement à se poser la question de la différenciation sociale. Comme le rappellent les auteurs de cet ouvrage, la consommation de produits ne répond pas d’abord à une logique de besoin mais à une logique de différenciation sociale. La consommation est un signe extérieur de richesse et de transfert des qualités du produit consommé sur la personne qui consomme (si je consomme un produit exceptionnel, c’est parce que je le suis aussi). Nos sociétés de consommation font justement de cette consommation le mode de différenciation par excellence. Or, le désir de différenciation individuelle est aussi un héritage positif de la Renaissance et de l’humanisme. Ainsi, les formes d’organisation qui cherchent à refouler ce désir sont loin d’être des modèles. Je pense bien sûr aux sociétés totalitaires des années 1930 mais aussi à tous les fondamentalismes religieux qui font de la ressemblance la norme. Il nous reste donc à inventer au XXIe siècle un modèle de société qui reconnaît le désir de différenciation mais qui le réalise en dehors de la consommation de biens matériels, dont la multiplication à l’échelle de la planète est proprement insoutenable. Voilà un beau défi pour tous ceux qui s’intéressent à la Politique avec un P majuscule !

À propos des auteurs

   * Richard Wilkinson a joué un rôle majeur dans les recherches internationales consacrées aux déterminants de la santé. Il a étudié l’histoire de l’économie à la London School of Economics avant de se former en épidémiologie. Il est aussi professeur émérite à l’école de médecine de l’université de Nottingham, professeur honoraire de l’University College de Londres et professeur invité de l’université de York (Angleterre).
* Kate Pickett est professeur d’épidémiologie à l’université de York et membre du personnel scientifique du National Institute for Health Research. Elle a étudié l’anthropologie physique à Cambridge, les sciences nutritionnelles à Cornell et l’épidémiologie à l’université de Californie-Berkeley (États-Unis).

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* Prospérité sans croissance. La transition vers une économie durable, Tim Jackson, 2010.

Préjugés sur les Roms

Onzième d’une série d’articles démontant les préjugés sur la pauvreté, l’assistanat, l’immigration, les Roms, . . .

11) Sur les Roms

11-1) « Les Roms ne veulent pas travailler »

FAUX ! Tout est fait en France pour que les Roms de Roumanie et de Bulgarie n’aient pas le droit de travailler : une « période transitoire » les empêche d’avoir les mêmes droits que les autres européens avant fin 2013.

Pour travailler, ils doivent disposer d’une autorisation de travail. Les délais d’obtention sont de 3 à 6 mois à partir d’une promesse d’embauche à temps plein. Le plus souvent, l’employeur (qui doit en plus payer la taxe dûe à l’Office Français pour l’Immigration et l’Intégration pour l’embauche d’un étranger) ne peut attendre la réponse et embauche quelqu’un d’autre.

Le 26 octobre 2009, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE) a demandé au gouvernement qu’il mette fin à cette période transitoire, ainsi que la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH), dans un avis du 22 mars 2012 (article 33, p.9).
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Pour approfondir : « Pour mettre fin à la ‘question rom’, il faut leur ouvrir l’accès au marché du travail«  , L. Elghozi, président de la FNASAT , Le Monde, juillet 2011, qui répond à 10 jeunes.

Y a-t-il une corrélation entre le chômage et les minima sociaux ?

L’on entend parfois dire, jusque dans les hautes sphères politiques, que les minima sociaux (RSA, . . . ) contribueraient au chômage, certains bénéficiaires préférant s’en contenter plutôt que de rechercher un emploi.

Mais alors, cela doit se constater au niveau du taux de chômage, non ?

Voyons voir ce que dit ce premier graphique qui met en relation le montant des minima sociaux (relativement au seuil de pauvreté à 60 % de chacun des pays) et le taux de chômage pour 14 pays de l’Union Européenne en 2003.

Corrélation chomage minima sociaux en 2003 pour 14 pays U

Légende : les montants de prestations-types d’assistance sociale nettes sont rapportés aux seuils de pauvreté à 60 % du niveau de vie des ménages en 2003. Il s’agit ici du cas d’un couple avec deux enfants. Pour d’autres cas voir tableau en fin de page.

Lecture : en France, les minima sociaux pour un couple avec deux enfants représentaient en 2003 72% du seuil de pauvreté à 60% et le taux de chomage était de 8,9%.

Sources : pour les minima sociaux, OCDE repris dans le rapport « Un panorama des minima sociaux en Europe », p. 8, revue « Etudes et résultats », DREES, N° 464, février 2006. Pour le chômage : base de données en ligne d’Eurostat.

Si corrélation il y a, il semblerait plutôt qu’elle soit négative : plus les minima sont élevés, plus le taux de chômage est faible.

Il est à noter qu’en France, le pouvoir d’achat du RMI/RSA-socle n’a augmenté que de + 3 % entre 1990 et 2010, tandis que celui du Smic horaire progressait de 29 % et le niveau de vie médian de 27 % (source : Contre la pauvreté, l’emploi ne suffit pas, Alternatives Economiques, n° 319 – décembre 2012).

Cette étude comparative sur les minima sociaux est la plus récente (cf. tableau ci-dessous). Si vous trouvez des données plus récentes que ce tableau de la p.8 du rapport  » un panorama des minima sociaux en Europe « , je suis preneur.

Tableau_minima_sociaux_Europe-2003_DREES-2006.jpg

Ci-dessous, le classement de ces quatorze pays selon les trois situations familiales du tableau : personne seule, parents avec deux enfants, parent isolé avec deux enfants.

  • La France se situe en 6e position, juste au dessus de la moyenne européenne, pour une personne seule.
    Minima sociaux pour personne seule - 14 pays UE - 2003 DRE
  • La France se situe en 5e position, sous la moyenne européenne, pour un couple avec deux enfants.

    Minima sociaux pour un couple avec deux enfants-14 pays UE-

  • Et enfin, la France se situe en 7e position, sous la moyenne de l’UE-14, pour un parent seul avec deux enfants.
    Minima sociaux pour un parent isolé avec deux enfants-14 p

Rajout (nov 2014) : relativement au SMIC, le RMI-RSA a perdu 23% de sa valeur entre 1990 et  2013 (en savoir plus :  Le grand retour de « l’assistanat » : sur quelques idées fausses  par Jean Gadrey, nov. 2014.

Sur les chiffres des minima sociaux, voir aussi : Préjugés sur les minima sociaux.

Sur d’autres contre-vérités au sujet des raisons du chômage :

   Peut-être vous souvenez vous de ces déclarations de ministres divers, tant du gouvernement Sarkozy-FIllon que celui de Hollande-Valls qui laissaient sous entendre que le chômage de masse était dû :

  • À la trop haute protection des salariés en CDI qui rigidifiait le marché du travail qui fait dire à Manuel Vallls,  1er Ministre du bgouvernement Hollande-Valls (oct. 2014) : « Le fonctionnement du marché du travail n’est pas satisfaisant, car il ne crée pas assez d’emplois, il génère des inégalités importantes entre d’une part des salariés très protégés en CDI et d’autre part des salariés très précaires en CDD et en intérim. C’est là-dessus qu’il faut agir »Une contrevérité démentie dans cet article : Préjugé sur le lien entre chômage et rigidité du contrat de travail;

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Mots clés : corrélation, cause à effet, incitation, profiteurs, oisiveté, préjugé, minima sociaux, prestations sociale, chômage, union européenne.

Préjugés sur les fraudes aux prestations sociales

  Salauds de pauvres ? Les fraudes aux prestations sociales représentent 2% de l’ensemble des fraudes fiscales et sociales (France, 2010).

A en croire certains discours tel celui de N. Sarkozy (Bordeaux, novembre 2011), les déficits publics seraient liés à un manque à gagner de l’État lié aux fraudes aux prestations sociales. La réalité est tout autre. Même si celles-ci existent et doivent être réduites par tous les moyens possibles, les fraudes sociales ne représentent qu’une très faible part des fraudes avérées : environ 2% de l’ensemble des fraudes sociales et fiscales comme l’illustre le graphique ci-dessous (France, 2010).

Légende : les fraudes des particuliers sont représentées par les barres de teintes vertes (4,7 milliards d’€), celles des professionels et entreprises par les barres de teintes orangées (8,1 milliards d’€). Pour le détail, cliquez sur le graphique ci-dessous ou sur le bandeau qui suit.

Part fraudes prestations sociales dans fraudes totales Fran

Le chiffrage et ses sources sont disponibles à partir de cet article La fraude fiscale coûte plus cher à l’État que la fraude sociale de France24, ou en cliquant sur l’image associée ci-dessous :

La-Fraude-en-France_Infographie_France24.jpg

   Et si l’on prend en compte les estimations de fraudes ?
Si l’on prend en compte non plus les fraudes avérées mais les estimations alors la part des fraudes aux prestations sociales reste tout aussi modeste. Ainsi :
   Concernant la fraude sociale réelle, tant au niveau des prestations indues (particuliers) que des cotisations non réalisées (employeurs), dans ce rapport parlementaire (juin 2011) on peut lire :« la fraude aux prestations pour le régime général représenterait donc entre 2 et 3 milliards d’euros» tandis que « la fraude aux prélèvements sociaux [..] représenterait entre 8,4 et 14,6 milliards d’euros ».

   Les premières concernerait 1% des particuliers et les secondes 10 % des entreprises. Il s’agit là d’estimation extrapolée à partir de diverses sources françaises ou étrangères.

   Concernant l’évasion fiscale réelle, le montant est très difficile à mesurer. Tout au plus peut-on faire des estimations par croisement de données. Ainsi :

  • Le juge Van Ruymbeke l’estime à 20 milliards d’€ annuels ;
  • Dans son ouvrage « Ces 600 milliards qui manquent à la France » (mars 2012, interview sur France-Info, 8 mn), Antoine Peillon, journaliste d’investigation, estime à 600 milliards le manque à gagner sur plusieurs décennies. Cette somme se répartit en deux parties entre les entreprises et groupes d’une part (340 milliards) et les particuliers d’autre part (260 milliards). Il ne s’agit pas d’un flux annuel mais du stock constitué sur des décennies. Cela représente en terme de manque à gagner fiscal annuel une somme de 32,5 milliards, soit 17% du budget de l’état, soit le budget total de l’éducation nationale, 2e poste de dépenses après le service de la dette.

   Concernant la fraude fiscale : en 2005 elle est évaluée entre 20 et 25 Milliards d’€ par le Conseil des prélèvements obligatoires, à 30 Milliards d’€ par la Direction du Budget, ou encore à 50 Milliards d’€ par la Commission Européenne.

   On voit bien que la part des fraudes aux prestations sociales est encore plus modeste selon ces estimations de fraudes.

   Pour d’autres préjugés sur les prestations sociales, voir également : Préjugés sur la sécurité sociale et la santé et  Préjugés sur les prestations familiales.

Très bon article sur un autre blog avec lien pour approfondir et toutes les sources des données : La fraude sociale sur la balance, par Jérôme Latta,  24 janvier 2014.

Préjugés sur les 35 h et la RTT

16) Préjugés sur les 35 h et la RTT

16-1)  » Les 35 h ont tué la croissance et la compétitivité des entreprises ! « 

FAUX ! Yves de Kerdrel, chroniqueur au Figaro, écrivait le 15 mai 2012 : depuis l’instauration des 35 h,  » la croissance moyenne de la France qui était de 2,7 % par an est passée à 1,2 %.« .

Voyons voir !
Ci-dessous, l’évolution du taux de croissance de la France de 1950 à 2011 (source : INSEE) :

Taux_de_croissance_1950-2008_Gadrey-2009.jpg
Arrivez-vous à détecter une quelconque chute peu après l’instauration des 35 h dont la mise en place s’est faite sur quatre ans, de 1999 à 2002 ? Moi non ! Si vous y arrivez, surtout n’hésitez pas à laisser un commentaire argumenté ci-dessous ! Je vous récompenserai.

Aussi, je vous propose une autre explication : la droite qui apparait sur le graphique, établie par Jean Gadrey, modélise l’évolution du taux de croissance (droite de régression linéaire). Celle-ci met en évidence une baisse tendancielle sur le long terme (60 ans !).

Dans son article, Jean Gadrey donne des explications autrement plus convaincantes sur les causes de cette baisse tendancielle du taux de croissance, baisse tendancielle constatée dans tous les pays de l’OCDE.

