Bais­ser ou couper le chauf­fage ?

   L’autre jour, un collègue me dit : « Il vaut mieux bais­ser le chauf­fage que le couper lorsqu’on n’est pas là car l’on dépen­sera plus d’éner­gie pour rechauf­fer la maison au retour ». Me voyant scep­tique, pour renfor­cer sa convic­tion il rajoute :  » C’est un ami, ingé­nieur chez Dalkia, qui me l’a dit ! ». Et pour­tant, c’est évidem­ment faux. Pourquoi ? La démons­tra­tion est très, très, très simple.

Un fait : l’éner­gie à appor­ter par le système de chauf­fage doit être égale aux pertes d’éner­gie vers l’ex­té­rieur de la maison. Or, on sait que l’éner­gie dissi­pée entre l’in­té­rieur de la maison et l’ex­té­rieur est propor­tion­nelle à la diffé­rence de tempé­ra­ture entre ces deux milieux. Certains autres facteurs peuvent influer (vent, soleil, humi­dité, aéra­tion, …) mais puisqu’il s’agit ici de faire une compa­rai­son sur le même loge­ment et sur le long terme, l’on consi­dé­rera que ces facteurs sont les mêmes pour les deux méthodes. Il s’agit par consé­quent d’évauer l’éner­gie dissi­pée dans les deux cas sur une période repré­sen­ta­tive des périodes de présence et d’ab­sence des occu­pants du loge­ment.

Consi­dé­rons que, , la tempé­ra­ture exté­rieure est de 10°C, que lors de leur présence les occu­pants souhaitent avoir 19°C et, lorsqu’ils sont absents ou qu’ils dorment, n’im­porte quelle tempé­ra­ture. Suppo­sons qu’ils sont présents de 6h30 à 8h40 puis de 16h30 à 22h30. Consi­dé­rons main­te­nant deux atti­tudes : la première consis­tant à couper tota­le­ment le chauf­fage lors des périodes d’ab­sence (graphique du haut), et la deuxième consis­tant à ne bais­ser le chauf­fage que de 3°C (graphique du bas).

Dans les deux cas, l’éner­gie qui a été dissi­pée vers l’ex­té­rieur est celle que la chau­dière devra four­nir pour obte­nir la tempé­ra­ture souhai­tée. Pas consé­quent, il suffit d’es­ti­mer, pour chacun des deux cas, la surface déli­mi­tée par la courbe repré­sen­tant la tempé­ra­ture exté­rieure et celle repré­sen­tant la tempé­ra­ture inté­rieure durant ces 24h puisque l’éner­gie perdue est propor­tion­nelle dans les deux cas à cette surface. La courbe en poin­tillée rouge repré­sente la consigne, c’est à dire la tempé­ra­ture déman­dée au niveau du ther­mo­stat d’am­biance

Le premier graphique corres­pond au cas où le chauf­fage est complè­te­ment coupé (Tcon­signe = Texté­rieur), le second corres­pond au cas où l’on se contente de bais­ser (ici de 3°) la consigne.

Couper_ou_baisser_le_chauffage_rempli.png

On constate que la diffé­rence est nette­ment en faveur de la première solu­tion, à savoir ne pas chauf­fer du tout lorsque l’on en a pas besoin. Sur le graphique suivant, l’éner­gie écono­mi­sée est repré­sen­tée par les zones vert pomme auxquelles il convient de sous­traire l’éner­gie supplé­men­taire four­nie lors  des dépas­se­ments (zones rouges dans le cas de la coupure totale du chauf­fage et mauvais régu­la­teur).

   La tota­lité des zones vert sombre et vert pomme repré­sente l’éner­gie à four­nir dans le cas d’une simple baisse de 3°C lors des absences, les zones vert sombre et rouges repré­sente l’éner­gie à four­nir dans le cas d’un coupure totale lors de ces absences.

Couper_ou_baisser_le_chauffage_difference.png

Et cela restera vrai quelle que soit l’iner­tie de la maison et autres para­mètres. Et ce, même avec des  dépas­se­ments de tempé­ra­tures impor­tants lors de la phase de remon­tée (phéno­mène d’os­cil­la­tions amor­ties dans le cas d’un régu­la­teur ancien). On voit bien qu’il faudrait envi­sa­ger des dépas­se­ments très impor­tants et nombreux pour que ceux-ci présentent une surface (en rouge) équi­va­lente aux surfaces vert pomme.

   La seule ques­tion qui se pose reste : comment faire en sorte que lorsque je rentre chez moi ou que je me lève, je ne me les caille pas durant la phase de remon­tée de la tempé­ra­ture exté­rieure (ou presque) à la tempé­ra­ture ambiante. Il va en effet de soit que l’on plus on laisse la tempé­ra­ture descendre, plus le temps pour retrou­ver la tempé­ra­ture souhai­tée sera long. En outre, si l’on veut une remon­tée en tempé­ra­ture rapide on risque de réduire le rende­ment de la chau­dière, surtout si elle est à conden­sa­tion durant ce temps.

