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Eradiquer la pauvreté en instaurant un Revenu Maximal

Dans cet article, nous évaluons l’impact de l’établissement d’un RMA (revenu maximal admissible) sur le niveau de vie de chacun des 10 déciles de la population française . Ce RMA est défini ici comme le rapport du niveau de vie moyen du dernier décile noté D10 (les 10% les plus riches) sur celui du premier décile, noté D1 (les 10% les moins riches). Continuer la lecture

En 2016, les 1 % les plus riches du monde possèderont plus que les 99% restant

Je publie ici l’article du même nom posté par Jean Gadrey sur son blog ce mardi 20 janvier 2015. N’hésitez pas à commenter ci-dessous.

En 2016, les 1 % les plus riches du monde possèderont plus que les 99% restant puisqu’il possèderont plus de la moitié de la richesse mondiale !

C’est l’un des résultats d’une étude d’Oxfam, « Insatiable richesse », qui vient d’être mise en ligne. La part du patrimoine mondial détenue par les 1 % les plus riches est passée de 44 % en 2009 à 48 % en 2014, et dépassera selon toute probabilité les 50 % en 2016. En 2014, les membres de cette élite internationale possédaient en moyenne 2,7 millions de dollars par adulte. Vive la crise !

Les estimations utilisent les meilleures sources mondiales disponibles sur les patrimoines, dont celles du Crédit Suisse. D’autres chiffres renforcent le vertige devant la démesure, dont ce graphique, qui montre que si, en 2010, 388 milliardaires (le haut du classement Forbes) étaient aussi riches que la moitié la plus pauvre de la population mondiale, en 2014, il « n’en faut plus » que 80.

La concentration de la richesse vers le haut produit le dénuement « en bas » et même aux étages intermédiaires de la hiérarchie. C’est ainsi que les 80 % les moins riches ne détiennent que 5,5 % de la richesse mondiale totale des ménages.

Cette étude consacre d’importants développements aux mécanismes économiques, politiques, fiscaux, etc. de cet insatiable enrichissement, et en particulier à l’intense et très coûteux (mais hyper rentable) lobbying de cette oligarchie de taille infime mais au pouvoir immense… tant que les pouvoirs politiques s’en rendent complices ou, dans « le meilleur des cas », ne font rien de sérieux.

Extrait :
« En 2013, le secteur de la finance a dépensé plus de 400 millions de dollars dans des activités de lobbying aux États-Unis, soit 12% du montant total consacré aux activités de lobbying dans le pays cette même année, tous secteurs confondus. Par ailleurs, dans le cadre des élections de 2012, les entreprises de ce secteur ont dépensé 571 millions de dollars pour financer certaines campagnes électorales. D’après le Centre for Responsive Politics, c’est le secteur de la finance qui a apporté la plus grande contribution aux partis et aux candidats fédéraux. Les milliardaires américains représentent environ la moitié des milliardaires de la liste Forbes ayant des intérêts dans le secteur financier. Ce nombre est passé de 141 à 150 aux États-Unis, et leur fortune cumulée de 535 à 629 milliards de dollars, soit une augmentation de 94 milliards de dollars (17%) en l’espace d’un an. »

L’ensemble du patrimoine net des milliardaires ayant des intérêts dans le secteur pharmaceutique et de la santé a augmenté de 47 %. Eux aussi avaient dépensé 500 millions de dollars pour faire pression sur les responsables politiques à Washington et à Bruxelles, en 2013.

Oxfam craint que la force de lobbying de ces secteurs ne soit un obstacle majeur à la réforme du système fiscal international et n’impose des règles de propriété intellectuelle qui empêchent les plus pauvres d’accéder à des médicaments vitaux.

Oxfam appelle les États à adopter un plan en sept points pour lutter contre les inégalités :

– Mettre un frein à l’évasion fiscale des entreprises et des grandes fortunes
– Investir en faveur de la gratuité et de l’universalité de services publics comme la santé et l’éducation
– Répartir équitablement la charge fiscale, l’allégeant du côté du travail et de la consommation tout en taxant davantage le capital et les richesses
– Instaurer un salaire minimum et oeuvrer à un salaire décent pour l’ensemble des travailleuses et travailleurs
– Instaurer une législation en faveur de l’égalité salariale et promouvoir des politiques économiques assurant le traitement équitable des femmes
– Mettre en place une protection sociale suffisante pour les plus pauvres, notamment la garantie d’un revenu minimum
– Adopter l’objectif commun de lutter contre les inégalités à l’échelle internationale

La partie illégitime de la dette publique

France : qui paye la dette et à qui profite le crime ?
Environ 70 % des créances sur les dettes publiques sont possédées par les 10 % les plus riches de la population qui perçoivent donc 70 % des intérêts.

