Archives pour la catégorie Inegalites

Macron, les jeunes milliar­daires et la fisca­lité, 2017

Le 6 janvier 2015 Macron décla­rait « Il faut des jeunes Français qui aient envie de deve­nir milliar­daires » (source : Les.echos, 6 janvier 2015).

En 2017, le candi­dat à la prési­den­tielle fait des propo­si­tions pour le moins cohé­rentes avec cette petite phrase, ces mesures fiscales favo­ri­sant les 1% les plus riches.

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Eradiquer la pauvreté en instau­rant un Revenu Maxi­mal

Dans cet article, nous évaluons l’im­pact de l’éta­blis­se­ment d’un RMA (revenu maxi­mal admis­sible) sur le niveau de vie de chacun des 10 déciles de la popu­la­tion française . Ce RMA est défini ici comme le rapport du niveau de vie moyen du dernier décile noté D10 (les 10% les plus riches) sur celui du premier décile, noté D1 (les 10% les moins riches). Conti­nuer la lecture

En 2016, les 1 % les plus riches du monde possè­de­ront plus que les 99% restant

Je publie ici l’ar­ticle du même nom posté par Jean Gadrey sur son blog ce mardi 20 janvier 2015. N’hé­si­tez pas à commen­ter ci-dessous.

En 2016, les 1 % les plus riches du monde possè­de­ront plus que les 99% restant puisqu’il possè­de­ront plus de la moitié de la richesse mondiale !

C’est l’un des résul­tats d’une étude d’Ox­fam, « Insa­tiable richesse », qui vient d’être mise en ligne. La part du patri­moine mondial déte­nue par les 1 % les plus riches est passée de 44 % en 2009 à 48 % en 2014, et dépas­sera selon toute proba­bi­lité les 50 % en 2016. En 2014, les membres de cette élite inter­na­tio­nale possé­daient en moyenne 2,7 millions de dollars par adulte. Vive la crise !

Les esti­ma­tions utilisent les meilleures sources mondiales dispo­nibles sur les patri­moines, dont celles du Crédit Suisse. D’autres chiffres renforcent le vertige devant la déme­sure, dont ce graphique, qui montre que si, en 2010, 388 milliar­daires (le haut du clas­se­ment Forbes) étaient aussi riches que la moitié la plus pauvre de la popu­la­tion mondiale, en 2014, il « n’en faut plus » que 80.

La concen­tra­tion de la richesse vers le haut produit le dénue­ment « en bas » et même aux étages inter­mé­diaires de la hiérar­chie. C’est ainsi que les 80 % les moins riches ne détiennent que 5,5 % de la richesse mondiale totale des ménages.

Cette étude consacre d’im­por­tants déve­lop­pe­ments aux méca­nismes écono­miques, poli­tiques, fiscaux, etc. de cet insa­tiable enri­chis­se­ment, et en parti­cu­lier à l’in­tense et très coûteux (mais hyper rentable) lobbying de cette oligar­chie de taille infime mais au pouvoir immen­se… tant que les pouvoirs poli­tiques s’en rendent complices ou, dans « le meilleur des cas », ne font rien de sérieux.

Extrait :
« En 2013, le secteur de la finance a dépensé plus de 400 millions de dollars dans des acti­vi­tés de lobbying aux États-Unis, soit 12% du montant total consa­cré aux acti­vi­tés de lobbying dans le pays cette même année, tous secteurs confon­dus. Par ailleurs, dans le cadre des élec­tions de 2012, les entre­prises de ce secteur ont dépensé 571 millions de dollars pour finan­cer certaines campagnes élec­to­rales. D’après le Centre for Respon­sive Poli­tics, c’est le secteur de la finance qui a apporté la plus grande contri­bu­tion aux partis et aux candi­dats fédé­raux. Les milliar­daires améri­cains repré­sentent envi­ron la moitié des milliar­daires de la liste Forbes ayant des inté­rêts dans le secteur finan­cier. Ce nombre est passé de 141 à 150 aux États-Unis, et leur fortune cumu­lée de 535 à 629 milliards de dollars, soit une augmen­ta­tion de 94 milliards de dollars (17%) en l’es­pace d’un an. »

L’en­semble du patri­moine net des milliar­daires ayant des inté­rêts dans le secteur phar­ma­ceu­tique et de la santé a augmenté de 47 %. Eux aussi avaient dépensé 500 millions de dollars pour faire pres­sion sur les respon­sables poli­tiques à Washing­ton et à Bruxelles, en 2013.

Oxfam craint que la force de lobbying de ces secteurs ne soit un obstacle majeur à la réforme du système fiscal inter­na­tio­nal et n’im­pose des règles de propriété intel­lec­tuelle qui empêchent les plus pauvres d’ac­cé­der à des médi­ca­ments vitaux.

Oxfam appelle les États à adop­ter un plan en sept points pour lutter contre les inéga­li­tés :

– Mettre un frein à l’éva­sion fiscale des entre­prises et des grandes fortunes
– Inves­tir en faveur de la gratuité et de l’uni­ver­sa­lité de services publics comme la santé et l’édu­ca­tion
– Répar­tir équi­ta­ble­ment la charge fiscale, l’al­lé­geant du côté du travail et de la consom­ma­tion tout en taxant davan­tage le capi­tal et les richesses
– Instau­rer un salaire mini­mum et oeuvrer à un salaire décent pour l’en­semble des travailleuses et travailleurs
– Instau­rer une légis­la­tion en faveur de l’éga­lité sala­riale et promou­voir des poli­tiques écono­miques assu­rant le trai­te­ment équi­table des femmes
– Mettre en place une protec­tion sociale suffi­sante pour les plus pauvres, notam­ment la garan­tie d’un revenu mini­mum
– Adop­ter l’objec­tif commun de lutter contre les inéga­li­tés à l’échelle inter­na­tio­nale

La partie illé­gi­time de la dette publique

France : qui paye la dette et à qui profite le crime ?
Envi­ron 70 % des créances sur les dettes publiques sont possé­dées par les 10 % les plus riches de la popu­la­tion qui perçoivent donc 70 % des inté­rêts.

