Brève de comp­toir : les hypo­con­driaques creusent le trou de la sécu ! VRAi ou FAUX ?

Les rembour­se­ments des consul­ta­tions de méde­cins géné­ra­listes repré­sentent 3,22% des dépenses de la Sécu­rité Sociale (France, 2013). Les affec­tion longues durées (ALD) en repré­sentent 83%.Part_rembsmt_generaliste_dans_depenses_secu_2013Soit égale­ment 3,7% des dépenses totales de santé (France, 2013).

À l’oc­ca­sion d’une discus­sion fami­liale autour de notre système de santé, que ne fût ma surprise d’en­tendre ceci : « Une des causes prin­ci­pales du trou de la sécu sont les consul­ta­tions super­flues de méde­cins. Cela parce que ces patients ne payent rien à la diffé­rence des États-Unis où les patients paient de leur poche une grande partie, voire la tota­lité des consul­ta­tions ».

VRAI ou FAUX ?

Des dépenses de santé aux États-Unis sont très supé­rieures à celles que l’on connaît en France pour une espé­rance de vie plus faible et un taux de morta­lité infan­tile plus élevé !

Tout d’abord notons qu’aux États-Unis les dépenses totales de santé, c’est à dire publiques et privées, repré­sen­taient plus de 17% du PIB alors qu’en France elles en repré­sen­taient moins de 12% en 2013 (source : Dépense courante de santé en 2013, INSEE). Ce qui repré­sente en absolu des dépenses bien plus impor­tantes aux USA, le PIB/habi­tant y étant bien supé­rieur qu’en France.

En outre, au regard de certains indi­ca­teurs de santé, tels l’es­pé­rance de vie ou le taux de morta­lité infan­tile, la santé de la popu­la­tion étasu­nienne est moins bonne que celle de la popu­la­tion française. Ce qui est fina­le­ment logique puisque  la part des dépenses de santé restant à la charge des patients étant bien supé­rieure aux États-Unis (pas de Sécu), de nombreux « pauvres » renoncent à se soigner. Ce qui commence d’ailleurs à appa­raître en France avec l’aug­men­ta­tion du reste à charge (ticket modé­ra­teur), et ce même si les complé­men­taires ont le droit de rembour­ser une part de ce ticket modé­ra­teur. Certaines personnes n’ont en effet pas de complé­men­taires.

Cela étant dit, que peut repré­sen­ter, en terme de dépenses publiques super­flues, l’abus de consul­ta­tion par certains de nos compa­triotes ?

En 2013, les dépenses totales de santé, c’est à dire publiques ET privées (cf. Note 2), étaient de 247,7 milliards d’€uros (11,7% du PIB). Les hono­raires totaux (dépas­se­ments inclus) de méde­cins géné­ra­listes étaient de 8,9 milliards d’€uros (source : Hono­raires des profes­sion­nels de santé libé­raux en 2013, DAMIR, 2015). Soit 3,7% de ces dépenses totales de santé (9,16/247,7).

Autre­ment dit si 100% de ces consul­ta­tions étaient super­flues, nous rédui­rions de 3,7% les dépenses se santé. Crédible ?

Comme une part de ces dépenses de santé est prise en charge par le régime obli­ga­toire assu­rance mala­die, commu­né­ment appelé la Sécu, et donc en charge par la tota­lité des coti­sants, quelle part de nos cotiz ces dépenses super­flues repré­sentent-elles ? Réponse : 3,22% (cf. détail de calcul en Note 1).

Combien de consul­ta­tions super­flues et quel coût pour la Sécu ?

Comme mon petit doigt, même mouillé, est inca­pable de me four­nir le moindre chiffre, émet­tons diffé­rentes hypo­thèses afin que chacun, avec son propre doigt, mouillé ou pas, puisse se faire sa propre idée. En effet, aucune étude, enquête, sondage, … digne de ce nom ne permet­tant de carac­té­ri­ser ce qu’est une consul­ta­tion super­flue et donc de les comp­ta­bi­li­ser, à chacun de rete­nir ce qu’il CROIT être la vérité grâce à je ne sais quelle source d’in­for­ma­tion. En effet, à moins d’être soi-même (trop) souvent dans le cabi­net du méde­cin et en outre d’être capable d’iden­ti­fier les patients « non malades », comment savoir ? Certaines de ces consul­ta­tions « abusives » ne sont-elles pas au contraire béné­fiques puisqu’il vaut souvent mieux préve­nir que guérir ? Combien de consul­ta­tions réali­sées à temps auraient permis d’évi­ter des soins lourds ? N’est-ce d’ailleurs pas le rôle de la méde­cine du travail que de consul­ter régu­liè­re­ment tous les sala­riés ?

