Tous les articles par Christophe Vieren

La stigmatisation, ça suffit !

Pauvreté, immigration, délinquance, assistanat, fraude, … : cassons les idées reçues !

 » Quelle triste époque vivons-nous, où il est plus difficile de briser un préjugé qu’un atome »,
Albert Einstein
.

    Je vous invite à déconstruire des préjugés et des stéréotypes répandus sur la pauvreté et les pauvres afin qu’ils cessent d’être les boucs émissaires des maux de nos sociétés et qu’ils deviennent au contraire des partenaires à part entière dans la construction d’un monde plus juste. Nombre de ces préjugés alimente les discours d’extrême droite, laquelle constitue un danger pour notre démocratie.

Et quand j’entends une Clelia ou un Etienne, étudiants en grandes écoles, reprendre ces prégugés dans un débat sur France 4 : La France, un pays d’assistés ? (video 14’50 »), je me dis que la désinformation est la raison principale du malaise.

Voici nombre de ces idées reçues (sommaire ICI). Diffusez-les autour de vous, réagissez, participez au débat  !

Nota bene : article reprenant largement le document précieux d’ATD Quart-Monde. Je n’ai fait qu’une remise en forme et une précision de certaines sources.

 

1) Sur la pauvreté, les revenus et les patrimoines

1-1) « La pauvreté a diminué en France entre 2006 et 2009 »

FAUX !   Tous les indicateurs de l’INSEE montrent au contraire que la pauvreté et son intensité se sont aggravées entre 2006 et 2009 (on n’a pas d’indicateurs plus récents) :

  • le taux de pauvreté à 60 % du revenu médian est passé de 13,1 % en 2006 à 13,5 % en 2009 (8,2 millions de personnes) ;
  • entre 2000 et 2008, le nombre de personnes sous le seuil de 40 % du revenu médian est passé de 2,7 à 3,2 millions (et pas de chiffre en 2009 ! Pourquoi ?).

Source : Les niveaux de vie en 2009, INSEE.

À savoir : on parle souvent des inégalités de revenus, mais c’est surtout au niveau des patrimoines et donc au moment des héritages que les inégalités se creusent : les 10 % des ménages les moins aisés détiennent moins de 2.700 euros de patrimoine brut (avant remboursement des emprunts). Les 10 % les mieux dotés disposent d’un patrimoine supérieur à 552.300 €. Soit un rapport de 1 à 205, qui a crû de près d’un tiers depuis 2004. Un écart bien plus important que celui relatif aux revenus, qui était en 2009 de 4,2 entre les 10 % les plus modestes et les 10 % les plus riches.

Source : Les inégalités de patrimoine s’accroissent entre 2004 et 2010

Nota bene : Le gouvernement a publié le 19 octobre 2011 son rapport sur l’évolution de la pauvreté en France, qui conclut effectivement à une baisse de 5 % du nombre de personnes sous le seuil de pauvreté entre 2007 et 2009. Cette diminution de 5 % concerne en réalité le taux de pauvreté « ancré dans le temps », contesté par de nombreux experts et associations de lutte contre la pauvreté (source : Pourquoi l’indicateur du taux de pauvreté « ancré dans le temps » est trompeur , un citoyen en campagne, 2011).

2) Sur les minima sociaux

2-1) « La France distribue des minima sociaux élevés »

FAUX ! La France est légèrement sous la moyenne européenne : le montant des minima sociaux s’y élève à 72 % du seuil de pauvreté contre 76 % en moyenne dans l’Union Européenne (base : famille de 2 enfants, seuil à 60 % du revenu médian). 

Source : « Un panorama des minima sociaux en Europe », p. 8, revue « études et résultats », N° 464, février 2006, DREES, Ministère de la Santé et de la Protection sociale.

En 1988, le RMI équivalait à 50 % du SMIC et, en 2012, le RSA socle équivaut à 42 % (474,93 € pour une personne seule). Le montant des minima sociaux (RSA, AAH) n’a pas connu la même progression que l’ensemble des revenus.

2-2) « Il n’y a pas assez d’argent dans les caisses pour augmenter les minima sociaux »

FAUX ! D’une part, seule la moitié des 7,5 milliards d’€ prévus pour le RSA sont effectivement dépensés, à cause des non-recours (cf. 2-4.). D’autre part, il est possible de prendre des mesures – en particulier de plus grande justice fiscale afin d’accroître les recettes de l’état et des collectivités territoriales.

2-3) « Les pauvres font des enfants pour toucher des aides et des allocations. »

FAUX ! Ce n’est pas avec les allocations qu’on peut vivre dignement en famille ; une famille proche du seuil de pauvreté s’appauvrit encore plus lorsqu’elle s’agrandit.

Exemple : une famille au seuil de pauvreté, en passant de deux enfants à trois enfants, passe en dessous de ce seuil ! En effet pour tout nouvel enfant, le revenu de la famille s’élèvera de 161 € d’allocations familiales tandis que son seuil de pauvreté s’élèvera de 0,3 x 954 € soit 286 €. C’est ainsi que l’on dissuade les pauvres d’avoir des enfants !

Démonstration : le seuil de pauvreté (à 60% du revenu median) pour une personne seule est de 954 €. Le seuil de pauvreté pour cette famille est de 2003 € mensuels ( (1+0,5+0,3+0,3) x 954 € ). Disons 2.100 € de revenus (y compris allocations familiales), juste au-dessus du seuil de pauvreté. Lorsque le nouvel enfant survient, son seuil de pauvreté deviendra 2.290 € ( (1+0,5+0,3+0,3+0,3) x 954 € ). Ses revenus, augmentés de 161 € (allocations familiales) seront alors de 2.261 €, inférieur au seuil de pauvreté !

2-4) « Les gens font tout pour toucher le maximum d’aides »

FAUX ! La moitié des personnes éligibles au RSA n’en fait pas la demande (source : « La moitié des personnes éligibles au RSA n’en fait pas la demande », Actualités Sociales Hebdomadaires, N° 2737, 2011, Odenore).

Les raisons : la volonté de ne pas dépendre de l’aide publique, la complexité des démarches, le manque d’information, le souhait de ne pas être contrôlé.

Pour les taux de non-recours aux prestations sociales, voir aussi 6-4. .

2-5) « Les pauvres demandent tous des droits, mais ça va avec des devoirs »

VRAI ! Mais la société doit aussi engager des moyens suffisants pour que son devoir de soutenir les personnes en difficulté se traduise en un accompagnement réel et ne consiste pas uniquement en du contrôle. Or « Le suivi des allocataires du RSA parait s’être dégradé, puisque, pour les seuls allocataires du RSA socle, ils sont un tiers à avoir signé un CER (contrat d’engagement réciproque) alors que près de la moitié de ceux qui touchaient le RMI avaient à l’époque un contrat d’insertion. » commentent les auteurs (source : « La moitié des personnes éligibles au RSA n’en fait pas la demande », Actualités Sociales Hebdomadaires, N° 2737, 2011, Odenore).