   Le budget 2011 de la France c’est en gros 200 Md€ de recettes, 290 Md€ de dépenses dont près de 60 Md€ d’in­té­rêts de la dette publique (Merci Giscard et ta loi dite Roth­schild de 1973 !).

   Si vous n’ai­mez pas lire, je vous propose cette récente video (Marianne, mai 2014). Reve­nez éven­tuel­le­ment lire la suite de l’ar­ticle après.

  L’im­pôt étant assez peu redis­tri­bu­tif, on comprend donc que le système de la dette publique enri­chit les plus riches au détri­ment des plus pauvres, lesquels payent des impôts – TVA à 20% en parti­cu­lier – sans avoir de patri­moine finan­cier rému­néré.

  Ce premier graphique, illustre le fait que ce sont les 90% les plus pauvres (barres rouges) qui globa­le­ment remboursent la dette au 10% les plus riches (les trois barres vertes) :

charge-nette-dette-par-decile-france-2010-O-Berruyer-perte.jpg
   Selon que l’on est dans une des trois parties de ce dernier décile (90–95%, 95–99% ou 99–100%), bien évidem­ment l’on y gagne plus ou moins.

   Dans ce deuxième graphique, est estimé le pour­cen­tage des reve­nus consa­crés par chacun au rembour­se­ment de la dette.

charge-nette-dette-en---revenus-par-decile-france-2010-O-B.jpg  Comme indiqué, les 90% les plus pauvres perdent 2,5% de leur reve­nus (de –3,9% à –1,5%) pour amélio­rer de 3,5% les reve­nus des 5% les plus riches !

   En résumé : baisse des impôts des plus riches depuis 30 ans => plus d’épargne pour les plus riches => plus de reve­nus finan­ciers pour ces derniers qui s’en­ri­chissent => encore plus d’épargne pour ces encore plus riches => encore plus de reve­nus finan­ciers …. Voir en fin d’ar­ticle le graphique repré­sen­tant le taux d’épargne médian en fonc­tion des reve­nus : –20% (= dette) pour les 20% les moins riches à +40% pour les 20% les plus riches !

   Durant ce temps là les pauvres sont toujours plus pauvres, et comme crise et inéga­li­tés sont indu­bi­ta­ble­ment liées cela risque donc de durer, un moment je vous le dis ! Au moins tant que, a minima, la loi Roth­schild ne sera pas abro­gée, c’est à dire les Trai­tés de Maas­tricht et de Lisbonne qui la consacre.

   Cela ne saurait évidem­ment être suffi­sant : il faut mettre en oeuvre d’autres solu­tions. Et chaque jour qui passe, c’est notre argent qui dispa­raît au profit de qui vous savez main­te­nant.

Pour en savoir plus lire l’ar­ticle d’Oli­vier Berruyer : Perte du Triple A : origine et consé­quences

crisenuls


Taux d’épargne médian par quin­tile de revenu dispo­nible

Taux_epargne_median_selon_quintile_2010Source du graphique : Les hauts reve­nus épar­gnent‐ils
davan­tage ?, p.55, ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 472–473, 2014, Insee.
Note : Le revenu dispo­nible comprend les reve­nus d’ac­ti­vité et de rempla­ce­ment, les pres­ta­tions sociales et les reve­nus du patri­moine. Il est net des impôts directs (impôt sur le revenu, CSG, CRDS et taxe d’ha­bi­ta­tion).

En 2003, les 20 % de ménages les plus aisés (soit 5 millions de foyers) dispo­saient de 40 % du revenu dispo­nible (993,4 milliards d’eu­ros), quand les 20 % les moins aisés n’en rece­vaient que 8 %. Autre­ment dit le niveau de vie des 20 % des ménages les plus aisés est en moyenne 5 fois plus élevé que celui des 20% les plus modestes.

Y a-t-il un rapport entre la crise et les inéga­li­tés ?

Je vous invite à lire, en fonc­tion de votre sensi­bi­lité et selon le crédit que vous accor­dez à ces auteurs :

   Et comme un dessin vaut mieux qu’un long discours, voici ce graphique reliant l’in­di­ca­teur d’iné­ga­li­tés GINI et le taux dette publique/PIB (réalisé par J. Gadrey selon Euro­stat et commenté dans son article Les pays les plus endet­tés sont les plus inéga­li­taires).

Correlation GINI Dettes publiques 2010

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Pourquoi l’éga­lité est meilleure pour tous

 Parce qu’un petit dessin vaut mieux qu’un long discours, tout d’abord cinq graphiques se passant de tout commen­taire. Pour une ving­taine de pays de l’OCDE, ils mettent en évidence une corré­la­tion signi­fi­ca­tive entre le niveau d’iné­ga­li­tés (abscisse) et un indi­ca­teur (ordon­née) pris dans les cinq domaines suivants : éduca­tion, santé, insé­cu­rité, inno­va­tion, écolo­gie.