   Le budget 2011 de la France c’est en gros 200 Md€ de recettes, 290 Md€ de dépenses dont près de 60 Md€ d’intérêts de la dette publique (Merci Giscard et ta loi dite Rothschild de 1973 !).

   Si vous n’aimez pas lire, je vous propose cette récente video (Marianne, mai 2014). Revenez éventuellement lire la suite de l’article après.

  L’impôt étant assez peu redistributif, on comprend donc que le système de la dette publique enrichit les plus riches au détriment des plus pauvres, lesquels payent des impôts – TVA à 20% en particulier – sans avoir de patrimoine financier rémunéré.

  Ce premier graphique, illustre le fait que ce sont les 90% les plus pauvres (barres rouges) qui globalement remboursent la dette au 10% les plus riches (les trois barres vertes) :

charge-nette-dette-par-decile-france-2010-O-Berruyer-perte.jpg
   Selon que l’on est dans une des trois parties de ce dernier décile (90-95%, 95-99% ou 99-100%), bien évidemment l’on y gagne plus ou moins.

   Dans ce deuxième graphique, est estimé le pourcentage des revenus consacrés par chacun au remboursement de la dette.

charge-nette-dette-en---revenus-par-decile-france-2010-O-B.jpg  Comme indiqué, les 90% les plus pauvres perdent 2,5% de leur revenus (de -3,9% à -1,5%) pour améliorer de 3,5% les revenus des 5% les plus riches !

   En résumé : baisse des impôts des plus riches depuis 30 ans => plus d’épargne pour les plus riches => plus de revenus financiers pour ces derniers qui s’enrichissent => encore plus d’épargne pour ces encore plus riches => encore plus de revenus financiers …. Voir en fin d’article le graphique représentant le taux d’épargne médian en fonction des revenus : -20% (= dette) pour les 20% les moins riches à +40% pour les 20% les plus riches !

   Durant ce temps là les pauvres sont toujours plus pauvres, et comme crise et inégalités sont indubitablement liées cela risque donc de durer, un moment je vous le dis ! Au moins tant que, a minima, la loi Rothschild ne sera pas abrogée, c’est à dire les Traités de Maastricht et de Lisbonne qui la consacre.

   Cela ne saurait évidemment être suffisant : il faut mettre en oeuvre d’autres solutions. Et chaque jour qui passe, c’est notre argent qui disparaît au profit de qui vous savez maintenant.

Pour en savoir plus lire l’article d’Olivier Berruyer : Perte du Triple A : origine et conséquences

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Taux d’épargne médian par quintile de revenu disponible

Taux_epargne_median_selon_quintile_2010Source du graphique : Les hauts revenus épargnent‐ils
davantage ?, p.55, ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 472-473, 2014, Insee.
Note : Le revenu disponible comprend les revenus d’activité et de remplacement, les prestations sociales et les revenus du patrimoine. Il est net des impôts directs (impôt sur le revenu, CSG, CRDS et taxe d’habitation).

En 2003, les 20 % de ménages les plus aisés (soit 5 millions de foyers) disposaient de 40 % du revenu disponible (993,4 milliards d’euros), quand les 20 % les moins aisés n’en recevaient que 8 %. Autrement dit le niveau de vie des 20 % des ménages les plus aisés est en moyenne 5 fois plus élevé que celui des 20% les plus modestes.

Y a-t-il un rapport entre la crise et les inégalités ?

Je vous invite à lire, en fonction de votre sensibilité et selon le crédit que vous accordez à ces auteurs :

   Et comme un dessin vaut mieux qu’un long discours, voici ce graphique reliant l’indicateur d’inégalités GINI et le taux dette publique/PIB (réalisé par J. Gadrey selon Eurostat et commenté dans son article Les pays les plus endettés sont les plus inégalitaires).

Correlation GINI Dettes publiques 2010

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Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous

 Parce qu’un petit dessin vaut mieux qu’un long discours, tout d’abord cinq graphiques se passant de tout commentaire. Pour une vingtaine de pays de l’OCDE, ils mettent en évidence une corrélation significative entre le niveau d’inégalités (abscisse) et un indicateur (ordonnée) pris dans les cinq domaines suivants : éducation, santé, insécurité, innovation, écologie.