Le coût croissant de l’énergie (pétrole) est un élément d’explication parmi d’autres (chocs pétroliers : 1973, 1978-80, 2008).

Pour une démonstration plus étayée sur l’impact des 35 h : « Les bêtises ont la vie dure« , Denis Clerc, Alternatives économiques, mai 2012.

Voir aussi :

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Note : pour m’amuser, j’ai calculé le taux de croissance moyen sur deux périodes de 12 ans, l’une avant les 35 h (1987-1998) et l’autre après (1999-2010). Verdict : 2,22 % avant, 1,53% après. Cela ressemble assez à ce que Yves de Kerdel annonce sans précision des périodes prises. Yves aurait-il finalement raison ?

  Essayons avec deux autres périodes. Allez, au hasard, prenons 1998-2002 (5 ans de gouvernement de gauche) et 2003-2008 (5 ans de gouvernement de droite). Résultat : 2,55% pour « la gauche » et 2% pour « la droite ». Devons-nous en conclure que la droite est la cause d’une faible croissance ?

  Bien évidemment non. Ces résultats sont tout simplement conformes à ce que met en évidence J. Gadrey : une baisse tendancielle sur le long terme. Cela ne constitue nullement une démonstration que les 35 h ou la droite serait responsable de la baisse du taux de croissance. C.Q.F.D. ! Les données sont téléchargeables ICI (Insee, format xls).

16-2)  » Les français ne travaillent pas assez ! »

FAUT VOIR ! Faut-il travailler moins, comme un Allemand (1.309 h annuelle), un Néerlandais (1.326 h) ou plus, comme un Polonais (1.914h), un étasunien (1.776 h) ?

Duree_anuelle_travail_monde_2009-0CDE.jpg

Si vous avez trouvé des chiffres contradictoires, alors lisez ceci : Où travaille-t-on le moins dans l’Union Européenne ?.

Pour aller plus loin :

Préjugés sur les grèves et les mouvements sociaux

 

14) Préjugés sur les mouvements sociaux en France

14.1) « La grève est le sport national français »,  « la culture du conflit social est une exception Française » 

FAUT VOIR ! Voyons le classement de la France au cours de sept périodes différentes et par conflictualité décroissante (basé sur huit études) : 2e/25, 3e/25, 10e/15, 10e/18, 11e/18, 10e/18, 3e/6 (correspondant respectivement aux périodes suivantes : 2005-2009, 1998-2004, 1984-1993, 1970-1993, 1970-1988, 1955-1977, 1900-1970 et à des pays de l’OCDE).

    Note : l’indicateur utilisé est le nombre annuel moyen de journées non travaillées pour 1.000 employés. Les auteurs des huit études permettant ces classements soulignent des biais méthodologiques liés essentiellement aux disparités de comptabilités nationales.

Sources : pour la période 2005-2009 : « Developments in industrial action 2005-2009 », p.12, Observatoire européen des relations industrielles, 2010. Pour les autres périodes : « La France, pays des grèves ? », Observatoire des médias (Acrimed), 2007.

   Selon ces études comparatives, peut-on considérer la grève comme un « sport national français », comme une « exception française » ? Tout au long du XXe siècle, la France est globalement restée dans la moyenne basse des pays industrialisés. Notons également que pour la dernière période, le nombre de journées non travaillées pour fait de grève représente 0,06% des journées travaillées, bien loin derrière les journées non travaillées pour d’autres raisons (maladies, accidents, …).

   Il serait également intéressant de tenir compte de la politique menée dans certains pays à certaines périodes pour expliquer cette disparité des places de la France et des différents pays. Ainsi, la position de la France dans le peloton de tête pour la période 1998-2009 ne pourrait-elle s’expliquer par la politique de remise en cause de nombreux acquis sociaux ?

    Une autre conclusion qui peut être tirée de ces études est que la « culture de la négociation », tant vantée par les médias, n’empêche pas, loin s’en faut, les conflits sociaux. Le fait de négocier avant n’empêche pas de faire grève. Ainsi, la période 1998-2004 fait apparaître que les pays scandinaves sont relativement conflictuels occupant les 1ère, 3e et 7e places (Danemark, Norvège, Finlande). Ainsi, la « culture de la négociation » n’implique pas forcément une « faible intensité conflictuelle ». Et, à l’inverse, la « culture de la confrontation » (tant décriée par les médias français) n’engendre pas automatiquement une « forte intensité conflictuelle ».

Classements bruts :

    Pour le détail des classements, voir article « La France, pays des grèves ?»  (Acrimed, 2007), sauf pour la période 2005-2009, voir graphique ci-dessuos.

2005-2009 (25 pays) : 2e (Danemark, France, Belgique, Finlande, Espagne, Chypre, Irlande, Italie, Malte, Royaume-Uni, Norvège, Solvénie, Portugal, Lituanie, Pologne, Suède, Allemagne, Roumanie, Hongrie, Pays-Bas, Luxembourg, Slovaquie, Latvia, Estonie, Autriche) :

1998-2004 (25 pays) : 3e (Danemark, Espagne, France, Italie, Norvège, Autriche, Irlande, Finlande, Grèce, Hongrie, Roumanie, Suède, Royaume-Uni, Slovénie, Belgique, Chypre, Portugal, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Estonie, Pologne, Allemagne, Lituanie, Slovaquie) ;

1984-1993 (15 pays) : 10e (Grèce, Espagne, Canada, Italie, Royaume-Uni, Danemark, Norvège, Suède, Portugal, France, Allemagne, États-Unis, Belgique, Pays-Bas, Japon) ;

1970-1993 (18 pays) : 10e (Grèce, Islande, Italie, Espagne, Irlande, Finlande, Royaume-Uni, Danemark, Belgique, France, Portugal, Suède, Norvège, Allemagne, Pays-Bas, Autriche, Suisse, Luxembourg) ;

1970-1988 (18 pays) : 11e (Italie, Canada, Espagne, Grèce, Finlande, Australie, Royaume-Uni, États-Unis, Danemark, Portugal, France, Suède, Norvège, Japon, Allemagne (RFA), Pays-Bas, Autriche, Suisse) ;

1955-1977 (18 pays) : 10e (Italie, Canada, États-Unis, Finlande, Irlande, Australie, Royaume-Uni, Belgique, Danemark, France, Nvelle-Zélande, Japon, Norvège, Suède, Pays-Bas, Autriche, Allemagne (RFA), Suisse) ;

1900-1970 (6 pays) : 3e (Italie, Royaume-Uni, France, Allemagne, Belgique Pays-Bas) ;

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 Source :  « Developments in industrial action 2005-2009 », p.12, Observatoire européen des relations industrielles, 2010.

Préjugés sur les prestations familiales

Treizième d’une série d’articles démontant les préjugés sur la pauvreté, l’assistanat, l’immigration, les Roms, les impôts, . . .

13) Sur les prestations familiales

13-1) « Les pauvres, immigrés ou pas, vivent grâce aux allocations familiales » 

 FAUX !  6 € par jour et par enfant, c’est le montant moyen par enfant perçu grâce à la totalité des transferts en nature (prestations + réduction d’impôts) pour 80% des ménages aux plus faibles revenus.

    Les prestations familiales sont liées à la présence d’enfants à charge et aux revenus. Celles conditionnées aux revenus (ex : allocation de rentrée)  sont d’autant plus faibles que les revenus sont élevés. Elles représentent au maximum 160 €/mois.

    Cependant, comme l’illustre le graphique ci-dessous, grâce au quotient familial, les familles bénéficient d’autant plus de réduction d’impôts sur le revenu que ceux-ci sont importants : ainsi les 10% de ménages aux plus hauts revenus se partagent près de 50% des réductions d’impôts qu’il induit. Ainsi, un enfant de riche coûte jusqu’à 380 € par mois à la collectivité.

Source :« Le quotient familial, un coûteux privilège de classe », Christiane Marty, 2011.

Le bilan des transferts sociaux via les prestations familiales et sociales et les réductions d’impôts est illustré ci-dessous :

Transferts-sociaux-par-enfant-selon-percentile---Piketty-20 Source : La révolution fiscale, T. Piketty & Coll, 2010.

L’ensemble des aides familiales représentent donc par enfant et par jour : entre 5 € et 6 € pour 80% des revenus les moins élevés (décile 1 à 8), puis croit jusqu’à 13 € des déciles 8 à 10. Autrement dit un enfant de très riches « rapporte » 2,5 fois plus qu’un enfant de pauvres !

Et on voudrait nous faire croire, qu’avec 5-6 €, on peut gagner de l’argent en ayant un enfant ?

Note : le quotient familial n’existe ailleurs dans l’UE qu’au Portugal et au Luxembourg.

Préjugés sur les Roms

Onzième d’une série d’articles démontant les préjugés sur la pauvreté, l’assistanat, l’immigration, les Roms, . . .

11) Sur les Roms

11-1) « Les Roms ne veulent pas travailler »

FAUX ! Tout est fait en France pour que les Roms de Roumanie et de Bulgarie n’aient pas le droit de travailler : une « période transitoire » les empêche d’avoir les mêmes droits que les autres européens avant fin 2013.

 

Pour travailler, ils doivent disposer d’une autorisation de travail. Les délais d’obtention sont de 3 à 6 mois à partir d’une promesse d’embauche à temps plein. Le plus souvent, l’employeur (qui doit en plus payer la taxe dûe à l’Office Français pour l’Immigration et l’Intégration pour l’embauche d’un étranger) ne peut attendre la réponse et embauche quelqu’un d’autre.

 

Le 26 octobre 2009, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE) a demandé au gouvernement qu’il mette fin à cette période transitoire, ainsi que la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH), dans un avis du 22 mars 2012 (article 33, p.9).
_______________

Pour approfondir : « Pour mettre fin à la ‘question rom’, il faut leur ouvrir l’accès au marché du travail«  , L. Elghozi, président de la FNASAT , Le Monde, juillet 2011, qui répond à 10 jeunes.

Préjugés sur l’école

Dixième d’une série d’articles démontant les préjugés sur la pauvreté, l’assistanat, l’immigration, les Roms, . . .

10) Sur l’école

10-1) « Ce n’est pas à l’école de régler tous les problèmes de la société »

VRAI et FAUX ! La loi d’orientation sur l’école de 2005 dit : « La scolarité obligatoire doit au moins garantir à chaque élève les moyens nécessaires à l’acquisition d’un socle commun constitué d’un ensemble de connaissances et de compétences qu’il est indispensable de maîtriser pour accomplir avec succès sa scolarité, poursuivre sa formation, construire son avenir personnel et professionnel et réussir sa vie en société. ». Cela dit bien que le rôle de l’école n’est pas seulement de transmettre des connaissances, mais aussi de permettre aux élèves de se construire des compétences, dont celle de pouvoir vivre avec d’autres différents de soi.

 

   Elle doit aussi permettre à tous d’acquérir ces connaissances et compétences. Mais on constate qu’elle peine à atteindre ces objectifs et à réduire les inégalités sociales, dans la mesure où l’échec et la réussite scolaire sont de plus en plus liés à l’origine sociale. En réalité, le fonctionnement actuel de l’école en France vise aussi un objectif non déclaré : sélectionner les meilleurs élèves qui s’orienteront ensuite vers des études supérieures et les postes de responsabilité.

10-2) « Dans les familles pauvres, les parents sont démissionnaires et se désintéressent de l’école »

FAUX ! Les parents défavorisés ont souvent peur de l’école car ils sont marqués par leur échec d’enfant. Par ailleurs, 80 % des mères non-diplômées s’estiment dépassées pour aider leurs enfants dans leurs études au collège, contre 26 % seulement des mères diplômées de l’enseignement supérieur (source :  « L’aide aux devoirs apportée par les parents », INSEE, 2004).

 

   Mais le lien entre pauvreté et échec scolaire n’est pas fatal : il est moins élevé dans la plupart des autres pays développés qu’en France, et très faible dans des pays comme le Canada, la Finlande, le Japon ou la Chine (source étude PISA).

10-3) « Heureusement que l’école est là pour corriger certaines inégalités sociales ! »

FAUX ! L’impact du milieu social sur la réussite ou l’échec scolaire est plus grand en France que dans beaucoup d’autres pays, et il grandit au fil des années. En 2009, plus de 75 % des élèves dont les parents sont cadres ou professions intellectuelles ont obtenu le bac général, contre 33 % pour les enfants d’ouvriers et 41 % des enfants d’inactifs ; le pourcentage de variation de performance des élèves en lecture, expliqué par le milieu socio économique est de 17 % pour la France bien au dessus de la moyenne de l’OCDE (14 %), le double de la Finlande du Canada ou du Japon.

