Tous les articles par Christophe Vieren

Le signal prix dans l’usage de la voiture

La taxation du carbone pour la réduction de l’usage de la voiture particulière : utile ou nécessaire ?

Cet article fait suite à l’article Au sujet du prix du carbone questionnant de l’utilité ou de la nécessité du prix à donner au carbone afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre pour atteindre l’objectif des +2°C maximal, le fameux facteur 4 concernant les pays riches dont la France fait partie. Dans ce précédent article nous avions survolé les différents impacts du prix du carbone sur les choix de consommation : sur l’alimentation, sur l’énergie (chauffage ou électricité résidentielles), sur les transports de personnes. Nous allons ici nous focaliser sur ce dernier aspect : l’impact du signal prix sur les émissions de gaz à effet de serre dues à l’usage de la voiture particulière.
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Le Royaume Uni, bon élève en terme d’émissions de gaz à effet de serre du secteur transport

   De huit pays européens parmi les plus riches, le Royaume-Uni est celui qui a le plus réduit « l’intensité carbone » [1] du secteur transport entre 1990 et 2012. Avec une réduction de 35,74%, juste talonné par la Suède (-34,8%), il fait beaucoup mieux que la France de ce point de vue (-24,9%).

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Relation(s) entre richesse d’un pays et les émissions de gaz à effet de serre de son secteur transport

Dans ce billet nous faisons l’hypothèse que, « naturellement », la part des revenus des ménages consacrés aux transports ne croît pas linéairement, voire baisse, avec l’importance de ces revenus. En effet, en France et à partir du 7e décile cette part décroît. Si ceci est vérifié pour d’autres pays, alors cela peut expliquer une baisse « naturelle » de « l’intensité carbone » [1] du secteur transport de ces pays. Nous constatons en effet pour les 9 pays étudiés une très forte corrélation (R2=0,84) entre niveau de vie et niveau d’émissions de GES du secteur transport rapporté à la richesse du pays. C’est ce que nous appelons « intensité carbone » avec des guillemets.
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Au sujet du prix du carbone

La taxation du carbone, utile ou nécessaire ?

Si il ne fallait qu’un argument pour justifier l’efficacité de la taxe carbone, ce serait ce graphique. Il met en relation le prix du carburant (abscisse) avec la consommation annuel de carburant par habitant (ordonnée) de 13 pays « riches ».

Conso_carburant_1998_vs_prix_du _litre_Manicore_2004Consommation de carburants par habitant en 1998 (en Gigajoules, ordonnée) en fonction du prix des carburants ($/litre, abscisse). Source 30 Years of Energy Use in IEA Countries, IEA, 2004.

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La taxe carbone en Suède : pour ou contre un prix du carbone ?

Le débat autour de la pertinence d’une taxe carbone s’est ravivé à l’approche de la COP21. Ainsi notre prix « Nobel », Jean Tirole en est un ardent promoteur. Dans sa tribune « Pour un accord efficace sur le climat »  (5 juin 2015, Le Monde) il la défend bec et ongles : « La stratégie d’engagements volontaires est largement insuffisante [et] n’a pas l’efficacité économique que procure la fixation d’un prix unique du carbone. ».

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LA TÉLÉ EN TOUS LIEUX ET À TOUTE HEURE

La Télé et les écrans en général : des faits , rien que des faits !

Extraits du livre TV lobotomie
CHAPITRE I
LA TÉLÉ EN TOUS LIEUX ET À TOUTE HEURE

« La télévision n’exige du spectateur qu’un acte de courage – mais il est
surhumain -, c’est de l’éteindre. »
, Pascal Bruckner, philosophe [161].

« La décision importante consiste à savoir si l’on a une télévision ou pas,
si l’on expose les enfants à presque tout ce que la télévision offre, ou à rien du tout. »,
Qoshua Meyrowitz, professeur de communication à l’université du New Hampshire [162]

« Alors que jusqu’à maintenant, la télévision enchaînait son spectateur [… ]. elle l’accompagnera demain partout où il ira », François Lost, spécialiste des médias, professeur à l’Université de Paris 3-Sorbonne [60]

Cet article est à relier à mon article chapeau TV LOBOTOMIE qui présente le livre éponyme de Pascal Desmurget. Le chapitre II, « LA TÉLÉ ÉTOUFFE L’INTELLIGENCE « , est résumé dans cet autre article.

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Collecter les déchets grâce aux corvidés sauvages

Une vidéo avant de lire ? Cliquez ICI !

.   Ce bref billet a pour objet de soumettre à l’évaluation citoyenne le projet suivant : faire réaliser par des corvidés (pies, corneilles, corbeaux) sauvages la collecte des déchets domestiques laissées dans la nature, telles les canettes qui jonchent les bords de route. Par cette collaboration pour laquelle ces corvidés seront récompensés, nous espérons redorer l’image des corvidés encore considérés comme nuisibles par nos institutions et nombre de nos congénères. Bien à tort !
Notons que, contrairement à une opinion commune, la population des pies est globalement en régression comme l’atteste ces résultats du programme STOC du Centre de Recherches sur la Biologie des Populations d’Oiseaux (CRBPO). 

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Depuis la crise de 2007-2008, la croissance est sur une tendance bien plus faible qu’avant !

   Le graphique ci-dessous illustre le propos du directeur de la recherche économique chez Natixis, filiale de BPCE, lequel écrit dans son article : « Le FMI s’interroge sur la croissance à moyen terme » :  » Dans son rapport d’avril 2015, le FMI s’interroge sur la possibilité de converger vers la trajectoire de croissance d’avant crise. Sa réponse est clairement négative : la croissance potentielle, celle qui ne crée pas de tensions inflationnistes, sera durablement plus réduite que celle constatée avant la crise. [..] On ne retournera pas vers la tendance passée mais pire on s’en éloignera de plus en plus. « .

Depuis la crise de 2007-2008, la croissance est sur une tendance bien plus faible qu'avant !

   Cette tendance ne fait donc que confirmer la baisse tendancielle inéluctable du taux de croissance que Jean Gadrey mettait en évidence en 2009 dans son livre « Adieu à la croissance ».

   Vous pouvez en retrouver un résumé sur son blog. L’article « La baisse tendancielle du taux de croissance » (oct. 2009) se décompose ainsi :

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L’abstention ou le vote blanc contre le FN et la pédagogie de la catastrophe

Petite analyse des scores du FN au 1er tour des départementales 2015 dans les cantons de municipalités FN ou ex-FN par comparaison avec son score au niveau national.

L'abstention ou le vote blanc contre le FN et la pédagogie de la catastrophe

Un ami ayant le choix entre un FN (la peste ?) et un UMP (le choléra ?) au 2cd tour des départementales 2015 me dit avoir voté blanc. Je lui fais tout d’abord remarquer qu’il subsiste tout de même une différence de gravité dans ces deux maladies.

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Ce sont les musulmans, les juifs, ou les deux qui amènent la merde en France ?

   D’où vient le problème de l’atteinte à la laïcité, sinon des juifs ? On le dit, ça ? Eh bien moi, je le dis ! Je rêve ou quoi ? C’est ça notre problème actuellement, ce sont les juifs qui mettent en cause la laïcité ! Ce sont les juifs qui amènent la merde en France aujourd’hui !

Avoue que, si tu me connais un tant soit peu, tu te demandes : il déconne ou quoi ?

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Le fantasme de l’islamisation de la France

À ceux qui voient en tout immigré ou descendant d’immigré non européen, un musulman . . .

. . . et qui, percevant une augmentation de la « coloration » de notre population, en déduisent une « islamisation » de la France, laquelle serait en outre une menace.

Que disent les chiffres ?

    Un premier chiffre : 8 % des adultes de 18 à 50 ans se déclarent de religion musulmane, soit 2,1 millions de personnes.
Source :  » Trajectoires et Origines : Enquête sur la diversité des populations en France », p. 124, INED, octobre 2010).

Le fantasme de l'islamisation de la France

    Pour les sceptiques envers les statistiques officielles, selon l’IFOP, ce taux serait de 5,8% de la population des plus de 18 ans (source :  » ANALYSE : 1989-2011, Enquête sur l’implantation et l’évolution de l’Islam de France », p.4, IFOP, juillet 2011). Cette dernière enquête évaluant à 9% la part des plus de 55 ans dans la population musulmane (p. 5), ce chiffre de 5,8% est compatible avec le chiffre de 8% des 18-50 ans de l’enquête de l’INED (Rq : de nombreux immigrés « musulmans » retournent dans leur pays d’origine à l’occasion de leur retraite).

Le fantasme de l'islamisation de la France

    Nous constatons une répartition inégale sur le territoire. Inégalités liées à l’historique des bassins d’emplois des immigrés « musulmans » mais liées aussi à la politique du logement. De nombreuses villes ne respectent pas la loi SRU instituant une proportion de 20% de logements sociaux, les « musulmans » faisant plutôt partie des classes pauvres et modestes.

   Par conséquent, en terme de population religieuse, la population musulmane (8%) n’est pas plus une menace pour notre laïcité que la population catholique qui représente 43% de la population française de plus de 18 ans (cf. tableau 1 supra).

Comment donc une population religieuse aussi réduite pourrait constituer une menace ?

