Archives pour la catégorie Chômage

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Liste des idées reçues au sujet des causes du chômage, novembre 2014
Préjugé sur le lien entre chômage et durée annuelle du travail, novembre 2014
La France, cancre de l’em­ploi ! Vrai­ment ?, novembre 2014
Préju­gés sur les raisons du chômage, novembre 2014
Préjugé sur le lien entre chômage et « faux-chômeurs », novembre 2014
Préjugé sur le lien entre chômage et rigi­dité du contrat de travail, novembre 2014
Préjugé sur le lien entre chômage et géné­ro­sité des allo­ca­tions chômage, novembre 2014
Y a-t-il une corré­la­tion entre le chômage et les minima sociaux ? , décembre 2012
Préjugé sur le lien entre chômage et minima sociaux, novembre 2012

Préjugé sur le lien entre chômage et minima sociaux

   L’on entend parfois dire, jusque dans les hautes sphères poli­tiques, que les minima sociaux (RSA, . . . ) contri­bue­raient au chômage, certains béné­fi­ciaires préfé­rant s’en conten­ter plutôt que de recher­cher un emploi.

Mais alors, cela doit se consta­ter au niveau du taux de chômage, non ?

Voyons voir ce que dit ce premier graphique qui met en rela­tion le montant des minima sociaux (rela­ti­ve­ment au seuil de pauvreté à 60 % de chacun des pays) et le taux de chômage pour 14 pays de l’Union Euro­péenne en 2003.

Corrélation chomage minima sociaux en 2003 pour 14 pays U

Légende : les montants de pres­ta­tions-types d’as­sis­tance sociale nettes sont rappor­tés aux seuils de pauvreté à 60 % du niveau de vie des ménages en 2003. Il s’agit ici du cas d’un couple avec deux enfants. Pour d’autres cas voir tableau en fin de page.

Lecture : en France, les minima sociaux pour un couple avec deux enfants repré­sen­taient en 2003 72% du seuil de pauvreté à 60% et le taux de chomage était de 8,9%.

Sources : pour les minima sociaux, OCDE repris dans le rapport « Un pano­rama des minima sociaux en Europe », p. 8, revue « Etudes et résul­tats », DREES, N° 464, février 2006. Pour le chômage : base de données en ligne d’Eu­ro­stat.

   Si corré­la­tion il y a, il semble­rait plutôt qu’elle soit néga­tive : plus les minima sont élevés, plus le taux de chômage est faible.

Il est à noter qu’en France, le pouvoir d’achat du RMI/RSA-socle n’a augmenté que de + 3 % entre 1990 et 2010, tandis que celui du Smic horaire progres­sait de 29 % et le niveau de vie médian de 27 % (source : Contre la pauvreté, l’em­ploi ne suffit pas , Alter­na­tives Econo­miques n° 319 – décembre 2012).

   Cette étude compa­ra­tive sur les minima sociaux est la plus récente (cf. tableau ci-dessous). Si vous trou­vez des données plus récentes que ce tableau de la p.8 du rapport « un pano­rama des minima sociaux en Europe », je suis preneur.

Tableau_minima_sociaux_Europe-2003_DREES-2006.jpg

   Ci-dessous, le clas­se­ment de ces quatorze pays selon les trois situa­tions fami­liales du tableau : personne seule, parents avec deux enfants, parent isolé avec deux enfants.

Minima sociaux pour personne seule - 14 pays UE - 2003 DRE

  • La France se situe en 6e posi­tion, juste au dessus de la moyenne euro­péenne, pour une personne seule.

Minima sociaux pour un couple avec deux enfants-14 pays UE-

  • La France se situe en 5e posi­tion, sous la moyenne euro­péenne, pour un couple avec deux enfants.

Minima sociaux pour un parent isolé avec deux enfants-14 p

  • Et enfin, la France se situe en 7e posi­tion, sous la moyenne de l’UE-14, pour un parent seul avec deux enfants.