ÉDUCATION : niveau en maths et en lecture/écriture et inéga­li­tés de reve­nus

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SANTÉ : taux d’adoles­cents en surpoids et inéga­li­tés de reve­nus

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CRIMINALITÉ : taux d’in­car­cé­ra­tion et inéga­li­tés de reve­nus

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INNOVATION : taux de brevets et inéga­li­tés de reve­nus

inegabrevets

ÉCOLOGIE : taux de recy­clage et inéga­li­tés de reve­nus inengarecyclage

   Ces graphiques, repro­duits et commen­tés ci-dessous, sont tirés de l’ou­vrage Pourquoi l’éga­lité est meilleure pour tous (2013) de Kate Pickett et Richard Wilkin­son, profes­seurs et cher­cheurs en épidé­mio­lo­gie dans des univer­si­tés anglaise et étasu­nienne. Ils y défendent la thèse origi­nale selon laquelle les inéga­li­tés sont néfastes pour tous, y compris pour les riches, à cause des tensions et des stress qu’elles causent.

   La rela­tion de cause à effet n’y est pas démon­trée mais un fais­ceau de corré­la­tion permet de l’ima­gi­ner comme très probable : ainsi il est démon­tré que le PIB par habi­tant pèse bien moins que le niveau des inéga­li­tés au sein d’une société sur l’al­lon­ge­ment de l’es­pé­rance de vie, le niveau de la crimi­na­lité, le taux de mater­nité précoce ou même la consom­ma­tion d’eau. Le niveau des inéga­li­tés pèse en revanche énor­mé­ment dans des domaines aussi variés que l’édu­ca­tion, le surpoids des adoles­cents, l’em­pri­son­ne­ment, mais aussi, plus surpre­nant, l’in­no­va­tion ou encore le recy­clage. C’est ce qu’illustre ci-dessous les cinq graphiques les plus signi­fi­ca­tifs de l’ou­vrage  mettant en évidence certaines corré­la­tions surpre­nantes.

   Que vous en soyez convaincu d’avance ou pas, ces quelques graphiques d’in­ter­pré­ta­tions aisés inter­pel­le­ront, il faut l’es­pé­rer, vos connais­sances réfrac­taires à la redis­tri­bu­tion qui serait de l’as­sis­ta­nat, lequel serait la cause prin­ci­pale du chômage, entre autres maux qui rongent notre société.

   À la suite de ces graphiques dont nous préci­sions les sources, vous trou­ve­rez de larges extraits de la préface.

Sources des cinq graphiques les plus marquants de l’ou­vrage : rela­tion entre inéga­li­tés de reve­nus et, éduca­tion, surpoids, crimi­na­lité, inno­va­tion, et recy­clage

    Pour les cinq graphiques présen­tées ci-dessus et repris ci-dessous, les inéga­li­tés de reve­nus (abscisse) sont mesu­rées à l’aune du rapport entre les reve­nus des 20% les plus riches et ceux des 20% les plus pauvres (source : Rapport sur le déve­lop­pe­ment humain, programme des Nations unies pour le déve­lop­pe­ment, 2003–2006).

Éduca­tion : niveau en maths et en lecture/écri­ture et inéga­li­tés de reve­nus

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Figure 8.1, page 168 Pourquoi l’éga­lité est meilleure pour tous , © Les Petits matins.

Source : rapport PISA 2003. Les données inter­na­tio­nales harmo­ni­sées sur les niveaux d’ins­truc­tion proviennent du Programme Inter­na­tio­nal pour le Suivi des Acquis des élèves (PISA), créé pour faire passer des tests harmo­ni­sés à des élèves de 15 ans dans divers pays.

Santé : taux d’adoles­cents en surpoids et inéga­li­tés de reve­nus

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Figure 7.2, page 149 Pourquoi l’éga­lité est meilleure pour tous , © Les Petits matins.

Source : les pour­cen­tages d’ado­les­cents de 13 et 15 ans souf­frant de surpoids ont été publiés dans le rapport 2007 de l’UNICEF« La pauvreté des enfants en pers­pec­tive, vue d’en­semble du bien-être des enfants dans les pays riches ».

Crimi­na­lité : taux d’in­car­cé­ra­tion et inéga­li­tés de reve­nus

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Figure 11.1, page 222 Pourquoi l’éga­lité est meilleure pour tous , © Les Petits matins.

Source : les taux de déte­nus proviennent des « Enquêtes des Nations Unies sur les tendances de la crimi­na­lité et le fonc­tion­ne­ment des systèmes de justice pénale » (2000).

Inno­va­tion : taux de brevets et inéga­li­tés de reve­nus

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Figure 15.3, page 329, Pourquoi l’éga­lité est meilleure pour tous , © Les Petits matins.

Source : le taux de brevet provient de l’Or­ga­ni­sa­tion Mondiale de la Propriété Intel­lec­tuelle, Statis­tiques de propriété intel­lec­tuelle, publi­ca­tion A, Genève, OMPI, 2001

Écolo­gie : taux de recy­clage et inéga­li­tés de reve­nus

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Figure 15.5, page 340, Pourquoi l’éga­lité est meilleure pour tous, © Les Petits matins.

Source : les taux de recy­clage proviennent de l’Austra­lia’s Planet Ark Foun­da­tion Trust

  Certes, cinq graphiques – ou plutôt des dizaines, sur cinq cents pages – ne font pas une démons­tra­tion. Sensible à l’objec­tion, Pascal Canfin répond dans sa préface : « Prises sépa­ré­ment, ces corré­la­tions ne montrent en réalité pas de rapport de cause à effet. Si les socié­tés les plus égali­taires sont aussi celles où le taux de crimi­na­lité est le plus faible, c’est peut-être le fait du hasard. ». « Mais, ajoute-t-il, si les socié­tés les plus égali­taires sont en même temps celles où l’état de santé est le meilleur, où la mobi­lité sociale est la plus forte … le hasard n’est plus possible ».

 Nota : autre présen­ta­tion de ces cinq graphiques sur le site de France Télé­vi­sions.