    Si vous préférez écouter que lire, je vous suggère ces deux vidéos de Raphaël Liogier, professeur à l’Institut d’Études Politiques d’Aix en Provence, auteur de l’ouvrage “Le mythe de l’islamisation” (2012) : une courte (8 min.) et une longue (26 min). Ou lire l’article « les paranos de l’islamisation » dans Politis ou encore l’avis de l’éditeur.

    Comme rappelé dans ces documents, d’un point de vue quantitatif, l’islamisation de la France n’est assurément pas en cours, et ce après 50 ans d’immigration « musulmane », importante et encouragée jusqu’en 1975, bien moindre et stable depuis.

    Ainsi de 2005 à 2010, le nombre d’entrées est stabilisé autour des 200.000 entrées (201.500 en 2010) auquel il convient de retrancher les sorties (126.500 en 2010), comme l’illustre le tableau ci-dessous.

Note : le nombre important d’immigrés quittant le territoire s’explique essentiellement par la forte proportion d’étudiants (32,4 % des entrées en 2010) et par le retour au pays pour la retraite, 40-50 ans après l’immigration massive des années 1960-70.

    Donc non seulement l’immigration globale s’est réduite mais en outre la part de l’immigration « musulmane » n’en représente plus qu’un bon tiers comme l’illustre le diagramme ci-dessous.

    L’ensemble des quatre pays à forte population musulmane (82 à 86 %), à savoir la Turquie, la Tunisie, le Maroc et l’Algérie représente 34,5% de l’immigration (2008). En rajoutant l’Afrique subsaharienne (9%), à forte proportion musulmane (80%), l’on arrive à 43%.

Une population « musulmane » stable, voire en diminution.

    La population « musulmane » en France ne peut donc pas s’accroître puisqu’on ne constate pas de conversions, que le flux migratoire « musulman » est stable et que le taux de natalité des immigrés « musulmans » rejoint rapidement celui de la population française.

    On peut même imaginer une réduction de la population « musulmane » dans la mesure où nombre de descendants d’immigrés « musulmans » quitte la religion musulmane au profit du christianisme ou d’aucune religion.

    C’est ce qu’atteste le tableau ci-dessous résumant la situation des quatre principales origines géographiques d’immigrés « musulmans ». Comme on le voit, il y a 10 à 20 % de musulmans de moins chez les descendants d’immigrés que chez les immigrés. En particulier, l’on constate une baisse d’environ 22% pour les trois principaux pays d’immigration « musulmane ».

Source : Trajectoire et Origines (TeO) : Enquête sur la diversité des populations de France, Ch. 16, p 125, INED-INSEE, 2008.

   Ces chiffres de l’INED-INSEE sont confirmés par l’enquête IFOP/La Croix qui atteste que 26% des descendants d’une famille musulmane se déclarent non musulmans (22%), d’une autre religion (1%) ou sans religion (3%) (source :  » ANALYSE : 1989-2011, Enquête sur l’implantation et l’évolution de l’Islam de France », p.7, IFOP, juillet 2011).

   De son côté le Pew Research Center, dans son rapport intitulé «Le futur de la population musulmane globale» (en anglais, 2011), se fondant sur les données du document cité ci-dessus  « Trajectoires et origines » ,  conclut que « pour la France, la projection basse pour 2030 tourne autour de 9,8 % de population de religion musulmane. Et autour de 10,9 % pour la projection haute, les variables essentielles étant le taux de fécondité et le rythme de l’immigration. ».   La projection haute conduit à une part de la population se déclarant musulmane très minoritaire (10,9%), bien inférieure à celle des chrétiens (45% en 2008).

Si la proportion de musulmans en France n’augmente pas, l’aspect qualitatif constituerait-il cette présumée islamisation de la France ?

    En attendant de plus amples développements, voir ce document, cette video et/ou ce livre. Du même auteur, lire l’article Le mythe de l’invasion arabo-musulmane (Raphaël Liogier, Mai 2014).

    Mais je me permets de douter d’un quelconque risque : en 1905, lorsque a été décidé la laïcité de la République Française, la proportion de catholiques en France représentait 90 % de la population.

     En outre, la multiplicité des courants musulmans en France bride toute possibilité d’organisation. D’ailleurs, n’assiste-t-on pas à des guerres entre populations musulmanes, essentiellement sunnites vs chiites, plutôt que vis à vis de  populations non musulmanes ?

    Si l’on établit le nombre d’établissements scolaires confessionnels rapportée à la population de la confession concernée (cf. 1er tableau ci-dessus) , on obtient :

  • 564 établissements de confession juive (282 établissements pour 0,5% de résidents français de 18 à 60 ans se déclarant de confession juive) ;
  • 197 établissements de confession catholique (8485 établissements pour 43% de catholiques) ;
  • 3,75 établissements de confession musulmane (30 établissements pour 8% de musulmans).

…………………

    Difficile d’en déduire une islamisation par l’enseignement, pas plus que par un présumé communautarisme d’ailleurs. Lire à ce propos l’article de janvier 2015 d’Olivier Roy : «La communauté musulmane n’existe pas»

    Une couverture de magazine telle celle de gauche ci-dessous laisse accroire une réalité qui n’est donc que pur fantasme. Celle de droite est un montage (il y en a d’autres ICI) afin de se rendre mieux compte de l’objectif stigmatisant de telles couvertures.

Actualisation (janvier 2015) : quelques courbes et données pertinentes sur le site du Monde : Petites et grandes erreurs factuelles d’Eric Zemmour sur l’immigration

En 2016, les 1 % les plus riches du monde possèderont plus que les 99% restant

Je publie ici l’article du même nom posté par Jean Gadrey sur son blog ce mardi 20 janvier 2015. N’hésitez pas à commenter ci-dessous.

En 2016, les 1 % les plus riches du monde possèderont plus que les 99% restant puisqu’il possèderont plus de la moitié de la richesse mondiale !

C’est l’un des résultats d’une étude d’Oxfam, « Insatiable richesse », qui vient d’être mise en ligne. La part du patrimoine mondial détenue par les 1 % les plus riches est passée de 44 % en 2009 à 48 % en 2014, et dépassera selon toute probabilité les 50 % en 2016. En 2014, les membres de cette élite internationale possédaient en moyenne 2,7 millions de dollars par adulte. Vive la crise !

Les estimations utilisent les meilleures sources mondiales disponibles sur les patrimoines, dont celles du Crédit Suisse. D’autres chiffres renforcent le vertige devant la démesure, dont ce graphique, qui montre que si, en 2010, 388 milliardaires (le haut du classement Forbes) étaient aussi riches que la moitié la plus pauvre de la population mondiale, en 2014, il « n’en faut plus » que 80.

La concentration de la richesse vers le haut produit le dénuement « en bas » et même aux étages intermédiaires de la hiérarchie. C’est ainsi que les 80 % les moins riches ne détiennent que 5,5 % de la richesse mondiale totale des ménages.

Cette étude consacre d’importants développements aux mécanismes économiques, politiques, fiscaux, etc. de cet insatiable enrichissement, et en particulier à l’intense et très coûteux (mais hyper rentable) lobbying de cette oligarchie de taille infime mais au pouvoir immense… tant que les pouvoirs politiques s’en rendent complices ou, dans « le meilleur des cas », ne font rien de sérieux.

Extrait :
« En 2013, le secteur de la finance a dépensé plus de 400 millions de dollars dans des activités de lobbying aux États-Unis, soit 12% du montant total consacré aux activités de lobbying dans le pays cette même année, tous secteurs confondus. Par ailleurs, dans le cadre des élections de 2012, les entreprises de ce secteur ont dépensé 571 millions de dollars pour financer certaines campagnes électorales. D’après le Centre for Responsive Politics, c’est le secteur de la finance qui a apporté la plus grande contribution aux partis et aux candidats fédéraux. Les milliardaires américains représentent environ la moitié des milliardaires de la liste Forbes ayant des intérêts dans le secteur financier. Ce nombre est passé de 141 à 150 aux États-Unis, et leur fortune cumulée de 535 à 629 milliards de dollars, soit une augmentation de 94 milliards de dollars (17%) en l’espace d’un an. »

L’ensemble du patrimoine net des milliardaires ayant des intérêts dans le secteur pharmaceutique et de la santé a augmenté de 47 %. Eux aussi avaient dépensé 500 millions de dollars pour faire pression sur les responsables politiques à Washington et à Bruxelles, en 2013.

Oxfam craint que la force de lobbying de ces secteurs ne soit un obstacle majeur à la réforme du système fiscal international et n’impose des règles de propriété intellectuelle qui empêchent les plus pauvres d’accéder à des médicaments vitaux.

Oxfam appelle les États à adopter un plan en sept points pour lutter contre les inégalités :

– Mettre un frein à l’évasion fiscale des entreprises et des grandes fortunes
– Investir en faveur de la gratuité et de l’universalité de services publics comme la santé et l’éducation
– Répartir équitablement la charge fiscale, l’allégeant du côté du travail et de la consommation tout en taxant davantage le capital et les richesses
– Instaurer un salaire minimum et oeuvrer à un salaire décent pour l’ensemble des travailleuses et travailleurs
– Instaurer une législation en faveur de l’égalité salariale et promouvoir des politiques économiques assurant le traitement équitable des femmes
– Mettre en place une protection sociale suffisante pour les plus pauvres, notamment la garantie d’un revenu minimum
– Adopter l’objectif commun de lutter contre les inégalités à l’échelle internationale

Charlie à tout prix ? par Frédéric Lordon, 13 janvier 2015

Article repris du blog de Frédéric Lordon sur le site du Monde Diplomatique et publié ici pour d’éventuels commentaires et débat.
Que vous ayez été Charlie ou non, si vous êtes un défenseur de la liberté d’expression, alors je vous invite à vous détourner des médias du complexe militaroindustriel (Bouygues, Lagardère, Dassault, Bolloré, Rothschild, ….) et de soutenir des médias indépendants tel Le monde Diplomatique.
Bonne lecture et au plaisir d’échanger via les commentaires
Christophe

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Ce texte est tiré d’une intervention à la soirée « La dissidence, pas le silence ! », organisée par le journal Fakir à la Bourse du travail à Paris le 12 janvier 2015.
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Charlie à tout prix ? par Frédéric Lordon.

