Les promesses déçues de l’Eu­rope-marché

   La construc­tion euro­péenne avait bien débuté avec la CECA (Commu­nauté euro­péenne du char­bon et de l’acier, 1952) dont l’objec­tif était de gérer en commun et hors marché les ressources essen­tielles de l’époque : le char­bon et l’acier.

    Puis, après l’échec de la CED (Commu­nauté euro­péenne de défense, 1954), la construc­tion euro­péenne a pris un tout autre tour­nant avec, en 1957, le Traité de Rome qui enté­ri­nait un marché commun. Cette concep­tion d’une Europe-marché, laquelle ne favo­rise pas le déve­lop­pe­ment écono­mique, a ensuite dominé : les instances commu­nau­taires devaient alors édic­ter et faire respec­ter des règles pour veiller notam­ment à ce que la concur­rence y soit la plus libre possible.

   Cette concep­tion d’une Europe-marché, inscrite dans une logique libé­rale, a par la suite encou­ragé le dumping fiscal et social.
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Pourquoi la Suède s’en sort (plutôt) bien ?

   En 2011, la dette publique suédoise était au niveau le plus bas de l’UE à 15 (moins de 40 % vs 86% pour la France) et suit une tendance bais­sière depuis 1995 (72 % alors).

La Suède reste le pays le plus égali­taire de l’Union Euro­péenne (2010) et son IDH est égale­ment excellent.

Cumu­ler ces trois perfor­mances semble excep­tion­nel. Ce n’est pour­tant pas surpre­nant puisque l’on constate une corré­la­tion signi­fi­ca­tive entre niveau de dette publique et niveau d’iné­ga­lité (cf. graphe de «  Y a-t-il un rapport entre la crise et les inéga­li­tés ? « ).

La Suède possède égale­ment de meilleurs indi­ca­teurs dans nombre de domaines. Pour en voir d’autres, lire « Trop de prélè­ve­ments obli­ga­toires et de dépenses publiques tuent-ils la compé­ti­ti­vité et la crois­sance ? Match France-Suède !« 

Et pour­tant :

  • la Suède possède, avec le Dane­mark et la France, le niveau de dépenses publiques le plus élevé de l’UE, voire du monde ;
  • la Suède ne produit pas d’éner­gie fossile et en importe la tota­lité. Qui plus est, située sous de fraîches lati­tudes, ses besoins en chauf­fage sont impor­tants ;
  • la Suède n’est pas un para­dis fiscal ;
  • la Suède est un pays peu peuplé : 9 Millions d’ha­bi­tants, 89erang mondial ;
  • la Suède ne compte aucune entre­prise parmi les 200 plus impor­tantes au niveau mondial et 3 parmi les 500 premières dont la première à la 237eplace. La France en compte 18, dont 10 dans les 100 premières, et  35 dans les 500 premières ;
  • la Suède ne fait pas partie de lamira­cu­leuse ? – Euro­zone !

Alors pourquoi la Suède s’en sort mieux que la France ?

Ci-dessous un inven­taire à la Prévert de ce qui pour­rait consti­tuer des éléments de réponse :