Pour ce qui est de l’accompagnement des chercheurs d’emploi, il n’est pas à la mesure des besoins. Le nombre moyen de demandeurs d’emploi suivis par conseiller de Pôle Emploi était de 85 fin 2008, 95 en 2009, puis 105,8 fin décembre 2010. Le Sénat et le Conseil Économique Social et Environnemental estiment qu’il faudrait se rapprocher de la cible de 60 demandeurs d’emploi par conseiller (source : rapport du Sénat sur Pôle emploi, juillet 2011)

2-6) « On peut s’en sortir mieux au RSA qu’avec le SMIC »

FAUX ! C’est TOTALEMENT IMPOSSIBLE.

Et pourtant Laurent Wauquier déclarait : « Un couple qui est au RSA, en cumulant les différents systèmes de minima sociaux, peut gagner plus qu’un couple dans lequel il y a une personne qui travaille au SMIC » le 8 mai 2011.

    Exemple d’un couple locataire en Île-de-France :

  Ressources mensuelles (y compris APL) pour un couple sans emploi ni allocations chômage (RSA Socle) Ressources mensuelles (y compris APL) pour un couple avec un SMIC à 1000 € mensuel net (+ RSA activité)
Sans enfant avec aide au logement (APL)

598(RSA)+360(APL) =
958 €

+ droit à la CMUC

1000+200(APL)+218(RSA activité) =
1418 €

pas de droit à la CMUC

Sans enfant et sans APL

712 €

+ droit à la CMUC

1000+332(RSA activité) =
1332 €

pas de droit à la CMUC

Avec deux enfants et APL et Allocations familiales (126 €)

859+470(APL) =
1329 €

+ droit à la CMUC

1000+390(APL)+126(AF)+350(RSA activité) =
1866 €

+ droit à la CMUC

Avec deux enfants et sans APL. AF=126 €

997 €

+ droit à la CMUC

1000+126+491(RSA activité) =
1617 €

+ droit à la CMUC

Nota bene :

  •   Les simulations d’APL ont été effectuées sur le site de la CAF pour un loyer de 700 € à Paris.
  •   RSA activité = Montant forfaitaire RSA + 62 % des revenus d’activité du foyer – Ressources du foyer – Forfait d’aide au logement (voir http://bit.ly/yB2UJy). Pour notre premier calcul, cela donne 712+(1000×62 %)-1000-114=218 € . Note : 114 € est le forfait à déduire en 2012 pour une famille de deux personnes bénéficiant d’une aide au logement. Pour la situation avec deux enfants, cela donne 997+(1000 x 62 %) – 1000 – 126 – 141=350 €.

Note : 141 € est le forfait à déduire en 2012 pour une famille de 3 personnes et plus bénéficiant d’une aide au logement.

  •   Le RSA socle comprend les allocations familiales.
  •   Pour avoir accès à la CMUC (CMU-Complémentaire), les revenus mensuels doivent être inférieurs à 971 € pour une famille de deux personnes et 1360 € pour 4 personnes. Sont inclus dans ce calcul les revenus de la famille (hors RSA mais y compris allocations familiales) et un forfait logement pour les locataires bénéficiant d’une aide au logement : 114 € mensuels pour une famille de deux personnes en 2012 et 141 € pour plus de trois personnes (sources : CMU complémentaire : y avez-vous droit ?  et Plafonds applicables pour l’octroi de la CMUC et l’aide complémentaire santé).

Deux commentaires :

  •   Effectuer ces calculs est un véritable parcours du combattant : plusieurs témoignages nous montrent qu’il y a parfois des écarts entre la théorie et la réalité. Comment une famille aux revenus modestes peut-elle prévoir ses revenus sur les mois à venir ?
  •   Nous n’avons pas pris en compte des dépenses de garde d’enfant ou de services essentiels (transport, gaz, électricité) qui peuvent être différentes entre une famille percevant un SMIC et une famille percevant le RSA socle.

3) Sur le budget des familles

3-1)« Le pouvoir d’achat moyen des Français a augmenté entre 2007 et 2010 »

VRAI et FAUX ! Le pouvoir d’achat global au niveau de la France a légèrement augmenté. Mais, compte tenu de l’augmentation de la population, le « pouvoir d’achat du revenu arbitrable » (une fois que les dépenses obligées – loyer, assurance, électricité – ont été payées) par personne a baissé de 0,1 % entre 2008 et 2010 (source : Revenu « arbitrable » des ménages et évolution du pouvoir d’achat « arbitrable » par personne, par ménage et par unité de consommation, INSEE, 2012).

Par ailleurs, pour les revenus les plus modestes, la situation est plus grave. Par exemple, de 1992 à 2006, les dépenses incompressibles dans leur budget sont passées de 52 à 74 %. Selon le Secours catholique (Message, février 2011) : « se chauffer devient un luxe pour des millions de personnes  », 3,4 millions de personnes subissent la précarité énergétique, les demandes d’aide au chauffage ont augmenté de 50 % entre 2008 et 2009 au Secours Catholique.

Le prix du gaz a augmenté de 50 % en 5 ans ; les loyers depuis 2000 : +30 % ; électricité : +6 % en un an ; carburants : +15 % en un an (source : rapport de la CLCV, octobre 2011).

Voir aussi le dossier annuel 2011 de la MRIE Rhônes-Alpes : ICI sur http://bit.ly/wjG2to

4) Sur le travail, le chômage et la retraite

4-1) « Les pauvres ne veulent pas travailler » 

FAUX ! Les études convergent : 64 % des chômeurs interrogés dans huit pays européens déclarent qu’ils veulent retrouver un emploi, même si cela ne leur procure pas un gain financier, alors que seuls 48 % des personnes déjà en emploi déclarent vouloir conserver leur travail dans une telle situation (source : étude coordonnée par Duncan Gallie en 1999, citée par Jean Gadrey).

L’enquête « L’influence des incitations financières sur le retour à l’emploi des bénéficiaires de minima sociaux » (pdf) (Direction Générale du Trésor, 2009) montre bien que la valeur accordée au travail et la volonté d’assurer le meilleur avenir possible aux siens conduisent la plupart des bénéficiaires à accepter la reprise d’un emploi, même sans gain financier immédiat. Les principaux freins évoqués pour la reprise d’un travail sont le manque d’emplois, de moyens de transport, de formations adaptées, de modes de garde accessibles, etc.