Lorsque le pouvoir de transfiguration de la mort, ce rituel social qui commande l’éloge des disparus, se joint à la puissance d’une émotion commune à l’échelle de la société tout entière, il est à craindre que ce soit la clarté des idées qui passe un mauvais moment. Il faut sans doute en prendre son parti, car il y a un temps social pour chaque chose, et chaque chose a son heure sociale sous le ciel : un temps pour se recueillir, un temps pour tout dire à nouveau.

Mais qu’on se doive d’abord à la mémoire de ceux qui sont morts n’implique pas, même au plus fort du traumatisme, que toute parole nous soit interdite. Et notamment pour tenter de mettre quelque clarification dans l’inextricable confusion intellectuelle et politique qu’un événement si extrême ne pouvait manquer, en soi, de produire, à plus forte raison sous la direction éclairée de médias qui ne louperont pas une occasion de se refaire la cerise sur le dos de la « liberté d’expression », et de politiques experts en l’art de la récupération.

Disons tout de suite que l’essentiel de cette confusion se sera concentré en une seule phrase, « Je suis Charlie », qui semble avoir tout d’une limpide évidence, quand tant d’implicites à problème s’y trouvent repliés.

« Je suis Charlie ». Que peut bien vouloir dire une phrase pareille, même si elle est en apparence d’une parfaite simplicité ? On appelle métonymie la figure de rhétorique qui consiste à donner une chose pour une autre, avec laquelle elle est dans un certain rapport : l’effet pour la cause, le contenu pour le contenant, ou la partie pour le tout. Dans « Je suis Charlie », le problème du mot « Charlie » vient du fait qu’il renvoie à une multitude de choses différentes, mais liées entre elles sous un rapport de métonymie. Or ces choses différentes appellent de notre part des devoirs différents, là où, précisément, leurs rapports de métonymie tendent à les confondre et à tout plonger dans l’indistinction.

Charlie, ce sont d’abord des personnes humaines, privées – par bonheur, on s’est aperçu rapidement que dire simplement « Charlie » pour les rassembler faisait bon marché de deux policiers, un agent de maintenance, un malheureux visiteur de ce jour là, et puis aussi de cinq autres personnes, dont quatre juives, tuées les deux jours d’après. Sauf à avoir rompu avec toute humanité en soi, on ne pouvait qu’être frappé de stupeur et d’effroi à la nouvelle de ces assassinats.

Mais l’émotion n’a été si considérable que parce qu’il était perceptible à tous que ce qui venait d’être attaqué excédait évidemment les personnes privées. Et voici donc le deuxième sens possible de « Charlie » : Charlie comme métonymie des principes de liberté d’expression, des droits à exprimer sans craindre pour sa sécurité, tels qu’ils sont au cœur de notre forme de vie.

On pouvait donc sans doute se sentir Charlie pour l’hommage aux personnes tuées – à la condition toutefois de se souvenir que, des personnes tuées, il y en a régulièrement, Zied et Bouna il y a quelque temps, Rémi Fraisse il y a peu, et que la compassion publique se distribue parfois d’une manière étrange, je veux dire étrangement inégale.

On pouvait aussi se sentir Charlie au nom de l’idée générale, sinon d’une certaine manière de vivre en société, du moins d’y organiser la parole, c’est-à-dire au nom du désir de ne pas s’en laisser conter par les agressions qui entreprennent de la nier radicalement. Et l’on pouvait trouver qu’une communauté, qui sait retourner ainsi à l’un de ses dénominateurs communs les plus puissants, fait une démonstration de sa vitalité.

Mais les choses deviennent moins simples quand « Charlie » désigne – et c’est bien sûr cette lecture immédiate qui avait tout chance d’imposer sa force d’évidence – quand « Charlie », donc, désigne non plus des personnes privées, ni des principes généraux, mais des personnes publiques rassemblées dans un journal. On peut sans la moindre contradiction avoir été accablé par la tragédie humaine et n’avoir pas varié quant à l’avis que ce journal nous inspirait – pour ma part il était un objet de violent désaccord politique. Si, comme il était assez logique de l’entendre, « Je suis Charlie » était une injonction à s’assimiler au journal Charlie, cette injonction-là m’était impossible. Je ne suis pas Charlie, et je ne pouvais pas l’être, à aucun moment.

Je le pouvais d’autant moins que cette formule a aussi fonctionné comme une sommation. Et nous avons en quelques heures basculé dans un régime de commandement inséparablement émotionnel et politique. Dès ses premiers moments, la diffusion comme traînée de poudre du « Je suis Charlie » a fait irrésistiblement penser au « Nous sommes tous américains » du journal Le Monde du 12 septembre 2001. Il n’a pas fallu une demi-journée pour que cette réminiscence se confirme, et c’est Libération qui s’est chargé de faire passer le mot d’ordre à la première personne du pluriel : « Nous sommes tous Charlie » — bienvenue dans le monde de l’unanimité décrétée, et malheur aux réfractaires. Et puis surtout célébrons la liberté de penser sous l’écrasement de tout dissensus, en mélangeant subrepticement l’émotion de la tragédie et l’adhésion politique implicite à une ligne éditoriale. Ceci d’ailleurs au point de faire à la presse anglo-saxonne le procès de se montrer hypocrite et insuffisamment solidaire (obéissante) quand elle refuse de republier les caricatures. Il fallait donc traverser au moins une mer pour avoir quelque chance de retrouver des têtes froides, et entendre cet argument normalement élémentaire que défendre la liberté d’expression n’implique pas d’endosser les expressions de ceux dont on défend la liberté.

Mais cette unanimité sous injonction était surtout bien faite pour que s’y engouffrent toutes sortes de récupérateurs. Les médias d’abord, dont on pouvait être sûr que, dans un réflexe opportuniste somme toute très semblable à celui des pouvoirs politiques dont ils partagent le discrédit, ils ne manqueraient pas pareille occasion de s’envelopper dans la « liberté de la presse », cet asile de leur turpitude. A l’image par exemple de Libération, qui organise avec une publicité aussi ostentatoire que possible l’hébergement de Charlie Hebdo. Libération, ce rafiot, vendu à tous les pouvoirs temporels, auto-institué dernière demeure de la liberté d’expression ! — peut-être en tous les sens du terme d’ailleurs. Et combien de la même farine derrière Libé pour faire de la surenchère dans le Charlisme ?

« Si cet homme qui, dit-on, riait de tout revenait en ce siècle, il mourrait de rire assurément », écrit Spinoza dans une de ses lettres. Et c’est vrai qu’il y a de quoi rire longtemps à voir ainsi les organes de la soumission à l’ordre social entonner avec autant de sincérité l’air de l’anticonformisme et de la subversion radicale. Rire longtemps… enfin pas trop quand même, car il faudra bien songer un jour à sortir de cette imposture.

Ce sera sans l’aide du pouvoir politique, qui n’a jamais intérêt au dessillement, et à qui l’union nationale a toujours été la plus fidèle des ressources. Union nationale, et même internationale en l’occurrence, dont une version carabinée nous aura été administrée. Fallait-il qu’elle soit incoercible la pulsion récupératrice de François Hollande de se faire reluire à la tête de Paris « capitale du monde » pour convier, de proche en proche, jusqu’à Orban, Porochenko, et puis Netanyahu, Lieberman, etc. de hautes figures morales, connues pour se partager entre défenseurs de la liberté de la presse et amis du dialogue interconfessionnel [1].

Par bonheur, il s’est déjà trouvé suffisamment de voix pour s’inquiéter des usages, ou plutôt des mésusages, que ce pouvoir ne manquera pas de faire d’une mobilisation de masse qu’il s’empressera de considérer comme un mandat.

Espérons qu’il s’en trouvera également pour recommander à quelques éditorialistes un court séjour en cellule de dégrisement, et pour leur apporter le café salé. Dans la concurrence pour être à la hauteur de l’Histoire, et même – pente aussi fatale que grotesque de l’information en continu – pour être les premiers à « annoncer » l’Histoire, il était logique que tous criassent à l’Histoire et à l’Historique à propos de la manifestation d’hier. S’il est permis d’en rire, on dira que, historique, elle l’a sans doute été sous quelque rapport, au moins pour être la première du genre où le comptage de la police avait une chance d’être supérieur à celui des organisateurs. On ne sache pas cependant qu’il soit resté grand-chose des manifestations monstres de Carpentras et du 1er mai 2002, effusions collectives qui avaient déjà hystérisé le commentariat, mais dont on doit bien reconnaître que la productivité politique aura été rigoureusement nulle.