Source : « Les inégalités à l’école », CESE, sept. 2011.

10-4) « Si les enfants pauvres réussissent moins bien à l’école, c’est qu’ils ne travaillent pas »

FAUX ! Les causes sont plus complexes que cela. Par exemple, « le niveau de diplôme des parents (particulièrement celui de la mère) et, de manière plus globale, les possibilités d’encadrement de la scolarité par les familles revêtent une importance au moins aussi grande que leur situation socio-économique » (Source : « Les inégalités à l’école », CESE, sept. 2011).

10-5) « Les enfants d’immigrés sont plus en échec scolaire que les autres »

FAUX ! C’est la pauvreté qui la plus grande cause d’échec scolaire et non pas l’immigration. Aniveau social égal, les descendants d’immigrés ne sont pas en moyennes plus touchés par l’échec scolaire que le reste de la population (source : « Les inégalités à l’école », CESE, sept. 2011).

10-6) « La mixité sociale dans les écoles nuit à la réussite scolaire »

FAUX ! Lorsque l’on met en oeuvre une pédagogie adaptée, les résultats scolaires de tous s’améliorent, comme le montrent les expériences de plusieurs établissements scolaires (voir l’exemple des écoles Anne Frank et Hélène Boucher à Mons-en-Baroeul, celui du collège La Durantière à Nantes – Feuille de route sept/oct. 2011 -, celui du collège Évariste-Galois à Nanterre – Feuille de route novembre 2011 -, etc.). Par ailleurs, l’école ne doit-elle pas préparer les enfants et les jeunes à vivre ensemble dans le respect des différences ?

Préjugés sur l’immigration

Les plus petits esprits ont les plus gros préjugés. »,
Victor Hugo, Océan, Tas de pierres, 1842.

Neuvième d’une série d’articles démontant les préjugés sur la pauvreté, l’assistanat, l’immigration, les Roms, les dépenses publiques, . . .

9) Sur l’immigration

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9-1) « L’immigration augmente d’année en année en France »

VRAI et FAUX ! Depuis 1975, le taux d’immigrés est quasi constant : 8,4 % en 2008  contre 7,4 % en 1975  (source: Évolution de la part des populations étrangères et immigrées en 2008,  INSEE).

 

Le solde migratoire (entrées – sorties) annuel est, en taux, le plus faible de l’U.E. (cf. 9.3). Il a varié selon une tendance baissière de 1,7 en 2003 à 1,2 en 2011 (source : 5e colonne de ce tableau, INED 2011).

 

   Si l’on ne tient compte que des entrées, la France compte parmi les pays dont le nombre d’entrées d’étrangers relativement à la population totale est le plus bas comme l’atteste le graphique ci-dessous.

 

Entrees_etrangers_-_pop_20_pays_en-2011_OCDE.jpg

Source: OCDE, Obtenir les données

9-2) « Si on renvoyait les étrangers1 dans leur pays, il y aurait moins de chômage en France »
ou
« Les étrangers prennent des emplois aux Français »
ou
« Les étrangers creusent le trou de la Sécurité sociale »

FAUX ! Globalement, la présence des populations de nationalité étrangère en France crée de la richesse et donc de l’emploi, grâce à l’apport de consommation, d’impôts et de cotisations (voir 9-6.). Les étrangers sont aussi consommateurs, ils créent une demande supplémentaire et des emplois. Les études montrent que les migrants arrivants créent leurs propres emplois.

« En imaginant une augmentation de 10 % du flux d’immigration au Royaume-Uni en 2007, le taux de chômage n’augmenterait alors que de 0,01 point au bout de 13 ans. » (source : Immigrés: une boîte à outils pour répondre à Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy, Caroline Fourteau, mai 2011).

9-3) « La France est un des pays d’Europe qui accueille le plus d’immigrés »

 

FAUX ! En 2001, « avec un taux d’accroissement naturel de 4 pour 1000 et un taux d’accroissement migratoire de 1 pour 1000, la France est le pays d’Europe dont la croissance démographique annuelle dépend le moins de l’immigration ». 1 pour 1000 siginifie 0,1% de la population française ! Grosse catastrophe !!!

 

    Le solde migratoire (entrées – sorties) ne représente que 20 % de l’accroissement naturel de la population française. Il est en outre le PLUS FAIBLE de l’U.E..
   En Allemagne, la totalité de l’accroissement de la population est due au solde migratoire, le solde naturel étant négatif !

   Source : « Cinq idées reçues sur l’immigration », tableau 2, p. 2, INED, 2004.

 

   Comme l’illustre le graphique ci-dessous, les autres pays d’Europe se trouvent entre ces deux extrêmes :

  Bilan démographique Europe en 2001 en taux soldes naturel

 

   En 2009 et 2010, la situation n’avait pas changé pour la France.

 

   Comme indiqué dans le graphique ci-dessous (colonne de droite), en 2010, la part des personnes immigrées sur la population totale s’élevait à : Autriche : 16 %, Suède : 14 %, Espagne : 14 %, États-Unis : 13 %, Allemagne : 13 %, France : 11 %2, Pays-Bas : 10 %, Royaume-Uni : 10 %, Belgique : 9 %, Italie : 7 % (source : Le nombre et la part des immigrés dans la population : comparaisons internationales, Gilles Pison, INED, 2010).

Taux-immigres-Monde---2000---2010---INED-2010.jpg

9-4) « Les familles immigrées font beaucoup plus d’enfants que les familles françaises natives »

Pas tant que cela ! « Dans la période 1991-1998, le nombre moyen d’enfants par femme était de 1,65 pour les seules françaises natives. Les femmes immigrées avaient en moyenne 2,2 enfants »  

Source : « Cinq idées reçues sur l’immigration », Population et sociétés, INED, 2004).

Voir également :  » Monde : existe-t-il un lien entre religion et nombre d ‘enfants par femme ? « 

9-5) « La France accueille toute la misère du monde », sous-entendu : « Ce sont les populations les plus pauvres qui immigrent en France »

FAUX ! « Dans l’ensemble, les migrants représentent par rapport aux non-migrants de la société d’origine une population sélectionnée : en meilleure santé, plus instruite, plus entreprenante, dotée d’un minimum de ressources »  (source : « Cinq idées reçues sur l’immigration », p. 4, Population et sociétés, N° 397, INED, 2004).

 

    La part des immigrés diplômés de l’enseignement supérieur est passée de 12 à 25 % entre 1990 et 2007. La moyenne nationale est de 29 % (sources : « L’activité des immigrés en 2007 », INSEE et Immigrés: une boîte à outils pour répondre à Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy, Caroline Fourteau, mai 2011).

9-6) « L’immigration coûte 48 milliards d’Euros à la France en prestations sociales »

VRAI ! Mais elle rapporte 60 milliards d’€ en impôts et cotisations sociales chaque année.  

Sources : ministère de la Santé et des Affaires Sociales et étude de l’université de Lille-II de juillet 2010, et « Immigrés: une boîte à outils pour répondre à Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy« , Caroline Fourteau, mai 2011.

 

   La population immigrée est en moyenne plus jeune et en bonne santé que les autres habitants de la France. Or dans les prestations sociales la maladie pèse 47 % et la retraite 31 % (les autres dépenses étant les allocations chômage, le RSA, les allocations logement et les allocations familiales). La population immigrée est donc une chance pour aider au paiement des retraites.

 

   En moyenne, la contribution nette de chaque immigré (différence entre ce qu’il verse et ce qu’il reçoit en impôts et cotisations sociales) est de l’ordre de 1500 € par an.

Source : « Migrations et protection sociale : étude sur les liens et les impacts de court et long terme » , rapport pour la DREES-MIRe, auprès des Ministères du travail, du budget et de la Santé.

 

   « En l’absence de l’immigration, le besoin de financement de la protection sociale en France augmenterait de 2 points de Produit Intérieur Brut (PIB). » (source : Immigration : combien ça coûte, Xavier Chojnicki, Lille 2, laboratoires EQUIPPE et CEPII). 

 

 

 

   Bien sûr, l’apport de l’immigration à notre pays ne saurait se limiter à cet aspect comptable : il est aussi et surtout humain, culturel, scientifique, artistique, etc.

9-7) « Les étrangers peuvent profiter facilement des minima sociaux »

FAUX ! Il faut être en possession d’un titre de séjour et d’une carte de travail depuis au moins cinq ans pour bénéficier du RSA si on est natif d’un pays extérieur à l’Union européenne.

9-8) « Les étrangers augmentent la délinquance »

FAUX ! 12,7 % du nombre de condamnés sont étrangers (source : ministère de la Justice), alors qu’ils représentent environ 8 % de la population française (cf. 9-3.). Quel écart trouverions-nous en fonction de critères sociaux et non nationaux ?

9-9) « Les immigrés provoquent la baisse des salaires des natifs »

FAUX ! A en croire cette étude de la banque de France, c’est le contraire. Extrait du résumé : «  Pour comprendre cette asymétrie et l’impact positif de l’immigration sur les salaires, nous explorons le lien entre immigration et distribution des natifs entre emplois « .

 

9-10) « Il y a 10 à 15 millions de musulmans en France »

FAUX !  En 2010, 2,1 millions des adultes de 18 à 50 ans (7,8% de cette tranche d’âges) se déclarait de confession musulmane (source :  » Trajectoires  et Origines Enquête sur la diversité des populations en France« , p124, INED, octobre 2010).  Si l’on extrapole ce taux à toute la population – donc également les enfants de 0 à 18 ans ! – cela fait 5,1 millions d’individus.

 

    Pour les sceptiques envers les statistiques officielles, selon l’IFOP le taux serait de 5,8% de la population des plus de 18 ans soit 3,5 millions (source :  » ANALYSE : 1989-2009, Enquête sur l’implantation et l’évolution de l’Islam de France », p.4, IFOP, aout  2009).

 

   On retrouve ces chiffres dans l’article wikipedia L’islam en France.

 

  Pour aller lus loin sur la question de l’immigration  :

Trois petits films d’animation de deux minutes !

 

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1. Dans la définition de l’ONU, un immigré est une personne née en dehors du territoire concerné. Cela inclut donc les Français nés à l’étranger. En réalité, dans le sens commun adopté par l’INSEE, un immigré est une personne née étrangère à l’étranger.

2. En incluant les Français nés à l’étranger, comme l’ONU le préconise dans ses calculs. La part des immigrés de nationalité étrangère s’élève à 8 % (chiffre présenté par l’INSEE).

Préjugés sur la fiscalité et les impôts

Huitième d’une série d’articles démontant les préjugés sur la pauvreté, l’assistanat, l’immigration, les Roms, . . .

8) Sur la fiscalité et les impôts

8-1) « Les pauvres ne paient pas d’impôts »

FAUX ! Le taux moyen d’imposition (impôts directs et indirects) des 10 % les moins riches est d’environ 40 %, celui des 0,1 % les plus riches d’environ 37 %, et celui des revenus moyens de 45 à 48 % (source : calculs effectués par les économistes Saez, Landais et Piketty à partir des données INSEE).

 

Prelevements_obligatoires_selon_revenus.jpg

Nota bene : pour les plus hauts revenus, les taux réels d’imposition sont souvent très inférieurs aux taux affichés : grâce aux niches fiscales, une partie des plus hauts revenus échappe à une part de l’imposition.

8-2) « Les plus pauvres peuvent se faire exonérer de charges et d’impôts »

Oui, mais il faut effectuer beaucoup de démarches avant d’obtenir ces exonérations et il faut les renouveler régulièrement. Tous paient entre 5,5% et 19,6% d’impôts par le biais de la TVA sur leur consommation.

Préjugés sur le placement des enfants

Septième d’une série d’articles démontant les préjugés sur la pauvreté, l’assistanat, l’immigration, les Roms, . . .

7) Sur le placement des enfants

7-1) « Les enfants placés ont la chance de connaître une vie meilleure et de découvrir un autre milieu que le leur. »

FAUX ! Pour un grand nombre d’enfants et de parents, le placement est une solution qui crée des ruptures profondes alors qu’il pourrait souvent être évité.  » Une personne sans domicile sur cinq a dû quitter le domicile de ses parents avant l’âge de 16 ans – proportion six fois plus élevée que dans le reste de la population «  (source : Devenir sans-domicile, le rester : rupture des liens sociaux ou difficultés d’accès au logement ? », Économie et Statistique, N° 391-392, 2006, INSEE).