4-2) « Il y a des pauvres qui veulent s’en sortir et d’autres qui ne veulent pas »

FAUX ! Personne n’accepte de vivre dans la misère. La distinction entre « bons pauvres » et « mauvais pauvres » traverse toute l’histoire de la pauvreté ( lire Paul Christophe). Cette distinction est surtout le reflet de l’impuissance de l’action publique ou de son manque de volonté de s’attaquer vraiment à la pauvreté. Faute de quoi, on s’attaque aux pauvres : c’est plus facile !

4-3) « Les bénéficiaires du RSA ne font pas d’efforts réels pour chercher du travail »

FAUX ! La plupart des bénéficiaires du RSA ont l’obligation de chercher un emploi, sous peine de diminution ou suspension de l’allocation.

4-4) « Si on veut vraiment travailler, on trouve »

FAUX ! Dans l’état actuel du marché de l’emploi (entre 3 et 5 millions de chômeurs en 2012, selon la catégorie considérée), tout le monde ne PEUTpas trouver du travail : le nombre d’emplois vacants (offres) est très inférieur au nombre de chômeurs (demandes). En outre, certaines personnes restées depuis longtemps sans travail ont besoin d’être particulièrement soutenues pour revenir à l’emploi. 

Quelques chiffres :

  •   Le chômage coûte, chaque mois, 2,2 milliards d’euros à l’Unedic (source : rapport du Sénat, 2011) ;
  •   Les plus pauvres cotisent comme les autres pour leur retraite, mais perçoivent moins de retraite dans la mesure où leur espérance de vie est moins importante (cf. 6) ;
  •   Taux de chômage chez les 16-25 ans : 8,7 % chez les bac+2, et 35 % chez les non-diplômés (source : « L’insertion des jeunes sans emploi », pp. 36-37, CERC). Le taux de chômage des 15-29 ans était, en 2009, de 29,5 % en zone urbaine sensible et de 16,9 % en moyenne nationale (source : « Emploi et chômage des 15-29 en 2009 », Analyses, oct. 2010, N°72, p. 1, DARES).

5) Sur le logement

5-1) « La construction de logements sociaux se développe à un rythme suffisant en France »

FAUX ! Le niveau de la construction en progrès régulier jusqu’en 2007 s’est effondré depuis : seulement 333.000 logements ont été commencés en 2009 contre 435.000 en 2007, ce qui met à mal les objectifs du DALO.

 

On estime que le niveau de déficit va atteindre le million de logements. De plus, la progression des logements sociaux tient surtout à l’augmentation de logements accessibles seulement aux classes moyennes (nombre de logements PLS multiplié par 10 entre 2000 et 2010) alors que les logements accessibles aux familles les plus modestes augmentent bien plus faiblement : le nombre de PLAI a été multiplié par 2 sur la même période (source : rapport Mal logement, 2011, Fondation Abbé Pierre).

5-2) « Les logements sociaux devraient être attribués en priorité aux gens qui travaillent »

FAUX ! L’impératif de solidarité nationale exige que chacun, qu’il ait ou non un emploi, puisse disposer d’un logement adapté à ses ressources. Le droit à un logement digne est reconnu pour tous les citoyens en France.

De fait, on constate malheureusement aujourd’hui que les personnes possédant un emploi accèdent en priorité aux logements sociaux.

5-3) « En période de restriction budgétaire, il est normal que l’État réduise l’aide au logement social »

FAUX ! C’est la réalité mais c’est un mauvais calcul. Tout d’abord parce que, en contrepartie, « l’ensemble des crédits que l’état consacre à la politique d’hébergement peut être estimé à 1,5 milliard d’euros » chaque année (source : D. Migaud, prsident de la Cour des comptes, en Audition parlementaire, déc. 2011).

Par ailleurs, l’absence de logement stable provoque pour une famille des ruptures durables dans l’emploi, la santé, la scolarité, . . . qui auront des conséquences et des coûts élevés pour la collectivité.

6) Sur la Sécurité sociale et la santé

6-1) « Les pauvres sont des fraudeurs »

FAUX ! La fraude aux prestations sociales est évaluée à environ 3 Milliards d’€ dont 90% sont récupérés. Elle concernerait 1 % des particuliers.
Pour la branche famille :  » Une  part  importante  de  ces  montants,  selon  ces  mêmes estimations,  aurait  cependant  été  détectée  et  les  indus  correspondants récupérés pour la plus grande part : le préjudice financier final lié aux  fraudes  serait  donc  plus  limité,  de  l’ordre  de  170 M€  selon  les estimations de la Cour, à partir des données de la CNAF ».
Source: rapport Cour des comptes 2010 sur la sécurité sociale : la lutte contre la fraude aux prestations sociales dans le régime général).

La CNAF estime le taux de fraude à 0,46 % pour les prestations familiales, 3,1 % pour l’API (Allocation Parent Isolé), 3,6 % pour le RMI-RSA (source : AFP, 29 avril 2010).

Peut-être mais n’est-ce pas l’arbre qui cache le forêt :

  • la fraude aux prélèvements sociaux, évaluée à entre 8 et 12 Milliards d’€ et concernerait 10 % des entreprises (source : Conseil des Prélèvements Obligatoires, 2007)
  • la fraude fiscale en France: en 2005 elle est évaluée entre 20 et 25 Milliards d’€ par le Conseil des prélèvements obligatoires, à 30 Milliards d’€ par la Direction du Budget, ou encore à 50 Milliards d’€ par la Commission Européenne.

6-2) « Les bénéficiaires de la CMU en profitent pour faire des soins de confort dont ils n’ont pas vraiment besoin »

FAUX ! La CMU est très restrictive. 

En vidéo (3’30 ») : Jean-François Chadelat, directeur du Fonds CMU, démonte des idées fausses sur la CMU

6-3) « Grâce aux bons CAF, les enfants des familles défavorisées ont un accès normal à la culture, au sport, etc. »

OUI et NON ! Ces aides sont appréciables, mais elles nécessitent un financement complémentaire plus ou moins important par les familles. Et il faut anticiper les besoins pour faire les demandes à temps.

6-4) « Grâce à la CMU, à la CMUC et à l’ACS, tout le monde bénéficie d’une protection santé satisfaisante. »

FAUX ! En 2008, 1,5 million de personnes sur les 6 millions de bénéficiaires potentiels ne disposaient pas de la CMU. Au 31 décembre 2010, une étude du Fonds CMU estimait que le nombre de personnes n’ayant pas recours à la CMU-C (CMU complémentaire) était de plus de 20 %.