Rela­ti­ve­ment au SMIC, le RMI-RSA a perdu 23% de sa valeur entre 1990 et  2013, soit de 66,5 à 51,2 heures de travail au Smic brut. Pour en savoir plus : lire cet article de Jean Gadrey : Le grand retour de « l’as­sis­ta­nat » : sur quelques idées fausses

Sur les minima sociaux, montant et moda­li­tés d’at­tri­bu­tions, nombre de béné­fi­ciaires, voir aussi : Préju­gés sur les minima sociaux.

Sur d’autres idées reçues sur les raisons du chômage :

acces­sibles à partir de l’ar­ticle géné­ral : Préju­gés sur les raisons du chômage

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Mots clés : chômage – emploi – habi­tant – actif – volume de travail – heures travaillées – ouvrées – clas­se­ment – compa­rai­son inter­na­tio­nale – OCDE – Union euro­peenne – 35 heures – préjugé – idée reçue – minima sociaux – indem­ni­sa­tion – SMIC – RSA.

Liste des idées reçues au sujet des causes du chômage

Préjugé sur le lien entre chômage et durée annuelle du travail

   La rela­tion entre quan­tité de travail annuelle des travailleurs et taux de chômage, établie sur 34 pays de l’OCDE (année 2012), montrent plutôt que plus les actifs travaillent durant l’an­née, plus le taux de chômage est impor­tant.
Quoique la corré­la­tion ne soit pas très signi­fi­ca­tive, le graphique ci-dessous illustre cela. Donc jusqu’à preuve du contraire, augmen­ter la durée du travail annuel, ne réduit pas le chômage.

   Et pour­tant, le 24 septembre 2009, le Medef propo­sait un plan choc pour créer un million d’em­plois. Parmi les mesures : reve­nir sur les 35h, suppri­mer deux jours fériés sur 11. Autre­ment dit : « travailler plus ».
Et pour­tant, peu après le gouver­ne­ment Hollande-Valls par la voix de son Ministre de l’éco­no­mie, E. Macron, ex-banquier d’af­faireassou­plis­sait la légis­la­tion sur le travail du Dimanche. Autre­ment dit : « travailler plus » égale­ment.

Taux_de_chomage_vs_volume_travail_par_actif_employe_avec_no.jpg   Pour l’ac­cés aux sources de données OCDE, voir liens en fin d’ar­ticle. L’an­née est 2012

   Commen­taire du graphique :
La durée annuelle de travail des actifs en Alle­magne, Dane­mark, Norvège et au Pays Bas est moindre qu’en France. Le taux de chômage aussi. A l’op­posé, la Grèce, l’Es­pagne et le Portu­gal, où les actifs en emploi travaillent plus, connaissent des taux de chômage impor­tants. Bien sûr il y a des excep­tions telles que la Corée et le Mexique.
Main­te­nant, ceci est pour l’an­née 2012. Je tâche­rais prochai­ne­ment d’ap­pro­fon­dir la ques­tion en étudiant cette rela­tion pour diffé­rentes années et diffé­rentes périodes, si les données sont dispo­nibles.

Sur d’autres idées recues sur des causes de chômage, lire mes billets :

acces­sibles à partir de l’ar­ticle géné­ral : Préju­gés sur les raisons du chômage
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Les sources des données OCDE ayant permis l’éta­blis­se­ment du graphique sont en accès libre ici :
* Taux de chômage harmo­nisé
* Heures moyennes annuelles ouvrées par travailleur

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Mots clés : chômage – emploi – habi­tant – actif – volume de travail – heures travaillées – ouvrées – clas­se­ment – compa­rai­son inter­na­tio­nale – OCDE – Union euro­peenne – 35 heures – préjugé – idée reçue – minima sociaux – indem­ni­sa­tion – SMIC – RSA.

La France, cancre de l’em­ploi ! Vrai­ment ?