7-2) « Si on place les enfants, c’est à cause de la maltraitance. »

FAUX ! Les causes du placement d’un enfant d’une famille pauvre tiennent souvent aux conditions d’accès de la famille au logement, à la santé, etc. Des difficultés pourraient dans de nombreux cas être résolues par un soutien à la famille qui coûterait par ailleurs moins cher que la solution du placement. « Six milliards d’euros sont dépensés chaque année de façon empirique, sans que l’on cherche à contrôler les acteurs de la protection de l’enfance, ni à connaître l’efficacité de ces interventions » (source : rapport « La protection de l’enfance », Cour des comptes, octobre 2009).

Préjugés sur la sécurité sociale et la santé

Sixième d’une série d’articles démontant les préjugés sur la pauvreté, l’assistanat, l’immigration, les Roms, . . .

6) Sur la Sécurité sociale et la santé

6-1) « Les pauvres sont des fraudeurs »

FAUX ! La fraude aux prestations sociales est évaluée à environ 3 Milliards d’€ dont 90% sont récupérés. Elle concernerait 1 % des particuliers.
Pour la branche famille :  » Une  part  importante  de  ces  montants,  selon  ces  mêmes estimations,  aurait  cependant  été  détectée  et  les  indus  correspondants récupérés pour la plus grande part : le préjudice financier final lié aux  fraudes  serait  donc  plus  limité,  de  l’ordre  de  170 Millions d’€  selon  les estimations de la Cour, à partir des données de la CNAF ».
Source: rapport Cour des comptes 2010 sur la sécurité sociale : la lutte contre la fraude aux prestations sociales dans le régime général).

La CNAF estime le taux de fraude à 0,46 % pour les prestations familiales, 3,1 % pour l’API (Allocation Parent Isolé), 3,6 % pour le RMI-RSA (source : AFP, 29 avril 2010).

Mais n’est-ce pas l’arbre qui cache le forêt ? Voyons voir :

  • la fraude aux prélèvements sociaux est évaluée entre 8 et 12 Milliards d’€ et concernerait 10 % des entreprises (source : Conseil des Prélèvements Obligatoires, 2007)
  • la fraude fiscale est évaluée entre 20 et 25 Milliards d’€ par le Conseil des prélèvements obligatoires, à 30 Milliards d’€ par la Direction du Budget, ou encore à 50 Milliards d’€ par la Commission Européenne (2005).

6-2) « Les bénéficiaires de la CMU en profitent pour faire des soins de confort dont ils n’ont pas vraiment besoin »

FAUX ! La CMU est très restrictive. 

En vidéo (3’30 ») : Jean-François Chadelat, directeur du Fonds CMU, démonte des idées fausses sur la CMU

6-3) « Grâce aux bons CAF, les enfants des familles défavorisées ont un accès normal à la culture, au sport, etc. »

OUI et NON ! Ces aides sont appréciables, mais elles nécessitent un financement complémentaire plus ou moins important par les familles. Et il faut anticiper les besoins pour faire les demandes à temps.

6-4) « Grâce à la CMU, à la CMUC et à l’ACS, tout le monde bénéficie d’une protection santé satisfaisante. »

FAUX ! En 2008, 1,5 million de personnes, sur les 6 millions de bénéficiaires potentiels, ne disposaient pas de la CMU. Au 31 décembre 2010, une étude du Fonds CMU estimait que le nombre de personnes n’ayant pas recours à la CMU-C (CMU complémentaire) était de plus de 20 %.

Pour l’aide à l’acquisition d’une complémentaire santé (ACS), le taux de non-recours est de 80 %. Par ailleurs, en 2008, 22 % des bénéficiaires de la CMU-C déclaraient avoir renoncé à certains soins pour des raisons financières au cours des 12 derniers mois (source : « Étudier l’accès aux soins des assurés CMU-C, une approche par le renoncement aux soins« , Boisguérin et coll., Santé, Soins et protection sociale en 2008. Paris : IRDES, 2010/06, 31-40).

6-5) « Pour ce qui est de l’espérance de vie en France aujourd’hui, nous sommes relativement égaux. »

FAUX ! A la fin des années 1990, un ouvrier ayant 35 ans vivra encore en moyenne 39 ans, un cadre 46 ans et un chômeur 28 ans.

Ces inégalités d’espérance de vie sont croissantes en France (source : « Les différences sociales de mortalité : en augmentation chez les hommes, stables chez les femmes », Monteil C., Robert-Bobée I., 2005, INSEE Première, 1025).

Préjugés sur le logement

Cinquième d’une série d’articles démontant les préjugés sur la pauvreté, l’assistanat, l’immigration, les Roms, . . .

5) Sur le logement

5-1) « La construction de logements sociaux se développe à un rythme suffisant en France »

FAUX ! Le niveau de la construction en progrès régulier jusqu’en 2007 s’est effondré depuis : seulement 333.000 logements ont été commencés en 2009 contre 435.000 en 2007, ce qui met à mal les objectifs du DALO.

On estime que le niveau de déficit va atteindre le million de logements. De plus, la progression des logements sociaux tient surtout à l’augmentation de logements accessibles seulement aux classes moyennes (nombre de logements PLS multiplié par 10 entre 2000 et 2010) alors que les logements accessibles aux familles les plus modestes augmentent bien plus faiblement : le nombre de PLAI a été multiplié par 2 sur la même période (source : rapport Mal logement, 2011, Fondation Abbé Pierre).

5-2) « Les logements sociaux devraient être attribués en priorité aux gens qui travaillent »

FAUX ! L’impératif de solidarité nationale exige que chacun, qu’il ait ou non un emploi, puisse disposer d’un logement adapté à ses ressources. Le droit à un logement digne est reconnu pour tous les citoyens en France.

De fait, on constate malheureusement aujourd’hui que les personnes possédant un emploi accèdent en priorité aux logements sociaux.

5-3) « En période de restriction budgétaire, il est normal que l’État réduise l’aide au logement social »

FAUX ! C’est la réalité mais c’est un mauvais calcul. Tout d’abord parce que, en contrepartie, « l’ensemble des crédits que l’état consacre à la politique d’hébergement peut être estimé à 1,5 milliard d’euros » chaque année (source : D. Migaud, président de la Cour des comptes, en Audition parlementaire, déc. 2011).

Par ailleurs, l’absence de logement stable provoque pour une famille des ruptures durables dans l’emploi, la santé, la scolarité, . . . qui auront des conséquences et des coûts élevés pour la collectivité.Mon-premier-carton.jpg

Préjugés sur le travail, le chômage et la retraite

Quatrième d’une série d’articles démontant les préjugés sur la pauvreté, l’assistanat, l’immigration, les Roms, . . .

4) Sur le travail, le chômage et la retraite

4-1) « Les pauvres ne veulent pas travailler » 

FAUX ! Les études convergent : 64 % des chômeurs interrogés dans huit pays européens déclarent qu’ils veulent retrouver un emploi, même si cela ne leur procure pas un gain financier, alors que seuls 48 % des personnes déjà en emploi déclarent vouloir conserver leur travail dans une telle situation (source : étude coordonnée par Duncan Gallie en 1999, citée par Jean Gadrey).

L’enquête « L’influence des incitations financières sur le retour à l’emploi des bénéficiaires de minima sociaux » (pdf) (Direction Générale du Trésor, 2009) montre bien que la valeur accordée au travail et la volonté d’assurer le meilleur avenir possible aux siens conduisent la plupart des bénéficiaires à accepter la reprise d’un emploi, même sans gain financier immédiat. Les principaux freins évoqués pour la reprise d’un travail sont le manque d’emplois, de moyens de transport, de formations adaptées, de modes de garde accessibles, etc.

4-2) « Il y a des pauvres qui veulent s’en sortir et d’autres qui ne veulent pas »

FAUX ! Personne n’accepte de vivre dans la misère. La distinction entre « bons pauvres » et « mauvais pauvres » traverse toute l’histoire de la pauvreté ( lire Paul Christophe). Cette distinction est surtout le reflet de l’impuissance de l’action publique ou de son manque de volonté de s’attaquer vraiment à la pauvreté. Faute de quoi, on s’attaque aux pauvres : c’est plus facile !

4-3) « Les bénéficiaires du RSA ne font pas d’efforts réels pour chercher du travail »

FAUX ! La plupart des bénéficiaires du RSA ont l’obligation de chercher un emploi, sous peine de diminution ou suspension de l’allocation.

4-4) « Si on veut vraiment travailler, on trouve »

FAUX ! Dans l’état actuel du marché de l’emploi (entre 3 et 5 millions de chômeurs en 2012, selon la catégorie considérée), tout le monde ne PEUTpas trouver du travail : le nombre d’emplois vacants (offres) est très inférieur au nombre de chômeurs (demandes). En outre, certaines personnes restées depuis longtemps sans travail ont besoin d’être particulièrement soutenues pour revenir à l’emploi. 

Quelques chiffres :

  •   Le chômage coûte, chaque mois, 2,2 milliards d’euros à l’Unedic (source : rapport du Sénat, 2011) ;
  •   Les plus pauvres cotisent comme les autres pour leur retraite, mais perçoivent moins de retraite dans la mesure où leur espérance de vie est moins importante (cf. 6) ;
  •   Taux de chômage chez les 16-25 ans : 8,7 % chez les bac+2, et 35 % chez les non-diplômés (source : « L’insertion des jeunes sans emploi », pp. 36-37, CERC). Le taux de chômage des 15-29 ans était, en 2009, de 29,5 % en zone urbaine sensible et de 16,9 % en moyenne nationale (source : « Emploi et chômage des 15-29 en 2009 », Analyses, oct. 2010, N°72, p. 1, DARES).

Préjugés sur le budget des familles

Troisième article d’une série démontant les préjugés sur la pauvreté, l’assistanat, l’immigration, les Roms, . . .

3) Sur le budget des familles

3-1)« Le pouvoir d’achat moyen des Français a augmenté entre 2007 et 2010 »

VRAI et FAUX ! Le pouvoir d’achat global au niveau de la France a légèrement augmenté. Mais, compte tenu de l’augmentation de la population, le « pouvoir d’achat du revenu arbitrable » (une fois que les dépenses obligées – loyer, assurance, électricité – ont été payées) par personne a baissé de 0,1 % entre 2008 et 2010 (source : Revenu « arbitrable » des ménages et évolution du pouvoir d’achat « arbitrable » par personne, par ménage et par unité de consommation, INSEE, 2012).

Par ailleurs, pour les revenus les plus modestes, la situation est plus grave. Par exemple, de 1992 à 2006, les dépenses incompressibles dans leur budget sont passées de 52 à 74 %. Selon le Secours catholique (Message, février 2011) : « se chauffer devient un luxe pour des millions de personnes  », 3,4 millions de personnes subissent la précarité énergétique, les demandes d’aide au chauffage ont augmenté de 50 % entre 2008 et 2009 au Secours Catholique.

Le prix du gaz a augmenté de 50 % en 5 ans ; les loyers depuis 2000 : +30 % ; électricité : +6 % en un an ; carburants : +15 % en un an (source : rapport de la CLCV, octobre 2011).

Voir aussi le dossier annuel 2011 de la MRIE Rhônes-Alpes : ICI

Préjugés sur les minima sociaux

Deuxième article d’une série démontant les préjugés sur la pauvreté, l’assistanat, l’immigration, les Roms, . . .

2) Sur les minima sociaux

2-1) « La France distribue des minima sociaux élevés » 

FAUX ! La France est sous la moyenne européenne : le montant des minima sociaux s’élève à 72 % du seuil de pauvreté  contre 76 % dans l’Union Européenne (base : famille de deux enfants, seuil de pauvreté à 60% du revenu médian) comme l’illustre le graphique ci-dessous.

Source : « Un panorama des minima sociaux en Europe », p. 8, revue « études et résultats », N° 464, février 2006, DREES, Ministère de la Santé et de la Protection sociale).

  Minima sociaux pour un couple avec deux enfants-14 pays UE-

    Par ailleurs, le montant des minima sociaux (RSA, AAH) ne connaît pas la même progression que l’ensemble des revenus : le RMI équivalait en 1988 à 50 % du SMIC et le RSA-socle équivaut à 42 % (474,93 € pour une personne seule en 2012).