Pour l’aide à l’acquisition d’une complémentaire santé (ACS), le taux de non-recours est de 80 %. Par ailleurs, en 2008, 22 % des bénéficiaires de la CMU-C déclaraient avoir renoncé à certains soins pour des raisons financières au cours des 12 derniers mois (source : « Étudier l’accès aux soins des assurés CMU-C, une approche par le renoncement aux soins« , Boisguérin et coll., Santé, Soins et protection sociale en 2008. Paris : IRDES, 2010/06, 31-40).

6-5) « Pour ce qui est de l’espérance de vie en France aujourd’hui, nous sommes relativement égaux. »

FAUX ! A la fin des années 1990, un ouvrier ayant 35 ans vivra encore en moyenne 39 ans, un cadre 46 ans et un chômeur 28 ans.

Ces inégalités d’espérance de vie sont croissantes en France (source : « Les différences sociales de mortalité : en augmentation chez les hommes, stables chez les femmes », Monteil C., Robert-Bobée I., 2005, INSEE Première, 1025).

7) Sur le placement des enfants

7-1) « Les enfants placés ont la chance de connaître une vie meilleure et de découvrir un autre milieu que le leur. »

FAUX ! Pour un grand nombre d’enfants et de parents, le placement est une solution qui crée des ruptures profondes alors qu’il pourrait souvent être évité.  » Une personne sans domicile sur cinq a dû quitter le domicile de ses parents avant l’âge de 16 ans – proportion six fois plus élevée que dans le reste de la population «  (source : Devenir sans-domicile, le rester : rupture des liens sociaux ou difficultés d’accès au logement ? », Économie et Statistique, N° 391-392, 2006, INSEE).

7-2) « Si on place les enfants, c’est à cause de la maltraitance. »

FAUX ! Les causes du placement d’un enfant d’une famille pauvre tiennent souvent aux conditions d’accès de la famille au logement, à la santé, etc. Des difficultés pourraient dans de nombreux cas être résolues par un soutien à la famille qui coûterait par ailleurs moins cher que la solution du placement. « Six milliards d’euros sont dépensés chaque année de façon empirique, sans que l’on cherche à contrôler les acteurs de la protection de l’enfance, ni à connaître l’efficacité de ces interventions » (source : rapport « La protection de l’enfance », Cour des comptes, octobre 2009).

8) Sur la fiscalité et les impôts

8-1) « Les pauvres ne paient pas d’impôts »

FAUX ! Le taux moyen d’imposition (impôts directs et indirects) des 10 % les moins riches est d’environ 40 %, celui des 0,1 % les plus riches d’environ 37 %, et celui des revenus moyens de 45 à 48 % (source : calculs effectués par les économistes Saez, Landais et Piketty à partir des données INSEE).

Nota bene : pour les plus hauts revenus, les taux réels d’imposition sont souvent très inférieurs aux taux affichés : grâce aux niches fiscales, une partie des plus hauts revenus échappe à une part de l’imposition.

8-2) « Les plus pauvres peuvent se faire exonérer de charges et d’impôts »

Oui, mais il faut effectuer beaucoup de démarches avant d’obtenir ces exonérations et il faut les renouveler régulièrement.

9) Sur l’immigration

immigration je veux pas savoir9-1) « L’immigration augmente d’année en année en France »

VRAI et FAUX ! Depuis 1975, le taux d’immigrés est quasi constant : 8,4 % en 2008  contre 7,4 % en 1975  . (source: Évolution de la part des populations étrangères et immigrées en 2008,  INSEE).

9-2) « Si on renvoyait les étrangers1 dans leur pays, il y aurait moins de chômage en France »
ou
« Les étrangers prennent des emplois aux Français »
ou
« Les étrangers creusent le trou de la Sécurité sociale »

FAUX ! Globalement, la présence des populations de nationalité étrangère en France crée de la richesse et donc de l’emploi, grâce à l’apport de consommation, d’impôts et de cotisations (cf. 9-6.). Les étrangers sont aussi consommateurs, ils créent une demande supplémentaire et des emplois. Les études montrent que les migrants arrivants créent leurs propres emplois.

« En imaginant une augmentation de 10 % du flux d’immigration au Royaume-Uni en 2007, le taux de chômage n’augmenterait alors que de 0,01 point au bout de 13 ans. » (source : Immigrés: une boîte à outils pour répondre à Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy, Caroline Fourteau, mai 2011).

9-3) « La France est un des pays d’Europe qui accueille le plus d’immigrés »

FAUX ! « Avec un taux d’accroissement naturel de 4 pour 1000 et un taux d’accroissement migratoire de 1 pour 1000, la France est le pays d’Europe dont la croissance démographique annuelle dépend le moins de l’immigration » (source : « Cinq idées reçues sur l’immigration », tableau 2, page 2, INED, 2004). Autrement dit le solde migratoire (entrées-sorties) représente 20 % de l’accroissement naturel de la population française. En Allemagne, la totalité de l’accroissement de la population est dû au solde migratoire, le solde naturel étant négatif !

En 2010, la part des personnes immigrées sur la population totale s’élevait à : Autriche : 16 %, Suède 14 %, Espagne :14 %, États-Unis : 13 %, Allemagne : 13 %, France : 11 %2, Pays-Bas : 10 %, Royaume-Uni : 10 %, Belgique : 9 %, Italie : 7 % (source : Le nombre et la part des immigrés dans la population : comparaisons internationales, Gilles Pison, INED, 2010).

9-4) « Les familles immigrées font beaucoup plus d’enfants que les familles françaises natives »

Pas tant que cela ! « Dans la période 1991-1998, le nombre moyen d’enfants par femme était de 1,65 pour les seules françaises natives. Les femmes immigrées avaient en moyenne 2,2 enfants » (source : « Cinq idées reçues sur l’immigration », Population et sociétés, INED, 2004).

9-5) « La France accueille toute la misère du monde », sous-entendu : « Ce sont les populations les plus pauvres qui immigrent en France »

FAUX ! « Dans l’ensemble, les migrants représentent par rapport aux non-migrants de la société d’origine une population sélectionnée : en meilleure santé, plus instruite, plus entreprenante, dotée d’un minimum de ressources »  Source : « Cinq idées reçues sur l’immigration », Population et sociétés, INED, 2004.

La part des immigrés diplômés de l’enseignement supérieur est passée de 12 à 25 % entre 1990 et 2007. La moyenne nationale est de 29 %.
Sources : « L’activité des immigrés en 2007 », INSEE et Immigrés: une boîte à outils pour répondre à Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy, Caroline Fourteau, mai 2011.

9-6) « L’immigration coûte, en prestations sociales, 48 milliards d’euros »

VRAI ! Mais elle rapporte 60 milliards d’€ en impôts et cotisations sociales chaque année

Sources : ministère de la Santé et des Affaires Sociales et étude de l’université de Lille-II de juillet 2010, voir « Immigrés: une boîte à outils pour répondre à Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy« , Caroline Fourteau, mai 2011.