ÉDUCATION : niveau en maths et en lecture/écriture et inégalités de revenus

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SANTÉ : taux d’adolescents en surpoids et inégalités de revenus

inegasurpoids

CRIMINALITÉ : taux d’incarcération et inégalités de revenus

inegaprisons

INNOVATION : taux de brevets et inégalités de revenus

inegabrevets

ÉCOLOGIE : taux de recyclage et inégalités de revenus inengarecyclage

   Ces graphiques, reproduits et commentés ci-dessous, sont tirés de l’ouvrage Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous (2013) de Kate Pickett et Richard Wilkinson, professeurs et chercheurs en épidémiologie dans des universités anglaise et étasunienne. Ils y défendent la thèse originale selon laquelle les inégalités sont néfastes pour tous, y compris pour les riches, à cause des tensions et des stress qu’elles causent.

   La relation de cause à effet n’y est pas démontrée mais un faisceau de corrélation permet de l’imaginer comme très probable : ainsi il est démontré que le PIB par habitant pèse bien moins que le niveau des inégalités au sein d’une société sur l’allongement de l’espérance de vie, le niveau de la criminalité, le taux de maternité précoce ou même la consommation d’eau. Le niveau des inégalités pèse en revanche énormément dans des domaines aussi variés que l’éducation, le surpoids des adolescents, l’emprisonnement, mais aussi, plus surprenant, l’innovation ou encore le recyclage. C’est ce qu’illustre ci-dessous les cinq graphiques les plus significatifs de l’ouvrage  mettant en évidence certaines corrélations surprenantes.

   Que vous en soyez convaincu d’avance ou pas, ces quelques graphiques d’interprétations aisés interpelleront, il faut l’espérer, vos connaissances réfractaires à la redistribution qui serait de l’assistanat, lequel serait la cause principale du chômage, entre autres maux qui rongent notre société.

   À la suite de ces graphiques dont nous précisions les sources, vous trouverez de larges extraits de la préface.

Sources des cinq graphiques les plus marquants de l’ouvrage : relation entre inégalités de revenus et, éducation, surpoids, criminalité, innovation, et recyclage

    Pour les cinq graphiques présentées ci-dessus et repris ci-dessous, les inégalités de revenus (abscisse) sont mesurées à l’aune du rapport entre les revenus des 20% les plus riches et ceux des 20% les plus pauvres (source : Rapport sur le développement humain, programme des Nations unies pour le développement, 2003-2006).

Éducation : niveau en maths et en lecture/écriture et inégalités de revenus

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Figure 8.1, page 168 Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous , © Les Petits matins.

Source : rapport PISA 2003. Les données internationales harmonisées sur les niveaux d’instruction proviennent du Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves (PISA), créé pour faire passer des tests harmonisés à des élèves de 15 ans dans divers pays.

Santé : taux d’adolescents en surpoids et inégalités de revenus

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Figure 7.2, page 149 Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous , © Les Petits matins.

Source : les pourcentages d’adolescents de 13 et 15 ans souffrant de surpoids ont été publiés dans le rapport 2007 de l’UNICEF« La pauvreté des enfants en perspective, vue d’ensemble du bien-être des enfants dans les pays riches ».

Criminalité : taux d’incarcération et inégalités de revenus

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Figure 11.1, page 222 Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous , © Les Petits matins.

Source : les taux de détenus proviennent des « Enquêtes des Nations Unies sur les tendances de la criminalité et le fonctionnement des systèmes de justice pénale » (2000).

Innovation : taux de brevets et inégalités de revenus

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Figure 15.3, page 329, Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous , © Les Petits matins.

Source : le taux de brevet provient de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle, Statistiques de propriété intellectuelle, publication A, Genève, OMPI, 2001

Écologie : taux de recyclage et inégalités de revenus

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Figure 15.5, page 340, Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous, © Les Petits matins.

Source : les taux de recyclage proviennent de l’Australia’s Planet Ark Foundation Trust

  Certes, cinq graphiques – ou plutôt des dizaines, sur cinq cents pages – ne font pas une démonstration. Sensible à l’objection, Pascal Canfin répond dans sa préface : « Prises séparément, ces corrélations ne montrent en réalité pas de rapport de cause à effet. Si les sociétés les plus égalitaires sont aussi celles où le taux de criminalité est le plus faible, c’est peut-être le fait du hasard. ». « Mais, ajoute-t-il, si les sociétés les plus égalitaires sont en même temps celles où l’état de santé est le meilleur, où la mobilité sociale est la plus forte … le hasard n’est plus possible ».

 Nota : autre présentation de ces cinq graphiques sur le site de France Télévisions.

Préface de Pascal Canfin, extraits :

   Plus les riches sont riches, plus la société dans son ensemble est prospère. Voilà l’un des piliers de l’idéologie néolibérale. C’est ce que les économistes appellent « l’effet ruissellement » : la richesse des plus aisés descend progressivement dans toute la société grâce à la consommation et à la richesse supplémentaire qu’ils produisent. L’égalité est peut-être désirable, mais ce sont les inégalités qui sont productives et qui, au bout du compte, permettent à tous de vivre mieux.