Selon le Xerfi, ce constat est FAUX : pour la période 2000–2013, la France, depuis l’an­née 2000 fait mieux que les Pays-Bas, l’Ita­lie, et le Royaume-Uni, beau­coup mieux que les États-Unis et le Dane­mark, comme l’at­teste le graphique ci-dessous rela­ti­ve­ment à sept pays souvent cités en modèle (Alle­magne, Suède, Pays-Bas, Italie, Royaume-Uni, Dane­mark, États-Unis).

Volume_travai_par_pop_age_travail_8_pays_base2000-2012_Xerf.png

Lecture du graphique :  Le volume de travail repré­sente le nombre d’heures de travail effec­tuées dans l’an­née par la popu­la­tion en âge de travailler. En effet, ces huit pays présen­tant des dyna­miques démo­gra­phiques diffé­rentes, ne pas en tenir compte serait non perti­nent en terme de compa­rai­son.

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Notons que le Dane­mark a été long­temps vanté pour sa « flexi­sé­cu­rité », flexi­sé­cu­rité vers laquelle nous avons fait un pas. À raison ?

L’Al­le­magne, le nouveau « bon élève », fait certes mieux que la France. Mais à quel prix ? Tout le monde a en mémoire les emplois à 1 € par exemple !

Il n’en reste pas moins qu’en France, le taux de chômage actuel, et en parti­cu­lier celui des jeunes, et la qualité des emplois créés sont loin d’être satis­fai­sants. Cepen­dant, quoiqu’il en soit, il est des causes à ce chômage que l’on ne peut pas rete­nir : indem­ni­tés chômage trop géné­reuses, minima sociaux trop élevés, rigi­dité du code de travail, … Je vous invite à lire cet article et ceux qui y sont reliés sur ces non-causes du chômage.

   Un prochain billet tentera d’iden­ti­fier les causes poten­tielles du chômage et de propo­ser d’autres pistes que la préca­ri­sa­tion de l’em­ploi et l’aus­té­rité pour les plus pauvres.

Le graphique ci-dessus est extrait de la vidéo La France cancre de l’em­ploi ? C’EST FAUXdu Xerfi que je vous suggère de vision­ner. J‘en propose cepen­dant une synthèse à partir des prin­ci­paux graphiques qui y sont présen­tés et commen­tés.

Résumé de la vidéo La France cancre de l’em­ploi ? C’EST FAUX (3’41 », Nov. 2014)

Au vu des taux de chômage harmo­nisé (graphique ci-dessous), on pour­rait penser la France inca­pable de créer du travail.

Taux_chomage_harmonise_UE_T3_2014_Xerfi.png

Or, en terme de créa­tion d’em­plois totale, la France fait aussi bien que nombre de « bons élèves » (Alle­magne, États-Unis, Pays-Bas), le Royaume-Uni et la Suède restant de loin meilleurs.

Emploi_total_base_2000-2014_8_pays_Xerfi.png
Mais il y a emploi et emploi. Ainsi par exemple, au Royaume-Uni existent des contrats de travail qui ne garan­tissent aucun volume hebdo­ma­daire mini­mal de travail : celui qui en béné­fi­cie peut très bien ne pas travailler du tout durant des périodes égales ou supé­rieures à une semaine, durée de réfé­rence pour diffé­ren­cier un chômeur d’un employé. On les appelle les contrats zéro heure (lire :Royaume-Uni : 1,4 million de « zéro heure », Alter­na­tives écono­miques, juin 2014).