  • Beau­coup plus de moyens pour l’école primaire :
    La Suède surpasse large­ment la France en terme de dépenses par élève du cycle élémen­taire (public et privé) : en 2009, cette dépense était de 9.382 $ contre 6.373 $, soit près de 50% de plus. Le nombre d’élèves par ensei­gnant y est de 12,1 contre 19,7, soit près de 40% de moins. Le taux des 18–24 ans ayant au mieux un brevet des collèges s’éta­blit à 6,6% en Suède contre 12% pour la France. Autre­ment dit en Suède 93,4% des 18–24 ans ont un niveau d’études supé­rieur au Brevet des collèges contre 88% en France (cf. graphe ci-dessous,  source : Regards sur l’édu­ca­tion 2011, et 2012, OCDE) ;
    Ces plus de 5% d’écart ne pour­rait-il expliquer en partie le plus fort taux de chômage des 18–24 ans français
    (25,5 vs 23 %) ?
  • Un impôt sur le revenu pesant nette­ment plus dans les recettes publiques :
    La part de l’im­pôt sur le revenu – un des rares impôts progres­sifs – dans l’en­semble des prélè­ve­ments obli­ga­toires repré­sente 33,9% contre 17,1% pour la France. Cela n’ex­plique­rait-il pas de moindres inéga­li­tés de revenu ? Dans l’UE-14 (cf. graphe ci-dessous), seuls la Grèce et le Portu­gal font pire que la France !
  • Une part de la fisca­lité envi­ron­ne­men­tale dans les recettes publiques supé­rieure : 5,8% vs 4,2%, la France étant en queue de pelo­ton (cf. graphe ci-dessous) de l’UE à 14 ;
  • Une dépen­dance éner­gé­tique plus réduite :
    Entre 1970 et 2010, la Suède a réduit sa dépen­dance éner­gé­tique de plus de la moitié (58%) tandis que la France de moins d’un tiers (28%). Ainsi son taux de dépen­dance éner­gé­tique est passé de 83 % à 36 % entre 1970 et 2010 tandis que celui de la France passait de 67,35 % à 48,60 % malgré un recours massif à la très contro­ver­sée éner­gie nucléaire (75 % de l’élec­tri­cité produite en 2010 vs 38 % en Suède). La Suède partait pour­tant de plus haut et importe la tota­lité de son éner­gie fossile (cf. graphique établi selon Pers­pec­tives Monde de l’Uni­ver­sité de Sher­brooke). Et la Suède veut briser sa dépen­dance au pétrole d’ici 2020  ;
  • Des dépenses mili­taires plus réduites :
    Depuis a minima 1988, la Suède consacre 1 % de PIB de moins que la France en dépenses mili­taires (2010 : 1,3% vs 2,3%. cf. graphe ci-dessous selon SIPRI) ;
  • . . .

Ecarts-entre-France---Suede-pour-differents-indicateurs_V.png

Ci-dessous, données plus détaillées pour certains de ces indi­ca­teurs.

Part-des-impots-sur-le-revenu-en-Europe-dans-l-ensemble-de.png Part-de-la-fiscalite-environnementale-dans-l-ensemble-des-.png

Evolution-dependance-energetique-France-Suede-Allemagne.png

Depenses-militaires---France---Suede---Allemagne---1988-2.png

Dépenses par élève à l’école primaire :

Depense-par-eleve-primaire-en-2008_OCDE-2011

  Taux d’en­ca­dre­ment en primaire (nombre d’élèves/ensei­gnants équi­valent temps plein) :

Eleves_primaires_par_enseignant_pays_OCDE-2011.jpg

Source : Graphique D2.3.b, p.426  Nombre d’élèves/étudiants par ensei­gnant dans les établis­se­ments d’en­sei­gne­ment, selon le niveau d’en­sei­gne­ment (2009), Indi­ca­teur D2 : taux d’en­ca­dre­ment et taille des classes, dans Regards sur l’édu­ca­tion 2011, OCDE.

  Taux d’en­ca­dre­ment en prépri­maire, primaire et secon­daire (nombre d’élèves/ensei­gnants équi­valent temps plein) :
Eleves_preprimaire_primaire_-_secondaire_par_enseignant_Fra.jpg

Source : Graphiques D2.3., p.426, Nombre d’élèves/étudiants par ensei­gnant dans les établis­se­ments d’en­sei­gne­ment, selon le niveau d’en­sei­gne­ment (2009), Indi­ca­teur D2 : taux d’en­ca­dre­ment et taille des classes, dans Regards sur l’édu­ca­tion 2011, OCDE.

   Le Suède présente un meilleur taux d’en­ca­dre­ment que la France, du Prépri­maire au 1er cycle du secon­daire.

Où travaille-t-on le moins dans l’Union Euro­péenne ?

    La durée du travail et son impact sur l’éco­no­mie consti­tue un clivage gauche/droite assez fort. Avant de débattre de cet impact sur l’éco­no­mie, il faut se mettre d’ac­cord sur ce que l’on mesure. En effet, on peut trou­ver des clas­se­ments inter­na­tio­naux très diffé­rents sur ces « temps de travail » et donc des conclu­sions bien diffé­rentes.

