Archives pour la catégorie Inegalites

Macron, les jeunes milliar­daires et la fisca­lité, 2017

Le 6 janvier 2015 Macron décla­rait « Il faut des jeunes Français qui aient envie de deve­nir milliar­daires » (source : Les.echos, 6 janvier 2015).

En 2017, le candi­dat à la prési­den­tielle fait des propo­si­tions pour le moins cohé­rentes avec cette petite phrase, ces mesures fiscales favo­ri­sant les 1% les plus riches.

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Éradiquer la pauvreté en instau­rant un Revenu Maxi­mal

Dans cet article, nous évaluons l’im­pact de l’éta­blis­se­ment d’un RMA (revenu maxi­mal admis­sible) sur le niveau de vie de chacun des 10 déciles de la popu­la­tion française . Ce RMA est défini ici comme le rapport du niveau de vie moyen du dernier décile noté D10 (les 10% les plus riches) sur celui du premier décile, noté D1 (les 10% les moins riches). Conti­nuer la lecture

En 2016, les 1 % les plus riches du monde possè­de­ront plus que les 99% restant

Je publie ici l’ar­ticle du même nom posté par Jean Gadrey sur son blog ce mardi 20 janvier 2015. N’hé­si­tez pas à commen­ter ci-dessous.

En 2016, les 1 % les plus riches du monde possè­de­ront plus que les 99% restant puisqu’il possè­de­ront plus de la moitié de la richesse mondiale !

C’est l’un des résul­tats d’une étude d’Ox­fam, « Insa­tiable richesse », qui vient d’être mise en ligne. La part du patri­moine mondial déte­nue par les 1 % les plus riches est passée de 44 % en 2009 à 48 % en 2014, et dépas­sera selon toute proba­bi­lité les 50 % en 2016. En 2014, les membres de cette élite inter­na­tio­nale possé­daient en moyenne 2,7 millions de dollars par adulte. Vive la crise !

Les esti­ma­tions utilisent les meilleures sources mondiales dispo­nibles sur les patri­moines, dont celles du Crédit Suisse. D’autres chiffres renforcent le vertige devant la déme­sure, dont ce graphique, qui montre que si, en 2010, 388 milliar­daires (le haut du clas­se­ment Forbes) étaient aussi riches que la moitié la plus pauvre de la popu­la­tion mondiale, en 2014, il « n’en faut plus » que 80.

La concen­tra­tion de la richesse vers le haut produit le dénue­ment « en bas » et même aux étages inter­mé­diaires de la hiérar­chie. C’est ainsi que les 80 % les moins riches ne détiennent que 5,5 % de la richesse mondiale totale des ménages.

Cette étude consacre d’im­por­tants déve­lop­pe­ments aux méca­nismes écono­miques, poli­tiques, fiscaux, etc. de cet insa­tiable enri­chis­se­ment, et en parti­cu­lier à l’in­tense et très coûteux (mais hyper rentable) lobbying de cette oligar­chie de taille infime mais au pouvoir immen­se… tant que les pouvoirs poli­tiques s’en rendent complices ou, dans « le meilleur des cas », ne font rien de sérieux.

Extrait :
« En 2013, le secteur de la finance a dépensé plus de 400 millions de dollars dans des acti­vi­tés de lobbying aux États-Unis, soit 12% du montant total consa­cré aux acti­vi­tés de lobbying dans le pays cette même année, tous secteurs confon­dus. Par ailleurs, dans le cadre des élec­tions de 2012, les entre­prises de ce secteur ont dépensé 571 millions de dollars pour finan­cer certaines campagnes élec­to­rales. D’après le Centre for Respon­sive Poli­tics, c’est le secteur de la finance qui a apporté la plus grande contri­bu­tion aux partis et aux candi­dats fédé­raux. Les milliar­daires améri­cains repré­sentent envi­ron la moitié des milliar­daires de la liste Forbes ayant des inté­rêts dans le secteur finan­cier. Ce nombre est passé de 141 à 150 aux États-Unis, et leur fortune cumu­lée de 535 à 629 milliards de dollars, soit une augmen­ta­tion de 94 milliards de dollars (17%) en l’es­pace d’un an. »

L’en­semble du patri­moine net des milliar­daires ayant des inté­rêts dans le secteur phar­ma­ceu­tique et de la santé a augmenté de 47 %. Eux aussi avaient dépensé 500 millions de dollars pour faire pres­sion sur les respon­sables poli­tiques à Washing­ton et à Bruxelles, en 2013.