2-2) « Il n’y a pas assez d’argent dans les caisses pour augmenter les minima sociaux »

FAUX ! D’une part, seule la moitié des 7,5 milliards d’€ prévus pour le RSA sont effectivement dépensés, à cause des non-recours (cf. 2-4.). D’autre part, il est possible de prendre des mesures – en particulier de plus grande justice fiscale afin d’accroître les recettes de l’état et des collectivités territoriales.

2-3) « Les pauvres font des enfants pour toucher des aides et des allocations. »

FAUX ! Ce n’est pas avec les allocations qu’on peut vivre dignement en famille ; une famille proche du seuil de pauvreté s’appauvrit encore plus lorsqu’elle s’agrandit.

 Exemple : une famille au seuil de pauvreté, en passant de deux enfants à trois enfants, passe en dessous de ce seuil ! En effet pour tout nouvel enfant, le revenu de la famille s’élèvera de 161 € d’allocations familiales tandis que son seuil de pauvreté s’élèvera de 0,3 x 954 € soit 286 €. C’est ainsi que l’on dissuade les pauvres d’avoir des enfants !

Démonstration : le seuil de pauvreté (à 60% du revenu median) pour une personne seule est de 954 €. Le seuil de pauvreté pour cette famille est de 2003 € mensuels ( (1+0,5+0,3+0,3) x 954 € ). Disons 2.100 € de revenus (y compris allocations familiales), juste au-dessus du seuil de pauvreté. Lorsque le nouvel enfant survient, son seuil de pauvreté deviendra 2.290 € ( (1+0,5+0,3+0,3+0,3) x 954 € ). Ses revenus, augmentés de 161 € (allocations familiales) seront alors de 2.261 €, inférieur au seuil de pauvreté !

2-4) « Les gens font tout pour toucher le maximum d’aides »

FAUX ! La moitié des personnes éligibles au RSA n’en fait pas la demande (source : « La moitié des personnes éligibles au RSA n’en fait pas la demande », Actualités Sociales Hebdomadaires, N° 2737, 2011, Odenore).

   Les raisons : la volonté de ne pas dépendre de l’aide publique, la complexité des démarches, le manque d’information, le souhait de ne pas être contrôlé. cancer-assistanat   Pour les taux de non-recours aux prestations sociales, voir aussi 6-4. .

2-5) « Les pauvres demandent tous des droits, mais ça va avec des devoirs »

VRAI ! Mais la société doit aussi engager des moyens suffisants pour que son devoir de soutenir les personnes en difficulté se traduise en un accompagnement réel et ne consiste pas uniquement en du contrôle. Or « Le suivi des allocataires du RSA parait s’être dégradé, puisque, pour les seuls allocataires du RSA socle, ils sont un tiers à avoir signé un CER (contrat d’engagement réciproque) alors que près de la moitié de ceux qui touchaient le RMI avaient à l’époque un contrat d’insertion. » commentent les auteurs (source : « La moitié des personnes éligibles au RSA n’en fait pas la demande« , Actualités Sociales Hebdomadaires, N° 2737, 2011, Odenore).

     Pour ce qui est de l’accompagnement des chercheurs d’emploi, il n’est pas à la mesure des besoins. Le nombre moyen de demandeurs d’emploi suivis par conseiller de Pôle Emploi était de 85 fin 2008, 95 en 2009, puis 105,8 fin décembre 2010. Le Sénat et le Conseil Économique Social et Environnemental estiment qu’il faudrait se rapprocher de la cible de 60 demandeurs d’emploi par conseiller (source : rapport du Sénat sur Pôle emploi, juillet 2011)

2-6) « On peut s’en sortir mieux au RSA qu’avec le SMIC »

FAUX ! C’est TOTALEMENT IMPOSSIBLE.

Et  pourtant Laurent Wauquier déclarait : « Un couple qui estwauquiez au RSA, en cumulant les différents systèmes de minima sociaux, peut  gagner plus qu’un couple dans lequel il y a une personne qui travaille  au SMIC » le 8 mai 2011.  

        Exemple d’un couple locataire en Île-de-France :

Ressources mensuelles (y compris APL) pour un couple sans emploi ni allocations chômage (RSA-Socle)

Ressources mensuelles (y compris APL) pour un couple avec un SMIC à 1000 € mensuel net (+ RSA-activité)

Sans enfant avec aide au logement (APL)

598(RSA)+360(APL) = 

958 €

+ droit à la CMUC

1000+200(APL)+218(RSA-activité) = 

1418 €

pas de droit à la CMUC

Sans enfant et sans APL

712 €

+ droit à la CMUC

1000+332(RSA-activité) = 

1332 €

pas de droit à la CMUC

Avec deux enfants et APL et Allocations familiales (126 €)

859+470(APL) =
 

1329 €

+ droit à la CMUC

1000 + 390(APL) + 126 (AF)
+ 350(RSA activité) = 

1866 €

+ droit à la CMUC

Avec deux enfants et sans APL. AF=126 €

997 €

+ droit à la CMUC

1000+126+491(RSA activité) = 

1617 €

+ droit à la CMUC

Nota bene :

  •   Les simulations d’APL ont été effectuées sur le site de la CAF pour un loyer de 700 € à Paris.
  •   RSA activité = Montant forfaitaire RSA + 62 % des revenus d’activité du foyer – Ressources du foyer – Forfait d’aide au logement (voir Rapport d’information, N°713, sénat, 2011). Pour notre premier calcul, cela donne 712+(1000×62 %)-1000-114=218 € . Note : 114 € est le forfait à déduire en 2012 pour une famille de deux personnes bénéficiant d’une aide au logement. Pour la situation avec deux enfants, cela donne 997+(1000 x 62 %) – 1000 – 126 – 141=350 €.

   Note : 141 € est le forfait à déduire en 2012 pour une famille de 3 personnes et plus bénéficiant d’une aide au logement.

  •   Le RSA socle comprend les allocations familiales.
  •  Pour avoir accès à la CMUC (CMU-Complémentaire), les revenus mensuels doivent être inférieurs à 1.080 € (2015) pour une famille de deux personnes et 1.512 € pour 4 personnes. Sont inclus dans ce calcul les revenus de la famille (hors RSA mais y compris allocations familiales) et un forfait logement pour les locataires bénéficiant d’une aide au logement : 125 € mensuels pour une famille de deux personnes en 2012 et 155 € pour plus de trois personnes (sources : CMU complémentaire : Conditions d’accès, Ressources prises en compte & Aide complémentaire santé).

    Deux commentaires :

  •   Effectuer ces calculs est un véritable parcours du combattant : plusieurs témoignages nous montrent qu’il y a parfois des écarts entre la théorie et la réalité. Comment une famille aux revenus modestes peut-elle prévoir ses revenus sur les mois à venir ?
  •   Nous n’avons pas pris en compte des dépenses de garde d’enfant ou de services essentiels (transport, gaz, électricité) qui peuvent être différentes entre une famille percevant un SMIC et une famille percevant le RSA socle.

2-7) « Toute une partie de la population a tendance à se laisser porter par les aides », «99% de la population sont des glandeurs et 1% essaie de s’en sortir », Clélia et Étienne, étudiants en école de commerce, à 0′ 17″ et 1’20 de l’émission « La France, un pays d’assistés ?« , Avril 2010 !

FAUX ! 5% de la population française étaient allocataires de minima sociaux dont 2% pour le RSA (resp. 3,5 millions dont 1,3 millions) en 2009. 44% de ces allocataires le sont au titre du handicap (AAH) ou de la vieillesse (AVS, ASPA, AER-R).
Source : Protection et aide sociale, paragraphe Allocataires de minima sociaux, INSEE.

 Nota : ne sont pas inclus les prestations familiales car, liées à la présence d’enfants à charge, celles-ci bénéficient à TOUS les parents, soit sous forme d’aides pour les plus pauvres (ex : allocation de rentrée), soit via le quotient familial pour les plus riches (10 % de ménages aux plus hauts revenus se partagent près de 50% des réductions d’impôts qu’il induit). Sur les prestations familiales voir mon billet !

Source :« Le quotient familial, un coûteux privilège de classe », Christiane Marty, 2011.

    Sur le présumé effet dissuasif des minima sociaux sur la recherche d’emploi, voir Y a-t-il une corrélation entre le chômage et les minima sociaux ?

Préjugés sur la pauvreté, les revenus et les patrimoines

Premier article d’une série démontant les préjugés sur la pauvreté, l’assistanat, l’immigration, les Roms, . . .

1) Sur la pauvreté, les revenus et les patrimoines

1-1) « La pauvreté a diminué en France entre 2006 et 2009 »

FAUX !   Tous les indicateurs de l’INSEE montrent au contraire que la pauvreté et son intensité se sont aggravées entre 2006 et 2009 (on n’a pas d’indicateurs plus récents) :

  • le taux de pauvreté à 60 % du revenu médian est passé de 13,1 % en 2006 à 13,5 % en 2009 (8,2 millions de personnes) ;
  • entre 2000 et 2008, le nombre de personnes sous le seuil de 40 % du revenu médian est passé de 2,7 à 3,2 millions (et pas de chiffre en 2009 ! Pourquoi ?).

Source : Les niveaux de vie en 2009, INSEE.

À savoir : on parle souvent des inégalités de revenus, mais c’est surtout au niveau des patrimoines et donc au moment des héritages que les inégalités se creusent : les 10 % des ménages les moins aisés détiennent moins de 2.700 euros de patrimoine brut (avant remboursement des emprunts). Les 10 % les mieux dotés disposent d’un patrimoine supérieur à 552.300 €. Soit un rapport de 1 à 205, qui a crû de près d’un tiers depuis 2004. Un écart bien plus important que celui relatif aux revenus, qui était en 2009 de 4,2 entre les 10 % les plus modestes et les 10 % les plus riches.

Source : Les inégalités de patrimoine s’accroissent entre 2004 et 2010

Nota bene : Le gouvernement a publié le 19 octobre 2011 son rapport sur l’évolution de la pauvreté en France, qui conclut effectivement à une baisse de 5 % du nombre de personnes sous le seuil de pauvreté entre 2007 et 2009. Cette diminution de 5 % concerne en réalité le taux de pauvreté « ancré dans le temps », contesté par de nombreux experts et associations de lutte contre la pauvreté (source : Pourquoi l’indicateur du taux de pauvreté « ancré dans le temps » est trompeur , un citoyen en campagne, 2011).

Les idées fausses qui stigmatisent : inventaire !

Pour avoir l’argumentaire de la réponse, cliquez sur la citation

1) Sur la pauvreté, les revenus et les patrimoines

« La pauvreté a diminué en France entre 2006 et 2009 » : FAUX !

2) Sur les minima sociaux

2-1) « La France distribue des minima sociaux élevés » : FAUX !

2-2) « Il n’y a pas assez d’argent dans les caisses pour augmenter les minima sociaux » : FAUX ! 

2-3)  « Les pauvres font des enfants pour toucher des aides et des allocations » : FAUX !

2-4)  « Les gens font tout pour toucher le maximum d’aides » : FAUX !

2-5)  « Les pauvres demandent tous des droits, mais ça va avec des devoirs » : VRAI !

2-6)  « On peut s’en sortir mieux au RSA qu’avec le SMIC » FAUX !

3) Sur le budget des familles

3-1) « Le pouvoir d’achat moyen des Français a augmenté entre 2007 et 2010 » : VRAI et FAUX !

4) Sur le travail, le chômage et la retraite

4-1) « Les pauvres ne veulent pas travailler » : FAUX !

4-2) « Il y a des pauvres qui veulent s’en sortir et d’autres qui ne veulent pas » : FAUX !

4-3) « Les bénéficiaires du RSA ne font pas d’efforts réels pour chercher du travail » : FAUX !

4-4) « Si on veut vraiment travailler, on trouve » : FAUX !

5) Sur le logement

5-1) « La construction de logements sociaux se développe à un rythme suffisant en France » : FAUX !

5-2) « Les logements sociaux devraient être attribués en priorité aux gens qui travaillent » : FAUX !

5-3) « En période de restriction budgétaire, il est normal que l’État réduise l’aide au logement social » : FAUX !

6) Sur la sécurité sociale et la santé

6-1) « Les pauvres sont des fraudeurs » :  FAUX !