Ainsi, selon COE Rexe­code, « la durée effec­tive du travail en France est une des plus faibles d’Eu­rope » alors que pour la revue Alter­na­tives Écono­miques, « les français travaillent beau­coup ». La France se situe­rait au 2erang sur 15 pays de l’UE après la Finlande selon le premier et au 9e rang sur 12 pays euro­péens selon le second. Pour justi­fier leurs conclu­sions, ces deux sources se fondent sur les deux graphiques repro­duits ci-dessous :

La-duree-effective-du-travail-en-France-est-une-des-plus-fa.jpg Duree_hebdomadaire_travail_12-pays_UE_OCDE-2010.png
Durée effec­tive annuelle moyenne de travail des sala­riés à temps plein (2010, 15 pays de l’UE)

Source : COE Rexe­code

Durée moyenne de travail hebdo­ma­daire pour l’en­semble des actifs (2010, 12 pays : les mêmes qu’à gauche moins Finlande, Pays Bas, Luxem­bourg, Portu­gal, plus Hongrie).
Source : Alter­na­tives écono­miques

Qui croire ? COE Rexe­code, l’as­so­cia­tion dont 68 des 80 membres sont de grandes entre­prises parmi lesquelles 33 finan­cières qui conclut que «  la durée effec­tive du travail en France est une des plus faibles d’Eu­rope » ou Alter­na­tives Écono­miques, la société coopé­ra­tive indé­pen­dante qui conclut que « les français travaillent beau­coup » ?

La source des données semble aussi crédible pour les deux études puisqu’il s’agit de l’OCDE d’une part, d’Euro­stat de l’autre. Mesurent-elles bien la même chose ? Pas vrai­ment : il s’agit de la durée annuelle des sala­riés à temps plein pour l’un, et de la durée hebdo­ma­daire des actifs, pour l’autre.

Ce qui justi­fie une mesure plutôt qu’une autre est souvent la manière dont on veut l’ex­ploi­ter. D’où le choix de COE-Rexe­code qui, comme nombre d’or­ga­ni­sa­tions patro­nales dont le Medef comp­tant parmi ses 80 membres, souhaite allon­ger la durée légale hebdo­ma­daire du travail, peut ainsi conclure : « En limi­tant la quan­tité de travail, une partie de nos atouts démo­gra­phiques a été perdue, ce qui a bridé le pouvoir d’achat par habi­tant. ». On le savait déjà et personne ne le nie : moins on travaille et moins l’on gagne sauf si la produc­ti­vité horaire augmente propor­tion­nel­le­ment plus. Suite aux 35 h, la produc­ti­vité horaire des sala­riés français a effec­ti­ve­ment augmenté mais pas dans les même propor­tions que la réduc­tion du temps de travail.

Reve­nons à la durée du temps de travail : si effec­ti­ve­ment la loi sur les 35 h a conduit à la réduc­tion de la durée annuelle du travail des sala­riés à temps plein, cela a permis de créer des emplois dont certains à temps partiel. C’est pourquoi, la durée effec­tive annuelle moyenne de travail des sala­riés français, temps plein et partiels, n’est pas la plus faible de l’OCDE, ni même de l’UE.

Les sala­riés alle­mands belges et néer­lan­dais travaillent moins !

Comme l’at­teste le graphique ci-dessous, l’Al­le­magne, le « modèle » actuel du patro­nat, ainsi que les Pays-bas et la Belgique, possèdent en réalité des durées de travail moyennes infé­rieures à celles de la France. Le « modèle » alle­mand travaille en réalité 10 % de moins !

Duree_annuelle_travail_monde_2009-0CDE.jpg

Chan­ge­ment d’échelle !

Vous avez peut-être remarqué l’ha­bi­leté de COE-Rexe­code et d’Alter­na­tives Écono­miques : afin d’ac­croître consi­dé­ra­ble­ment les diffé­rences entre pays, l’origine des ordon­nées n’est pas zéro. Si l’on prenait zéro comme origine pour le graphique COE Rexe­code on obtien­drait ceci :

Changement-echelle-image-COErexecode.jpg
Pensez-vous que d’aussi faibles diffé­rences rela­tives puissent péna­li­ser l’éco­no­mie autant que certains voudraient nous le faire croire ?

Sur l’in­ci­dence du temps de travail sur l’éco­no­mie, voir mon billet : Préju­gés sur les 35 h et la RTT.

Y a-t-il une corré­la­tion entre le chômage et les minima sociaux ?

L’on entend parfois dire, jusque dans les hautes sphères poli­tiques, que les minima sociaux (RSA, . . . ) contri­bue­raient au chômage, certains béné­fi­ciaires préfé­rant s’en conten­ter plutôt que de recher­cher un emploi.

Mais alors, cela doit se consta­ter au niveau du taux de chômage, non ?