Oxfam craint que la force de lobbying de ces secteurs ne soit un obstacle majeur à la réforme du système fiscal inter­na­tio­nal et n’im­pose des règles de propriété intel­lec­tuelle qui empêchent les plus pauvres d’ac­cé­der à des médi­ca­ments vitaux.

Oxfam appelle les États à adop­ter un plan en sept points pour lutter contre les inéga­li­tés :

– Mettre un frein à l’éva­sion fiscale des entre­prises et des grandes fortunes
– Inves­tir en faveur de la gratuité et de l’uni­ver­sa­lité de services publics comme la santé et l’édu­ca­tion
– Répar­tir équi­ta­ble­ment la charge fiscale, l’al­lé­geant du côté du travail et de la consom­ma­tion tout en taxant davan­tage le capi­tal et les richesses
– Instau­rer un salaire mini­mum et oeuvrer à un salaire décent pour l’en­semble des travailleuses et travailleurs
– Instau­rer une légis­la­tion en faveur de l’éga­lité sala­riale et promou­voir des poli­tiques écono­miques assu­rant le trai­te­ment équi­table des femmes
– Mettre en place une protec­tion sociale suffi­sante pour les plus pauvres, notam­ment la garan­tie d’un revenu mini­mum
– Adop­ter l’objec­tif commun de lutter contre les inéga­li­tés à l’échelle inter­na­tio­nale

Brève de comp­toirs : les pauvres et les écrans plats !

« Les pauvres dépensent l’al­lo­ca­tion rentrée scolaire en télé­phones portables, écrans plats »,
A. Nonyme à la cafét de mon entre­prise, 2014.

Non, les pauvres ne dépensent pas plus que les riches en « futi­li­tés » !
Non, les pauvres n’achètent pas des écrans plats avec l’al­lo­ca­tion de rentrée scolaire !
Non, les pauvres ne consacrent pas une part moindre de leurs reve­nus à leurs enfants que les riches !
   L’autre jour, je discu­tais avec un collègue CSP+ [1]. Celui-ci semblait convaincu que les CSP-  dépen­saient plus en commu­ni­ca­tion et écrans divers (TV, jeux vidéos, …) qu’en culture et loisirs pour leurs enfants. Le fameux mythe de l’achat d’écrans plats avec l’al­lo­ca­tion de rentrée scolaire.
   Voyons voir. Compa­rons, à l’aide des données de l’INSEE, la struc­ture des dépenses des ménages en fonc­tion de leurs reve­nus. Les ménages sont clas­sés selon dix déciles : des 10% aux reve­nus annuels par unité de consom­ma­tion les plus bas, noté D1, aux derniers 10% les plus hauts,  noté D10. Les premiers perçoivent, en moyenne 7.857 €, les derniers 22.315 € (2001) [2].

Premier tableau : il repré­sente les dépenses abso­lues des ménages selon onze postes budgé­taires (loge­ment, trans­port, alimen­ta­tion, ameu­ble­ment, loisirs & culture, restau­rants & hôtels, habille­ment, santé, alcool & tabac, commu­ni­ca­tion, autres).

Depenses_annuelles_selon_type_par_decile_2001.jpg

   On constate que, pour TOUS les postes de consom­ma­tion, les dépenses sont d’au­tant plus impor­tantes que les reve­nus le sont. On remarquera parti­cu­liè­re­ment que les dépenses de trans­ports progressent bien plus vite que les reve­nus. Cela ne semble pas démon­trer que les « pauvres » auraient des voitures trop puis­santes rela­ti­ve­ment à leurs moyens. A moins que ce ne soit parce que plus on est riche plus on travaille loin !

   Voyons main­te­nant les parts prises par chaque poste budgé­taire. Chacun jugera quels postes corres­pondent le mieux aux « futi­li­tés » et lesquels corres­pondent le mieux aux « néces­si­tés ».

Deuxième tableau : part rela­tive de chacun des 11 postes budgé­taires des ménages en fonc­tion des reve­nus.