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C’est pourquoi il est plus perti­nent de mesu­rer le volume de travail créé, celui-ci pouvant se répar­tir en plus ou moins d’em­plois à temps partiels ou à temps complets. C’est ce volume que repré­sente le graphique ci-dessous.
Volume_horaire_de_travail_total_8_pays_base2000-2012_Xerfi.png
Et comme les dyna­miques démo­gra­phiques ne sont pas les mêmes, il est néces­saire de rappor­ter à la popu­la­tion en âge de travailler :

Volume travai par pop age travail 8 pays base2000-2012 Xerf

Conclu­sion : la France n’est pas le cancre de l’em­ploi a minima depuis l’an 2000.  Si les contrats 0 heures en GB, la lexi­sé­cu­rité au Dane­mark ou les contrats à un € en Alle­magne ont peut-être (j’en doute) été des solu­tion opti­males pour ces pays, les 35h n’au­raient-elles pas été la solu­tion opti­male, au moins pour notre pays ?

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Mots clés : chômage – emploi – habi­tant – volume de travail – heures – travaillées -ouvrées – clas­se­ment – compa­rai­son -OCDE – Union euro­péenne – 35 heures  préjugé – idée reçue.

Préju­gés sur les raisons du chômage

   Si les facteurs tels que géné­ro­sité des minima sociaux et/ou des indem­ni­tés chômage, rigi­dité des contrats de travail, recherche d’em­ploi insuf­fi­sante de la part des chômeurs, … avaient une influence majeure sur les taux de chômage, comment s’ex­plique­raient les dispa­ri­tés impor­tantes de ces taux à l’in­té­rieur d’un même pays. En effet, ces dispo­si­tifs sont uniformes sur l’en­semble des terri­toires natio­naux.

   Démons­tra­tion en trois cartes concer­nant la France, l’Al­le­magne et la Belgique !

Si des minima sociaux et/ou des indem­ni­tés chômage trop géné­reux, des contrats de travail trop rigides, des chômeurs trop fainéants, impactent le chômage alors . . .

   Dans quatre articles sur le chômage, je tente de démon­trer – chiffres et compa­rai­sons inter­na­tio­nales à l’ap­pui – que l’on ne saurait expliquer le chômage de masse français par la « fainéan­tise » de nos chômeurs et/ou par la diffi­culté à licen­cier.

   En effet, ces dernières années nous avons entendu diverses décla­ra­tions de ministres, tant du gouver­ne­ment Sarkozy-FIllon que celui de Hollande-Valls qui laissent sous entendre que le chômage de masse est  dû :

 . . . comment expliquer des dispa­ri­tés de taux de chômage aussi impor­tantes à l’in­té­rieur d’un même pays ?

  Les trois cartes ci-dessous suffisent à justi­fier la ques­tion suivante : si les pres­ta­tions sociales, les  assu­rances chômage et la protec­tion de sala­riés, uniformes sur ces terri­toires natio­naux, sont les causes prin­ci­pales du chômage, alors comment expliquer qu’elles ne produisent pas les mêmes effets selon les régions de ces pays .

  Ci-dessous les cartes du taux de chômage en France, en Alle­magne et en Belgique mettent en évidence ces impor­tantes dispa­ri­tés :

  • France : de 6,5 à plus de 11% selon les dépar­te­ments
  • Alle­magne (2012) : de 3,6 à 10,9% selon les régions ;
  • Belgique (2013) : de 4 à 20% selon les communes ;

Carte_chomage_en_France_2013.jpg

Carte_chomage_en_Allemagne_2012.jpg

 

Carte_Chomage_Belgique_2010.jpg

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Mots clés : chômage – emploi – habi­tant – actif – volume de travail – heures travaillées – ouvrées – clas­se­ment – compa­rai­son inter­na­tio­nale – OCDE – Union euro­peenne – 35 heures – préjugé – idée reçue – minima sociaux – indem­ni­sa­tion – SMIC – RSA.

Préjugé sur le lien entre chômage et « faux-chômeurs »

    M. Rebsa­men, ministre du travail du gouver­ne­ment Hollande-Valls, a déclaré en septembre 2014 :

« 350.000 offres d’em­ploi ne trouvent pas preneur dans un pays qui compte 3,4 millions de chômeurs. C’est insup­por­table ! »

    Insup­por­table ? Vrai­ment ? Spéci­fi­cité française ? Bien au contraire !