La population immigrée est en moyenne plus jeune et en meilleure santé que les autres habitants de la France. Or, dans les prestations sociales, la maladie pèse 47 % et la retraite 31 % (les autres dépenses étant allocations chômage, RSA, allocations logement et allocations familiales). La population immigrée est donc une chance pour aider au paiement des retraites.

En moyenne, la contribution nette de chaque immigré (différence entre ce qu’il verse et ce qu’il reçoit en transfert sociaux) est de l’ordre de 1500 € par an.

Source : « Migrations et protection sociale : étude sur les liens et les impacts de court et long terme » , rapport pour la DREES-MIRe, auprès des Ministères du travail, du budget et de la Santé.

   « En l’absence de l’immigration, le besoin de financement de la protection sociale en France augmenterait de 2 points de Produit Intérieur Brut (PIB). » (source : Immigration : combien ça coûte, Xavier Chojnicki, Lille 2, laboratoires EQUIPPE et CEPII). 

Bien sûr, l’apport de l’immigration à notre pays ne saurait se limiter à cet aspect comptable : il est aussi et surtout humain, culturel, scientifique, artistique, etc.

9-7) « Les étrangers peuvent profiter facilement des minima sociaux »

FAUX ! Il faut être en possession d’un titre de séjour et d’une carte de travail depuis au moins cinq ans pour bénéficier du RSA si on est natif d’un pays extérieur à l’Union européenne.

9-8) « Les étrangers augmentent la délinquance »

FAUX ! 12,7 % du nombre de condamnés sont étrangers (source : ministère de la Justice), alors qu’ils représentent environ 8 % de la population française (cf. 9-3.). L’écart n’est pas si important que veulent le faire croire certains hommes politiques.

10) Sur l’école

10-1) « Ce n’est pas à l’école de régler tous les problèmes de la société »

VRAI et FAUX ! La loi d’orientation sur l’école de 2005 dit : « La scolarité obligatoire doit au moins garantir à chaque élève les moyens nécessaires à l’acquisition d’un socle commun constitué d’un ensemble de connaissances et de compétences qu’il est indispensable de maîtriser pour accomplir avec succès sa scolarité, poursuivre sa formation, construire son avenir personnel et professionnel et réussir sa vie en société. ». Cela dit bien que le rôle de l’école n’est pas seulement de transmettre des connaissances, mais aussi de permettre aux élèves de se construire des compétences, dont celle de pouvoir vivre avec d’autres différents de soi.

Elle doit aussi permettre à tous d’acquérir ces connaissances et compétences. Mais on constate qu’elle peine à atteindre ces objectifs et à réduire les inégalités sociales, dans la mesure où l’échec et la réussite scolaire sont de plus en plus liés à l’origine sociale. En réalité, le fonctionnement actuel de l’école en France vise aussi un objectif non déclaré : sélectionner les meilleurs élèves qui s’orienteront ensuite vers des études supérieures et les postes de responsabilité.

10-2) « Dans les familles pauvres, les parents sont démissionnaires et se désintéressent de l’école »

FAUX ! Les parents défavorisés ont souvent peur de l’école car ils sont marqués par leur échec d’enfant. Par ailleurs, 80 % des mères non-diplômées s’estiment dépassées pour aider leurs enfants dans leurs études au collège, contre 26 % seulement des mères diplômées de l’enseignement supérieur (source :  « L’aide aux devoirs apportée par les parents », INSEE, 2004).

Mais le lien entre pauvreté et échec scolaire n’est pas fatal : il est moins élevé dans la plupart des autres pays développés qu’en France, et très faible dans des pays comme le Canada, la Finlande, le Japon ou la Chine (source : étude PISA).

10-3) « Heureusement que l’école est là pour corriger certaines inégalités sociales ! »

FAUX ! L’impact du milieu social sur la réussite ou l’échec scolaire est plus grand en France que dans beaucoup d’autres pays, et il grandit au fil des années. En 2009, plus de 75 % des élèves dont les parents sont cadres ou professions intellectuelles ont obtenu le bac général, contre 33 % pour les enfants d’ouvriers et 41 % des enfants d’inactifs ; le pourcentage de variation de performance des élèves en lecture, expliqué par le milieu socio économique est de 17 % pour la France bien au dessus de la moyenne de l’OCDE (14 %), le double de la Finlande du Canada ou du Japon.

Source : « Les inégalités à l’école », CESE, sept. 2011.

10-4) « Si les enfants pauvres réussissent moins bien à l’école, c’est qu’ils ne travaillent pas »

FAUX ! Les causes sont plus complexes que cela. Par exemple, « le niveau de diplôme des parents (particulièrement celui de la mère) et, de manière plus globale, les possibilités d’encadrement de la scolarité par les familles revêtent une importance au moins aussi grande que leur situation socio-économique » (Source : « Les inégalités à l’école », CESE, sept. 2011).

10-5) « Les enfants d’immigrés sont plus en échec scolaire que les autres »

FAUX ! C’est la pauvreté qui la plus grande cause d’échec scolaire et non pas l’immigration. Aniveau social égal, les descendants d’immigrés ne sont pas en moyennes plus touchés par l’échec scolaire que le reste de la population (source : « Les inégalités à l’école », CESE, sept. 2011).

10-6) « La mixité sociale dans les écoles nuit à la réussite scolaire »

FAUX ! Lorsque l’on met en oeuvre une pédagogie adaptée, les résultats scolaires de tous s’améliorent, comme le montrent les expériences de plusieurs établissements scolaires (voir l’exemple des écoles Anne Frank et Hélène Boucher à Mons-en-Baroeul, celui du collège La Durantière à Nantes – Feuille de route sept/oct. 2011 -, celui du collège Évariste-Galois à Nanterre – Feuille de route novembre 2011 -, etc.). Par ailleurs, l’école ne doit-elle pas préparer les enfants et les jeunes à vivre ensemble dans le respect des différences ?

11) Sur les Roms

11-1) « Les Roms ne veulent pas travailler »

FAUX ! C’est le contraire : tout est fait en France pour que les Roms de Roumanie et de Bulgarie n’aient pas le droit de travailler : une « période transitoire » les empêche d’avoir les mêmes droits que les autres européens avant fin 2013. Pour travailler, ils doivent disposer d’une autorisation de travail. Les délais d’obtention sont de 3 à 6 mois à partir d’une promesse d’embauche à temps plein. Le plus souvent, l’employeur (qui doit en plus payer la taxe dûe à l’Office Français pour l’Immigration et l’Intégration pour l’embauche d’un étranger) ne peut attendre la réponse et embauche quelqu’un d’autre.

