Trop de prélè­ve­ments obli­ga­toires et de dépenses publiques tuent-ils la compé­ti­ti­vité et la crois­sance ? Match France-Suède !

  Le taux de prélè­ve­ments obli­ga­toires tuent la « compé­ti­ti­vité » et la crois­sance !
Vrai­ment ?

Match France – Suède

   L’idée maitresse – et récur­rente – du rapport Gallois est la baisse du taux de prélè­ve­ments obli­ga­toires (TPO) par le biais d’une réduc­tion des coti­sa­tions sociales, sala­riales et patro­nales – ce que le patro­nat appelle les « charges » – pour renfor­cer la compé­ti­ti­vité de notre écono­mie. Voyons si un pays au TPO supé­rieur à celui de la France (50,7% vs 44,2%, 2005) peut être en meilleure santé que cette dernière ?

Pourquoi la Suède ?

Parce que, parmi les pays de l’OCDE et sur la dernière décen­nie au moins (1992–2012), la Suède est un pays présen­tant, par rapport à la France :

  • des taux de prélè­ve­ments obli­ga­toires et de dépenses publiques supé­rieurs (et ce depuis des décen­nies) ;
  • un taux d’em­plois publics très supé­rieur ;

tout en ayant :

  • des indices de déve­lop­pe­ment humain brut (IDH) et d’IDH ajusté aux inéga­li­tés (IDH-I) ainsi qu’un indice d’iné­ga­li­tés (Gini) meilleurs ;
  • des indi­ca­teurs d’édu­ca­tion et d’espé­rance de vie supé­rieurs ;
  • des taux de crois­sance et de chômage meilleurs  ;
  • un taux d’en­det­te­ment public et des défi­cits publics infé­rieurs ;
  • . . .

   Chacune de ces données pour la France et la Suède (+ l’Al­le­magne) sont dispo­nibles en bas de page.

    Un point noir : l’em­preinte écolo­gique d’un suédois (6,1 ha/hab) est supé­rieure à celle d’un français (5,6 ha/hab). Notons toute­fois que la France se situe sous des lati­tudes plus chaudes et qu’en outre, la France utilise massi­ve­ment le nucléaire, éner­gie décar­bo­née.

 Notons que malgré ce choix criti­cable à bien des égards, l’em­preinte écolo­gique d’un Alle­mand, rési­dant pour­tant sous des lati­tudes moyennes plus froides, possède une empreinte écolo­gique par habi­tant infé­rieure à celle d’un français : 4,5 versus 5,6 !!!!

Alors pourquoi la Suède s’en sort-elle mieux ?

    Outre mon court billet perso sur le sujet (cf. Pourquoi la Suède s’en sort – plutôt – bien ?), je vous suggère cette étude très bien docu­men­tée :  » Crises et trans­for­ma­tion du modèle social-démo­crate suédois  » , J.-F. Vidal, Profes­seur de Sciences écono­miques à Paris XI, Revue de la Régu­la­tion , 22 pages, N°8, 2010.

     En effet, comme l’in­ti­tulé l’in­dique, la Suède a connu quelques crises dont la dernière, finan­cière et la plus grave en 1991–1992, a induit des trans­for­ma­tions de son modèle social : le niveau de dépenses publiques, de 65% du PIB avant cette crise, s’est aujourd’­hui stabi­lisé à un peu plus de 50%.

     Ce niveau élevé de dépenses publiques était-il à la source de la crise ? Les réduire était-il la seule solu­tion pour en sortir ?

     Si je devais résu­mer en une phrase mon senti­ment, il s’ap­puie­rait sur cet extrait de l’étude ci-dessus : «  Nous concluons que la grave crise finan­cière de 1991–1992 qui a suivi la déré­gu­la­tion du système bancaire a joué un rôle plus impor­tant que l’éro­sion du système de négo­cia­tions néocor­po­ra­tistes, que le déve­lop­pe­ment de l’état provi­dence,  et que l’ina­dap­ta­tion de la spécia­li­sa­tion des expor­ta­tions. « .

     Autre­ment dit la crise finan­cière a servi de prétexte pour mettre en place des poli­tiques d’aus­té­rité afin de réduire les défi­cits publics induits par la réces­sion entamé en 1987. En clair, les crises liées à 30 ans de déré­gu­la­tion finan­cière ont bon dos !

  Notons que pour sortir de cette crise d’ori­gine bancaire, d’autres mesures radi­cales ont été prises : deux banques impor­tantes ont été reca­pi­ta­li­sées par de l’argent public après avoir été natio­na­li­sées. Elles ont été de nouveau priva­ti­sées une fois assai­nies et l’état suédois a ainsi dégagé du profit (lire Sauve­tage du système bancaire suédois, Wiki­pe­dia).

     Pour rappel, dans les pays de l’OCDE, les prélè­ve­ments obli­ga­toires servent pour une large part à finan­cer, d’une part la redis­tri­bu­tion des reve­nus via les pres­ta­tions sociales (pres­ta­tions fami­liales, allo­ca­tion loge­ment, minima sociaux, . . . ), et d’autre part les services publics (dont santé et éduca­tion qui en repré­sentent de 45 à 75%). Voir mon billet Préju­gés sur les dépenses publiques .

   Enfin, notons que les taux de crois­sance des pays sont prin­ci­pa­le­ment corré­lés à leur PIB par habi­tant initial comme le démontre parfai­te­ment cette étude menée sur 22 pays d l’Eu­rope de l’Ouest entre 1950 et 2000 : Le taux de crois­sance est avant tout corrélé au PIB/habi­tant.

___________________________
Accés aux données :

Complé­ment d’in­for­ma­tions :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3 réflexions sur “ Trop de prélè­ve­ments obli­ga­toires et de dépenses publiques tuent-ils la compé­ti­ti­vité et la crois­sance ? Match France-Suède ! ”

  1. chic, Christophe a trouvé LE pays qui a un TPO plus élevé que la France et qui s’en sort pourtant bien mieux. Dépechons nous de l’augmenter! Le seul problème c’est que depuis douze ans, la Suède
    ne cesse de le diminuer, on est maintenant au même niveau mais si on éli Christophe, on les battra peut être?

  2. @Chris06 : oui en effet, la Suède n’échappe pas non plus à l’avancée du néolibéralisme. Car la baisse qu’il connaisse coïncide avec la crise bancaire qu’à connu ce pays dans le début des années
    90. Crise bancaire due principalement à l’excés de dépenses publiques pour certains (non, chris, je ne leur mettrais pas d’étiquette), due principalement à la dérégulation bancaire pour d’autres
    (cf. extrait des pp21-22 du document proposé :  » Crises et transformation du modèle social-démocrate
    suédois  » , J.-F. Vidal, Professeur de Sciences économiques à Paris XI, Revue de la Régulation , N°8, 2010).

    La vérité est donc entre les deux, le tout est de savoir si elle est plus près de l’une (excés de dépenses publiques ) ou de l’autre (exés de dérégulation bancaire).

    Rendez-vous à la prochaine crise bancaire dans ce pays puisqu’il semble que peu de mesures aient été prises pour les éviter (à vérifier). Comme dans les autres pays : quatre en après la crise
    bancaire mondiale(2008), le Steagall Glass
    act (séparation des activités dépôts et affaires) n’a pas encore revu le jour (sauf peut-être la varirante Islandaise).

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Entrez la liste des chiffres représentés *