Ce problème peut être aisé­ment résolu si vous connais­sez vos heures de rentrée ou de levée. Dans ce cas, un ther­mo­stat program­mable (j’en ai trouvé un très bon pour 11 € livré sur le bon coin) bien réglé vous permet­tra d’évi­ter ce fâcheux incon­vé­nient. Et d’au­tant plus faci­le­ment qu’une sonde exté­rieure four­nira au régu­la­teur l’in­for­ma­tion permet­tant d’es­ti­mer la quan­tité d’éner­gie devant être four­nie pour avoir une remon­tée de tempé­ra­ture suffi­sam­ment rapide : la sonde exté­rieure permet en effet de connaître l’écart de tempé­ra­ture entre l’ex­té­rieur et l’in­té­rieur et donc l’éner­gie à four­nir en un temps t, la tempé­ra­ture de l’eau de sortie chau­dière étant alors la variable d’ajus­te­ment dont les chau­dières actuelles disposent toutes ou presque.

4 réflexions sur “ Bais­ser ou couper le chauf­fage ? ”

  1. Merci pour cet article qui rétablit une vérité difficile à faire entendre.

    Je pense avoir une piste pour creuser la réflexion sur le temps nécessaire pour permettre le retour à la température souhaitée.

    J’ai moi-même été confronté à la question, et devant l’insistance des chauffagistes à maintenir qu’il faut une température minimum afin de ne pas avoir à trop consommer, je me suis dis que leur expérience devait bien s’expliquer, alors j’ai creusé le sujet et voilà ce que j’ai compris…

    Il y a en fait 2 vérités :

    1) Pour une température intérieure donnée (disons Tint=20°C), couper le chauffage complètement puis le rallumer, consomme moins qu’abaisser la température (à 16° par exemple), qui consomme évidemment moins que de le laisser allumer. Cela quelle que soit la température extérieure ou l’isolation du bâtiment.

    2) Pour qu’une personne se sente à une température de confort (disons Tconf = 19°C), cela dépend de la température des murs et parois (Tmur = 18°C par exemple). Le calcul simplifié dit qu’il faut : Tconf = (Tmur + Tint) / 2, ce qui implique dans notre cas Tint = 20°C

    En prenant en compte ces 2 vérités, j’imagine qu’il existe des cas on l’on peut arriver à la conclusion souvent entendue : "sur des courtes absences, il vaut mieux garder une température minimum que de ne pas chauffer du tout".

    Par exemple, si les coupures de chauffage sont tellement fréquentes et le bâtiment si mal isolé que la température des murs (Tmur) ne parvient jamais à se réchauffer suffisamment, et oblige à atteindre une température intérieure (Tint) exagérément élevée pour obtenir une température de confort (Tconf) satisfaisante, si bien que l’économie de la coupure est annulée par la "surconsommation" (au sens vrai du terme, à savoir Tint plus élevée).

    Maintenant, il faudrait faire les calculs, car ce cas n’arrive peut-être jamais (ou tout le temps !)…

    Qu’en pensez-vous ?

    1. Merci pour votre commentaire que j’agrée. Vous avez raison, l’effet de paroi froide est à prendre en considération.
      Il faudrait pour cela faire des calculs assez compliqués et surtout nécessitant d’introduire de nombreux paramètres et a minima de connaître l’inertie thermique des parois. Faute de quoi, on est contraint à faire par tâtonnement . . . ou se résoudre à surconsommer !
      Cependant aujourd’hui, l’isolation des parois opaques comme celle des parois vitrées est telle que l’effet de paroi froide est bien moindre qu’il y a quelques décennies.
      Ce qui est sûr c’est que la marge de progression est grande en terme de régulation. Comptons sur une baisse conséquente des capteurs et des progrès dans la modélisation pour adapter la régulation à chaque habitation et installation de chauffage (chaudière et radiateurs).
      En terme de recherche, il y a encore du boulot si tant est que les financements le permettent. Financement forcément public car quelle firme a intérêt à faire progresser ce domaine. Pas les firmes énergétiques, c’est sûr. Quelles autres ?

  2. Il faudrait aussi peut-etre parler du type de chaudiere. Certains types de chaudieres sont plus performantes lorsqu elles fonctionnent par longues periodes et consomment beaucoup a l allumage. Si elles sont associees a un ballon tampon, elles peuvent maintenir plus facilement une temperature constante mais si elles sont directement raccordees sur le circuit de chauffage, c est tout a fait different.

    1. Oui, vous avez tout à fait raison. Le rendement d’une chaudière dépend – comme le moteur d’une voiture – de son régime. Et en effet, particulièrement pour les chaudières à condensation qui sont maintenant très répandues, il faudrait prendre en compte le fait que lors d’un redémarrage après l’arrêt total du chauffage, si l’on souhaite une remontée rapide en température, on risque de l’obtenir avec un rendement moindre.
      Un jour si j’ai le temps, j’essaierais d’approfondir la question lorsque je disposerais d’abaques de rendement d’une chaudière à condensation. Ce n’est pas le cas de la mienne qui date de 2003 mais ce le sera lorsque je la remplacerais.

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