Part_depenses_annuelles_selon_type_par_decile_2001.jpg

   Premier constat :
  • Loge­ment (loyers, charges, travaux courants d’en­tre­tien, eau, gaz, élec­tri­cité et autres combus­tibles), le premier décile y consacre une part de 10 points de pour­cen­tage de plus (28%) que les trois derniers (18%). Autre­ment dit, les pauvres consacrent à leur loge­ment une part 55% rela­ti­ve­ment plus impor­tante que celle les riches (28% / 18%) ;
  • Alimen­ta­tion : le premier décile y consacre 7 points de % de plus (20%) que les riches (13%). Autre­ment dit les pauvres consacrent à leur alimen­ta­tion une part  54% rela­ti­ve­ment plus impor­tante que celle des riches  (20% / 13%).

   Le loge­ment et l’ali­men­ta­tion consti­tuent-ils des dépenses futiles ? Les pauvres occu­pe­raient-ils des loge­ments « au-dessus de leurs moyens » ? Ou les pauvres seraient-ils contraints de louer (cher) leur loge­ment ? Les pauvres achè­te­raient-ils des denrées « au-dessus de leurs moyens » ?

  Deuxième constat : avec 27 € mensuels, les plus pauvres consacrent 1,3% de plus à leurs dépenses de commu­ni­ca­tion que les plus riches qui y consacrent 53 €, soit le double. Est-ce cela qui fait dire à mon collègue que les pauvres dépensent leur argent en futi­li­tés au détri­ment de leurs enfants ?

  Ci-dessous détail du poste Commu­ni­ca­tion :

Reve­nus D1 D2 D3 D4 D5 D6 D7 D8 D9 D10
Part
Dépense abso­lue
4,10% 3,68% 3,42% 3,12% 3,19% 3,03% 2,94% 2,98% 2,98% 2,83%
322 € 322 € 358 € 353 € 391 € 398 € 432 € 463 € 535 € 632 €
 
  Où se cachent donc ces fameuses dépenses en « écrans plats » et autres « futi­li­tés » ? Les chiffres 2013 vien­draient-ils démen­tir ceci ? Permet­tez-moi d’en douter : si les écrans plats n’exis­taient pas encore en 2001, il ne manquait pas d’autres « futi­li­tés » sur le marché.
Et main­te­nant, étude de cas :

1) Soit une famille de pauvres qui achète un écran plat « trop grand » tous les cinq ans. Quelle part cela repré­sente-t-il dans le budget selon ses reve­nus ?

2) Consi­dé­rant que les français passent en moyenne 3h30 quoti­dien­ne­ment devant la télé­vi­sion, compa­rez l’heure de distrac­tion télé­vi­suelle à l’heure de distrac­tion cultu­relle (cinéma, expo­si­tion, concert, . . . ) ;

3) Même exer­cice avec les télé­phones portables et autres « futi­li­tés » !

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[1] CSP = Caté­go­rie Socio-Profes­sion­nelle. Selon les clas­se­ments de l’INSEE, ce Profes­seur d’Uni­ver­sité fait assu­ré­ment partie, tant du point de vue de sa quali­fi­ca­tion profes­sion­nelle que de sa posi­tion sociale, de la Classe Supé­rieure de cette nomen­cla­ture.

[2] Comme pour les reve­nus, les consom­ma­tions des ménages sont normées, dans un but de compa­rai­son, en fonc­tion de la taille et de la compo­si­tion du foyer, avec des échelles d’équi­va­lences spéci­fiques à chaque grand poste budgé­taire (cf. enca­dré 1, p. 231 du doc Les struc­tures de consom­ma­tion des ménages à bas reve­nus).

La partie illé­gi­time de la dette publique

France : qui paye la dette et à qui profite le crime ?
Envi­ron 70 % des créances sur les dettes publiques sont possé­dées par les 10 % les plus riches de la popu­la­tion qui perçoivent donc 70 % des inté­rêts.

   Le budget 2011 de la France c’est en gros 200 Md€ de recettes, 290 Md€ de dépenses dont près de 60 Md€ d’in­té­rêts de la dette publique (Merci Giscard et ta loi dite Roth­schild de 1973 !).

   Si vous n’ai­mez pas lire, je vous propose cette récente video (Marianne, mai 2014). Reve­nez éven­tuel­le­ment lire la suite de l’ar­ticle après.

  L’im­pôt étant assez peu redis­tri­bu­tif, on comprend donc que le système de la dette publique enri­chit les plus riches au détri­ment des plus pauvres, lesquels payent des impôts – TVA à 20% en parti­cu­lier – sans avoir de patri­moine finan­cier rému­néré.