6-2) « Les bénéficiaires de la CMU en profitent pour faire des soins de confort dont ils n’ont pas vraiment besoin » : FAUX !

6-3) « Grâce aux bons CAF, les enfants des familles défavorisées ont un accès normal à la culture, au sport, etc. » : OUI et NON !

6-4) « Grâce à la CMU, la CMUC et l’ACS, tout le monde bénéficie d’une protection santé satisfaisante. » : FAUX !

6-5) « Pour ce qui est de l’espérance de vie en France aujourd’hui, nous sommes relativement égaux. » : FAUX ! 

7) Sur le placement des enfants

7-1) « Les enfants placés ont la chance de connaitre une vie meilleure et de découvrir un autre milieu que le leur. » : FAUX !

7-2) « Si on place les enfants, c’est à cause de la maltraitance. » : FAUX !

8) Sur la fiscalité et les impôts

8-1) « Les pauvres ne paient pas d’impôts » : FAUX !

8-2) « Les plus pauvres peuvent se faire exonérer de charges et d’impôts » : OUI MAIS . . .

9) Sur l’immigration

9-1) « L’immigration augmente d’année en année en France » : FAUX !

9-2) « Si on renvoyait les étrangers1 dans leur pays, il y aurait moins de chômage en France »

 ou
« Les étrangers prennent des emplois aux Français »
ou
« Les étrangers qui creusent le trou de la Sécurité sociale »

FAUX, trois fois FAUX  !

9-3) « La France est un des pays d’Europe qui accueille le plus d’immigrés » : FAUX !

9-4) « Les familles immigrées font beaucoup plus d’enfants que les familles françaises natives » : FAUX !

9-5) « La France accueille toute la misère du monde », sous-entendu :« Ce sont les populations les plus pauvres qui immigrent en France » : FAUX !

9-6) « L’immigration coûte 48 milliards d’euros à la France en prestations sociales » : VRAI !

 

9-7) « Les étrangers peuvent profiter facilement des minima sociaux » : FAUX !

9-8) « Les étrangers augmentent la délinquance » : FAUX !

10) Sur l’école

10-1) « Ce n’est pas à l’école de régler tous les problèmes de la société » : VRAI et FAUX !

10-2) « Dans les familles pauvres, les parents sont démissionnaires et se désintéressent de l’école » : FAUX !

10-3) « Heureusement que l’école est là pour corriger certaines inégalités sociales ! » : FAUX !

10-4) « Si les enfants pauvres réussissent moins bien à l’école, c’est qu’ils ne travaillent pas » : FAUX !

10-5) « Les enfants d’immigrés sont plus en échec scolaire que les autres » : FAUX !

10-6) « La mixité sociale dans les écoles nuit à la réussite scolaire » : FAUX !

11) Sur les Roms

11-1) « Les Roms ne veulent pas travailler » : FAUX !

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Article reprenant très largement le travail réalisé par ATD Quart Monde et la MRIE, Mission Régionale d’Information sur l’Exclusion en Rhône-Alpes et publié ICI.

vous y  trouverez en bas de cette (longue) page, ce document de synthèse :

* Une sélection d’idées reçues en 4 pages (http://www.atd-quartmonde.fr/IMG/pdf/4pagesIdeesrecues.pdf)

La stigmatisation, ça suffit !

Pauvreté, immigration, délinquance, assistanat, fraude, … : cassons les idées reçues !

 » Quelle triste époque vivons-nous, où il est plus difficile de briser un préjugé qu’un atome »,
Albert Einstein
.

    Je vous invite à déconstruire des préjugés et des stéréotypes répandus sur la pauvreté et les pauvres afin qu’ils cessent d’être les boucs émissaires des maux de nos sociétés et qu’ils deviennent au contraire des partenaires à part entière dans la construction d’un monde plus juste. Nombre de ces préjugés alimente les discours d’extrême droite, laquelle constitue un danger pour notre démocratie.

Et quand j’entends une Clelia ou un Etienne, étudiants en grandes écoles, reprendre ces prégugés dans un débat sur France 4 : La France, un pays d’assistés ? (video 14’50 »), je me dis que la désinformation est la raison principale du malaise.

Voici nombre de ces idées reçues (sommaire ICI). Diffusez-les autour de vous, réagissez, participez au débat  !

Nota bene : article reprenant largement le document précieux d’ATD Quart-Monde. Je n’ai fait qu’une remise en forme et une précision de certaines sources.

 

1) Sur la pauvreté, les revenus et les patrimoines

1-1) « La pauvreté a diminué en France entre 2006 et 2009 »

FAUX !   Tous les indicateurs de l’INSEE montrent au contraire que la pauvreté et son intensité se sont aggravées entre 2006 et 2009 (on n’a pas d’indicateurs plus récents) :

  • le taux de pauvreté à 60 % du revenu médian est passé de 13,1 % en 2006 à 13,5 % en 2009 (8,2 millions de personnes) ;
  • entre 2000 et 2008, le nombre de personnes sous le seuil de 40 % du revenu médian est passé de 2,7 à 3,2 millions (et pas de chiffre en 2009 ! Pourquoi ?).

Source : Les niveaux de vie en 2009, INSEE.

À savoir : on parle souvent des inégalités de revenus, mais c’est surtout au niveau des patrimoines et donc au moment des héritages que les inégalités se creusent : les 10 % des ménages les moins aisés détiennent moins de 2.700 euros de patrimoine brut (avant remboursement des emprunts). Les 10 % les mieux dotés disposent d’un patrimoine supérieur à 552.300 €. Soit un rapport de 1 à 205, qui a crû de près d’un tiers depuis 2004. Un écart bien plus important que celui relatif aux revenus, qui était en 2009 de 4,2 entre les 10 % les plus modestes et les 10 % les plus riches.

Source : Les inégalités de patrimoine s’accroissent entre 2004 et 2010

Nota bene : Le gouvernement a publié le 19 octobre 2011 son rapport sur l’évolution de la pauvreté en France, qui conclut effectivement à une baisse de 5 % du nombre de personnes sous le seuil de pauvreté entre 2007 et 2009. Cette diminution de 5 % concerne en réalité le taux de pauvreté « ancré dans le temps », contesté par de nombreux experts et associations de lutte contre la pauvreté (source : Pourquoi l’indicateur du taux de pauvreté « ancré dans le temps » est trompeur , un citoyen en campagne, 2011).

2) Sur les minima sociaux

2-1) « La France distribue des minima sociaux élevés »

FAUX ! La France est légèrement sous la moyenne européenne : le montant des minima sociaux s’y élève à 72 % du seuil de pauvreté contre 76 % en moyenne dans l’Union Européenne (base : famille de 2 enfants, seuil à 60 % du revenu médian). 

Source : « Un panorama des minima sociaux en Europe », p. 8, revue « études et résultats », N° 464, février 2006, DREES, Ministère de la Santé et de la Protection sociale.

En 1988, le RMI équivalait à 50 % du SMIC et, en 2012, le RSA socle équivaut à 42 % (474,93 € pour une personne seule). Le montant des minima sociaux (RSA, AAH) n’a pas connu la même progression que l’ensemble des revenus.

2-2) « Il n’y a pas assez d’argent dans les caisses pour augmenter les minima sociaux »

FAUX ! D’une part, seule la moitié des 7,5 milliards d’€ prévus pour le RSA sont effectivement dépensés, à cause des non-recours (cf. 2-4.). D’autre part, il est possible de prendre des mesures – en particulier de plus grande justice fiscale afin d’accroître les recettes de l’état et des collectivités territoriales.

2-3) « Les pauvres font des enfants pour toucher des aides et des allocations. »

FAUX ! Ce n’est pas avec les allocations qu’on peut vivre dignement en famille ; une famille proche du seuil de pauvreté s’appauvrit encore plus lorsqu’elle s’agrandit.

Exemple : une famille au seuil de pauvreté, en passant de deux enfants à trois enfants, passe en dessous de ce seuil ! En effet pour tout nouvel enfant, le revenu de la famille s’élèvera de 161 € d’allocations familiales tandis que son seuil de pauvreté s’élèvera de 0,3 x 954 € soit 286 €. C’est ainsi que l’on dissuade les pauvres d’avoir des enfants !

Démonstration : le seuil de pauvreté (à 60% du revenu median) pour une personne seule est de 954 €. Le seuil de pauvreté pour cette famille est de 2003 € mensuels ( (1+0,5+0,3+0,3) x 954 € ). Disons 2.100 € de revenus (y compris allocations familiales), juste au-dessus du seuil de pauvreté. Lorsque le nouvel enfant survient, son seuil de pauvreté deviendra 2.290 € ( (1+0,5+0,3+0,3+0,3) x 954 € ). Ses revenus, augmentés de 161 € (allocations familiales) seront alors de 2.261 €, inférieur au seuil de pauvreté !

2-4) « Les gens font tout pour toucher le maximum d’aides »

FAUX ! La moitié des personnes éligibles au RSA n’en fait pas la demande (source : « La moitié des personnes éligibles au RSA n’en fait pas la demande », Actualités Sociales Hebdomadaires, N° 2737, 2011, Odenore).

Les raisons : la volonté de ne pas dépendre de l’aide publique, la complexité des démarches, le manque d’information, le souhait de ne pas être contrôlé.

Pour les taux de non-recours aux prestations sociales, voir aussi 6-4. .

2-5) « Les pauvres demandent tous des droits, mais ça va avec des devoirs »

VRAI ! Mais la société doit aussi engager des moyens suffisants pour que son devoir de soutenir les personnes en difficulté se traduise en un accompagnement réel et ne consiste pas uniquement en du contrôle. Or « Le suivi des allocataires du RSA parait s’être dégradé, puisque, pour les seuls allocataires du RSA socle, ils sont un tiers à avoir signé un CER (contrat d’engagement réciproque) alors que près de la moitié de ceux qui touchaient le RMI avaient à l’époque un contrat d’insertion. » commentent les auteurs (source : « La moitié des personnes éligibles au RSA n’en fait pas la demande », Actualités Sociales Hebdomadaires, N° 2737, 2011, Odenore).

Pour ce qui est de l’accompagnement des chercheurs d’emploi, il n’est pas à la mesure des besoins. Le nombre moyen de demandeurs d’emploi suivis par conseiller de Pôle Emploi était de 85 fin 2008, 95 en 2009, puis 105,8 fin décembre 2010. Le Sénat et le Conseil Économique Social et Environnemental estiment qu’il faudrait se rapprocher de la cible de 60 demandeurs d’emploi par conseiller (source : rapport du Sénat sur Pôle emploi, juillet 2011)

2-6) « On peut s’en sortir mieux au RSA qu’avec le SMIC »

FAUX ! C’est TOTALEMENT IMPOSSIBLE.

Et pourtant Laurent Wauquier déclarait : « Un couple qui est au RSA, en cumulant les différents systèmes de minima sociaux, peut gagner plus qu’un couple dans lequel il y a une personne qui travaille au SMIC » le 8 mai 2011.

    Exemple d’un couple locataire en Île-de-France :

  Ressources mensuelles (y compris APL) pour un couple sans emploi ni allocations chômage (RSA Socle) Ressources mensuelles (y compris APL) pour un couple avec un SMIC à 1000 € mensuel net (+ RSA activité)
Sans enfant avec aide au logement (APL)

598(RSA)+360(APL) =
958 €

+ droit à la CMUC

1000+200(APL)+218(RSA activité) =
1418 €

pas de droit à la CMUC

Sans enfant et sans APL

712 €

+ droit à la CMUC

1000+332(RSA activité) =
1332 €

pas de droit à la CMUC

Avec deux enfants et APL et Allocations familiales (126 €)

859+470(APL) =
1329 €

+ droit à la CMUC

1000+390(APL)+126(AF)+350(RSA activité) =
1866 €

+ droit à la CMUC

Avec deux enfants et sans APL. AF=126 €

997 €

+ droit à la CMUC

1000+126+491(RSA activité) =
1617 €

+ droit à la CMUC

Nota bene :

  •   Les simulations d’APL ont été effectuées sur le site de la CAF pour un loyer de 700 € à Paris.
  •   RSA activité = Montant forfaitaire RSA + 62 % des revenus d’activité du foyer – Ressources du foyer – Forfait d’aide au logement (voir http://bit.ly/yB2UJy). Pour notre premier calcul, cela donne 712+(1000×62 %)-1000-114=218 € . Note : 114 € est le forfait à déduire en 2012 pour une famille de deux personnes bénéficiant d’une aide au logement. Pour la situation avec deux enfants, cela donne 997+(1000 x 62 %) – 1000 – 126 – 141=350 €.