Préface de Pascal Canfin, extraits :

   Plus les riches sont riches, plus la société dans son ensemble est pros­père. Voilà l’un des piliers de l’idéo­lo­gie néoli­bé­rale. C’est ce que les écono­mistes appellent « l’ef­fet ruis­sel­le­ment » : la richesse des plus aisés descend progres­si­ve­ment dans toute la société grâce à la consom­ma­tion et à la richesse supplé­men­taire qu’ils produisent. L’éga­lité est peut-être dési­rable, mais ce sont les inéga­li­tés qui sont produc­tives et qui, au bout du compte, permettent à tous de vivre mieux.

   Tel est le cœur du raison­ne­ment qui a pu – et peut toujours – rendre légi­time aux yeux de la majo­rité l’ac­crois­se­ment de la richesse d’une mino­rité. Les inéga­li­tés peuvent paraître immo­rales, mais elles consti­tuent un mal pour un bien.

   Page après page, statis­tique après statis­tique, c’est cette thèse centrale du néoli­bé­ra­lisme que ce livre met en pièces. Le PIB par habi­tant pèse bien moins sur l’al­lon­ge­ment de l’es­pé­rance de vie, le niveau de la crimi­na­lité, le taux de mater­nité précoce ou même la consom­ma­tion d’eau que le niveau des inéga­li­tés au sein d’une société. Autre­ment dit, la meilleure poli­tique contre la délinquance – y compris la délinquance finan­cière – est de réduire les inéga­li­tés.

Un livre très influent

   Publié au Royaume Uni en mars 2009, six mois après la chute de la banque Lehman Brothers qui a déclen­ché la crise finan­cière, il rencontre un succès inat­tendu. Trois ans plus tard, 150.000 exem­plaires ont été vendus et le livre est dispo­nible dans 23 pays. Mais il aura fallu attendre 2013 pour dispo­ser d’une traduc­tion en français. […] !!!

   Compte tenu de la montée des inéga­li­tés en France depuis une décen­nie, le lecteur français trou­vera dans ce livre matière à de nombreuses réflexions. […]. Après la crise finan­cière dévas­ta­trice que le monde a connue en 2008, les zéla­teurs de la finance débri­dée ont perdu la bataille des idées. Ce livre vient élar­gir la pers­pec­tive et donne une force supplé­men­taire à notre combat.

   Au Royaume-Uni, en 2009, après trois décen­nies de domi­na­tion idéo­lo­gique du that­ché­risme à droite puis du blai­risme à gauche, ce livre est évidem­ment salué par la gauche social-démo­crate tradi­tion­nelle. The New States­man, la revue intel­lec­tuelle de la gauche britan­nique, le ­ couronne en décembre 2009 comme l’un des dix livres les plus impor­tants de la décen­nie. Son influence a été consi­dé­rable dans le monde anglo­phone. Ed Mili­band, le leader du Parti travailliste, s’y réfè­re… ainsi que David Came­ron, le Premier ministre conser­va­teur, mais aussi l’OCDE et le mouve­ment des indi­gnés améri­cains Occupy Wall Street. Aux États-Unis, le discours média­tique perma­nent, expliquant que la richesse des plus aisés est bonne pour tous, a conduit à retrou­ver des niveaux d’iné­ga­li­tés équi­va­lents à ceux qui exis­taient avant la grande crise finan­cière de . . . 1929. […]

   On pour­rait objec­ter que la multi­pli­ca­tion des statis­tiques montrant le lien entre le niveau d’iné­ga­li­tés et l’état de santé ou le bien-être social ne permet pas d’éta­blir une causa­lité mais, au mieux, une corré­la­tion. Prises sépa­ré­ment, ces corré­la­tions ne montrent en réalité pas de rapport de cause à effet. Si les socié­tés les plus égali­taires sont aussi celles où le taux de crimi­na­lité est le plus faible, c’est peut-être le fait du hasard. Mais si les socié­tés les plus égali­taires sont en même temps les plus sûres, celles ou l’état de santé est le meilleur, où la mobi­lité sociale est la plus forte, … le hasard n’est plus possible. Une fois que vous aurez lu ce livre, il sera diffi­cile de vous convaincre que plus les riches sont riches plus les pauvres vivent mieux.

   Un argu­ment souvent avancé pour défendre les inéga­li­tés est l’es­prit d’en­tre­prise : peut-être que l’on vit mieux dans une société plus égali­taire, mais on innove moins et, à long terme, on s’ap­pau­vrit. Les exemples de Google, Apple et autre Twit­ter aux États-Unis peuvent venir confir­mer cette idée. Pour­tant, le nombre de brevets par habi­tant y est plus faible qu’au Japon, une société égale­ment très inno­vante sur le plan tech­nique et beau­coup plus égali­taire que les États-Unis. En Europe, il y a beau­coup plus d’in­no­va­tions en Finlande et en Alle­magne qu’en Italie et au Portu­gal, des pays pour­tant plus inéga­li­taires. L’es­prit d’ini­tia­tive n’a donc en rien besoin d’un terreau inéga­li­taire pour pros­pé­rer.

   Si les inéga­li­tés sont fina­le­ment assez large­ment accep­tées comme un « mal inéluc­table », c’est aussi parce qu’elles sont cachées. Car les inéga­li­tés sont beau­coup plus fortes qu’on ne le croit géné­ra­le­ment. Para­doxa­le­ment, plus elles sont fortes, moins elles se voient : en effet, plus la société est inéga­li­taire, plus elle est frag­men­tée et moins les personnes de niveaux sociaux diffé­rents se croisent dans l’es­pace public comme privé. Qui sait vrai­ment qu’en France 50 % du patri­moine est possédé par les 10 % des Français les plus riches ?