  Ce premier graphique, illustre le fait que ce sont les 90% les plus pauvres (barres rouges) qui globa­le­ment remboursent la dette au 10% les plus riches (les trois barres vertes) :

charge-nette-dette-par-decile-france-2010-O-Berruyer-perte.jpg
   Selon que l’on est dans une des trois parties de ce dernier décile (90–95%, 95–99% ou 99–100%), bien évidem­ment l’on y gagne plus ou moins.

   Dans ce deuxième graphique, est estimé le pour­cen­tage des reve­nus consa­crés par chacun au rembour­se­ment de la dette.

charge-nette-dette-en---revenus-par-decile-france-2010-O-B.jpg  Comme indiqué, les 90% les plus pauvres perdent 2,5% de leur reve­nus (de –3,9% à –1,5%) pour amélio­rer de 3,5% les reve­nus des 5% les plus riches !

   En résumé : baisse des impôts des plus riches depuis 30 ans => plus d’épargne pour les plus riches => plus de reve­nus finan­ciers pour ces derniers qui s’en­ri­chissent => encore plus d’épargne pour ces encore plus riches => encore plus de reve­nus finan­ciers …. Voir en fin d’ar­ticle le graphique repré­sen­tant le taux d’épargne médian en fonc­tion des reve­nus : –20% (= dette) pour les 20% les moins riches à +40% pour les 20% les plus riches !

   Durant ce temps là les pauvres sont toujours plus pauvres, et comme crise et inéga­li­tés sont indu­bi­ta­ble­ment liées cela risque donc de durer, un moment je vous le dis ! Au moins tant que, a minima, la loi Roth­schild ne sera pas abro­gée, c’est à dire les Trai­tés de Maas­tricht et de Lisbonne qui la consacre.

   Cela ne saurait évidem­ment être suffi­sant : il faut mettre en oeuvre d’autres solu­tions. Et chaque jour qui passe, c’est notre argent qui dispa­raît au profit de qui vous savez main­te­nant.

Pour en savoir plus lire l’ar­ticle d’Oli­vier Berruyer : Perte du Triple A : origine et consé­quences

crisenuls


Taux d’épargne médian par quin­tile de revenu dispo­nible

Taux_epargne_median_selon_quintile_2010Source du graphique : Les hauts reve­nus épar­gnent‐ils
davan­tage ?, p.55, ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 472–473, 2014, Insee.
Note : Le revenu dispo­nible comprend les reve­nus d’ac­ti­vité et de rempla­ce­ment, les pres­ta­tions sociales et les reve­nus du patri­moine. Il est net des impôts directs (impôt sur le revenu, CSG, CRDS et taxe d’ha­bi­ta­tion).

En 2003, les 20 % de ménages les plus aisés (soit 5 millions de foyers) dispo­saient de 40 % du revenu dispo­nible (993,4 milliards d’eu­ros), quand les 20 % les moins aisés n’en rece­vaient que 8 %. Autre­ment dit le niveau de vie des 20 % des ménages les plus aisés est en moyenne 5 fois plus élevé que celui des 20% les plus modestes.

Y a-t-il un rapport entre la crise et les inéga­li­tés ?

Je vous invite à lire, en fonc­tion de votre sensi­bi­lité et selon le crédit que vous accor­dez à ces auteurs :

   Et comme un dessin vaut mieux qu’un long discours, voici ce graphique reliant l’in­di­ca­teur d’iné­ga­li­tés GINI et le taux dette publique/PIB (réalisé par J. Gadrey selon Euro­stat et commenté dans son article Les pays les plus endet­tés sont les plus inéga­li­taires).

Correlation GINI Dettes publiques 2010

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Pourquoi l’éga­lité est meilleure pour tous

 Parce qu’un petit dessin vaut mieux qu’un long discours, tout d’abord cinq graphiques se passant de tout commen­taire. Pour une ving­taine de pays de l’OCDE, ils mettent en évidence une corré­la­tion signi­fi­ca­tive entre le niveau d’iné­ga­li­tés (abscisse) et un indi­ca­teur (ordon­née) pris dans les cinq domaines suivants : éduca­tion, santé, insé­cu­rité, inno­va­tion, écolo­gie.