Le 26 octobre 2009, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE) a demandé au gouvernement qu’il mette fin à cette période transitoire, ainsi que la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH), dans l’avis du 22 mars 2012 (article 33, p.9).

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Article très largement inspiré de cet article d’ATD Quart Monde sur la base d’un travail réalisé avec la Mission Régionale d’Information sur l’Exclusion en Rhône-Alpes.

* Une sélection d’idées reçues en 4 pages

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1. Dans la définition de l’ONU, un immigré est une personne née en dehors du territoire concerné. Cela inclut donc les Français nés à l’étranger. Dans le sens commun adopté par l’INSEE, un immigré est une personne née étrangère à l’étranger.

2. En incluant les Français nés à l’étranger, comme l’ONU le préconise dans ses calculs. La part des immigrés de nationalité étrangère s’élève à 8 % (chiffre présenté par l’INSEE).

Deux Prix Nobel d’économie étatsuniens parlent de l’Europe et de sa politique d’austérité.

 Paul Krugman fait le bilan de la crise en zone euro dans le New-York Times : Le suicide économique de l’Europe, (Europe’s Economic Suicide), 15 avril 2012.

« Il est donc difficile d’éviter un sentiment de désespoir. Plutôt que d’admettre qu’ils ont eu tort, les dirigeants européens semblent déterminés à conduire leur économie – et leur société – au bas de la falaise. Et le monde entier en paiera le prix. »

(de l’anglais : « So it’s hard to avoid a sense of despair. Rather than admit that they’ve been wrong, European leaders seem determined to drive their economy — and their society — off a cliff. And the whole world will pay the price. »)

Joseph Stiglitz, « l’Europe va droit dans le mur » dans une interview dans la Tribune de Genève, 16 avril 2012

« La seule bonne chose de l’année 2011, c’est qu’elle a été meilleure que ne le sera 2012 », estime le prix Nobel d’économie.

Si l’Europe poursuit ses programmes de restriction, « les années à venir seront vraiment dures ».

« La situation en Europe préoccupe Joseph Stiglitz : « Les chances de résoudre le problème par de nouvelles économies sont proches de zéro », relève-t-il dans une interview donnée au Tages-Anzeiger. L’Europe est même « menacée à court terme d’une deuxième récession ».

 « La plupart des gouvernements européens épargnent, ce qui accentue le ralentissement économique » constate le chercheur et économiste américain.

Et contrairement aux promesses faites, « on ne voit toujours pas poindre la lumière au bout du tunnel ».

 « Il n’y a au monde pas un seul exemple qui montre qu’il est possible d’assainir un État malade en réduisant les salaires, les rentes et les prestations sociales », poursuit l’ancien prix Nobel.

« La croissance ralentit, les recettes fiscales baissent et la question de l’endettement n’est pas résolue » ajoute-t-il en substance.

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Post scriptum : ces citations ne signifient pas que je considère les paroles de ces prix (de la Banque centrale de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred) Nobel, comme vérités incontestables. Sur ce prix : Le « prix Nobel d’économie » : une habile mystification.

Qu’est ce que la partie illégitime de la dette ?

  France : qui paye la dette et à qui profite le crime ?

  Environ 70 % des créances sur les dettes publiques sont possédées par les 10 % les plus riches de la population, qui touchent donc 70 % des intérêts.

Le budget 2011 de la France c’est en gros 200 Md€ de recettes, 290 Md€ de dépenses dont près de 60 Md€ d’intérêts (Merci Giscard et ta loi « Rothschild de 1973 !)

  L’impôt étant assez peu redistributif (nettement moins que l’écart de patrimoine), on comprend donc, que le système de la dette publique enrichit les plus riches au détriment des plus pauvres, lesquels payent des impôts sans avoir de patrimoine financier rémunéré.

  Ce premier graphique, illustre le fait que ce sont les neuf premiers déciles (barres rouges) qui globalement remboursent la dette au dernier décile (les trois barres vertes)

charge-nette-dette-par-decile-france-2010-O-Berruyer-perte.jpg

Selon que l’on est dans une des trois parties de ce dernier décile (90-95%, 95-99% et 99-100%), bien évidemment l’on y gagne plus ou moins.

Dans ce deuxième graphique, est estimé le pourcentage des revenus consacrés au remboursement de la dette.

charge-nette-dette-en---revenus-par-decile-france-2010-O-B.jpg

Comme indiqué, les 90% les plus pauvres perdent 2,5% de leur revenus (de-3,9% à -1,5%) pour améliorer de 3,5% les revenus des 5% les plus riches !

En résumé : baisse des impôts des plus riches depuis 30 ans => plus d’épargne pour les plus riches => plus de revenus financiers pour ces derniers qui s’enrichissent = > encore plus d’épargne pour ces encore plus riches => encore plus de revenus financiers ….

Durant ce temps là les pauvres sont toujours plus pauvres, et comme crise et inégalités sont indubitablement liées.

Cela risque donc de durer, un moment je vous le dis ! Au moins tant que la loi Rothschild ne sera pas abrogée, c’est à dire le Traité de Maastricht et de Lisbonne.

Mais cela ne saurait être suffisant : il faut mettre en oeuvre d’autres solutions . Et chaque jour qui passe, c’est notre argent qui disparaît au profit de qui vous savez maintenant.

Pour en savoir plus lire l’article d’Olivier Berruyer : Perte du Triple A : origine et conséquences

crisenuls

DETTE PUBLIQUE : L’addition, service non compris, s.v.p. !

Que serait notre dette publique si nous avions pu continuer à emprunter à la Banque de France ?

Outre l’effet de la crise financière débutée en septembre 2008, la croissance de la dette publique de la France entre 1973 et 2012 a deux causes principales :

  • L’accroissement des inégalités : sur ce point voir Crise et inégalités, y a-t-il un rapport ?
  • La loi de dite « Rothschild » de 1973 en France, généralisée au pays de l’Eurozone depuis le Traité de Maastricht ;

En vertu de cette loi, le Trésor public ne peut plus emprunter à la Banque de France à faible taux, voire à taux zéro, ce qu’il faisait depuis toujours.

De quel montant serait la dette publique aujourd’hui si cette loi n’existait pas ?

Dans un billet important de André-Jacques Holbecq* sur la dette publique , ce dernier nous a produit ce graphique (cliquez pour agrandir) :Evolution-Dette-constatee-et-sans-interets-1979-2009_Holbec
   L’on constate que malgré le rebond depuis 2008, début de la crise financière, la dette publique reste très faible. Inférieure même à ce qu’elle était en 1979, 5 ans après la loi « Rothschild » de VGE (1973). Soit 9% du PIB !