On aimerait beaucoup qu’il en aille autrement cette fois-ci, mais on ne peut pas s’empêcher de poser en toute généralité la question de savoir s’il n’y a pas un effet de substitution entre le degré de l’unanimité et sa teneur politique possible. Par construction, arasant toute la conflictualité qui est la matière même de la politique, la masse unie est tendanciellement a-politique. Ou alors, c’est que c’est la Révolution – mais il n’est pas certain que nous soyons dans ce cas de figure…

Il y aurait enfin matière à questionner la réalité de l’« union nationale » qu’on célèbre en tous sens. Tout porte à croire que le cortège parisien, si immense qu’il ait été, s’est montré d’une remarquable homogénéité sociologique : blanc, urbain, éduqué. C’est que le nombre brut n’est pas en soi un indicateur de représentativité : il suffit que soit exceptionnellement élevé le taux de mobilisation d’un certain sous-ensemble de la population pour produire un résultat pareil.

Alors « union nationale » ? « Peuple en marche » ? « France debout » ? Il s’agirait peut-être d’y regarder à deux fois, et notamment pour savoir si cette manière de clamer la résolution du problème par la levée en masse n’est pas une manière spécialement insidieuse de reconduire le problème, ou d’en faire la dénégation. A l’image des dominants, toujours portés à prendre leur particularité pour de l’universel, et à croire que leur être au monde social épuise tout ce qu’il y a à dire sur le monde social, il se pourrait que les cortèges d’hier aient surtout vu la bourgeoisie éduquée contempler ses propres puissances et s’abandonner au ravissement d’elle-même. Il n’est pas certain cependant que ceci fasse un « pays », ou même un « peuple », comme nous pourrions avoir bientôt l’occasion de nous en ressouvenir.

Il y a une façon aveuglée de s’extasier de l’histoire imaginaire qui est le plus sûr moyen de laisser échapper l’histoire réelle — celle qui s’accomplit hors de toute fantasmagorie, et le plus souvent dans notre dos. Or, l’histoire réelle qui s’annonce a vraiment une sale gueule. Si nous voulons avoir quelque chance de nous la réapproprier, passé le temps du deuil, il faudra songer à sortir de l’hébétude et à refaire de la politique. Mais pour de bon.

Notes

[1] Lire Alain Gresh, « D’étranges défenseurs de la liberté de la presse à la manifestation pour “Charlie Hebdo” », Nouvelles d’Orient, 12 janvier 2015.

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[Reprise] Répartition des revenus et croissance, par Philippe Waechter, Directeur de recherche économique chez Natixis

   Selon une étude de l'OCDE de 2014 : " Une augmentation des inégalités dans la distribution des revenus a un impact négatif durable sur la croissance. "

   Dans son article du 10 décembre 2014, Philippe Waechter, Directeur de recherche économique de la banque Natixis, met en exergue le principal enseignement d'une étude de l'OCDE de décembre 2014. Je le reproduis ici : " Dans un travail récent l'OCDE apporte des éléments de réponse à cette question qui taraude les économistes de longue date: faut il des inégalités afin de créer des incitations favorables à la croissance ? Ou bien est ce qu’une distribution resserrée des revenus n’est elle pas finalement favorable à la croissance moyenne ?
La réponse de l’OCDE est sans ambiguïté : une augmentation des inégalités dans la distribution des revenus a un impact négatif durable sur la croissanc
e. "

   Retrouvez ce passage dans l'article de l'auteur reproduit intégralement ci-dessous.

Répartition des revenus et croissance

Publié le 10 décembre 2014 par Philippe WAECHTER

Verbatim de ce podcast.

   La répartition des revenus est devenu un sujet majeur en raison de la persistance des effets de la crise.

   On se souvient à l’automne 2011 du mouvement " Occupy Wall Street ". De manière plus récente le livre de Thomas Piketty donnait un cadre de réflexion pour comprendre et analyser les déformations dans la répartition des revenus.Piketty indiquait aussi que la dynamique de l’économie n’était pas spontanément équitable et que des mécanismes de correction étaient nécessaires.

   Cependant, on ne disposait pas d’une analyse formelle reliant l’évolution de la distribution des revenus à la croissance.

   Dans un travail récent (déc. 2014) l’OCDE apporte des éléments de réponse à cette question qui taraude les économistes de longue date : faut-il des inégalités afin de créer des incitations favorables à la croissance ? Ou bien est ce qu’une distribution resserrée des revenus n’est elle pas finalement favorable à la croissance moyenne ?

   Cette question est essentielle pour comprendre la dynamique des économies à moyen terme.

   La réponse de l’OCDE est sans ambiguïté : une augmentation des inégalités dans la distribution des revenus a un impact négatif durable sur la croissance.

   Une mesure simple et immédiate des inégalités est le rapport entre les 10 % des revenus les plus élevés et les 10 % des revenus les plus faibles. Du milieu des années 80 à maintenant ce rapport est passé de 7.5 à 9. La distribution des revenus est devenue plus inégalitaire sur cette courte période de temps.

   Des mesures par pays de la déformation dans la distribution des revenus, le coefficient de Gini, montrent que les inégalités se sont accrues dans 16 des 21 pays analysés (du milieu des années 80 jusqu’en 2011/2012). Elle ne se réduisent que dans deux pays: la Grèce et la Turquie. Elles sont stables pour trois pays: la Belgique, les Pays-Bas et La France.
L’impact sur la croissance de ces changements dans les inégalités de revenus est significatif. L’étude suggère que l’impact a été d’environ 10 % au Mexique et en Nouvelle Zélande, de 9 points au Royaume Uni et de 6 à 7 points aux USA, en Italie et en Suède.

   En d’autres termes, la hausse des inégalités a pénalisé la croissance au Royaume Uni en lui ôtant 9 points de croissance sur la période. A inégalités inchangées sur la période 1990-2010 le PIB britannique aurait été 9 % plus élevés en fin de période. C’est loin d’être négligeable.

   Pour la France, l’OCDE indique que l’impact des inégalités sur la croissance n’est pas significative car pour le Think Tank du Château de la Muette il n’y a pas eu de déformation significative dans la distribution des revenus.

   L’OCDE explique que le lien entre distribution des revenus et croissance passe notamment par l’accès à l’éducation. Les plus défavorisés ont un accès plus limité à l’éducation et donc une possibilité moindre d’améliorer leur capital humain.

   L’OCDE indique aussi que l’effet de l’éducation n’est pas limité aux 10 % les plus pauvres mais aux 40 % les plus défavorisés dans la distribution des revenus.

   L’accès à l’éducation est donc l’élément clé dans l’amélioration de la dynamique de croissance. Cela doit donner un rôle majeur à l’Etat pour favoriser la mise en place de ces conditions.

   L’innovation qui est au coeur des processus de croissance passe d’abord par les hommes avant de passer par les process. C’est pour cela que l’éducation et la formation sont les éléments clé de la croissance et de l’amélioration des conditions de vie.

Préjugé sur le lien entre chômage et minima sociaux

   L’on entend parfois dire, jusque dans les hautes sphères politiques, que les minima sociaux (RSA, . . . ) contribueraient au chômage, certains bénéficiaires préférant s’en contenter plutôt que de rechercher un emploi.

Mais alors, cela doit se constater au niveau du taux de chômage, non ?

Voyons voir ce que dit ce premier graphique qui met en relation le montant des minima sociaux (relativement au seuil de pauvreté à 60 % de chacun des pays) et le taux de chômage pour 14 pays de l’Union Européenne en 2003.

Corrélation chomage minima sociaux en 2003 pour 14 pays U

Légende : les montants de prestations-types d’assistance sociale nettes sont rapportés aux seuils de pauvreté à 60 % du niveau de vie des ménages en 2003. Il s’agit ici du cas d’un couple avec deux enfants. Pour d’autres cas voir tableau en fin de page.

Lecture : en France, les minima sociaux pour un couple avec deux enfants représentaient en 2003 72% du seuil de pauvreté à 60% et le taux de chomage était de 8,9%.

Sources : pour les minima sociaux, OCDE repris dans le rapport « Un panorama des minima sociaux en Europe », p. 8, revue « Etudes et résultats », DREES, N° 464, février 2006. Pour le chômage : base de données en ligne d’Eurostat.

   Si corrélation il y a, il semblerait plutôt qu’elle soit négative : plus les minima sont élevés, plus le taux de chômage est faible.

Il est à noter qu’en France, le pouvoir d’achat du RMI/RSA-socle n’a augmenté que de + 3 % entre 1990 et 2010, tandis que celui du Smic horaire progressait de 29 % et le niveau de vie médian de 27 % (source : Contre la pauvreté, l’emploi ne suffit pas , Alternatives Economiques n° 319 – décembre 2012).

   Cette étude comparative sur les minima sociaux est la plus récente (cf. tableau ci-dessous). Si vous trouvez des données plus récentes que ce tableau de la p.8 du rapport « un panorama des minima sociaux en Europe », je suis preneur.

Tableau_minima_sociaux_Europe-2003_DREES-2006.jpg

   Ci-dessous, le classement de ces quatorze pays selon les trois situations familiales du tableau : personne seule, parents avec deux enfants, parent isolé avec deux enfants.

Minima sociaux pour personne seule - 14 pays UE - 2003 DRE

  • La France se situe en 6e position, juste au dessus de la moyenne européenne, pour une personne seule.