   Dans cet ouvrage, les auteurs font réfé­rence à une étude marquante publiée en 2011 aux États-Unis. Un échan­tillon de plus de cinq mille Améri­cains se voit présen­ter trois niveaux théo­riques d’iné­ga­li­tés dans une société : aucune inéga­lité ; des inéga­li­tés corres­pon­dant, de facto et sans qu’ils ne le sachent, à la Suède ; et un troi­sième scéna­rio corres­pon­dant à la société améri­caine. Près de 92% des répon­dants ont exprimé une préfé­rence pour la répar­ti­tion « à la suédoise », et ce quelle que soit leur couleur poli­tique : démo­crate ou répu­bli­cain.

   Bien que le livre laisse ouvert le débat sur le « bon » niveau d’iné­ga­li­tés à atteindre et qu’il ne soit pas ­ pres­crip­tif en termes de poli­tiques publiques, il réha­bi­lite l’objec­tif de réduc­tion des inéga­li­tés de reve­nus comme un objec­tif struc­tu­rant des poli­tiques publiques pour obte­nir des effets posi­tifs en matière de santé, de lutte contre la délinquance, de meilleur fonc­tion­ne­ment de l’as­cen­seur social, …

   La première dimen­sion d’une poli­tique redis­tri­bu­tive reste bien sûr la fisca­lité. On le sait, les taux d’im­po­si­tion des plus riches comme des grandes entre­prises sont infé­rieurs à ceux des classes moyennes et des PME. D’où la néces­sité de taxer les reve­nus du capi­tal au même niveau que ceux du travail et de lutter plus effi­ca­ce­ment contre les para­dis fiscaux et l’éva­sion fiscale. Toute­fois, si les inéga­li­tés sont massives, l’im­pôt sur les personnes comme sur les entre­prises est insuf­fi­sant pour les combattre. Car il faut alors atteindre des taux d’im­po­si­tion très impor­tants, poli­tique­ment diffi­ciles à instau­rer dans des socié­tés qui ont accepté en amont des niveaux d’iné­ga­li­tés massifs. Ainsi, les socié­tés où les taux d’im­po­si­tion sont les plus élevés, comme les pays du nord de l’Eu­rope, sont aussi les socié­tés les plus égali­taires, non pas tant parce que l’im­pôt permet de réta­blir l’éga­lité, mais parce que des socié­tés qui valo­risent des taux d’im­pôts élevés sont aussi celles qui produisent le moins d’iné­ga­li­tés avant impôt. Le rôle de l’im­pôt est alors moins de réduire les inéga­li­tés de reve­nus par la redis­tri­bu­tion que de socia­li­ser la produc­tion des biens publics qui béné­fi­cient à tous de manière égale, comme l’édu­ca­tion, la santé, les trans­ports collec­tifs, …

Inéga­li­tés et écolo­gie

   Ce livre intègre [aussi] la ques­tion écolo­gique au cœur de son analyse. Il dépasse ainsi la vision social-démo­crate tradi­tion­nelle, qui consiste à produire le plus possible sans s’in­ter­ro­ger sur la nature de ce qui est produit, pour redis­tri­buer ensuite.

   Les auteurs montrent ainsi qu’à partir d’un certain niveau de richesse collec­tive, l’aug­men­ta­tion supplé­men­taire de cette richesse produit beau­coup moins d’ef­fets posi­tifs que dans les pays plus pauvres, où la crois­sance du PIB est une des condi­tions de l’amé­lio­ra­tion du bien-être. Un tel débat sur la crois­sance peut paraître décalé tant la recherche de la crois­sance du PIB semble faire l’objet d’un consen­sus absolu et consti­tuer l’al­pha et l’oméga de toute poli­tique. Moins la crois­sance est là, plus elle appa­raît dési­rable. Pour­tant, même si cela reste un débat souvent diffi­cile à faire entendre pour le respon­sable poli­tique que je suis, je crois, en tant qu’é­co­lo­giste, qu’il est plus que jamais néces­saire de le faire vivre. Compte tenu de notre évolu­tion démo­gra­phique comme des gains de produc­ti­vité de plus en plus faibles réali­sés chaque année, ce que les écono­mistes appellent notre « crois­sance poten­tielle », c’est-à-dire la crois­sance que nous pour­rions réali­ser si tout allait bien, ne dépasse plus les 1,5 à 2 % par an, bien loin des niveaux atteints pendant les fameuses Trente Glorieuses. L’éco­no­mie française entre donc dura­ble­ment dans une ère de crois­sance faible. Le lecteur pourra objec­ter que des pays euro­péens connaissent une crois­sance plus forte, et citer – néces­sai­re­ment – l’Al­le­magne. Pour­tant, à y regar­der de près, l’Al­le­magne connaît, elle aussi, une crois­sance faible, de 0,7 % en 2012 et de 0,3 % prévu en 2013.

   Plutôt que de masquer cette réalité, il nous faut l’af­fron­ter. Tim Jack­son, auteur d’un ouvrage de réfé­rence, Pros­pé­rité sans crois­san­ce*, résume bien la situa­tion : « La crois­sance est insou­te­nable, la décrois­sance est instable. » En effet, notre modèle de crois­sance ignore les limites de la planète, et si tous les êtres humains vivaient comme les Français il nous faudrait 2,5 planètes. Or – je crois que c’est un fait établi – nous n’en avons qu’une ! La Banque mondiale, qui n’est pas à propre­ment parler une offi­cine écolo­giste, parle des « effets cata­clys­miques » du chan­ge­ment clima­tique dans les décen­nies à venir. Et il ne s’agit plus du bien-être des géné­ra­tions futures mais bien des géné­ra­tions présentes qui vivront tout au long de ce siècle. La crois­sance du PIB selon le modèle actuel est donc insou­te­nable.