L’Al­le­magne a un taux d’em­plois vacants près de CINQ fois supé­rieur à celui de la France !!!!!

   Ci-dessous les taux d’em­plois vacants de 30 pays euro­péens en 2014 (UE28, Suisse, Norvège, source : Euro­stat, pour 2015 ICI).

    Cerclé de vert, ce bon élève – l’Al­le­magne – que l’on devrait imiter.
    Cerclé de rouge, la vilaine France !

Taux_d_emplois_vacants_2014_Eurostat.jpg

En terme de taux d’em­plois vacants, la France est donc très bien placée, n’en déplaise à M. Rebsa­men.
Si tant est que ce soit réali­sable, suppri­mer ces 0,6% d’em­plois vacants rédui­rait le taux de chômage de 0,6% mais le coup n’est pas rejouable. On passe­rait donc de 10,8 à 10,2%. Géniaaallllll !!!
Rappe­lons que Pôle Emploi peut radier les chômeurs pour une dizaine de motifs diffé­rents dont le refus de deux « offres raison­nables d’em­ploi » consé­cu­tives.

Pour en savoir plus sur la mesure et les raisons de ces emplois vacants : Offres d’em­ploi non pour­vues : la machine à fantasme.

Y a-t-il une corré­la­tion entre taux de chômage et taux d’em­plois vacants?

Voyons voir : le graphe ci-dessous met en rela­tion le taux d’em­plois vacants (abscisses) et le taux de chômage (ordon­née).

Chomage_correlation_Taux_vs_taux_emplois_vacants_UE_2012.jpg

Comme on pouvait s’y attendre: plus le taux de chômage est élevé, plus le taux d’em­plois vacants est faible.

En effet, un taux de chômage faible signi­fie un taux impor­tant d’offres d’em­plois et donc un taux d’em­plois vacants égale­ment impor­tant : il y a toujours un délai entre la paru­tion d’une offre d’em­ploi et son pour­voi.

Encore une rengaine néoli­bé­rale visant à stig­ma­ti­ser les chômeurs servie cette fois, et c’est un comble, par un gouver­ne­ment «  » » » » de gauche «  » » » » !

Épilogue !

Et moi qui croyais que la stig­ma­ti­sa­tion des faibles et des mino­ri­tés était l’apa­nage des gouver­ne­ments de droite, décom­plexée ou non !

  On se souvient par exemple de cette décla­ra­tion de L. Wauquiez, ministre du gouver­ne­ment Sarkozy-Fillon :  « Un couple qui est au RSA, en cumu­lant les diffé­rents systèmes de minima sociaux, peut  gagner plus qu’un couple dans lequel il y a une personne qui travaille  au SMIC » (8 mai 2011). Une contre­vé­rité démen­tie ICI .

Sur d’autres idées reçues sur les raisons du chômage :

acces­sibles à partir de l’ar­ticle géné­ral : Préju­gés sur les raisons du chômage

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* Fichier source Euro­stat : http://epp.euro­stat.ec.europa.eu/statis­tics_explai­ned/index.php/File:Job_Vacancy_Rate_by_coun­try_2014Q1.PNG

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Mots clés : chômage – emploi – habi­tant – actif – volume de travail – heures travaillées – ouvrées – clas­se­ment – compa­rai­son inter­na­tio­nale – OCDE – Union euro­peenne – 35 heures – préjugé – idée reçue – minima sociaux – indem­ni­sa­tion – SMIC – RSA.

Préjugé sur le lien entre chômage et rigi­dité du contrat de travail

    Manuel 1er a dit : « Le fonc­tion­ne­ment du marché du travail n’est pas satis­fai­sant, car il ne crée pas assez d’em­plois, il génère des inéga­li­tés impor­tantes entre d’une part des sala­riés très proté­gés en CDI et d’autre part des sala­riés très précaires en CDD et en inté­rim. C’est là-dessus qu’il faut agir » (Manuel Valls, l’Obs, 22 octobre 2014).