Minima sociaux pour un couple avec deux enfants-14 pays UE-

  • La France se situe en 5e position, sous la moyenne européenne, pour un couple avec deux enfants.

Minima sociaux pour un parent isolé avec deux enfants-14 p

  • Et enfin, la France se situe en 7e position, sous la moyenne de l’UE-14, pour un parent seul avec deux enfants.

Relativement au SMIC, le RMI-RSA a perdu 23% de sa valeur entre 1990 et  2013, soit de 66,5 à 51,2 heures de travail au Smic brut. Pour en savoir plus : lire cet article de Jean Gadrey : Le grand retour de « l’assistanat » : sur quelques idées fausses

Sur les minima sociaux, montant et modalités d’attributions, nombre de bénéficiaires, voir aussi : Préjugés sur les minima sociaux.

Sur d’autres idées reçues sur les raisons du chômage :

accessibles à partir de l’article général : Préjugés sur les raisons du chômage

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Mots clés : chômage – emploi – habitant – actif – volume de travail – heures travaillées – ouvrées – classement – comparaison internationale – OCDE – Union europeenne – 35 heures – préjugé – idée reçue – minima sociaux – indemnisation – SMIC – RSA.

Liste des idées reçues au sujet des causes du chômage

Préjugé sur le lien entre chômage et durée annuelle du travail

   La relation entre quantité de travail annuelle des travailleurs et taux de chômage, établie sur 34 pays de l’OCDE (année 2012), montrent plutôt que plus les actifs travaillent durant l’année, plus le taux de chômage est important.
Quoique la corrélation ne soit pas très significative, le graphique ci-dessous illustre cela. Donc jusqu’à preuve du contraire, augmenter la durée du travail annuel, ne réduit pas le chômage.

   Et pourtant, le 24 septembre 2009, le Medef proposait un plan choc pour créer un million d’emplois. Parmi les mesures : revenir sur les 35h, supprimer deux jours fériés sur 11. Autrement dit : « travailler plus ».
Et pourtant, peu après le gouvernement Hollande-Valls par la voix de son Ministre de l’économie, E. Macron, ex-banquier d’affaireassouplissait la législation sur le travail du Dimanche. Autrement dit : « travailler plus » également.

Taux_de_chomage_vs_volume_travail_par_actif_employe_avec_no.jpg   Pour l’accés aux sources de données OCDE, voir liens en fin d’article. L’année est 2012

   Commentaire du graphique :
La durée annuelle de travail des actifs en Allemagne, Danemark, Norvège et au Pays Bas est moindre qu’en France. Le taux de chômage aussi. A l’opposé, la Grèce, l’Espagne et le Portugal, où les actifs en emploi travaillent plus, connaissent des taux de chômage importants. Bien sûr il y a des exceptions telles que la Corée et le Mexique.
Maintenant, ceci est pour l’année 2012. Je tâcherais prochainement d’approfondir la question en étudiant cette relation pour différentes années et différentes périodes, si les données sont disponibles.

Sur d’autres idées recues sur des causes de chômage, lire mes billets :

accessibles à partir de l’article général : Préjugés sur les raisons du chômage
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Les sources des données OCDE ayant permis l’établissement du graphique sont en accès libre ici :
* Taux de chômage harmonisé
* Heures moyennes annuelles ouvrées par travailleur

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Mots clés : chômage – emploi – habitant – actif – volume de travail – heures travaillées – ouvrées – classement – comparaison internationale – OCDE – Union europeenne – 35 heures – préjugé – idée reçue – minima sociaux – indemnisation – SMIC – RSA.

La France, cancre de l’emploi ! Vraiment ?

Selon le Xerfi, ce constat est FAUX : pour la période 2000-2013, la France, depuis l’année 2000 fait mieux que les Pays-Bas, l’Italie, et le Royaume-Uni, beaucoup mieux que les États-Unis et le Danemark, comme l’atteste le graphique ci-dessous relativement à sept pays souvent cités en modèle (Allemagne, Suède, Pays-Bas, Italie, Royaume-Uni, Danemark, États-Unis).

Volume_travai_par_pop_age_travail_8_pays_base2000-2012_Xerf.png

Lecture du graphique :  Le volume de travail représente le nombre d’heures de travail effectuées dans l’année par la population en âge de travailler. En effet, ces huit pays présentant des dynamiques démographiques différentes, ne pas en tenir compte serait non pertinent en terme de comparaison.

.

Notons que le Danemark a été longtemps vanté pour sa « flexisécurité », flexisécurité vers laquelle nous avons fait un pas. À raison ?

L’Allemagne, le nouveau « bon élève », fait certes mieux que la France. Mais à quel prix ? Tout le monde a en mémoire les emplois à 1 € par exemple !

Il n’en reste pas moins qu’en France, le taux de chômage actuel, et en particulier celui des jeunes, et la qualité des emplois créés sont loin d’être satisfaisants. Cependant, quoiqu’il en soit, il est des causes à ce chômage que l’on ne peut pas retenir : indemnités chômage trop généreuses, minima sociaux trop élevés, rigidité du code de travail, … Je vous invite à lire cet article et ceux qui y sont reliés sur ces non-causes du chômage.

   Un prochain billet tentera d’identifier les causes potentielles du chômage et de proposer d’autres pistes que la précarisation de l’emploi et l’austérité pour les plus pauvres.

Le graphique ci-dessus est extrait de la vidéo La France cancre de l’emploi ? C’EST FAUXdu Xerfi que je vous suggère de visionner. J‘en propose cependant une synthèse à partir des principaux graphiques qui y sont présentés et commentés.

Résumé de la vidéo La France cancre de l’emploi ? C’EST FAUX (3’41 », Nov. 2014)

Au vu des taux de chômage harmonisé (graphique ci-dessous), on pourrait penser la France incapable de créer du travail.

Taux_chomage_harmonise_UE_T3_2014_Xerfi.png

Or, en terme de création d’emplois totale, la France fait aussi bien que nombre de « bons élèves » (Allemagne, États-Unis, Pays-Bas), le Royaume-Uni et la Suède restant de loin meilleurs.

Emploi_total_base_2000-2014_8_pays_Xerfi.png
Mais il y a emploi et emploi. Ainsi par exemple, au Royaume-Uni existent des contrats de travail qui ne garantissent aucun volume hebdomadaire minimal de travail : celui qui en bénéficie peut très bien ne pas travailler du tout durant des périodes égales ou supérieures à une semaine, durée de référence pour différencier un chômeur d’un employé. On les appelle les contrats zéro heure (lire :Royaume-Uni : 1,4 million de « zéro heure », Alternatives économiques, juin 2014).

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C’est pourquoi il est plus pertinent de mesurer le volume de travail créé, celui-ci pouvant se répartir en plus ou moins d’emplois à temps partiels ou à temps complets. C’est ce volume que représente le graphique ci-dessous.
Volume_horaire_de_travail_total_8_pays_base2000-2012_Xerfi.png
Et comme les dynamiques démographiques ne sont pas les mêmes, il est nécessaire de rapporter à la population en âge de travailler :

Volume travai par pop age travail 8 pays base2000-2012 Xerf

Conclusion : la France n’est pas le cancre de l’emploi a minima depuis l’an 2000.  Si les contrats 0 heures en GB, la lexisécurité au Danemark ou les contrats à un € en Allemagne ont peut-être (j’en doute) été des solution optimales pour ces pays, les 35h n’auraient-elles pas été la solution optimale, au moins pour notre pays ?

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Mots clés : chômage – emploi – habitant – volume de travail – heures – travaillées -ouvrées – classement – comparaison -OCDE – Union européenne – 35 heures  préjugé – idée reçue.

Préjugés sur les raisons du chômage

   Si les facteurs tels que générosité des minima sociaux et/ou des indemnités chômage, rigidité des contrats de travail, recherche d’emploi insuffisante de la part des chômeurs, … avaient une influence majeure sur les taux de chômage, comment s’expliqueraient les disparités importantes de ces taux à l’intérieur d’un même pays. En effet, ces dispositifs sont uniformes sur l’ensemble des territoires nationaux.

   Démonstration en trois cartes concernant la France, l’Allemagne et la Belgique !

Si des minima sociaux et/ou des indemnités chômage trop généreux, des contrats de travail trop rigides, des chômeurs trop fainéants, impactent le chômage alors . . .

   Dans quatre articles sur le chômage, je tente de démontrer – chiffres et comparaisons internationales à l’appui – que l’on ne saurait expliquer le chômage de masse français par la « fainéantise » de nos chômeurs et/ou par la difficulté à licencier.

   En effet, ces dernières années nous avons entendu diverses déclarations de ministres, tant du gouvernement Sarkozy-FIllon que celui de Hollande-Valls qui laissent sous entendre que le chômage de masse est  dû :

 . . . comment expliquer des disparités de taux de chômage aussi importantes à l’intérieur d’un même pays ?

  Les trois cartes ci-dessous suffisent à justifier la question suivante : si les prestations sociales, les  assurances chômage et la protection de salariés, uniformes sur ces territoires nationaux, sont les causes principales du chômage, alors comment expliquer qu’elles ne produisent pas les mêmes effets selon les régions de ces pays .