   Tel est le cœur du raisonnement qui a pu – et peut toujours – rendre légitime aux yeux de la majorité l’accroissement de la richesse d’une minorité. Les inégalités peuvent paraître immorales, mais elles constituent un mal pour un bien.

   Page après page, statistique après statistique, c’est cette thèse centrale du néolibéralisme que ce livre met en pièces. Le PIB par habitant pèse bien moins sur l’allongement de l’espérance de vie, le niveau de la criminalité, le taux de maternité précoce ou même la consommation d’eau que le niveau des inégalités au sein d’une société. Autrement dit, la meilleure politique contre la délinquance – y compris la délinquance financière – est de réduire les inégalités.

Un livre très influent

   Publié au Royaume Uni en mars 2009, six mois après la chute de la banque Lehman Brothers qui a déclenché la crise financière, il rencontre un succès inattendu. Trois ans plus tard, 150.000 exemplaires ont été vendus et le livre est disponible dans 23 pays. Mais il aura fallu attendre 2013 pour disposer d’une traduction en français. […] !!!

   Compte tenu de la montée des inégalités en France depuis une décennie, le lecteur français trouvera dans ce livre matière à de nombreuses réflexions. […]. Après la crise financière dévastatrice que le monde a connue en 2008, les zélateurs de la finance débridée ont perdu la bataille des idées. Ce livre vient élargir la perspective et donne une force supplémentaire à notre combat.

   Au Royaume-Uni, en 2009, après trois décennies de domination idéologique du thatchérisme à droite puis du blairisme à gauche, ce livre est évidemment salué par la gauche social-démocrate traditionnelle. The New Statesman, la revue intellectuelle de la gauche britannique, le ­ couronne en décembre 2009 comme l’un des dix livres les plus importants de la décennie. Son influence a été considérable dans le monde anglophone. Ed Miliband, le leader du Parti travailliste, s’y réfère… ainsi que David Cameron, le Premier ministre conservateur, mais aussi l’OCDE et le mouvement des indignés américains Occupy Wall Street. Aux États-Unis, le discours médiatique permanent, expliquant que la richesse des plus aisés est bonne pour tous, a conduit à retrouver des niveaux d’inégalités équivalents à ceux qui existaient avant la grande crise financière de . . . 1929. […]

   On pourrait objecter que la multiplication des statistiques montrant le lien entre le niveau d’inégalités et l’état de santé ou le bien-être social ne permet pas d’établir une causalité mais, au mieux, une corrélation. Prises séparément, ces corrélations ne montrent en réalité pas de rapport de cause à effet. Si les sociétés les plus égalitaires sont aussi celles où le taux de criminalité est le plus faible, c’est peut-être le fait du hasard. Mais si les sociétés les plus égalitaires sont en même temps les plus sûres, celles ou l’état de santé est le meilleur, où la mobilité sociale est la plus forte, … le hasard n’est plus possible. Une fois que vous aurez lu ce livre, il sera difficile de vous convaincre que plus les riches sont riches plus les pauvres vivent mieux.

   Un argument souvent avancé pour défendre les inégalités est l’esprit d’entreprise : peut-être que l’on vit mieux dans une société plus égalitaire, mais on innove moins et, à long terme, on s’appauvrit. Les exemples de Google, Apple et autre Twitter aux États-Unis peuvent venir confirmer cette idée. Pourtant, le nombre de brevets par habitant y est plus faible qu’au Japon, une société également très innovante sur le plan technique et beaucoup plus égalitaire que les États-Unis. En Europe, il y a beaucoup plus d’innovations en Finlande et en Allemagne qu’en Italie et au Portugal, des pays pourtant plus inégalitaires. L’esprit d’initiative n’a donc en rien besoin d’un terreau inégalitaire pour prospérer.

   Si les inégalités sont finalement assez largement acceptées comme un « mal inéluctable », c’est aussi parce qu’elles sont cachées. Car les inégalités sont beaucoup plus fortes qu’on ne le croit généralement. Paradoxalement, plus elles sont fortes, moins elles se voient : en effet, plus la société est inégalitaire, plus elle est fragmentée et moins les personnes de niveaux sociaux différents se croisent dans l’espace public comme privé. Qui sait vraiment qu’en France 50 % du patrimoine est possédé par les 10 % des Français les plus riches ?

   Dans cet ouvrage, les auteurs font référence à une étude marquante publiée en 2011 aux États-Unis. Un échantillon de plus de cinq mille Américains se voit présenter trois niveaux théoriques d’inégalités dans une société : aucune inégalité ; des inégalités correspondant, de facto et sans qu’ils ne le sachent, à la Suède ; et un troisième scénario correspondant à la société américaine. Près de 92% des répondants ont exprimé une préférence pour la répartition « à la suédoise », et ce quelle que soit leur couleur politique : démocrate ou républicain.