Note : 141 € est le forfait à déduire en 2012 pour une famille de 3 personnes et plus bénéficiant d’une aide au logement.

  •   Le RSA socle comprend les allocations familiales.
  •   Pour avoir accès à la CMUC (CMU-Complémentaire), les revenus mensuels doivent être inférieurs à 971 € pour une famille de deux personnes et 1360 € pour 4 personnes. Sont inclus dans ce calcul les revenus de la famille (hors RSA mais y compris allocations familiales) et un forfait logement pour les locataires bénéficiant d’une aide au logement : 114 € mensuels pour une famille de deux personnes en 2012 et 141 € pour plus de trois personnes (sources : CMU complémentaire : y avez-vous droit ?  et Plafonds applicables pour l’octroi de la CMUC et l’aide complémentaire santé).

Deux commentaires :

  •   Effectuer ces calculs est un véritable parcours du combattant : plusieurs témoignages nous montrent qu’il y a parfois des écarts entre la théorie et la réalité. Comment une famille aux revenus modestes peut-elle prévoir ses revenus sur les mois à venir ?
  •   Nous n’avons pas pris en compte des dépenses de garde d’enfant ou de services essentiels (transport, gaz, électricité) qui peuvent être différentes entre une famille percevant un SMIC et une famille percevant le RSA socle.

3) Sur le budget des familles

3-1)« Le pouvoir d’achat moyen des Français a augmenté entre 2007 et 2010 »

VRAI et FAUX ! Le pouvoir d’achat global au niveau de la France a légèrement augmenté. Mais, compte tenu de l’augmentation de la population, le « pouvoir d’achat du revenu arbitrable » (une fois que les dépenses obligées – loyer, assurance, électricité – ont été payées) par personne a baissé de 0,1 % entre 2008 et 2010 (source : Revenu « arbitrable » des ménages et évolution du pouvoir d’achat « arbitrable » par personne, par ménage et par unité de consommation, INSEE, 2012).

Par ailleurs, pour les revenus les plus modestes, la situation est plus grave. Par exemple, de 1992 à 2006, les dépenses incompressibles dans leur budget sont passées de 52 à 74 %. Selon le Secours catholique (Message, février 2011) : « se chauffer devient un luxe pour des millions de personnes  », 3,4 millions de personnes subissent la précarité énergétique, les demandes d’aide au chauffage ont augmenté de 50 % entre 2008 et 2009 au Secours Catholique.

Le prix du gaz a augmenté de 50 % en 5 ans ; les loyers depuis 2000 : +30 % ; électricité : +6 % en un an ; carburants : +15 % en un an (source : rapport de la CLCV, octobre 2011).

Voir aussi le dossier annuel 2011 de la MRIE Rhônes-Alpes : ICI sur http://bit.ly/wjG2to

4) Sur le travail, le chômage et la retraite

4-1) « Les pauvres ne veulent pas travailler » 

FAUX ! Les études convergent : 64 % des chômeurs interrogés dans huit pays européens déclarent qu’ils veulent retrouver un emploi, même si cela ne leur procure pas un gain financier, alors que seuls 48 % des personnes déjà en emploi déclarent vouloir conserver leur travail dans une telle situation (source : étude coordonnée par Duncan Gallie en 1999, citée par Jean Gadrey).

L’enquête « L’influence des incitations financières sur le retour à l’emploi des bénéficiaires de minima sociaux » (pdf) (Direction Générale du Trésor, 2009) montre bien que la valeur accordée au travail et la volonté d’assurer le meilleur avenir possible aux siens conduisent la plupart des bénéficiaires à accepter la reprise d’un emploi, même sans gain financier immédiat. Les principaux freins évoqués pour la reprise d’un travail sont le manque d’emplois, de moyens de transport, de formations adaptées, de modes de garde accessibles, etc.

4-2) « Il y a des pauvres qui veulent s’en sortir et d’autres qui ne veulent pas »

FAUX ! Personne n’accepte de vivre dans la misère. La distinction entre « bons pauvres » et « mauvais pauvres » traverse toute l’histoire de la pauvreté ( lire Paul Christophe). Cette distinction est surtout le reflet de l’impuissance de l’action publique ou de son manque de volonté de s’attaquer vraiment à la pauvreté. Faute de quoi, on s’attaque aux pauvres : c’est plus facile !

4-3) « Les bénéficiaires du RSA ne font pas d’efforts réels pour chercher du travail »

FAUX ! La plupart des bénéficiaires du RSA ont l’obligation de chercher un emploi, sous peine de diminution ou suspension de l’allocation.

4-4) « Si on veut vraiment travailler, on trouve »

FAUX ! Dans l’état actuel du marché de l’emploi (entre 3 et 5 millions de chômeurs en 2012, selon la catégorie considérée), tout le monde ne PEUTpas trouver du travail : le nombre d’emplois vacants (offres) est très inférieur au nombre de chômeurs (demandes). En outre, certaines personnes restées depuis longtemps sans travail ont besoin d’être particulièrement soutenues pour revenir à l’emploi. 

Quelques chiffres :

  •   Le chômage coûte, chaque mois, 2,2 milliards d’euros à l’Unedic (source : rapport du Sénat, 2011) ;
  •   Les plus pauvres cotisent comme les autres pour leur retraite, mais perçoivent moins de retraite dans la mesure où leur espérance de vie est moins importante (cf. 6) ;
  •   Taux de chômage chez les 16-25 ans : 8,7 % chez les bac+2, et 35 % chez les non-diplômés (source : « L’insertion des jeunes sans emploi », pp. 36-37, CERC). Le taux de chômage des 15-29 ans était, en 2009, de 29,5 % en zone urbaine sensible et de 16,9 % en moyenne nationale (source : « Emploi et chômage des 15-29 en 2009 », Analyses, oct. 2010, N°72, p. 1, DARES).

5) Sur le logement

5-1) « La construction de logements sociaux se développe à un rythme suffisant en France »

FAUX ! Le niveau de la construction en progrès régulier jusqu’en 2007 s’est effondré depuis : seulement 333.000 logements ont été commencés en 2009 contre 435.000 en 2007, ce qui met à mal les objectifs du DALO.

 

On estime que le niveau de déficit va atteindre le million de logements. De plus, la progression des logements sociaux tient surtout à l’augmentation de logements accessibles seulement aux classes moyennes (nombre de logements PLS multiplié par 10 entre 2000 et 2010) alors que les logements accessibles aux familles les plus modestes augmentent bien plus faiblement : le nombre de PLAI a été multiplié par 2 sur la même période (source : rapport Mal logement, 2011, Fondation Abbé Pierre).

5-2) « Les logements sociaux devraient être attribués en priorité aux gens qui travaillent »

FAUX ! L’impératif de solidarité nationale exige que chacun, qu’il ait ou non un emploi, puisse disposer d’un logement adapté à ses ressources. Le droit à un logement digne est reconnu pour tous les citoyens en France.

De fait, on constate malheureusement aujourd’hui que les personnes possédant un emploi accèdent en priorité aux logements sociaux.

5-3) « En période de restriction budgétaire, il est normal que l’État réduise l’aide au logement social »

FAUX ! C’est la réalité mais c’est un mauvais calcul. Tout d’abord parce que, en contrepartie, « l’ensemble des crédits que l’état consacre à la politique d’hébergement peut être estimé à 1,5 milliard d’euros » chaque année (source : D. Migaud, prsident de la Cour des comptes, en Audition parlementaire, déc. 2011).

Par ailleurs, l’absence de logement stable provoque pour une famille des ruptures durables dans l’emploi, la santé, la scolarité, . . . qui auront des conséquences et des coûts élevés pour la collectivité.

6) Sur la Sécurité sociale et la santé

6-1) « Les pauvres sont des fraudeurs »

FAUX ! La fraude aux prestations sociales est évaluée à environ 3 Milliards d’€ dont 90% sont récupérés. Elle concernerait 1 % des particuliers.
Pour la branche famille :  » Une  part  importante  de  ces  montants,  selon  ces  mêmes estimations,  aurait  cependant  été  détectée  et  les  indus  correspondants récupérés pour la plus grande part : le préjudice financier final lié aux  fraudes  serait  donc  plus  limité,  de  l’ordre  de  170 M€  selon  les estimations de la Cour, à partir des données de la CNAF ».
Source: rapport Cour des comptes 2010 sur la sécurité sociale : la lutte contre la fraude aux prestations sociales dans le régime général).

La CNAF estime le taux de fraude à 0,46 % pour les prestations familiales, 3,1 % pour l’API (Allocation Parent Isolé), 3,6 % pour le RMI-RSA (source : AFP, 29 avril 2010).

Peut-être mais n’est-ce pas l’arbre qui cache le forêt :

  • la fraude aux prélèvements sociaux, évaluée à entre 8 et 12 Milliards d’€ et concernerait 10 % des entreprises (source : Conseil des Prélèvements Obligatoires, 2007)
  • la fraude fiscale en France: en 2005 elle est évaluée entre 20 et 25 Milliards d’€ par le Conseil des prélèvements obligatoires, à 30 Milliards d’€ par la Direction du Budget, ou encore à 50 Milliards d’€ par la Commission Européenne.

6-2) « Les bénéficiaires de la CMU en profitent pour faire des soins de confort dont ils n’ont pas vraiment besoin »

FAUX ! La CMU est très restrictive. 

En vidéo (3’30 ») : Jean-François Chadelat, directeur du Fonds CMU, démonte des idées fausses sur la CMU

6-3) « Grâce aux bons CAF, les enfants des familles défavorisées ont un accès normal à la culture, au sport, etc. »

OUI et NON ! Ces aides sont appréciables, mais elles nécessitent un financement complémentaire plus ou moins important par les familles. Et il faut anticiper les besoins pour faire les demandes à temps.

6-4) « Grâce à la CMU, à la CMUC et à l’ACS, tout le monde bénéficie d’une protection santé satisfaisante. »

FAUX ! En 2008, 1,5 million de personnes sur les 6 millions de bénéficiaires potentiels ne disposaient pas de la CMU. Au 31 décembre 2010, une étude du Fonds CMU estimait que le nombre de personnes n’ayant pas recours à la CMU-C (CMU complémentaire) était de plus de 20 %.

Pour l’aide à l’acquisition d’une complémentaire santé (ACS), le taux de non-recours est de 80 %. Par ailleurs, en 2008, 22 % des bénéficiaires de la CMU-C déclaraient avoir renoncé à certains soins pour des raisons financières au cours des 12 derniers mois (source : « Étudier l’accès aux soins des assurés CMU-C, une approche par le renoncement aux soins« , Boisguérin et coll., Santé, Soins et protection sociale en 2008. Paris : IRDES, 2010/06, 31-40).

6-5) « Pour ce qui est de l’espérance de vie en France aujourd’hui, nous sommes relativement égaux. »

FAUX ! A la fin des années 1990, un ouvrier ayant 35 ans vivra encore en moyenne 39 ans, un cadre 46 ans et un chômeur 28 ans.

Ces inégalités d’espérance de vie sont croissantes en France (source : « Les différences sociales de mortalité : en augmentation chez les hommes, stables chez les femmes », Monteil C., Robert-Bobée I., 2005, INSEE Première, 1025).

7) Sur le placement des enfants

7-1) « Les enfants placés ont la chance de connaître une vie meilleure et de découvrir un autre milieu que le leur. »

FAUX ! Pour un grand nombre d’enfants et de parents, le placement est une solution qui crée des ruptures profondes alors qu’il pourrait souvent être évité.  » Une personne sans domicile sur cinq a dû quitter le domicile de ses parents avant l’âge de 16 ans – proportion six fois plus élevée que dans le reste de la population «  (source : Devenir sans-domicile, le rester : rupture des liens sociaux ou difficultés d’accès au logement ? », Économie et Statistique, N° 391-392, 2006, INSEE).