    Et pour­tant, selon l’OCDE diffi­ci­le­ment soupçon­nable d’être noyau­tée par les syndi­cats, en terme de protec­tion des sala­riés en CDI, la France, quoiqu’un peu plus protec­trice que trois des quatre pays scan­di­naves, est moins protec­trice que  la Suède, l’Al­le­magne, les Pays-Bas qui connaissent pour­tant des taux de chômage plus faibles.

La preuve par l’image :
Protection_emploi_pays_OCDE_2012.png
En outre, l’on ne décèle aucune corré­la­tion signi­fi­ca­tive entre l’in­dice de protec­tion de l’em­ploi et le taux de chômage comme l’at­teste le graphique ci-dessous :Taux_de_chomage_vs_protection_emploi_34_pays_OCDE--copie-1.pngSource des données OCDE : http://stats.oecd.org/Index.aspx?lang=fr , onglets Marché du travail puis Protec­tion d’em­ploi (ou direct ICI).

Cette protec­tion « exces­sive » des CDI ne saurait donc être une expli­ca­tion satis­fai­sante au taux de chômage français.
Mais bon, si Jean Tirole, notre prix d’éco­no­mie de la banque de Suède en l’hon­neur d’Al­fred Nobel*, dit le contraire !!!

En outre, les CDD français comptent parmi les plus protec­teurs des pays de l’OCDE. Les inéga­li­tés entre CDI et CDD n’est donc, une fois de plus qu’un fantasme destiné à un nivel­le­ment vers le bas.

En savoir plus sur la ques­tion du chômage, des CDD et des CDI : Marché du travail : Manuel Valls devrait se rensei­gner davan­tage !(G. Duval, Alter­na­tives Écono­miques, oct 2014).

Sur d’autres idées reçues au sujet des raisons du chômage :

acces­sibles à partir de l’ar­ticle géné­ral : Préju­gés sur les raisons du chômage

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* Le (vrai) prix Nobel d’éco­no­mie n’existe pas ! Je répète : le prix Nobel d’éco­no­mie n’existe pas.

Bonus à l’at­ten­tion des fainéants de fonc­tion­naires, ensei­gnants ou pas, et des chômeurs : pour vous distraire, un site qui recense 140 AlterDo­cus : La preuve par l’image

En un clic, vous accé­de­rez libre­ment à chacun de ces alter­do­cus : Le Traité de libre échange TAFTA, La fabri­ca­tion du consen­te­ment (Noam Chom­sky), La stra­té­gie du choc (Naomi Klein), Le Monde selon Monsanto (Marie-Monique Robin), La société du spec­tacle (Guy Debord), TV-Lobo­to­mie (Pascal Desmur­get), Les nouveaux chiens de garde (G. Ballastre), Inside Job, La maffia de l’eau (confé­rence), …

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Mots clés : chômage – emploi – habi­tant – actif – volume de travail – heures travaillées – ouvrées – clas­se­ment – compa­rai­son inter­na­tio­nale – OCDE – Union euro­péenne – 35 heures – préjugé – idée reçue – minima sociaux – indem­ni­sa­tion – SMIC – RSA.

Préjugé sur le lien entre chômage et géné­ro­sité des allo­ca­tions chômage

   Manuel 1er a taclé récem­ment le choix hexa­go­nal en matière de chômage :

Berlin, fin septembre 2014: « La France a une préfé­rence pour le chômage de masse bien indem­nisé, c’est un fait. »

Londres, 6 octobre 2014 : « Nous, en France, avons fait le choix d’un chômage très impor­tant et très bien indem­nisé. »

    Sous-entendu : à trop indem­ni­ser les chômeurs, l’on favo­rise le chômage. Rengaine néoli­bé­rale clas­sique.