Mais soit :  si 10% des consul­ta­tions sont super­flues, cela ne repré­sente que 0,32% des dépenses de la sécu ou encore 0,37% des dépenses totales de santé (cf. Note 2 pour la décom­po­si­tion dépenses publiques/privées).

Nous n’avons retenu que des consul­ta­tions « super­flues » chez les seuls méde­cins trai­tants géné­ra­listes. En effet, la consul­ta­tion d’un spécia­liste hors parcours coor­donné, c’est à dire sans pres­crip­tion du méde­cin trai­tant, induit un reste à charge pour le patient de 70% du montant de la consul­ta­tion. C’est à dire une augmen­ta­tion de 40 pts du ticket modé­ra­teur (de 30 à 70%). Les assu­rances complé­men­taires n’ayant pas le droit de rembour­ser cette majo­ra­tion, l’objet étant de dissua­der les patients d’al­ler voir de leur propre initia­tive un spécia­liste (source : Rembour­se­ment d’une consul­ta­tion médi­calehttps://www.service-public.fr/parti­cu­liers/vosdroits/F1069, Service-Public 2018), on peut douter qu’il y ait beau­coup de consul­ta­tion hors parcours coor­don­nés, qui plus est injus­ti­fiées.

Les ALD, 83% des coûts pris en charge pas la Sécu ?

En revanche, l’on peut dire que l’ex­plo­sion des Affec­tions de Longues Durées (ALD) et en parti­cu­lier les cancers, les affec­tions psychia­triques et le diabète, accroit inexo­ra­ble­ment le trou de la sécu. Prises en charge à 100%, elles repré­sentent 83% des dépenses de santé de la Sécu (pour en savoir plus : Trou de la sécu : 83% des dépenses sont liées aux mala­dies chro­niques dont le nombre explose, C. Vieren, février 2016.

Une autre cause sont les tarifs pratiqués par les big phar­mas et leurs pratiques pour faire rembour­ser des médi­ca­ments dont le rapport coût-béné­fice est plus que discu­table, le Media­tor en étant un exemple parmi bien d’autres. À ce sujet lire cet article très inté­res­sant : Les cinq méthodes de l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique pour nous bour­rer de médi­ca­ments inutiles (2016) avec en parti­cu­lier citée cette étude Les 100 médi­ca­ments essen­tiels (Revue de méde­cine interne, 2013) qui, comme son titre l’in­dique, estime que seuls 100 des 2.000 médi­ca­ments commer­cia­li­sés sont utiles.
Sur ces aspects, voir un des derniers Cash Inves­ti­ga­tion d’Élise Lucet de France Télé­vi­sion : Santé: la loi du marché,  France 2, septembre 2015.


1 . Calcul de la part des rembour­se­ments des consul­ta­tions de géné­ra­listes dans les dépenses de la Sécu­rité Sociale : en 2013, les dépenses de Sécu­rité sociale ont été de 174,1 milliard d’€uros (source : l’As­su­rance mala­die a dépensé 1,4 milliard d’eu­ros de moins que prévu, Le Pari­sien, 2014). Or les hono­raires des géné­ra­listes, dépas­se­ments non compris, furent en 2013 de 8,5 milliards d’€ (source : Hono­raires des profes­sion­nels de santé libé­raux en 2013, DAMIR, 2015). Comme la Sécu en rembourse 65,65% (70% de 23 € moins 1 € de parti­ci­pa­tion forfai­taire), cela fait un total de 5,6 milliards d’€. D’où 5,6/174,1 = 3,22%.

Décomposition_cout_consultation_généraliste2 . Les dépenses de santé sont pris en charge à 76% par la Sécu, à 14% par les complé­men­taires et à 9% par les patients eux-mêmes  (source : Comptes natio­naux de la santé 2013, p. 19, DREES, 2014).

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