ÉDUCATION : niveau en maths et en lecture/écriture et inéga­li­tés de reve­nus

inegaeduc

SANTÉ : taux d’adoles­cents en surpoids et inéga­li­tés de reve­nus

inegasurpoids

CRIMINALITÉ : taux d’in­car­cé­ra­tion et inéga­li­tés de reve­nus

inegaprisons

INNOVATION : taux de brevets et inéga­li­tés de reve­nus

inegabrevets

ÉCOLOGIE : taux de recy­clage et inéga­li­tés de reve­nus inengarecyclage

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Les inéga­li­tés à la source de la crise ?

En fonc­tion de vos sensi­bi­li­tés et selon le crédit que vous accor­dez à ces auteurs, je vous invite à lire   :

Et comme un dessin vaut mieux qu’un long discours, voici ce graphique reliant l’in­di­ca­teur d’iné­ga­li­tés GINI et le taux dette publique/PIB (réalisé par J. Gadrey selon Euro­stat et commenté dans son article Les pays les plus endet­tés sont les plus inéga­li­taires.

Correlation GINI Dettes publiques 2010

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Les promesses déçues de l’Eu­rope-marché

   La construc­tion euro­péenne avait bien débuté avec la CECA (Commu­nauté euro­péenne du char­bon et de l’acier, 1952) dont l’objec­tif était de gérer en commun et hors marché les ressources essen­tielles de l’époque : le char­bon et l’acier.

    Puis, après l’échec de la CED (Commu­nauté euro­péenne de défense, 1954), la construc­tion euro­péenne a pris un tout autre tour­nant avec, en 1957, le Traité de Rome qui enté­ri­nait un marché commun. Cette concep­tion d’une Europe-marché, laquelle ne favo­rise pas le déve­lop­pe­ment écono­mique, a ensuite dominé : les instances commu­nau­taires devaient alors édic­ter et faire respec­ter des règles pour veiller notam­ment à ce que la concur­rence y soit la plus libre possible.

   Cette concep­tion d’une Europe-marché, inscrite dans une logique libé­rale, a par la suite encou­ragé le dumping fiscal et social.
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Y a-t-il une corré­la­tion entre le chômage et les minima sociaux ?

L’on entend parfois dire, jusque dans les hautes sphères poli­tiques, que les minima sociaux (RSA, . . . ) contri­bue­raient au chômage, certains béné­fi­ciaires préfé­rant s’en conten­ter plutôt que de recher­cher un emploi.

Mais alors, cela doit se consta­ter au niveau du taux de chômage, non ?

Voyons voir ce que dit ce premier graphique qui met en rela­tion le montant des minima sociaux (rela­ti­ve­ment au seuil de pauvreté à 60 % de chacun des pays) et le taux de chômage pour 14 pays de l’Union Euro­péenne en 2003.

Corrélation chomage minima sociaux en 2003 pour 14 pays U

Légende : les montants de pres­ta­tions-types d’as­sis­tance sociale nettes sont rappor­tés aux seuils de pauvreté à 60 % du niveau de vie des ménages en 2003. Il s’agit ici du cas d’un couple avec deux enfants. Pour d’autres cas voir tableau en fin de page.

Lecture : en France, les minima sociaux pour un couple avec deux enfants repré­sen­taient en 2003 72% du seuil de pauvreté à 60% et le taux de chomage était de 8,9%.

Sources : pour les minima sociaux, OCDE repris dans le rapport « Un pano­rama des minima sociaux en Europe », p. 8, revue « Etudes et résul­tats », DREES, N° 464, février 2006. Pour le chômage : base de données en ligne d’Eu­ro­stat.

Si corré­la­tion il y a, il semble­rait plutôt qu’elle soit néga­tive : plus les minima sont élevés, plus le taux de chômage est faible.

Il est à noter qu’en France, le pouvoir d’achat du RMI/RSA-socle n’a augmenté que de + 3 % entre 1990 et 2010, tandis que celui du Smic horaire progres­sait de 29 % et le niveau de vie médian de 27 % (source : Contre la pauvreté, l’em­ploi ne suffit pas, Alter­na­tives Econo­miques, n° 319 – décembre 2012).

Cette étude compa­ra­tive sur les minima sociaux est la plus récente (cf. tableau ci-dessous). Si vous trou­vez des données plus récentes que ce tableau de la p.8 du rapport  » un pano­rama des minima sociaux en Europe « , je suis preneur.