   Mais la décrois­sance du PIB est poli­tique­ment et socia­le­ment instable. Malheu­reu­se­ment, la Grèce expé­ri­mente actuel­le­ment cette décrois­sance : le PIB y a reculé de plus de 25 % depuis 2008. Cela engendre une telle souf­france et une telle désta­bi­li­sa­tion de la société que c’est la démo­cra­tie elle-même qui en est fragi­li­sée.

   Le seul projet poli­tique réaliste pour la décen­nie qui vient est donc à mes yeux le suivant : comment rendre notre modèle de crois­sance plus soute­nable pour éviter de devoir décroître face aux limites de la planète, et comment rendre plus stable socia­le­ment un état de crois­sance très faible pour éviter d’avoir à recher­cher en perma­nence une crois­sance insou­te­nable ?

   Pour réali­ser ce nouveau projet pour la gauche, il faut juste­ment réduire les inéga­li­tés. On le sait depuis les travaux du socio­logue Thor­stein Veblen en 1899, le modèle de consom­ma­tion des plus riches sert de réfé­rence pour l’en­semble de la société. Les médias et la publi­cité nous renvoient une norme idéale de consom­ma­tion qui n’est en fait acces­sible qu’à une toute petite mino­rité. Faire d’un modèle de consom­ma­tion insou­te­nable sur le plan envi­ron­ne­men­tal une réfé­rence tout en sachant que ce modèle est réservé à une infime mino­rité relève d’une forme de torture psycho­lo­gique collec­tive qui n’est pas sans expliquer, je le crois, une partie de nos souf­frances. La réduc­tion des inéga­li­tés possède donc un double béné­fice : elle dimi­nue la consom­ma­tion osten­ta­toire des plus aisés et améliore le bien-être, maté­riel et psycho­lo­gique, d’un nombre beau­coup plus impor­tant de personnes, rendant ainsi la société plus stable.

   Une vision écolo­gique de la lutte contre les inéga­li­tés de revenu conduit néces­sai­re­ment à se poser la ques­tion de la diffé­ren­cia­tion sociale. Comme le rappellent les auteurs de cet ouvrage, la consom­ma­tion de produits ne répond pas d’abord à une logique de besoin mais à une logique de diffé­ren­cia­tion sociale. La consom­ma­tion est un signe exté­rieur de richesse et de trans­fert des quali­tés du produit consommé sur la personne qui consomme (si je consomme un produit excep­tion­nel, c’est parce que je le suis aussi). Nos socié­tés de consom­ma­tion font juste­ment de cette consom­ma­tion le mode de diffé­ren­cia­tion par excel­lence. Or, le désir de diffé­ren­cia­tion indi­vi­duelle est aussi un héri­tage posi­tif de la Renais­sance et de l’hu­ma­nisme. Ainsi, les formes d’or­ga­ni­sa­tion qui cherchent à refou­ler ce désir sont loin d’être des modèles. Je pense bien sûr aux socié­tés tota­li­taires des années 1930 mais aussi à tous les fonda­men­ta­lismes reli­gieux qui font de la ressem­blance la norme. Il nous reste donc à inven­ter au XXIe siècle un modèle de société qui recon­naît le désir de diffé­ren­cia­tion mais qui le réalise en dehors de la consom­ma­tion de biens maté­riels, dont la multi­pli­ca­tion à l’échelle de la planète est propre­ment insou­te­nable. Voilà un beau défi pour tous ceux qui s’in­té­ressent à la Poli­tique avec un P majus­cule !

À propos des auteurs

   * Richard Wilkin­son a joué un rôle majeur dans les recherches inter­na­tio­nales consa­crées aux déter­mi­nants de la santé. Il a étudié l’his­toire de l’éco­no­mie à la London School of Econo­mics avant de se former en épidé­mio­lo­gie. Il est aussi profes­seur émérite à l’école de méde­cine de l’uni­ver­sité de Nottin­gham, profes­seur hono­raire de l’Univer­sity College de Londres et profes­seur invité de l’uni­ver­sité de York (Angle­terre).
* Kate Pickett est profes­seur d’épi­dé­mio­lo­gie à l’uni­ver­sité de York et membre du person­nel scien­ti­fique du Natio­nal Insti­tute for Health Research. Elle a étudié l’an­thro­po­lo­gie physique à Cambridge, les sciences nutri­tion­nelles à Cornell et l’épi­dé­mio­lo­gie à l’uni­ver­sité de Cali­for­nie-Berke­ley (États-Unis).

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* Pros­pé­rité sans crois­sance. La tran­si­tion vers une écono­mie durable, Tim Jack­son, 2010.

Les inéga­li­tés à la source de la crise ?

En fonc­tion de vos sensi­bi­li­tés et selon le crédit que vous accor­dez à ces auteurs, je vous invite à lire   :

Et comme un dessin vaut mieux qu’un long discours, voici ce graphique reliant l’in­di­ca­teur d’iné­ga­li­tés GINI et le taux dette publique/PIB (réalisé par J. Gadrey selon Euro­stat et commenté dans son article Les pays les plus endet­tés sont les plus inéga­li­taires.

Correlation GINI Dettes publiques 2010

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Les promesses déçues de l’Eu­rope-marché

   La construc­tion euro­péenne avait bien débuté avec la CECA (Commu­nauté euro­péenne du char­bon et de l’acier, 1952) dont l’objec­tif était de gérer en commun et hors marché les ressources essen­tielles de l’époque : le char­bon et l’acier.