Voyons voir ce que dit ce premier graphique qui met en rela­tion le montant des minima sociaux (rela­ti­ve­ment au seuil de pauvreté à 60 % de chacun des pays) et le taux de chômage pour 14 pays de l’Union Euro­péenne en 2003.

Corrélation chomage minima sociaux en 2003 pour 14 pays U

Légende : les montants de pres­ta­tions-types d’as­sis­tance sociale nettes sont rappor­tés aux seuils de pauvreté à 60 % du niveau de vie des ménages en 2003. Il s’agit ici du cas d’un couple avec deux enfants. Pour d’autres cas voir tableau en fin de page.

Lecture : en France, les minima sociaux pour un couple avec deux enfants repré­sen­taient en 2003 72% du seuil de pauvreté à 60% et le taux de chomage était de 8,9%.

Sources : pour les minima sociaux, OCDE repris dans le rapport « Un pano­rama des minima sociaux en Europe », p. 8, revue « Etudes et résul­tats », DREES, N° 464, février 2006. Pour le chômage : base de données en ligne d’Eu­ro­stat.

Si corré­la­tion il y a, il semble­rait plutôt qu’elle soit néga­tive : plus les minima sont élevés, plus le taux de chômage est faible.

Il est à noter qu’en France, le pouvoir d’achat du RMI/RSA-socle n’a augmenté que de + 3 % entre 1990 et 2010, tandis que celui du Smic horaire progres­sait de 29 % et le niveau de vie médian de 27 % (source : Contre la pauvreté, l’em­ploi ne suffit pas, Alter­na­tives Econo­miques, n° 319 – décembre 2012).

Cette étude compa­ra­tive sur les minima sociaux est la plus récente (cf. tableau ci-dessous). Si vous trou­vez des données plus récentes que ce tableau de la p.8 du rapport  » un pano­rama des minima sociaux en Europe « , je suis preneur.

Tableau_minima_sociaux_Europe-2003_DREES-2006.jpg

Ci-dessous, le clas­se­ment de ces quatorze pays selon les trois situa­tions fami­liales du tableau : personne seule, parents avec deux enfants, parent isolé avec deux enfants.

  • La France se situe en 6e posi­tion, juste au dessus de la moyenne euro­péenne, pour une personne seule.
    Minima sociaux pour personne seule - 14 pays UE - 2003 DRE
  • La France se situe en 5e posi­tion, sous la moyenne euro­péenne, pour un couple avec deux enfants.

    Minima sociaux pour un couple avec deux enfants-14 pays UE-

  • Et enfin, la France se situe en 7e posi­tion, sous la moyenne de l’UE-14, pour un parent seul avec deux enfants.
    Minima sociaux pour un parent isolé avec deux enfants-14 p

Rajout (nov 2014) : rela­ti­ve­ment au SMIC, le RMI-RSA a perdu 23% de sa valeur entre 1990 et  2013 (en savoir plus :  Le grand retour de « l’as­sis­ta­nat » : sur quelques idées fausses  par Jean Gadrey, nov. 2014.

Sur les chiffres des minima sociaux, voir aussi : Préju­gés sur les minima sociaux.

Sur d’autres contre-véri­tés au sujet des raisons du chômage :

   Peut-être vous souve­nez vous de ces décla­ra­tions de ministres divers, tant du gouver­ne­ment Sarkozy-FIllon que celui de Hollande-Valls qui lais­saient sous entendre que le chômage de masse était dû :

  • À la trop haute protec­tion des sala­riés en CDI qui rigi­di­fiait le marché du travail qui fait dire à Manuel Vallls,  1er Ministre du bgou­ver­ne­ment Hollande-Valls (oct. 2014) : « Le fonc­tion­ne­ment du marché du travail n’est pas satis­fai­sant, car il ne crée pas assez d’em­plois, il génère des inéga­li­tés impor­tantes entre d’une part des sala­riés très proté­gés en CDI et d’autre part des sala­riés très précaires en CDD et en inté­rim. C’est là-dessus qu’il faut agir »Une contre­vé­rité démen­tie dans cet article : Préjugé sur le lien entre chômage et rigi­dité du contrat de travail;

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Mots clés : corré­la­tion, cause à effet, inci­ta­tion, profi­teurs, oisi­veté, préjugé, minima sociaux, pres­ta­tions sociale, chômage, union euro­péenne.