   Bien que le livre laisse ouvert le débat sur le « bon » niveau d’inégalités à atteindre et qu’il ne soit pas ­ prescriptif en termes de politiques publiques, il réhabilite l’objectif de réduction des inégalités de revenus comme un objectif structurant des politiques publiques pour obtenir des effets positifs en matière de santé, de lutte contre la délinquance, de meilleur fonctionnement de l’ascenseur social, …

   La première dimension d’une politique redistributive reste bien sûr la fiscalité. On le sait, les taux d’imposition des plus riches comme des grandes entreprises sont inférieurs à ceux des classes moyennes et des PME. D’où la nécessité de taxer les revenus du capital au même niveau que ceux du travail et de lutter plus efficacement contre les paradis fiscaux et l’évasion fiscale. Toutefois, si les inégalités sont massives, l’impôt sur les personnes comme sur les entreprises est insuffisant pour les combattre. Car il faut alors atteindre des taux d’imposition très importants, politiquement difficiles à instaurer dans des sociétés qui ont accepté en amont des niveaux d’inégalités massifs. Ainsi, les sociétés où les taux d’imposition sont les plus élevés, comme les pays du nord de l’Europe, sont aussi les sociétés les plus égalitaires, non pas tant parce que l’impôt permet de rétablir l’égalité, mais parce que des sociétés qui valorisent des taux d’impôts élevés sont aussi celles qui produisent le moins d’inégalités avant impôt. Le rôle de l’impôt est alors moins de réduire les inégalités de revenus par la redistribution que de socialiser la production des biens publics qui bénéficient à tous de manière égale, comme l’éducation, la santé, les transports collectifs, …

Inégalités et écologie

   Ce livre intègre [aussi] la question écologique au cœur de son analyse. Il dépasse ainsi la vision social-démocrate traditionnelle, qui consiste à produire le plus possible sans s’interroger sur la nature de ce qui est produit, pour redistribuer ensuite.

   Les auteurs montrent ainsi qu’à partir d’un certain niveau de richesse collective, l’augmentation supplémentaire de cette richesse produit beaucoup moins d’effets positifs que dans les pays plus pauvres, où la croissance du PIB est une des conditions de l’amélioration du bien-être. Un tel débat sur la croissance peut paraître décalé tant la recherche de la croissance du PIB semble faire l’objet d’un consensus absolu et constituer l’alpha et l’oméga de toute politique. Moins la croissance est là, plus elle apparaît désirable. Pourtant, même si cela reste un débat souvent difficile à faire entendre pour le responsable politique que je suis, je crois, en tant qu’écologiste, qu’il est plus que jamais nécessaire de le faire vivre. Compte tenu de notre évolution démographique comme des gains de productivité de plus en plus faibles réalisés chaque année, ce que les économistes appellent notre « croissance potentielle », c’est-à-dire la croissance que nous pourrions réaliser si tout allait bien, ne dépasse plus les 1,5 à 2 % par an, bien loin des niveaux atteints pendant les fameuses Trente Glorieuses. L’économie française entre donc durablement dans une ère de croissance faible. Le lecteur pourra objecter que des pays européens connaissent une croissance plus forte, et citer – nécessairement – l’Allemagne. Pourtant, à y regarder de près, l’Allemagne connaît, elle aussi, une croissance faible, de 0,7 % en 2012 et de 0,3 % prévu en 2013.

   Plutôt que de masquer cette réalité, il nous faut l’affronter. Tim Jackson, auteur d’un ouvrage de référence, Prospérité sans croissance*, résume bien la situation : « La croissance est insoutenable, la décroissance est instable. » En effet, notre modèle de croissance ignore les limites de la planète, et si tous les êtres humains vivaient comme les Français il nous faudrait 2,5 planètes. Or – je crois que c’est un fait établi – nous n’en avons qu’une ! La Banque mondiale, qui n’est pas à proprement parler une officine écologiste, parle des « effets cataclysmiques » du changement climatique dans les décennies à venir. Et il ne s’agit plus du bien-être des générations futures mais bien des générations présentes qui vivront tout au long de ce siècle. La croissance du PIB selon le modèle actuel est donc insoutenable.

   Mais la décroissance du PIB est politiquement et socialement instable. Malheureusement, la Grèce expérimente actuellement cette décroissance : le PIB y a reculé de plus de 25 % depuis 2008. Cela engendre une telle souffrance et une telle déstabilisation de la société que c’est la démocratie elle-même qui en est fragilisée.