    Voyons si, globa­le­ment, le niveau de dépenses consa­crées aux chômeurs est corrélé au taux de chômage. Grâce aux données d’Eu­ro­stat, c’est assez facile : comme l’in­dique le graphique ci-dessous, la corré­la­tion est très faible (R2 = 0,11). Et si elle était signi­fi­ca­tive elle serait même plutôt néga­tive : plus les dépenses par chômeur sont impor­tantes et plus le taux de chômage est faible.

    Comme on peut le voir, l’Alle­magne est envi­ron 12% plus géné­reuse que la France (0,19 vs 0,17 points de PIB/point de chômage) et pour­tant son taux de chômage est deux fois moindre (en 2013) !

Chomage_correlation_Taux_vs_Depense_indemnisation_chomage_U.jpg

   Voir égale­ment barre-graphe ci-dessous.

   Autre­ment dit, diffi­cile de mettre sur le dos de la géné­ro­sité globale de l’as­su­rance chômage, le chômage de masse français. Et surtout n’ou­blions pas que :

  • 52,2 % des chômeurs ne touchent rien ;
  • 23 % touchent moins de 1.000 € brut ;
  • 2,5 % touchent entre 2.000 € et le plafond ;
  • et seuls 0,02 % touchent le plafond (7,084 € brut mensuel).

Pour en savoir plus sur la géné­ro­sité de l’as­su­rance chômage rela­ti­ve­ment à nos voisins car, les moda­li­tés de mise en oeuvre de l’as­su­rance chômage étant très dispa­rate, c’est un peu plus complexe que cela, lire :

Depense_indemnisation_chomage_17_pays_Europe_2012.jpg

Actua­lité (décembre 2015) :  » Un rapport de l’Ins­ti­tut de l’en­tre­prise, un think tank financé par les grandes entre­prises vient tailler en pièces l’idée en vogue selon laquelle les règles d’in­dem­ni­sa­tion du chômage en France seraient trop géné­reuses. Pour son auteur, Bruno Coquet, grand spécia­liste du sujet, les défi­cits et la dette de l’Une­dic ont été créés par un jeu de défausse de l’État, qui doit main­te­nant prendre ses respon­sa­bi­li­tés. « .

C’est ce que l’on peut lire dans l’ar­ticle du Point « Défi­cit public : l’as­su­rance chômage n’est pas coupable«  . Le rapport de l’Insti­tut de l’En­tre­prise incri­miné est lisible sur le site de cette dernière ICI .

Sur d’autres idées reçues sur les raisons du chômage :

acces­sibles à partir de l’ar­ticle géné­ral : Préju­gés sur les raisons du chômage

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Mots clés : chômage – emploi – habi­tant – actif – volume de travail – heures travaillées – ouvrées – clas­se­ment – compa­rai­son inter­na­tio­nale – OCDE – Union euro­peenne – 35 heures – préjugé – idée reçue – minima sociaux – indem­ni­sa­tion – SMIC – RSA.

Y a-t-il une corré­la­tion entre le chômage et les minima sociaux ?

L’on entend parfois dire, jusque dans les hautes sphères poli­tiques, que les minima sociaux (RSA, . . . ) contri­bue­raient au chômage, certains béné­fi­ciaires préfé­rant s’en conten­ter plutôt que de recher­cher un emploi.

Mais alors, cela doit se consta­ter au niveau du taux de chômage, non ?

Voyons voir ce que dit ce premier graphique qui met en rela­tion le montant des minima sociaux (rela­ti­ve­ment au seuil de pauvreté à 60 % de chacun des pays) et le taux de chômage pour 14 pays de l’Union Euro­péenne en 2003.

Corrélation chomage minima sociaux en 2003 pour 14 pays U

Légende : les montants de pres­ta­tions-types d’as­sis­tance sociale nettes sont rappor­tés aux seuils de pauvreté à 60 % du niveau de vie des ménages en 2003. Il s’agit ici du cas d’un couple avec deux enfants. Pour d’autres cas voir tableau en fin de page.