7-2) « Si on place les enfants, c’est à cause de la maltraitance. »

FAUX ! Les causes du placement d’un enfant d’une famille pauvre tiennent souvent aux conditions d’accès de la famille au logement, à la santé, etc. Des difficultés pourraient dans de nombreux cas être résolues par un soutien à la famille qui coûterait par ailleurs moins cher que la solution du placement. « Six milliards d’euros sont dépensés chaque année de façon empirique, sans que l’on cherche à contrôler les acteurs de la protection de l’enfance, ni à connaître l’efficacité de ces interventions » (source : rapport « La protection de l’enfance », Cour des comptes, octobre 2009).

8) Sur la fiscalité et les impôts

8-1) « Les pauvres ne paient pas d’impôts »

FAUX ! Le taux moyen d’imposition (impôts directs et indirects) des 10 % les moins riches est d’environ 40 %, celui des 0,1 % les plus riches d’environ 37 %, et celui des revenus moyens de 45 à 48 % (source : calculs effectués par les économistes Saez, Landais et Piketty à partir des données INSEE).

Nota bene : pour les plus hauts revenus, les taux réels d’imposition sont souvent très inférieurs aux taux affichés : grâce aux niches fiscales, une partie des plus hauts revenus échappe à une part de l’imposition.

8-2) « Les plus pauvres peuvent se faire exonérer de charges et d’impôts »

Oui, mais il faut effectuer beaucoup de démarches avant d’obtenir ces exonérations et il faut les renouveler régulièrement.

9) Sur l’immigration

immigration je veux pas savoir9-1) « L’immigration augmente d’année en année en France »

VRAI et FAUX ! Depuis 1975, le taux d’immigrés est quasi constant : 8,4 % en 2008  contre 7,4 % en 1975  . (source: Évolution de la part des populations étrangères et immigrées en 2008,  INSEE).

9-2) « Si on renvoyait les étrangers1 dans leur pays, il y aurait moins de chômage en France »
ou
« Les étrangers prennent des emplois aux Français »
ou
« Les étrangers creusent le trou de la Sécurité sociale »

FAUX ! Globalement, la présence des populations de nationalité étrangère en France crée de la richesse et donc de l’emploi, grâce à l’apport de consommation, d’impôts et de cotisations (cf. 9-6.). Les étrangers sont aussi consommateurs, ils créent une demande supplémentaire et des emplois. Les études montrent que les migrants arrivants créent leurs propres emplois.

« En imaginant une augmentation de 10 % du flux d’immigration au Royaume-Uni en 2007, le taux de chômage n’augmenterait alors que de 0,01 point au bout de 13 ans. » (source : Immigrés: une boîte à outils pour répondre à Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy, Caroline Fourteau, mai 2011).

9-3) « La France est un des pays d’Europe qui accueille le plus d’immigrés »

FAUX ! « Avec un taux d’accroissement naturel de 4 pour 1000 et un taux d’accroissement migratoire de 1 pour 1000, la France est le pays d’Europe dont la croissance démographique annuelle dépend le moins de l’immigration » (source : « Cinq idées reçues sur l’immigration », tableau 2, page 2, INED, 2004). Autrement dit le solde migratoire (entrées-sorties) représente 20 % de l’accroissement naturel de la population française. En Allemagne, la totalité de l’accroissement de la population est dû au solde migratoire, le solde naturel étant négatif !

En 2010, la part des personnes immigrées sur la population totale s’élevait à : Autriche : 16 %, Suède 14 %, Espagne :14 %, États-Unis : 13 %, Allemagne : 13 %, France : 11 %2, Pays-Bas : 10 %, Royaume-Uni : 10 %, Belgique : 9 %, Italie : 7 % (source : Le nombre et la part des immigrés dans la population : comparaisons internationales, Gilles Pison, INED, 2010).

9-4) « Les familles immigrées font beaucoup plus d’enfants que les familles françaises natives »

Pas tant que cela ! « Dans la période 1991-1998, le nombre moyen d’enfants par femme était de 1,65 pour les seules françaises natives. Les femmes immigrées avaient en moyenne 2,2 enfants » (source : « Cinq idées reçues sur l’immigration », Population et sociétés, INED, 2004).

9-5) « La France accueille toute la misère du monde », sous-entendu : « Ce sont les populations les plus pauvres qui immigrent en France »

FAUX ! « Dans l’ensemble, les migrants représentent par rapport aux non-migrants de la société d’origine une population sélectionnée : en meilleure santé, plus instruite, plus entreprenante, dotée d’un minimum de ressources »  Source : « Cinq idées reçues sur l’immigration », Population et sociétés, INED, 2004.

La part des immigrés diplômés de l’enseignement supérieur est passée de 12 à 25 % entre 1990 et 2007. La moyenne nationale est de 29 %.
Sources : « L’activité des immigrés en 2007 », INSEE et Immigrés: une boîte à outils pour répondre à Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy, Caroline Fourteau, mai 2011.

9-6) « L’immigration coûte, en prestations sociales, 48 milliards d’euros »

VRAI ! Mais elle rapporte 60 milliards d’€ en impôts et cotisations sociales chaque année

Sources : ministère de la Santé et des Affaires Sociales et étude de l’université de Lille-II de juillet 2010, voir « Immigrés: une boîte à outils pour répondre à Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy« , Caroline Fourteau, mai 2011.

La population immigrée est en moyenne plus jeune et en meilleure santé que les autres habitants de la France. Or, dans les prestations sociales, la maladie pèse 47 % et la retraite 31 % (les autres dépenses étant allocations chômage, RSA, allocations logement et allocations familiales). La population immigrée est donc une chance pour aider au paiement des retraites.

En moyenne, la contribution nette de chaque immigré (différence entre ce qu’il verse et ce qu’il reçoit en transfert sociaux) est de l’ordre de 1500 € par an.

Source : « Migrations et protection sociale : étude sur les liens et les impacts de court et long terme » , rapport pour la DREES-MIRe, auprès des Ministères du travail, du budget et de la Santé.

   « En l’absence de l’immigration, le besoin de financement de la protection sociale en France augmenterait de 2 points de Produit Intérieur Brut (PIB). » (source : Immigration : combien ça coûte, Xavier Chojnicki, Lille 2, laboratoires EQUIPPE et CEPII). 

Bien sûr, l’apport de l’immigration à notre pays ne saurait se limiter à cet aspect comptable : il est aussi et surtout humain, culturel, scientifique, artistique, etc.

9-7) « Les étrangers peuvent profiter facilement des minima sociaux »

FAUX ! Il faut être en possession d’un titre de séjour et d’une carte de travail depuis au moins cinq ans pour bénéficier du RSA si on est natif d’un pays extérieur à l’Union européenne.

9-8) « Les étrangers augmentent la délinquance »

FAUX ! 12,7 % du nombre de condamnés sont étrangers (source : ministère de la Justice), alors qu’ils représentent environ 8 % de la population française (cf. 9-3.). L’écart n’est pas si important que veulent le faire croire certains hommes politiques.

10) Sur l’école

10-1) « Ce n’est pas à l’école de régler tous les problèmes de la société »

VRAI et FAUX ! La loi d’orientation sur l’école de 2005 dit : « La scolarité obligatoire doit au moins garantir à chaque élève les moyens nécessaires à l’acquisition d’un socle commun constitué d’un ensemble de connaissances et de compétences qu’il est indispensable de maîtriser pour accomplir avec succès sa scolarité, poursuivre sa formation, construire son avenir personnel et professionnel et réussir sa vie en société. ». Cela dit bien que le rôle de l’école n’est pas seulement de transmettre des connaissances, mais aussi de permettre aux élèves de se construire des compétences, dont celle de pouvoir vivre avec d’autres différents de soi.

Elle doit aussi permettre à tous d’acquérir ces connaissances et compétences. Mais on constate qu’elle peine à atteindre ces objectifs et à réduire les inégalités sociales, dans la mesure où l’échec et la réussite scolaire sont de plus en plus liés à l’origine sociale. En réalité, le fonctionnement actuel de l’école en France vise aussi un objectif non déclaré : sélectionner les meilleurs élèves qui s’orienteront ensuite vers des études supérieures et les postes de responsabilité.

10-2) « Dans les familles pauvres, les parents sont démissionnaires et se désintéressent de l’école »

FAUX ! Les parents défavorisés ont souvent peur de l’école car ils sont marqués par leur échec d’enfant. Par ailleurs, 80 % des mères non-diplômées s’estiment dépassées pour aider leurs enfants dans leurs études au collège, contre 26 % seulement des mères diplômées de l’enseignement supérieur (source :  « L’aide aux devoirs apportée par les parents », INSEE, 2004).

Mais le lien entre pauvreté et échec scolaire n’est pas fatal : il est moins élevé dans la plupart des autres pays développés qu’en France, et très faible dans des pays comme le Canada, la Finlande, le Japon ou la Chine (source : étude PISA).

10-3) « Heureusement que l’école est là pour corriger certaines inégalités sociales ! »

FAUX ! L’impact du milieu social sur la réussite ou l’échec scolaire est plus grand en France que dans beaucoup d’autres pays, et il grandit au fil des années. En 2009, plus de 75 % des élèves dont les parents sont cadres ou professions intellectuelles ont obtenu le bac général, contre 33 % pour les enfants d’ouvriers et 41 % des enfants d’inactifs ; le pourcentage de variation de performance des élèves en lecture, expliqué par le milieu socio économique est de 17 % pour la France bien au dessus de la moyenne de l’OCDE (14 %), le double de la Finlande du Canada ou du Japon.

Source : « Les inégalités à l’école », CESE, sept. 2011.

10-4) « Si les enfants pauvres réussissent moins bien à l’école, c’est qu’ils ne travaillent pas »

FAUX ! Les causes sont plus complexes que cela. Par exemple, « le niveau de diplôme des parents (particulièrement celui de la mère) et, de manière plus globale, les possibilités d’encadrement de la scolarité par les familles revêtent une importance au moins aussi grande que leur situation socio-économique » (Source : « Les inégalités à l’école », CESE, sept. 2011).

10-5) « Les enfants d’immigrés sont plus en échec scolaire que les autres »

FAUX ! C’est la pauvreté qui la plus grande cause d’échec scolaire et non pas l’immigration. Aniveau social égal, les descendants d’immigrés ne sont pas en moyennes plus touchés par l’échec scolaire que le reste de la population (source : « Les inégalités à l’école », CESE, sept. 2011).

10-6) « La mixité sociale dans les écoles nuit à la réussite scolaire »

FAUX ! Lorsque l’on met en oeuvre une pédagogie adaptée, les résultats scolaires de tous s’améliorent, comme le montrent les expériences de plusieurs établissements scolaires (voir l’exemple des écoles Anne Frank et Hélène Boucher à Mons-en-Baroeul, celui du collège La Durantière à Nantes – Feuille de route sept/oct. 2011 -, celui du collège Évariste-Galois à Nanterre – Feuille de route novembre 2011 -, etc.). Par ailleurs, l’école ne doit-elle pas préparer les enfants et les jeunes à vivre ensemble dans le respect des différences ?

11) Sur les Roms

11-1) « Les Roms ne veulent pas travailler »

FAUX ! C’est le contraire : tout est fait en France pour que les Roms de Roumanie et de Bulgarie n’aient pas le droit de travailler : une « période transitoire » les empêche d’avoir les mêmes droits que les autres européens avant fin 2013. Pour travailler, ils doivent disposer d’une autorisation de travail. Les délais d’obtention sont de 3 à 6 mois à partir d’une promesse d’embauche à temps plein. Le plus souvent, l’employeur (qui doit en plus payer la taxe dûe à l’Office Français pour l’Immigration et l’Intégration pour l’embauche d’un étranger) ne peut attendre la réponse et embauche quelqu’un d’autre.

Le 26 octobre 2009, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE) a demandé au gouvernement qu’il mette fin à cette période transitoire, ainsi que la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH), dans l’avis du 22 mars 2012 (article 33, p.9).

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Article très largement inspiré de cet article d’ATD Quart Monde sur la base d’un travail réalisé avec la Mission Régionale d’Information sur l’Exclusion en Rhône-Alpes.

* Une sélection d’idées reçues en 4 pages

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1. Dans la définition de l’ONU, un immigré est une personne née en dehors du territoire concerné. Cela inclut donc les Français nés à l’étranger. Dans le sens commun adopté par l’INSEE, un immigré est une personne née étrangère à l’étranger.

2. En incluant les Français nés à l’étranger, comme l’ONU le préconise dans ses calculs. La part des immigrés de nationalité étrangère s’élève à 8 % (chiffre présenté par l’INSEE).