   Le seul projet politique réaliste pour la décennie qui vient est donc à mes yeux le suivant : comment rendre notre modèle de croissance plus soutenable pour éviter de devoir décroître face aux limites de la planète, et comment rendre plus stable socialement un état de croissance très faible pour éviter d’avoir à rechercher en permanence une croissance insoutenable ?

   Pour réaliser ce nouveau projet pour la gauche, il faut justement réduire les inégalités. On le sait depuis les travaux du sociologue Thorstein Veblen en 1899, le modèle de consommation des plus riches sert de référence pour l’ensemble de la société. Les médias et la publicité nous renvoient une norme idéale de consommation qui n’est en fait accessible qu’à une toute petite minorité. Faire d’un modèle de consommation insoutenable sur le plan environnemental une référence tout en sachant que ce modèle est réservé à une infime minorité relève d’une forme de torture psychologique collective qui n’est pas sans expliquer, je le crois, une partie de nos souffrances. La réduction des inégalités possède donc un double bénéfice : elle diminue la consommation ostentatoire des plus aisés et améliore le bien-être, matériel et psychologique, d’un nombre beaucoup plus important de personnes, rendant ainsi la société plus stable.

   Une vision écologique de la lutte contre les inégalités de revenu conduit nécessairement à se poser la question de la différenciation sociale. Comme le rappellent les auteurs de cet ouvrage, la consommation de produits ne répond pas d’abord à une logique de besoin mais à une logique de différenciation sociale. La consommation est un signe extérieur de richesse et de transfert des qualités du produit consommé sur la personne qui consomme (si je consomme un produit exceptionnel, c’est parce que je le suis aussi). Nos sociétés de consommation font justement de cette consommation le mode de différenciation par excellence. Or, le désir de différenciation individuelle est aussi un héritage positif de la Renaissance et de l’humanisme. Ainsi, les formes d’organisation qui cherchent à refouler ce désir sont loin d’être des modèles. Je pense bien sûr aux sociétés totalitaires des années 1930 mais aussi à tous les fondamentalismes religieux qui font de la ressemblance la norme. Il nous reste donc à inventer au XXIe siècle un modèle de société qui reconnaît le désir de différenciation mais qui le réalise en dehors de la consommation de biens matériels, dont la multiplication à l’échelle de la planète est proprement insoutenable. Voilà un beau défi pour tous ceux qui s’intéressent à la Politique avec un P majuscule !

À propos des auteurs

   * Richard Wilkinson a joué un rôle majeur dans les recherches internationales consacrées aux déterminants de la santé. Il a étudié l’histoire de l’économie à la London School of Economics avant de se former en épidémiologie. Il est aussi professeur émérite à l’école de médecine de l’université de Nottingham, professeur honoraire de l’University College de Londres et professeur invité de l’université de York (Angleterre).
* Kate Pickett est professeur d’épidémiologie à l’université de York et membre du personnel scientifique du National Institute for Health Research. Elle a étudié l’anthropologie physique à Cambridge, les sciences nutritionnelles à Cornell et l’épidémiologie à l’université de Californie-Berkeley (États-Unis).

______________________
* Prospérité sans croissance. La transition vers une économie durable, Tim Jackson, 2010.

Les inégalités à la source de la crise ?

En fonction de vos sensibilités et selon le crédit que vous accordez à ces auteurs, je vous invite à lire  :

Et comme un dessin vaut mieux qu’un long discours, voici ce graphique reliant l’indicateur d’inégalités GINI et le taux dette publique/PIB (réalisé par J. Gadrey selon Eurostat et commenté dans son article Les pays les plus endettés sont les plus inégalitaires.

Correlation GINI Dettes publiques 2010

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Les promesses déçues de l’Europe-marché

   La construction européenne avait bien débuté avec la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier, 1952) dont l’objectif était de gérer en commun et hors marché les ressources essentielles de l’époque : le charbon et l’acier.

    Puis, après l’échec de la CED (Communauté européenne de défense, 1954), la construction européenne a pris un tout autre tournant avec, en 1957, le Traité de Rome qui entérinait un marché commun. Cette conception d’une Europe-marché, laquelle ne favorise pas le développement économique, a ensuite dominé : les instances communautaires devaient alors édicter et faire respecter des règles pour veiller notamment à ce que la concurrence y soit la plus libre possible.

   Cette conception d’une Europe-marché, inscrite dans une logique libérale, a par la suite encouragé le dumping fiscal et social.
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Y a-t-il une corrélation entre le chômage et les minima sociaux ?

L’on entend parfois dire, jusque dans les hautes sphères politiques, que les minima sociaux (RSA, . . . ) contribueraient au chômage, certains bénéficiaires préférant s’en contenter plutôt que de rechercher un emploi.