  Ci-dessous les cartes du taux de chômage en France, en Allemagne et en Belgique mettent en évidence ces importantes disparités :

  • France : de 6,5 à plus de 11% selon les départements
  • Allemagne (2012) : de 3,6 à 10,9% selon les régions ;
  • Belgique (2013) : de 4 à 20% selon les communes ;

Carte_chomage_en_France_2013.jpg

Carte_chomage_en_Allemagne_2012.jpg

 

Carte_Chomage_Belgique_2010.jpg

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Mots clés : chômage – emploi – habitant – actif – volume de travail – heures travaillées – ouvrées – classement – comparaison internationale – OCDE – Union europeenne – 35 heures – préjugé – idée reçue – minima sociaux – indemnisation – SMIC – RSA.

Préjugé sur le lien entre chômage et « faux-chômeurs »

    M. Rebsamen, ministre du travail du gouvernement Hollande-Valls, a déclaré en septembre 2014 :

« 350.000 offres d’emploi ne trouvent pas preneur dans un pays qui compte 3,4 millions de chômeurs. C’est insupportable ! »

    Insupportable ? Vraiment ? Spécificité française ? Bien au contraire !

L’Allemagne a un taux d’emplois vacants près de CINQ fois supérieur à celui de la France !!!!!

   Ci-dessous les taux d’emplois vacants de 30 pays européens en 2014 (UE28, Suisse, Norvège, source : Eurostat, pour 2015 ICI).

    Cerclé de vert, ce bon élève – l’Allemagne – que l’on devrait imiter.
    Cerclé de rouge, la vilaine France !

Taux_d_emplois_vacants_2014_Eurostat.jpg

En terme de taux d’emplois vacants, la France est donc très bien placée, n’en déplaise à M. Rebsamen.
Si tant est que ce soit réalisable, supprimer ces 0,6% d’emplois vacants réduirait le taux de chômage de 0,6% mais le coup n’est pas rejouable. On passerait donc de 10,8 à 10,2%. Géniaaallllll !!!
Rappelons que Pôle Emploi peut radier les chômeurs pour une dizaine de motifs différents dont le refus de deux « offres raisonnables d’emploi » consécutives.

Pour en savoir plus sur la mesure et les raisons de ces emplois vacants : Offres d’emploi non pourvues : la machine à fantasme.

Y a-t-il une corrélation entre taux de chômage et taux d’emplois vacants?

Voyons voir : le graphe ci-dessous met en relation le taux d’emplois vacants (abscisses) et le taux de chômage (ordonnée).

Chomage_correlation_Taux_vs_taux_emplois_vacants_UE_2012.jpg

Comme on pouvait s’y attendre: plus le taux de chômage est élevé, plus le taux d’emplois vacants est faible.

En effet, un taux de chômage faible signifie un taux important d’offres d’emplois et donc un taux d’emplois vacants également important : il y a toujours un délai entre la parution d’une offre d’emploi et son pourvoi.

Encore une rengaine néolibérale visant à stigmatiser les chômeurs servie cette fois, et c’est un comble, par un gouvernement «  » » » » de gauche «  » » » » !

Épilogue !

Et moi qui croyais que la stigmatisation des faibles et des minorités était l’apanage des gouvernements de droite, décomplexée ou non !

  On se souvient par exemple de cette déclaration de L. Wauquiez, ministre du gouvernement Sarkozy-Fillon :  « Un couple qui est au RSA, en cumulant les différents systèmes de minima sociaux, peut  gagner plus qu’un couple dans lequel il y a une personne qui travaille  au SMIC » (8 mai 2011). Une contrevérité démentie ICI .

Sur d’autres idées reçues sur les raisons du chômage :

accessibles à partir de l’article général : Préjugés sur les raisons du chômage

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* Fichier source Eurostat : http://epp.eurostat.ec.europa.eu/statistics_explained/index.php/File:Job_Vacancy_Rate_by_country_2014Q1.PNG

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Mots clés : chômage – emploi – habitant – actif – volume de travail – heures travaillées – ouvrées – classement – comparaison internationale – OCDE – Union europeenne – 35 heures – préjugé – idée reçue – minima sociaux – indemnisation – SMIC – RSA.

Préjugé sur le lien entre chômage et rigidité du contrat de travail

    Manuel 1er a dit : « Le fonctionnement du marché du travail n’est pas satisfaisant, car il ne crée pas assez d’emplois, il génère des inégalités importantes entre d’une part des salariés très protégés en CDI et d’autre part des salariés très précaires en CDD et en intérim. C’est là-dessus qu’il faut agir » (Manuel Valls, l’Obs, 22 octobre 2014).

    Et pourtant, selon l’OCDE difficilement soupçonnable d’être noyautée par les syndicats, en terme de protection des salariés en CDI, la France, quoiqu’un peu plus protectrice que trois des quatre pays scandinaves, est moins protectrice que  la Suède, l’Allemagne, les Pays-Bas qui connaissent pourtant des taux de chômage plus faibles.

La preuve par l’image :
Protection_emploi_pays_OCDE_2012.png
En outre, l’on ne décèle aucune corrélation significative entre l’indice de protection de l’emploi et le taux de chômage comme l’atteste le graphique ci-dessous :Taux_de_chomage_vs_protection_emploi_34_pays_OCDE--copie-1.pngSource des données OCDE : http://stats.oecd.org/Index.aspx?lang=fr , onglets Marché du travail puis Protection d’emploi (ou direct ICI).

Cette protection « excessive » des CDI ne saurait donc être une explication satisfaisante au taux de chômage français.
Mais bon, si Jean Tirole, notre prix d’économie de la banque de Suède en l’honneur d’Alfred Nobel*, dit le contraire !!!

En outre, les CDD français comptent parmi les plus protecteurs des pays de l’OCDE. Les inégalités entre CDI et CDD n’est donc, une fois de plus qu’un fantasme destiné à un nivellement vers le bas.

En savoir plus sur la question du chômage, des CDD et des CDI : Marché du travail : Manuel Valls devrait se renseigner davantage !(G. Duval, Alternatives Économiques, oct 2014).

Sur d’autres idées reçues au sujet des raisons du chômage :

accessibles à partir de l’article général : Préjugés sur les raisons du chômage

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* Le (vrai) prix Nobel d’économie n’existe pas ! Je répète : le prix Nobel d’économie n’existe pas.

Bonus à l’attention des fainéants de fonctionnaires, enseignants ou pas, et des chômeurs : pour vous distraire, un site qui recense 140 AlterDocus : La preuve par l’image

En un clic, vous accéderez librement à chacun de ces alterdocus : Le Traité de libre échange TAFTA, La fabrication du consentement (Noam Chomsky), La stratégie du choc (Naomi Klein), Le Monde selon Monsanto (Marie-Monique Robin), La société du spectacle (Guy Debord), TV-Lobotomie (Pascal Desmurget), Les nouveaux chiens de garde (G. Ballastre), Inside Job, La maffia de l’eau (conférence), …

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Mots clés : chômage – emploi – habitant – actif – volume de travail – heures travaillées – ouvrées – classement – comparaison internationale – OCDE – Union européenne – 35 heures – préjugé – idée reçue – minima sociaux – indemnisation – SMIC – RSA.

Préjugé sur le lien entre chômage et générosité des allocations chômage

   Manuel 1er a taclé récemment le choix hexagonal en matière de chômage :

Berlin, fin septembre 2014: « La France a une préférence pour le chômage de masse bien indemnisé, c’est un fait. »

Londres, 6 octobre 2014 : « Nous, en France, avons fait le choix d’un chômage très important et très bien indemnisé. »

    Sous-entendu : à trop indemniser les chômeurs, l’on favorise le chômage. Rengaine néolibérale classique.

    Voyons si, globalement, le niveau de dépenses consacrées aux chômeurs est corrélé au taux de chômage. Grâce aux données d’Eurostat, c’est assez facile : comme l’indique le graphique ci-dessous, la corrélation est très faible (R2 = 0,11). Et si elle était significative elle serait même plutôt négative : plus les dépenses par chômeur sont importantes et plus le taux de chômage est faible.

    Comme on peut le voir, l’Allemagne est environ 12% plus généreuse que la France (0,19 vs 0,17 points de PIB/point de chômage) et pourtant son taux de chômage est deux fois moindre (en 2013) !

Chomage_correlation_Taux_vs_Depense_indemnisation_chomage_U.jpg

   Voir également barre-graphe ci-dessous.

   Autrement dit, difficile de mettre sur le dos de la générosité globale de l’assurance chômage, le chômage de masse français. Et surtout n’oublions pas que :

  • 52,2 % des chômeurs ne touchent rien ;
  • 23 % touchent moins de 1.000 € brut ;
  • 2,5 % touchent entre 2.000 € et le plafond ;
  • et seuls 0,02 % touchent le plafond (7,084 € brut mensuel).

Pour en savoir plus sur la générosité de l’assurance chômage relativement à nos voisins car, les modalités de mise en oeuvre de l’assurance chômage étant très disparate, c’est un peu plus complexe que cela, lire :

Depense_indemnisation_chomage_17_pays_Europe_2012.jpg

Actualité (décembre 2015) :  » Un rapport de l’Institut de l’entreprise, un think tank financé par les grandes entreprises vient tailler en pièces l’idée en vogue selon laquelle les règles d’indemnisation du chômage en France seraient trop généreuses. Pour son auteur, Bruno Coquet, grand spécialiste du sujet, les déficits et la dette de l’Unedic ont été créés par un jeu de défausse de l’État, qui doit maintenant prendre ses responsabilités. « .