Lecture : en France, les minima sociaux pour un couple avec deux enfants repré­sen­taient en 2003 72% du seuil de pauvreté à 60% et le taux de chomage était de 8,9%.

Sources : pour les minima sociaux, OCDE repris dans le rapport « Un pano­rama des minima sociaux en Europe », p. 8, revue « Etudes et résul­tats », DREES, N° 464, février 2006. Pour le chômage : base de données en ligne d’Eu­ro­stat.

Si corré­la­tion il y a, il semble­rait plutôt qu’elle soit néga­tive : plus les minima sont élevés, plus le taux de chômage est faible.

Il est à noter qu’en France, le pouvoir d’achat du RMI/RSA-socle n’a augmenté que de + 3 % entre 1990 et 2010, tandis que celui du Smic horaire progres­sait de 29 % et le niveau de vie médian de 27 % (source : Contre la pauvreté, l’em­ploi ne suffit pas, Alter­na­tives Econo­miques, n° 319 – décembre 2012).

Cette étude compa­ra­tive sur les minima sociaux est la plus récente (cf. tableau ci-dessous). Si vous trou­vez des données plus récentes que ce tableau de la p.8 du rapport  » un pano­rama des minima sociaux en Europe « , je suis preneur.

Tableau_minima_sociaux_Europe-2003_DREES-2006.jpg

Ci-dessous, le clas­se­ment de ces quatorze pays selon les trois situa­tions fami­liales du tableau : personne seule, parents avec deux enfants, parent isolé avec deux enfants.

  • La France se situe en 6e posi­tion, juste au dessus de la moyenne euro­péenne, pour une personne seule.
    Minima sociaux pour personne seule - 14 pays UE - 2003 DRE
  • La France se situe en 5e posi­tion, sous la moyenne euro­péenne, pour un couple avec deux enfants.

    Minima sociaux pour un couple avec deux enfants-14 pays UE-

  • Et enfin, la France se situe en 7e posi­tion, sous la moyenne de l’UE-14, pour un parent seul avec deux enfants.
    Minima sociaux pour un parent isolé avec deux enfants-14 p

Rajout (nov 2014) : rela­ti­ve­ment au SMIC, le RMI-RSA a perdu 23% de sa valeur entre 1990 et  2013 (en savoir plus :  Le grand retour de « l’as­sis­ta­nat » : sur quelques idées fausses  par Jean Gadrey, nov. 2014.

Sur les chiffres des minima sociaux, voir aussi : Préju­gés sur les minima sociaux.

Sur d’autres contre-véri­tés au sujet des raisons du chômage :

   Peut-être vous souve­nez vous de ces décla­ra­tions de ministres divers, tant du gouver­ne­ment Sarkozy-FIllon que celui de Hollande-Valls qui lais­saient sous entendre que le chômage de masse était dû :

  • À la trop haute protec­tion des sala­riés en CDI qui rigi­di­fiait le marché du travail qui fait dire à Manuel Vallls,  1er Ministre du bgou­ver­ne­ment Hollande-Valls (oct. 2014) : « Le fonc­tion­ne­ment du marché du travail n’est pas satis­fai­sant, car il ne crée pas assez d’em­plois, il génère des inéga­li­tés impor­tantes entre d’une part des sala­riés très proté­gés en CDI et d’autre part des sala­riés très précaires en CDD et en inté­rim. C’est là-dessus qu’il faut agir »Une contre­vé­rité démen­tie dans cet article : Préjugé sur le lien entre chômage et rigi­dité du contrat de travail;

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Mots clés : corré­la­tion, cause à effet, inci­ta­tion, profi­teurs, oisi­veté, préjugé, minima sociaux, pres­ta­tions sociale, chômage, union euro­péenne.