Mais alors, cela doit se constater au niveau du taux de chômage, non ?

Voyons voir ce que dit ce premier graphique qui met en relation le montant des minima sociaux (relativement au seuil de pauvreté à 60 % de chacun des pays) et le taux de chômage pour 14 pays de l’Union Européenne en 2003.

Corrélation chomage minima sociaux en 2003 pour 14 pays U

Légende : les montants de prestations-types d’assistance sociale nettes sont rapportés aux seuils de pauvreté à 60 % du niveau de vie des ménages en 2003. Il s’agit ici du cas d’un couple avec deux enfants. Pour d’autres cas voir tableau en fin de page.

Lecture : en France, les minima sociaux pour un couple avec deux enfants représentaient en 2003 72% du seuil de pauvreté à 60% et le taux de chomage était de 8,9%.

Sources : pour les minima sociaux, OCDE repris dans le rapport « Un panorama des minima sociaux en Europe », p. 8, revue « Etudes et résultats », DREES, N° 464, février 2006. Pour le chômage : base de données en ligne d’Eurostat.

Si corrélation il y a, il semblerait plutôt qu’elle soit négative : plus les minima sont élevés, plus le taux de chômage est faible.

Il est à noter qu’en France, le pouvoir d’achat du RMI/RSA-socle n’a augmenté que de + 3 % entre 1990 et 2010, tandis que celui du Smic horaire progressait de 29 % et le niveau de vie médian de 27 % (source : Contre la pauvreté, l’emploi ne suffit pas, Alternatives Economiques, n° 319 – décembre 2012).

Cette étude comparative sur les minima sociaux est la plus récente (cf. tableau ci-dessous). Si vous trouvez des données plus récentes que ce tableau de la p.8 du rapport  » un panorama des minima sociaux en Europe « , je suis preneur.

Tableau_minima_sociaux_Europe-2003_DREES-2006.jpg

Ci-dessous, le classement de ces quatorze pays selon les trois situations familiales du tableau : personne seule, parents avec deux enfants, parent isolé avec deux enfants.

  • La France se situe en 6e position, juste au dessus de la moyenne européenne, pour une personne seule.
    Minima sociaux pour personne seule - 14 pays UE - 2003 DRE
  • La France se situe en 5e position, sous la moyenne européenne, pour un couple avec deux enfants.

    Minima sociaux pour un couple avec deux enfants-14 pays UE-

  • Et enfin, la France se situe en 7e position, sous la moyenne de l’UE-14, pour un parent seul avec deux enfants.
    Minima sociaux pour un parent isolé avec deux enfants-14 p

Rajout (nov 2014) : relativement au SMIC, le RMI-RSA a perdu 23% de sa valeur entre 1990 et  2013 (en savoir plus :  Le grand retour de « l’assistanat » : sur quelques idées fausses  par Jean Gadrey, nov. 2014.

Sur les chiffres des minima sociaux, voir aussi : Préjugés sur les minima sociaux.

Sur d’autres contre-vérités au sujet des raisons du chômage :

   Peut-être vous souvenez vous de ces déclarations de ministres divers, tant du gouvernement Sarkozy-FIllon que celui de Hollande-Valls qui laissaient sous entendre que le chômage de masse était dû :

  • À la trop haute protection des salariés en CDI qui rigidifiait le marché du travail qui fait dire à Manuel Vallls,  1er Ministre du bgouvernement Hollande-Valls (oct. 2014) : « Le fonctionnement du marché du travail n’est pas satisfaisant, car il ne crée pas assez d’emplois, il génère des inégalités importantes entre d’une part des salariés très protégés en CDI et d’autre part des salariés très précaires en CDD et en intérim. C’est là-dessus qu’il faut agir »Une contrevérité démentie dans cet article : Préjugé sur le lien entre chômage et rigidité du contrat de travail;

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Mots clés : corrélation, cause à effet, incitation, profiteurs, oisiveté, préjugé, minima sociaux, prestations sociale, chômage, union européenne.

Évolution des très hauts revenus en Suède (1945-2010)

     La Suède n’échappe pas au phénomène de l’augmentation des très hauts revenus depuis les années 1980 constaté dans de très nombreux pays développés. En Suède, cela correspond également au début de la dérégulation financière qu’a connu ce pays dés 1987 alors qu’il était alors un des plus régulé au monde.

     Ce premier graphique représente l’évolution relative de la part prise dans les revenus totaux suédois de sept tranches composant les plus hauts revenus, à savoir le « Top 10% ».