C’est ce que l’on peut lire dans l’article du Point « Déficit public : l’assurance chômage n’est pas coupable«  . Le rapport de l’Institut de l’Entreprise incriminé est lisible sur le site de cette dernière ICI .

Sur d’autres idées reçues sur les raisons du chômage :

accessibles à partir de l’article général : Préjugés sur les raisons du chômage

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Mots clés : chômage – emploi – habitant – actif – volume de travail – heures travaillées – ouvrées – classement – comparaison internationale – OCDE – Union europeenne – 35 heures – préjugé – idée reçue – minima sociaux – indemnisation – SMIC – RSA.

Trop de fonctionnaires en France ! Vraiment ?

La France souffrirait de son obésité administrative, laquelle serait une des causes de l’ampleur de ses dépenses publiques. Voyons voir !

Certes, si l’on peut réduire la bureaucratie, faisons-le. Mais ne prêtons pas à cette réduction des vertus exceptionnelles, n’en faisons pas une solution miracle à tous nos problèmes !

    Qui dit bureaucratie, pense – à tort  – fonctionnaires.

    Tout d’abord, il ne faut pas confondre « fonctionnaires » et « emplois publics » :

  • Les fonctionnaires sont des agents d’une des 3 fonctions publiques (d’état,  territoriale ou hospitalière). Si ils ont la chance d’être titulaires de leur  poste, ils ont alors le statut de fonctionnaire, et le privilège de la sécurité de l’emploi. En effet, comme le privé, la fonction publique est grande pourvoyeuse de CDD et emplois précaires (près de 20%) ;
  • Les seconds sont les emplois « financés » sur ressources publiques, quels que soient leurs statuts juridiques. Ainsi les employés de la sécurité sociale, constituée d’organismes pour la plupart privés, disposent de contrat de travail de droit privé. Ils ne sont donc pas fonctionnaires. Il en est de même pour les enseignants d’établissements scolaires privés sous contrat avec l’état (2 millions d’élèves répartis dans 8.800 établissements, essentiellement catholiques).

Cette précision faite,  comparons le taux d’emplois publics et leurs coûts dans divers pays de l’OCDE.

Emplois publics, comparaison internationale

    En 2008, l’Allemagne avec 55 emplois publics pour 1.000 habitants, se situe avec le Japon, dans le bas de la fourchette des pays de l’OCDE, avec 6 points de PIB sous la moyenne.

     En 2008, la France, avec un point au dessus de la moyenne des pays de l’OCDE et 88 emplois publics pour 1.000 habitants, se situe dans le haut du tableau. Au même niveau que le Royaume-Uni. Loin derrière les quatre pays scandinaves dont les trois premiers sont entre 140 et 160, le 4e à 115.

Taux d administration pays OCDE-1993-2008 CAS-2010-copie-1Source du graphique : Tableau de bord de l’emploi public, Comparaisons internationales, tableau 1, p. 8, déc. 2010.

    L’écart entre ces deux pays “extrêmes” représente 7 points de PIB, soit 2.100 € par français et par an. Certains jugeront que c’est trop, certains que c’est acceptable. Tout dépend de la manière dont chacun estime le service rendu par ces employés.

Part remuneration publique dans PIB-pays OCDE-2008 CAS-2010

Source du graphique : Tableau de bord de l’emploi public, Comparaisons internationales, tableau 3, p. 8, déc. 2010.

    Pour mémo : en 2010, le revenu moyen avant impôt des Français était  de 33.000€ par adulte et par an (2.800€ par mois).

    Et bien sûr, tous ces emplois sont loin d’être des emplois « bureaucratiques » :  les enseignants, des bureaucrates ? Les personnels soignants des hôpitaux publics, des bureaucrates ? Et les conseillers de pôle emploi ? Et les chercheurs du CNRS ? …

    Quoi qu’il en soit  » En France, comme dans la plupart des pays de l’OCDE, les dépenses de rémunération du personnel représentent entre 10 % et 12 % du PIB « , précise le Conseil d’Analyse Stratégique.

    Bonus : La vérité sur les fonctionnaires et les enseignants en 5 points et 10 lignes !

Actualisation (juin 2014) : le graphique ci-dessous illustre l’évolution de l’emploi dans les trois fonctions publiques,  d’État (FPE), territoriale (FPT) et hospitalière (FPH), entre 2002 et 2012. Les trois confondus, les effectifs ont cru de 7%. L’emploi total a cru de 3%, croissance liée essentiellement à la croissance démographique.

Evolution effectifs fonction publique 2002-2012Source (url du document) : http://www.fonction-publique.gouv.fr/files/files/statistiques/chiffres_cles/pdf/chiffres_cles_2014.pdf

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Note : En 2008, 5,2 millions d’emplois publics dont 2 millions de fonctionnaires d’État  et 1,4 millions de fonctionnaires territoriaux (conseil régionaux, généraux, municipalités, …). Le reste, soit 1,8 million, se ventile sur les Établissements publics administratifs (EPA) non marchands ou de droit particulier : hôpitaux publics, ANPE, CNRS, Caisses nationales de Sécu, … 4,4 millions, dont seuls 80% sont titulaires et disposent donc de la sécurité de l’emploi.

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Sources :
Les dépenses publiques en Allemagne : d’où proviennent les écarts avec la France ? (VI et fin). Éléments de synthèse, Arnaud le Chevalier, Alternatives Economiques, 2011.

* Tableau de bord de l’emploi public : situation de la France et comparaisons internationales, Synthèse, CAS, 2010.

Brève de comptoirs : les pauvres et les écrans plats !

« Les pauvres dépensent l’allocation rentrée scolaire en téléphones portables, écrans plats »,
A. Nonyme à la cafét de mon entreprise, 2014.

Non, les pauvres ne dépensent pas plus que les riches en « futilités » !
Non, les pauvres n’achètent pas des écrans plats avec l’allocation de rentrée scolaire !
Non, les pauvres ne consacrent pas une part moindre de leurs revenus à leurs enfants que les riches !
   L’autre jour, je discutais avec un collègue CSP+ [1]. Celui-ci semblait convaincu que les CSP-  dépensaient plus en communication et écrans divers (TV, jeux vidéos, …) qu’en culture et loisirs pour leurs enfants. Le fameux mythe de l’achat d’écrans plats avec l’allocation de rentrée scolaire.
   Voyons voir. Comparons, à l’aide des données de l’INSEE, la structure des dépenses des ménages en fonction de leurs revenus. Les ménages sont classés selon dix déciles : des 10% aux revenus annuels par unité de consommation les plus bas, noté D1, aux derniers 10% les plus hauts,  noté D10. Les premiers perçoivent, en moyenne 7.857 €, les derniers 22.315 € (2001) [2].

Premier tableau : il représente les dépenses absolues des ménages selon onze postes budgétaires (logement, transport, alimentation, ameublement, loisirs & culture, restaurants & hôtels, habillement, santé, alcool & tabac, communication, autres).

Depenses_annuelles_selon_type_par_decile_2001.jpg

   On constate que, pour TOUS les postes de consommation, les dépenses sont d’autant plus importantes que les revenus le sont. On remarquera particulièrement que les dépenses de transports progressent bien plus vite que les revenus. Cela ne semble pas démontrer que les « pauvres » auraient des voitures trop puissantes relativement à leurs moyens. A moins que ce ne soit parce que plus on est riche plus on travaille loin !

   Voyons maintenant les parts prises par chaque poste budgétaire. Chacun jugera quels postes correspondent le mieux aux « futilités » et lesquels correspondent le mieux aux « nécessités ».

Deuxième tableau : part relative de chacun des 11 postes budgétaires des ménages en fonction des revenus.

Part_depenses_annuelles_selon_type_par_decile_2001.jpg

   Premier constat :
  • Logement (loyers, charges, travaux courants d’entretien, eau, gaz, électricité et autres combustibles), le premier décile y consacre une part de 10 points de pourcentage de plus (28%) que les trois derniers (18%). Autrement dit, les pauvres consacrent à leur logement une part 55% relativement plus importante que celle les riches (28% / 18%) ;
  • Alimentation : le premier décile y consacre 7 points de % de plus (20%) que les riches (13%). Autrement dit les pauvres consacrent à leur alimentation une part  54% relativement plus importante que celle des riches  (20% / 13%).

   Le logement et l’alimentation constituent-ils des dépenses futiles ? Les pauvres occuperaient-ils des logements « au-dessus de leurs moyens » ? Ou les pauvres seraient-ils contraints de louer (cher) leur logement ? Les pauvres achèteraient-ils des denrées « au-dessus de leurs moyens » ?

  Deuxième constat : avec 27 € mensuels, les plus pauvres consacrent 1,3% de plus à leurs dépenses de communication que les plus riches qui y consacrent 53 €, soit le double. Est-ce cela qui fait dire à mon collègue que les pauvres dépensent leur argent en futilités au détriment de leurs enfants ?