Autrement dit, sans ces intérêts – qui représentent chaque année la totalité de l’impôt sur le revenu, 25% du budget de l’état – il n’y aurait pas de déficit public ! L’accroissement des dépenses publiques hors remboursement des intérêts de la dette n’y est donc pour rien dans notre endettement croissant puisque ces dépenses publiques ne s’accroissent pas depuis 30 ans. Seules les recettes baissent !

Rappel au sujet de la crise débutée en 2008 qui a accru la dette publique : la séparation des activités bancaires de dépôt et d’investissement, l’équivalent du Glass-Steagall Act étasunien de 1932 (voir mon billet : Le Glass-Steagall Act français) est votée en décembre 1945 et sera abrogé par le gouvernement Mitterrand-Mauroy, sous l’impulsion de J. Delors en 1984 ! Bien avant les USA qui ne l’aboliront que 15 ans plus tard, en 1999. Huit ans après, la crise des Subprimes faisait entrer le monde dans une crise mondiale.

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* A.-J Holbecq , économiste travaillant plus particulièrement sur la monnaie et la dette publique, a écrit plusieurs ouvrages dont en 2002 Un regard citoyen sur l’économie.

Y a-t-il un rapport entre la crise et les inégalités ?

 

Je vous invite à lire, en fonction de votre sensibilité et selon le crédit que vous accordez à ces auteurs :

Et comme un dessin vaut mieux qu’un long discours, voici ce graphique reliant l’indicateur d’inégalités GINI et le taux dette publique/PIB (réalisé par J. Gadrey selon Eurostat et commenté dans son article Les pays les plus endettés sont les plus inégalitaires.

  Correlation GINI Dettes publiques 2010

  Cliquez ICI pour zoomer l’image

Évolution de la dette publique hors service de 1979 à 2009 : sans les intérêts, elle représenterait 9 % du PIB en 2009

   Sur ce graphique, établi par l’économiste A.-J. Holbecq*, l’on visualise :

  • En trait noir gras continu : la dette publique réelle. 
  • En rouge, l’évolution de la dette publique hors service, c’est à dire en considérant un taux d’intérêt des emprunts à taux nul !
  • En pointillé mauve, la partie de la dette correspondant aux intérêts.

Autrement dit l’augmentation de la dette entre 1979 et 2009 est uniquement lié aux taux d’intérêt.Sans ces intérêts, elle serait de 9% du PIB !!!!

Le rebond qui apparait à partir de mi 2008 est l’effet de la crise financière.

Evolution Dette constatee et sans interets 1979-2009 Holbec

Ce graphique est paru dans l’article : Un billet important de André-Jacques Holbecq sur la dette publique

sur le blog de Jean Gadrey, Professeur émérite d’économie.

* A.J. Holbecq est l’auteur avec  Étienne Chouard et Philippe Derruder de l’ouvrage : La dette publique, une affaire rentable : A qui profite le système ?

Étienne Chouard explique bien tout ceci dans une courte video de 6’15 »

Les économistes multicartes !

      Jean Gadrey, professeur émérite d’économie de l’Université Lille1, juge leurs liaisons dangereuses.
Laurent Mauduit
, journaliste à Médiapart, les appelle les imposteurs de l’économie.
    Gilles Balbastre
, réalisateur, les appelle Les nouveaux chiens de garde (dispo en DVD mais aussi visible ICI).
     Daniel Mermet, journaliste à France-Inter, les appelle Les économistes de garde.
En fait, ils sont nos sauveurs !

    On conviendra qu’aucun des candidats à la Présidence française 2012 n’est satisfaisant. C’est pourquoi je fais appel à vous pour soutenir la candidature de Marc Ladreit de Lacharrière.
    Vous savez sûrement que Mario Draghi, Mario Monti et Lucas Papadémos, respectivement Président de la BCE, Président du Conseil italien et Premier Ministre grec, sont tous trois d’anciens de la banque Goldman Sachs. Rien de plus normal puisque, outre-atlantique, M. Paulson, secrétaire aux Finances US de 2006 à 2009, dirigeait antérieurement Goldman Sachs. Rappelons qu’en 2008, et à la différence de Lehman brothers, Goldman Sachs avait était jugée par ce M. Paulson too big to fail et il l’avait donc sauvée.

Mais quel rapport avec M. Ladreit de Lacharrière ?

      Bon, avec un nom pareil, nous trouverions surprenant qu’il s’agisse d’un ouvrier licencié d’ArcelorMittal ou de Conti. En effet : M. Ladreit De Lacharrière est Président de l’agence de notation FitchRiting, administrateur du groupe Casino, de l’Oréal, de Renault, membre du Conseil consultatif de la Banque de France, . . . . Il est entré en 2007 dans le cercle des milliardaires en Euros. Reste juste à s’assurer qu’il avait bien une Rolex à 50 ans ! Sinon il semble avoir toutes les qualités pour être notre Président, n’est-ce pas ?

      D’ailleurs François Baroin, Ministre de l’Économie du gouvernement Fillon/Sarkozy, ne s’y trompait pas puisque mi-décembre il a remis, en les locaux du Ministère, le Prix du livre de l’économie dont notre M. Ladreit de Lacharrière en est le Président de jury ! Ce prix est une initiative du think tank le Cercle des économistes, lequel compte, parmi ses 30 membres, nombre de représentants de banques et institutions financières.

      Et, heureux hasard, les trois nominés étaient Alain Minc, Jean-Marie Messier et le très médiatique Daniel Cohen, lauréat. Autrement dit trois économistes chantres de la promotion de la « main invisible des marchés ». Inutile de dire qu’aucun de ces nominés , contrairement à Frédéric Lordon et Jean Gadrey, entre autres économistes atterrés, ne propose la mise en place d’un pôle public bancaire. Il faut dire que le lauréat, D. Cohen donc, est infiniment plus « talentueux » que ces deux derniers. La preuve ? En 2011, il a eu droit à 52 passages dans Le Monde tandis que les seconds n’en ont eu droit qu’à 2 ! Démonstration de leur incommensurable compétence en 2’52 » (extrait du film Les nouveaux chiens de garde) :

Alain Minc et Hervé De Boissieu, deux économistes multicartes se plantent lamentablement !

      Pour info, Daniel Cohen et Alain Minc sont membres du Conseil de surveillance de ce même journal. Ce dernier en fût même le président jusqu’en 2008. Pure coïncidence ! Circulez, y a rien à voir ! En 2015, dans ce journal, rien n’a changé : Europe : quels économistes s’expriment dans Le Monde (suite) ? Toujours les banquiers !, Acrimed, juin 2015.