Suède - Evolution des parts de 7 fractiles du TOP 10% - ba

Légende : les revenus sont ceux du travail et du capital. La base est 100 pour chacun des six fractiles en 1980. Le « Top 10-5% » est constitué des 5 % de la population situés entre les 89% les moins riches (le « Bottom 90% ») et les 5% les plus riches (le « Top 5% »).

Lecture : la part des revenus du « Top 0,05-0, 01% » (en bleu ciel) a été multiplié par 3,5 entre 1980 et 2010, avec un maximum de 5,3 en 2000. La part des revenus du « Top 10-5% » (en bleu marine) est stable depuis 1980.

      Ce deuxième graphique représente l’évolution de la part prise par ce « Top 10% » dans la totalité des revenus suédois.

Suède - Evolution de la part cumulée de 7 fractiles du To

Légende : les revenus sont ceux du travail et du capital. La courbe supérieure (haut de la zone brune) représente la part du « Top 10% » dans les revenus de l’ensemble de la population. Ce « Top 10% » est décomposé en sept zones représentant, du bas vers le haut, les « Top 10-5% », « Top 5-1% », « Top 1-0,5% », « Top 0,5-0,1% », « Top 0,1-0,05% », « Top 0,05-0,01% » et le reste, le « Top 0,01% ».

Lecture : la part des revenus du « Top 10% » est passé d’un minimum de 22 % en 1980 à 31 % en 2010, soit +9 %. Les 5% les moins riches de ce « Top 10% », c’est à dire la tranche « Top 10-5% » ont vu leur revenus stagner.

     On constate que la part des revenus prise aux 90% les plus pauvres est le fait des 5% les plus riches, la part de la tranche 90-95% étant stable depuis les années 80.

     Ces accroissements proviennent autant de l’augmentation des revenus du travail (courbes rouge, bleu marine et vert pomme) que ceux du capital (courbes orange, fuschia et bleu turquoise) comme l’atteste le graphique ci-dessous établi pour trois tranches du « Top 5% ».

     Revenus du travail & du capital Top 5-1 1-05 05 Suede 1980-Ces 

     Ces évolutions sont identiques à celles constatées en France et aux États-Unis, à des échelles cependant différentes. C’est ce qu’illustrent les deux graphiques ci-dessous empruntés à l’article Les inégalités de revenus en France du site Les Crises.

     Si, de 1980 à 2010, la part du « Top 10% » Suédois est passée de 22 à 31 % (+9%), celles des « Top 10% » français et étasuniens sont passées respectivement de 30 à 33% (+3%) et de 33 à 47% (+26%) aux États-Unis.

 

France-parts-cumulees Top10 1910-2006

Nota bene : les tranches sont rangées à l’inverse du 2e graphique de la page !

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   L’évolution aux États-Unis présente les mêmes allures mais avec des distorsions d’autant plus importantes que l’on se rapproche des plus hauts revenus comme l’illustre le graphique suivant.

Etats-Unis-parts-cumulees Top10 1910-2006

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     L‘« explosion » de ces très hauts revenus a accru considérablement les inégalités de revenus en Suède (cf. courbe verte du graphique ci-dessous).

Evolution Gini revenus disponibles France-Suède-Allemagne-

      Cependant, partant en 1976 d’un excellent coefficient de Gini (0,17), la Suède, reste le pays le plus égalitaire en terme de revenus monétaires disponibles ainsi qu’en terme de revenus élargis aux services publics (santé, éducation logement, …). C’est ce qu’illustre le graphique ci-dessous.Gini & gini étendu pays 0CDE-27 en 2007 OCDE-2011 sans c

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     Conclusion : relativement aux autres pays de l’OCDE, la Suède se porte plutôt bien économiquement (dette publique, taux de croissance et de chômage, indice de développement humain corrigé des inégalités, . . . ). On est en droit de conclure qu’un haut niveau de dépenses publiques, un des plus élevés au monde, associé à un écart de revenus « raisonnable » pourrait être une des clés de la réussite. A suivre . . .

 Voir également le match France-Suède : Trop de prélèvements obligatoires et de dépenses publiques tuent-ils la compétitivité et la croissance ?

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Sources des données :

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Mots clés 
: inégalités, explosion des hauts revenus, augmentations.

Y a-t-il un rapport entre la crise et les inégalités ?

 

Je vous invite à lire, en fonction de votre sensibilité et selon le crédit que vous accordez à ces auteurs :

Et comme un dessin vaut mieux qu’un long discours, voici ce graphique reliant l’indicateur d’inégalités GINI et le taux dette publique/PIB (réalisé par J. Gadrey selon Eurostat et commenté dans son article Les pays les plus endettés sont les plus inégalitaires.

  Correlation GINI Dettes publiques 2010

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