  Ci-dessous détail du poste Communication :

Revenus D1 D2 D3 D4 D5 D6 D7 D8 D9 D10
Part
Dépense absolue
4,10% 3,68% 3,42% 3,12% 3,19% 3,03% 2,94% 2,98% 2,98% 2,83%
322 € 322 € 358 € 353 € 391 € 398 € 432 € 463 € 535 € 632 €
 
  Où se cachent donc ces fameuses dépenses en « écrans plats » et autres « futilités » ? Les chiffres 2013 viendraient-ils démentir ceci ? Permettez-moi d’en douter : si les écrans plats n’existaient pas encore en 2001, il ne manquait pas d’autres « futilités » sur le marché.
Et maintenant, étude de cas :

1) Soit une famille de pauvres qui achète un écran plat « trop grand » tous les cinq ans. Quelle part cela représente-t-il dans le budget selon ses revenus ?
2) Considérant que les français passent en moyenne 3h30 quotidiennement devant la télévision, comparez l’heure de distraction télévisuelle à l’heure de distraction culturelle (cinéma, exposition, concert, . . . ) ;
3) Même exercice avec les téléphones portables et autres « futilités » !

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[1] CSP = Catégorie Socio-Professionnelle. Selon les classements de l’INSEE, ce Professeur d’Université fait assurément partie, tant du point de vue de sa qualification professionnelle que de sa position sociale, de la Classe Supérieure de cette nomenclature.

[2] Comme pour les revenus, les consommations des ménages sont normées, dans un but de comparaison, en fonction de la taille et de la composition du foyer, avec des échelles d’équivalences spécifiques à chaque grand poste budgétaire (cf. encadré 1, p. 231 du doc Les structures de consommation des ménages à bas revenus).

La croissance verte est-elle soutenable ?

On nous dit souvent, continuons à nous développer car cela nous permettra d’être économiquement plus riche et technologiquement plus performant, et donc cela nous permettra de résoudre les problèmes écologiques. Parfois, ceux qui disent cela, pour faire sérieux, évoquent la courbe environnementale de Kuznets, dont la validité est, hélas, contestée.

Tentons de poser le problème en deux graphiques montrant les faits, dont ont sait qu’ils sont têtus !

La corrélation Empreinte écologique / PIB par habitant d’un pays est manifeste

correlation_empreinte_ecologique_pib.png

Attention : les échelles sont logarithmiques afin de permettre de visualiser sur un même graphique la plupart des grands pays dont les PIB et les empreintes écologiques par habitant varient d’un facteur 1 à 10 !

  L’Empreinte écologique d’un habitant d’un pays est donc fortement corrélée au PIB/habitant de ce pays (2003). Diffilement contestable !

   Mais ce qui est globalement vrai aujourd’hui peut-il être faux demain et/ou pour certains pays ? Autrement dit peut-on découpler, la croissance du PIB de la croissance de l’empreinte écologique, en particulier pour les pays dont cette dernière est IN-SOU-TE-NABLE ? Ces pays sont tout ceux dont l’empreinte est supérieure à 2 ha environ.

  L ‘ Allemagne, « l’exception » ?

   Prenons le cas de l’Allemagne, un des rares pays qui a vu son empreinte écologique par habitant se réduire depuis 1980 alors que son PIB par habitant croissait. Sur le graphique ci-dessous, sont représentés le PIB (courbe bleue) et l’empreinte écologique (courbe pourpre) d’un Allemand entre 1960 et 2005. L’Allemagne a manifestement réussi à découpler l’empreinte écologique du PIB de ses habitants. Mais est-ce suffisant ?

   Pour statuer, nous avons prolongé la tendance de l’évolution de leur empreinte écologique (droite rouge) jusqu’à ce que qu’elle croise la valeur soutenable (droite verte). Soutenable signifie l’empreinte écologique à laquelle chaque être humain peut prétendre si l’on admet qu’elle doit être égale pour tous, Allemands, Français, Chinois, Brésiliens, …

Projection_evolution_empreinte_ecologique_allemands_WWF-200.png

  Source : Supplément France du Rapport Planète Vivante 2008, WWF.

  Que constatons-nous ?

   L’empreinte écologique d’un allemand devient soutenable à partir de . . . 2067 (environ 1 ha pour chacun des 10 probables milliards d’humains).

  Que pouvons-nous en conclure ?

   Au vu de ces tendances, la DETTE ECOLOGIQUE qui continuera à s’accumuler jusqu’à cette date sera-t-elle remboursable ? Et si la charge de cette DETTE, sur laquelle il ne sera pas possible de faire défaut, augmente ?.

   La charge de cette DETTE, c’est à dire le coût croissant qu’il faudra consentir à payer pour la rembourser, ne conduira-t-il pas à un moment donné à rendre inéluctable le « défaut de paiement », c’est à dire l’effondrement de nos sociétés, incapables de restaurer l’environnement sur lequel s’appuie pourtant leur fameuse croissance ?

   L’avènement du pic de production du pétrole ainsi que celui de bien d’autres ressources ne constituent-ils pas déjà des obstacles à la restauration de notre environnement duquel on prélève des quantités sans cesse croissantes de matières premières nécessaires à notre « PIB » ?

   Vers la fin de cette video Sans lendemain l’on peut voir les courbes de consommation de nombreuses ressources naturelles NON RENOUVELABLES. C’est vers la 24e minute !

   Question sans réponse : pour que l’empreinte écologique décroisse à un rythme suffisamment vite pour que la dette soit remboursable, ne faut-il pas que le PIB croisse moins vite, voire DECROISSE ?

   Mais est-ce la bonne question  ? N’est-elle pas plutôt : étant donné que la décroissance la plus rapide possible de notre empreinte écologique est un impératif, un objectif vital, la question de l’évolution du PIB qui s’ensuivra n’est-elle pas dénuée d’intérêt, ou tout au moins secondaire ?

   Mais si la question du découplage de la croissance et de l’empreinte écologique vous travaille, alors je vous invite à lire cet article de Jean Gadrey : Alain Lipietz et le « découplage » entre croissance du PIB et réduction de l’empreinte écologique.

Le cas de la France et nos voisins Belges et Espagnols

Evolution EE & PIB par habitant France-Belgique-Espagne-All

Ces courbes sont issues du rapport précédemment cité :
Supplément France du Rapport Planète Vivante 2008, WWF.

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La partie illégitime de la dette publique

France : qui paye la dette et à qui profite le crime ?
Environ 70 % des créances sur les dettes publiques sont possédées par les 10 % les plus riches de la population qui perçoivent donc 70 % des intérêts.

   Le budget 2011 de la France c’est en gros 200 Md€ de recettes, 290 Md€ de dépenses dont près de 60 Md€ d’intérêts de la dette publique (Merci Giscard et ta loi dite Rothschild de 1973 !).

   Si vous n’aimez pas lire, je vous propose cette récente video (Marianne, mai 2014). Revenez éventuellement lire la suite de l’article après.

  L’impôt étant assez peu redistributif, on comprend donc que le système de la dette publique enrichit les plus riches au détriment des plus pauvres, lesquels payent des impôts – TVA à 20% en particulier – sans avoir de patrimoine financier rémunéré.

  Ce premier graphique, illustre le fait que ce sont les 90% les plus pauvres (barres rouges) qui globalement remboursent la dette au 10% les plus riches (les trois barres vertes) :

charge-nette-dette-par-decile-france-2010-O-Berruyer-perte.jpg
   Selon que l’on est dans une des trois parties de ce dernier décile (90-95%, 95-99% ou 99-100%), bien évidemment l’on y gagne plus ou moins.

   Dans ce deuxième graphique, est estimé le pourcentage des revenus consacrés par chacun au remboursement de la dette.

charge-nette-dette-en---revenus-par-decile-france-2010-O-B.jpg  Comme indiqué, les 90% les plus pauvres perdent 2,5% de leur revenus (de -3,9% à -1,5%) pour améliorer de 3,5% les revenus des 5% les plus riches !

   En résumé : baisse des impôts des plus riches depuis 30 ans => plus d’épargne pour les plus riches => plus de revenus financiers pour ces derniers qui s’enrichissent => encore plus d’épargne pour ces encore plus riches => encore plus de revenus financiers …. Voir en fin d’article le graphique représentant le taux d’épargne médian en fonction des revenus : -20% (= dette) pour les 20% les moins riches à +40% pour les 20% les plus riches !

   Durant ce temps là les pauvres sont toujours plus pauvres, et comme crise et inégalités sont indubitablement liées cela risque donc de durer, un moment je vous le dis ! Au moins tant que, a minima, la loi Rothschild ne sera pas abrogée, c’est à dire les Traités de Maastricht et de Lisbonne qui la consacre.

   Cela ne saurait évidemment être suffisant : il faut mettre en oeuvre d’autres solutions. Et chaque jour qui passe, c’est notre argent qui disparaît au profit de qui vous savez maintenant.

Pour en savoir plus lire l’article d’Olivier Berruyer : Perte du Triple A : origine et conséquences

crisenuls


Taux d’épargne médian par quintile de revenu disponible

Taux_epargne_median_selon_quintile_2010Source du graphique : Les hauts revenus épargnent‐ils
davantage ?, p.55, ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 472-473, 2014, Insee.
Note : Le revenu disponible comprend les revenus d’activité et de remplacement, les prestations sociales et les revenus du patrimoine. Il est net des impôts directs (impôt sur le revenu, CSG, CRDS et taxe d’habitation).

En 2003, les 20 % de ménages les plus aisés (soit 5 millions de foyers) disposaient de 40 % du revenu disponible (993,4 milliards d’euros), quand les 20 % les moins aisés n’en recevaient que 8 %. Autrement dit le niveau de vie des 20 % des ménages les plus aisés est en moyenne 5 fois plus élevé que celui des 20% les plus modestes.