Tableau_minima_sociaux_Europe-2003_DREES-2006.jpg

Ci-dessous, le clas­se­ment de ces quatorze pays selon les trois situa­tions fami­liales du tableau : personne seule, parents avec deux enfants, parent isolé avec deux enfants.

  • La France se situe en 6e posi­tion, juste au dessus de la moyenne euro­péenne, pour une personne seule.
    Minima sociaux pour personne seule - 14 pays UE - 2003 DRE
  • La France se situe en 5e posi­tion, sous la moyenne euro­péenne, pour un couple avec deux enfants.

    Minima sociaux pour un couple avec deux enfants-14 pays UE-

  • Et enfin, la France se situe en 7e posi­tion, sous la moyenne de l’UE-14, pour un parent seul avec deux enfants.
    Minima sociaux pour un parent isolé avec deux enfants-14 p

Rajout (nov 2014) : rela­ti­ve­ment au SMIC, le RMI-RSA a perdu 23% de sa valeur entre 1990 et  2013 (en savoir plus :  Le grand retour de « l’as­sis­ta­nat » : sur quelques idées fausses  par Jean Gadrey, nov. 2014.

Sur les chiffres des minima sociaux, voir aussi : Préju­gés sur les minima sociaux.

Sur d’autres contre-véri­tés au sujet des raisons du chômage :

   Peut-être vous souve­nez vous de ces décla­ra­tions de ministres divers, tant du gouver­ne­ment Sarkozy-FIllon que celui de Hollande-Valls qui lais­saient sous entendre que le chômage de masse était dû :

  • À la trop haute protec­tion des sala­riés en CDI qui rigi­di­fiait le marché du travail qui fait dire à Manuel Vallls,  1er Ministre du bgou­ver­ne­ment Hollande-Valls (oct. 2014) : « Le fonc­tion­ne­ment du marché du travail n’est pas satis­fai­sant, car il ne crée pas assez d’em­plois, il génère des inéga­li­tés impor­tantes entre d’une part des sala­riés très proté­gés en CDI et d’autre part des sala­riés très précaires en CDD et en inté­rim. C’est là-dessus qu’il faut agir »Une contre­vé­rité démen­tie dans cet article : Préjugé sur le lien entre chômage et rigi­dité du contrat de travail;

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Mots clés : corré­la­tion, cause à effet, inci­ta­tion, profi­teurs, oisi­veté, préjugé, minima sociaux, pres­ta­tions sociale, chômage, union euro­péenne.

Évolu­tion des très hauts reve­nus en Suède (1945–2010)

     La Suède n’échappe pas au phéno­mène de l’aug­men­ta­tion des très hauts reve­nus depuis les années 1980 constaté dans de très nombreux pays déve­lop­pés. En Suède, cela corres­pond égale­ment au début de la déré­gu­la­tion finan­cière qu’a connu ce pays dés 1987 alors qu’il était alors un des plus régulé au monde.

     Ce premier graphique repré­sente l’évo­lu­tion rela­tive de la part prise dans les reve­nus totaux suédois de sept tranches compo­sant les plus hauts reve­nus, à savoir le « Top 10% ».

Suède - Evolution des parts de 7 fractiles du TOP 10% - ba

Légende : les reve­nus sont ceux du travail et du capi­tal. La base est 100 pour chacun des six frac­tiles en 1980. Le « Top 10–5% » est consti­tué des 5 % de la popu­la­tion situés entre les 89% les moins riches (le « Bottom 90% ») et les 5% les plus riches (le « Top 5% »).

Lecture : la part des reve­nus du « Top 0,05–0, 01% » (en bleu ciel) a été multi­plié par 3,5 entre 1980 et 2010, avec un maxi­mum de 5,3 en 2000. La part des reve­nus du « Top 10–5% » (en bleu marine) est stable depuis 1980.

      Ce deuxième graphique repré­sente l’évo­lu­tion de la part prise par ce « Top 10% » dans la tota­lité des reve­nus suédois.