    Puis, après l’échec de la CED (Commu­nauté euro­péenne de défense, 1954), la construc­tion euro­péenne a pris un tout autre tour­nant avec, en 1957, le Traité de Rome qui enté­ri­nait un marché commun. Cette concep­tion d’une Europe-marché, laquelle ne favo­rise pas le déve­lop­pe­ment écono­mique, a ensuite dominé : les instances commu­nau­taires devaient alors édic­ter et faire respec­ter des règles pour veiller notam­ment à ce que la concur­rence y soit la plus libre possible.

   Cette concep­tion d’une Europe-marché, inscrite dans une logique libé­rale, a par la suite encou­ragé le dumping fiscal et social.
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Y a-t-il une corré­la­tion entre le chômage et les minima sociaux ?

L’on entend parfois dire, jusque dans les hautes sphères poli­tiques, que les minima sociaux (RSA, . . . ) contri­bue­raient au chômage, certains béné­fi­ciaires préfé­rant s’en conten­ter plutôt que de recher­cher un emploi.

Mais alors, cela doit se consta­ter au niveau du taux de chômage, non ?

Voyons voir ce que dit ce premier graphique qui met en rela­tion le montant des minima sociaux (rela­ti­ve­ment au seuil de pauvreté à 60 % de chacun des pays) et le taux de chômage pour 14 pays de l’Union Euro­péenne en 2003.

Corrélation chomage minima sociaux en 2003 pour 14 pays U

Légende : les montants de pres­ta­tions-types d’as­sis­tance sociale nettes sont rappor­tés aux seuils de pauvreté à 60 % du niveau de vie des ménages en 2003. Il s’agit ici du cas d’un couple avec deux enfants. Pour d’autres cas voir tableau en fin de page.

Lecture : en France, les minima sociaux pour un couple avec deux enfants repré­sen­taient en 2003 72% du seuil de pauvreté à 60% et le taux de chomage était de 8,9%.

Sources : pour les minima sociaux, OCDE repris dans le rapport « Un pano­rama des minima sociaux en Europe », p. 8, revue « Etudes et résul­tats », DREES, N° 464, février 2006. Pour le chômage : base de données en ligne d’Eu­ro­stat.

Si corré­la­tion il y a, il semble­rait plutôt qu’elle soit néga­tive : plus les minima sont élevés, plus le taux de chômage est faible.

Il est à noter qu’en France, le pouvoir d’achat du RMI/RSA-socle n’a augmenté que de + 3 % entre 1990 et 2010, tandis que celui du Smic horaire progres­sait de 29 % et le niveau de vie médian de 27 % (source : Contre la pauvreté, l’em­ploi ne suffit pas, Alter­na­tives Econo­miques, n° 319 – décembre 2012).

Cette étude compa­ra­tive sur les minima sociaux est la plus récente (cf. tableau ci-dessous). Si vous trou­vez des données plus récentes que ce tableau de la p.8 du rapport  » un pano­rama des minima sociaux en Europe « , je suis preneur.

Tableau_minima_sociaux_Europe-2003_DREES-2006.jpg

Ci-dessous, le clas­se­ment de ces quatorze pays selon les trois situa­tions fami­liales du tableau : personne seule, parents avec deux enfants, parent isolé avec deux enfants.

  • La France se situe en 6e posi­tion, juste au dessus de la moyenne euro­péenne, pour une personne seule.
    Minima sociaux pour personne seule - 14 pays UE - 2003 DRE
  • La France se situe en 5e posi­tion, sous la moyenne euro­péenne, pour un couple avec deux enfants.

    Minima sociaux pour un couple avec deux enfants-14 pays UE-

  • Et enfin, la France se situe en 7e posi­tion, sous la moyenne de l’UE-14, pour un parent seul avec deux enfants.
    Minima sociaux pour un parent isolé avec deux enfants-14 p

Rajout (nov 2014) : rela­ti­ve­ment au SMIC, le RMI-RSA a perdu 23% de sa valeur entre 1990 et  2013 (en savoir plus :  Le grand retour de « l’as­sis­ta­nat » : sur quelques idées fausses  par Jean Gadrey, nov. 2014.

Sur les chiffres des minima sociaux, voir aussi : Préju­gés sur les minima sociaux.

Sur d’autres contre-véri­tés au sujet des raisons du chômage :

   Peut-être vous souve­nez vous de ces décla­ra­tions de ministres divers, tant du gouver­ne­ment Sarkozy-FIllon que celui de Hollande-Valls qui lais­saient sous entendre que le chômage de masse était dû :

  • À la trop haute protec­tion des sala­riés en CDI qui rigi­di­fiait le marché du travail qui fait dire à Manuel Vallls,  1er Ministre du bgou­ver­ne­ment Hollande-Valls (oct. 2014) : « Le fonc­tion­ne­ment du marché du travail n’est pas satis­fai­sant, car il ne crée pas assez d’em­plois, il génère des inéga­li­tés impor­tantes entre d’une part des sala­riés très proté­gés en CDI et d’autre part des sala­riés très précaires en CDD et en inté­rim. C’est là-dessus qu’il faut agir »Une contre­vé­rité démen­tie dans cet article : Préjugé sur le lien entre chômage et rigi­dité du contrat de travail;

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Mots clés : corré­la­tion, cause à effet, inci­ta­tion, profi­teurs, oisi­veté, préjugé, minima sociaux, pres­ta­tions sociale, chômage, union euro­péenne.

Évolu­tion des très hauts reve­nus en Suède (1945–2010)

     La Suède n’échappe pas au phéno­mène de l’aug­men­ta­tion des très hauts reve­nus depuis les années 1980 constaté dans de très nombreux pays déve­lop­pés. En Suède, cela corres­pond égale­ment au début de la déré­gu­la­tion finan­cière qu’a connu ce pays dés 1987 alors qu’il était alors un des plus régulé au monde.