      Pour en savoir plus sur ces connivences et dépendances dans le petit monde des experts médiatiques et des oracles multicartes, je vous suggère le sujet « Les économistes de garde » de l’émission « Là-bas si j’y suis » qui fût diffusé sur France-Inter jusqu’en 2014 (cf. lien infra).

      Si vous êtes lecteur du Monde, un conseil, arrêtez. À moins qu’à 50 ans vous n’aurez ou n’aviez une Rolex !

En tous les cas « NOUS ne paierons pas LEUR dette » !


Aller plus loin :

* L’émission Là-bas si j’y suis, émission poil à gratter, désormais disparu de France-Inter. Elle avait déjà failli disparaître en 2006 avant d’être avancée de 17h à 15h, heure de moindre écoute. Elle n’existe plus désormais qu’en média web indépendant ;

 * L’analyse du prix Nobel d’économie P. Krugman dans Alternatives économiques (janvier 2012) : Crise : pourquoi les économistes ont failli

 * Quelques documents sur Goldman Sachs :
+ La pieuvre Goldman sacKs (article, 1 page) ;
+ Le putsch de Goldman Sachs sur l’Euro (vidéo, 1 mn) ;
+ Goldman Sachs, analyse d’une pieuvre financière mondiale (vidéo 53′)
+ La banque, Marc Roche, journaliste du monde, Albin Michel, 2011 ;
+ Comment Goldman Sachs dirige le monde, 53′, Arte, 2013 ;

* Sur Alain Minc : conseiller de N. Sarkozy, administrateur de nombreuses grandes entreprises et PDG de sa société de communication AM Conseil. Quelques mois avant la crise des subprimes,  il vantait encore  » l’incroyable plasticité de l’auto-régulation des marchés « .

* Le documentaire Inside Job : Inside Job est le premier film qui s’essaye à une analyse exhaustive de la crise financière mondiale qui a émergé en 2008, et qui, selon le réalisateur, était évitable.

Le film éclaire en particulier le lien incestueux d’universitaires prestigieux qui, du fait de la réputation de sérieux scientifique, ont fourni une garantie mais ont été rémunérés (grassement) et on fait, ou font encore, partie des conseils d’administration de grandes entreprises financières mises en cause : banques d’affaires (Merrill Lynch, Morgan Stanley, Lehman Brothers), assurances (AIG), agences de crédit immobilier (y compris gouvernementales: Freddie Mac & Fannie Mae) et agences de notation financière (Standard & Poor’s, Fitch Ratings, Moody’s).

La mainmise du complexe militaro-industriel 2009

Y a trop de fonctionnaires en France ! Vraiment ?

La France souffrirait de son obésité administrative qui serait une des causes de l’ampleur de ses dépenses publiques. Voyons voir !

     Certes, si l’on peut réduire la bureaucratie, faisons-le. Mais ne lui prêtons pas non plus des vertus exceptionnelles, une solution à tous nos problèmes !

     Qui dit bureaucratie pense, à tort, fonctionnaires.

     D’où la première précision utile : il ne faut pas confondre « fonctionnaires » et « emplois publics ». Les premiers sont des agents d’une des 3 fonctions publiques (d’état,  territoriale ou hospitalière). Si ils ont la chance d’être titulaire de leur  poste, ils ont alors le statut de fonctionnaire, et le privilège de la sécurité de l’emploi. En effet, comme le privé, la fonction publique est grande pourvoyeuse de CDD et emplois précaires (près de 20%).

     Cela dit, comparons le taux d’emplois publics et leur coût dans les pays de l’OCDE.

     En 2008, l’Allemagne avec 55 emplois publics pour 1.000 habitants, se situe avec le Japon, dans le bas de la fourchette des pays de l’OCDE, avec 6 points de PIB sous la moyenne.

      En 2008, la France, avec un point au dessus de la moyenne des pays de l’OCDE, se situe avec 88 emplois publics pour 1.000 habitants, dans le haut du tableau, au même niveau que le Royaume-Uni. Loin derrière les quatres pays scandinaves dont les trois premiers sont entre 140 et 160, le 4e à 115.

Taux d administration pays OCDE-1993-2008 CAS-2010-copie-1
L’écart entre ces deux pays “extrèmes” représente 7 points de PIB, soit 2.100 € par français et par an. Certains jugeront que c’est trop, certains que c’est acceptable. Tout dépend de la manière dont chacun estime le service rendu par ces employés.

Part remuneration publique dans PIB-pays OCDE-2008 CAS-2010

     Pour mémo : en 2010, le revenu moyen avant impôt des Français était  de 33.000€ par adulte et par an (2.800€ par mois).

     Et bien sûr, tous ces emplois sont loin d’être des emplois « bureaucratiques » :  les enseignants, des bureaucrates ? Les personnels soignants des hopitaux publics, des bureaucrates ? Et les conseillers de pôle emploi ? Et les chercheurs du CNRS ? ….

     Quoiqu’il en soit  » En France, comme dans la plupart des pays de l’OCDE, les dépenses de rémunération du personnel représentent entre 10 % et 12 % du PIB « , précise le Conseil d’Analyse Stratégique.

     Bonus : La vérité sur les fonctionnaires et les enseignants en 5 points et 10 lignes !

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Note : En 2008, 5,2 millions d’emplois publics dont 2 millions de fonctionnaires d’Etat  et 1,4 millions de fonctionnaires territoriaux (conseil régionaux, généraux, municipalité, …). Le reste, 1,8 millions, se ventile sur les Etablissements publics administratifs (EPA) non marchands ou de droit particulier : hôpitaux publics, ANPE, CNRS, Caisses nationales de Sécu, … 4,4 millions, soit 80% sont titulaires et disposent donc de la sécurité de l’emploi.

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Sources :

* Les dépenses publiques en Allemagne : d’où proviennent les écarts avec la France ? (VI et fin). Eléments de synthèse, Arnaud le Chevalier, Alternatives Economiques, 2011.

* Tableau de bord de l’emploi public : situation de la France et comparaisons internationales, Synthèse, CAS, 2010.

Pourquoi j’ai lâché EelVA !

Ils sont rares ceux qui remarquent que l’écologie est la grande absente de cette campagne électorale. Tout le monde semble s’en foutre, en fait !

Corinne Lepage, écologiste de droite, n’a pas pu se présenter et la pauvre Eva Joly a été abandonnée à son triste sort, errant à la dérive au milieu de sujets de campagne surréalistes. Jamais on ne lui parle d’écologie.

Mais soyons rassurés, l’écologie est sauvée : EELV a paraît-il assuré 3 ministères dans le futur gouvernement de l’ami Molette !!!!!! Enfin si Molette ne revient pas sur ses engagements eu égard au score probable d’Eva.

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