Suède - Evolution de la part cumulée de 7 fractiles du To

Légende : les reve­nus sont ceux du travail et du capi­tal. La courbe supé­rieure (haut de la zone brune) repré­sente la part du « Top 10% » dans les reve­nus de l’en­semble de la popu­la­tion. Ce « Top 10% » est décom­posé en sept zones repré­sen­tant, du bas vers le haut, les « Top 10–5% », « Top 5–1% », « Top 1–0,5% », « Top 0,5–0,1% », « Top 0,1–0,05% », « Top 0,05–0,01% » et le reste, le « Top 0,01% ».

Lecture : la part des reve­nus du « Top 10% » est passé d’un mini­mum de 22 % en 1980 à 31 % en 2010, soit +9 %. Les 5% les moins riches de ce « Top 10% », c’est à dire la tranche « Top 10–5% » ont vu leur reve­nus stag­ner.

     On constate que la part des reve­nus prise aux 90% les plus pauvres est le fait des 5% les plus riches, la part de la tranche 90–95% étant stable depuis les années 80.

     Ces accrois­se­ments proviennent autant de l’aug­men­ta­tion des reve­nus du travail (courbes rouge, bleu marine et vert pomme) que ceux du capi­tal (courbes orange, fuschia et bleu turquoise) comme l’at­teste le graphique ci-dessous établi pour trois tranches du « Top 5% ».

     Revenus du travail & du capital Top 5-1 1-05 05 Suede 1980-Ces 

     Ces évolu­tions sont iden­tiques à celles consta­tées en France et aux États-Unis, à des échelles cepen­dant diffé­rentes. C’est ce qu’illus­trent les deux graphiques ci-dessous emprun­tés à l’ar­ticle Les inéga­li­tés de reve­nus en France du site Les Crises.

     Si, de 1980 à 2010, la part du « Top 10% » Suédois est passée de 22 à 31 % (+9%), celles des « Top 10% » français et étasu­niens sont passées respec­ti­ve­ment de 30 à 33% (+3%) et de 33 à 47% (+26%) aux États-Unis.

 

France-parts-cumulees Top10 1910-2006

Nota bene : les tranches sont rangées à l’in­verse du 2e graphique de la page !

 .

   L’évo­lu­tion aux États-Unis présente les mêmes allures mais avec des distor­sions d’au­tant plus impor­tantes que l’on se rapproche des plus hauts reve­nus comme l’illustre le graphique suivant.

Etats-Unis-parts-cumulees Top10 1910-2006

.

     L‘« explo­sion » de ces très hauts reve­nus a accru consi­dé­ra­ble­ment les inéga­li­tés de reve­nus en Suède (cf. courbe verte du graphique ci-dessous).

Evolution Gini revenus disponibles France-Suède-Allemagne-

      Cepen­dant, partant en 1976 d’un excellent coef­fi­cient de Gini (0,17), la Suède, reste le pays le plus égali­taire en terme de reve­nus moné­taires dispo­nibles ainsi qu’en terme de reve­nus élar­gis aux services publics (santé, éduca­tion loge­ment, …). C’est ce qu’illustre le graphique ci-dessous.Gini & gini étendu pays 0CDE-27 en 2007 OCDE-2011 sans c

.

     Conclu­sion : rela­ti­ve­ment aux autres pays de l’OCDE, la Suède se porte plutôt bien écono­mique­ment (dette publique, taux de crois­sance et de chômage, indice de déve­lop­pe­ment humain corrigé des inéga­li­tés, . . . ). On est en droit de conclure qu’un haut niveau de dépenses publiques, un des plus élevés au monde, asso­cié à un écart de reve­nus « raison­nable » pour­rait être une des clés de la réus­site. A suivre . . .

 Voir égale­ment le match France-Suède : Trop de prélè­ve­ments obli­ga­toires et de dépenses publiques tuent-ils la compé­ti­ti­vité et la crois­sance ?

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Sources des données :

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Mots clés 
: inéga­li­tés, explo­sion des hauts reve­nus, augmen­ta­tions.

Y a-t-il un rapport entre la crise et les inéga­li­tés ?

 

Je vous invite à lire, en fonc­tion de votre sensi­bi­lité et selon le crédit que vous accor­dez à ces auteurs :

Et comme un dessin vaut mieux qu’un long discours, voici ce graphique reliant l’in­di­ca­teur d’iné­ga­li­tés GINI et le taux dette publique/PIB (réalisé par J. Gadrey selon Euro­stat et commenté dans son article Les pays les plus endet­tés sont les plus inéga­li­taires.

  Correlation GINI Dettes publiques 2010

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