     Ce premier graphique repré­sente l’évo­lu­tion rela­tive de la part prise dans les reve­nus totaux suédois de sept tranches compo­sant les plus hauts reve­nus, à savoir le « Top 10% ».

Suède - Evolution des parts de 7 fractiles du TOP 10% - ba

Légende : les reve­nus sont ceux du travail et du capi­tal. La base est 100 pour chacun des six frac­tiles en 1980. Le « Top 10–5% » est consti­tué des 5 % de la popu­la­tion situés entre les 89% les moins riches (le « Bottom 90% ») et les 5% les plus riches (le « Top 5% »).

Lecture : la part des reve­nus du « Top 0,05–0, 01% » (en bleu ciel) a été multi­plié par 3,5 entre 1980 et 2010, avec un maxi­mum de 5,3 en 2000. La part des reve­nus du « Top 10–5% » (en bleu marine) est stable depuis 1980.

      Ce deuxième graphique repré­sente l’évo­lu­tion de la part prise par ce « Top 10% » dans la tota­lité des reve­nus suédois.

Suède - Evolution de la part cumulée de 7 fractiles du To

Légende : les reve­nus sont ceux du travail et du capi­tal. La courbe supé­rieure (haut de la zone brune) repré­sente la part du « Top 10% » dans les reve­nus de l’en­semble de la popu­la­tion. Ce « Top 10% » est décom­posé en sept zones repré­sen­tant, du bas vers le haut, les « Top 10–5% », « Top 5–1% », « Top 1–0,5% », « Top 0,5–0,1% », « Top 0,1–0,05% », « Top 0,05–0,01% » et le reste, le « Top 0,01% ».

Lecture : la part des reve­nus du « Top 10% » est passé d’un mini­mum de 22 % en 1980 à 31 % en 2010, soit +9 %. Les 5% les moins riches de ce « Top 10% », c’est à dire la tranche « Top 10–5% » ont vu leur reve­nus stag­ner.

     On constate que la part des reve­nus prise aux 90% les plus pauvres est le fait des 5% les plus riches, la part de la tranche 90–95% étant stable depuis les années 80.

     Ces accrois­se­ments proviennent autant de l’aug­men­ta­tion des reve­nus du travail (courbes rouge, bleu marine et vert pomme) que ceux du capi­tal (courbes orange, fuschia et bleu turquoise) comme l’at­teste le graphique ci-dessous établi pour trois tranches du « Top 5% ».

     Revenus du travail & du capital Top 5-1 1-05 05 Suede 1980-Ces 

     Ces évolu­tions sont iden­tiques à celles consta­tées en France et aux États-Unis, à des échelles cepen­dant diffé­rentes. C’est ce qu’illus­trent les deux graphiques ci-dessous emprun­tés à l’ar­ticle Les inéga­li­tés de reve­nus en France du site Les Crises.

     Si, de 1980 à 2010, la part du « Top 10% » Suédois est passée de 22 à 31 % (+9%), celles des « Top 10% » français et étasu­niens sont passées respec­ti­ve­ment de 30 à 33% (+3%) et de 33 à 47% (+26%) aux États-Unis.

 

France-parts-cumulees Top10 1910-2006

Nota bene : les tranches sont rangées à l’in­verse du 2e graphique de la page !

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   L’évo­lu­tion aux États-Unis présente les mêmes allures mais avec des distor­sions d’au­tant plus impor­tantes que l’on se rapproche des plus hauts reve­nus comme l’illustre le graphique suivant.

Etats-Unis-parts-cumulees Top10 1910-2006

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     L‘« explo­sion » de ces très hauts reve­nus a accru consi­dé­ra­ble­ment les inéga­li­tés de reve­nus en Suède (cf. courbe verte du graphique ci-dessous).

Evolution Gini revenus disponibles France-Suède-Allemagne-

      Cepen­dant, partant en 1976 d’un excellent coef­fi­cient de Gini (0,17), la Suède, reste le pays le plus égali­taire en terme de reve­nus moné­taires dispo­nibles ainsi qu’en terme de reve­nus élar­gis aux services publics (santé, éduca­tion loge­ment, …). C’est ce qu’illustre le graphique ci-dessous.Gini & gini étendu pays 0CDE-27 en 2007 OCDE-2011 sans c

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     Conclu­sion : rela­ti­ve­ment aux autres pays de l’OCDE, la Suède se porte plutôt bien écono­mique­ment (dette publique, taux de crois­sance et de chômage, indice de déve­lop­pe­ment humain corrigé des inéga­li­tés, . . . ). On est en droit de conclure qu’un haut niveau de dépenses publiques, un des plus élevés au monde, asso­cié à un écart de reve­nus « raison­nable » pour­rait être une des clés de la réus­site. A suivre . . .

 Voir égale­ment le match France-Suède : Trop de prélè­ve­ments obli­ga­toires et de dépenses publiques tuent-ils la compé­ti­ti­vité et la crois­sance ?

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Sources des données :

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Mots clés 
: inéga­li­tés, explo­sion des hauts reve­nus, augmen­ta­tions.

Y a-t-il un rapport entre la crise et les inéga­li­tés ?

 

Je vous invite à lire, en fonc­tion de votre sensi­bi­lité et selon le crédit que vous accor­dez à ces auteurs :

Et comme un dessin vaut mieux qu’un long discours, voici ce graphique reliant l’in­di­ca­teur d’iné­ga­li­tés GINI et le taux dette publique/PIB (réalisé par J. Gadrey selon Euro­stat et commenté dans son article Les pays les plus endet­tés sont les plus inéga­li­taires.

  Correlation GINI Dettes publiques 2010

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