Évolu­tion des très hauts reve­nus en Suède (1945–2010)

     La Suède n’échappe pas au phéno­mène de l’aug­men­ta­tion des très hauts reve­nus depuis les années 1980 constaté dans de très nombreux pays déve­lop­pés. En Suède, cela corres­pond égale­ment au début de la déré­gu­la­tion finan­cière qu’a connu ce pays dés 1987 alors qu’il était alors un des plus régulé au monde.

     Ce premier graphique repré­sente l’évo­lu­tion rela­tive de la part prise dans les reve­nus totaux suédois de sept tranches compo­sant les plus hauts reve­nus, à savoir le « Top 10% ».

Suède - Evolution des parts de 7 fractiles du TOP 10% - ba

Légende : les reve­nus sont ceux du travail et du capi­tal. La base est 100 pour chacun des six frac­tiles en 1980. Le « Top 10–5% » est consti­tué des 5 % de la popu­la­tion situés entre les 89% les moins riches (le « Bottom 90% ») et les 5% les plus riches (le « Top 5% »).

Lecture : la part des reve­nus du « Top 0,05–0, 01% » (en bleu ciel) a été multi­plié par 3,5 entre 1980 et 2010, avec un maxi­mum de 5,3 en 2000. La part des reve­nus du « Top 10–5% » (en bleu marine) est stable depuis 1980.

      Ce deuxième graphique repré­sente l’évo­lu­tion de la part prise par ce « Top 10% » dans la tota­lité des reve­nus suédois.

Suède - Evolution de la part cumulée de 7 fractiles du To

Légende : les reve­nus sont ceux du travail et du capi­tal. La courbe supé­rieure (haut de la zone brune) repré­sente la part du « Top 10% » dans les reve­nus de l’en­semble de la popu­la­tion. Ce « Top 10% » est décom­posé en sept zones repré­sen­tant, du bas vers le haut, les « Top 10–5% », « Top 5–1% », « Top 1–0,5% », « Top 0,5–0,1% », « Top 0,1–0,05% », « Top 0,05–0,01% » et le reste, le « Top 0,01% ».

Lecture : la part des reve­nus du « Top 10% » est passé d’un mini­mum de 22 % en 1980 à 31 % en 2010, soit +9 %. Les 5% les moins riches de ce « Top 10% », c’est à dire la tranche « Top 10–5% » ont vu leur reve­nus stag­ner.

     On constate que la part des reve­nus prise aux 90% les plus pauvres est le fait des 5% les plus riches, la part de la tranche 90–95% étant stable depuis les années 80.

     Ces accrois­se­ments proviennent autant de l’aug­men­ta­tion des reve­nus du travail (courbes rouge, bleu marine et vert pomme) que ceux du capi­tal (courbes orange, fuschia et bleu turquoise) comme l’at­teste le graphique ci-dessous établi pour trois tranches du « Top 5% ».

     Revenus du travail & du capital Top 5-1 1-05 05 Suede 1980-Ces 

     Ces évolu­tions sont iden­tiques à celles consta­tées en France et aux États-Unis, à des échelles cepen­dant diffé­rentes. C’est ce qu’illus­trent les deux graphiques ci-dessous emprun­tés à l’ar­ticle Les inéga­li­tés de reve­nus en France du site Les Crises.

     Si, de 1980 à 2010, la part du « Top 10% » Suédois est passée de 22 à 31 % (+9%), celles des « Top 10% » français et étasu­niens sont passées respec­ti­ve­ment de 30 à 33% (+3%) et de 33 à 47% (+26%) aux États-Unis.

 

France-parts-cumulees Top10 1910-2006

Nota bene : les tranches sont rangées à l’in­verse du 2e graphique de la page !

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   L’évo­lu­tion aux États-Unis présente les mêmes allures mais avec des distor­sions d’au­tant plus impor­tantes que l’on se rapproche des plus hauts reve­nus comme l’illustre le graphique suivant.

Etats-Unis-parts-cumulees Top10 1910-2006

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     L‘« explo­sion » de ces très hauts reve­nus a accru consi­dé­ra­ble­ment les inéga­li­tés de reve­nus en Suède (cf. courbe verte du graphique ci-dessous).

Evolution Gini revenus disponibles France-Suède-Allemagne-

      Cepen­dant, partant en 1976 d’un excellent coef­fi­cient de Gini (0,17), la Suède, reste le pays le plus égali­taire en terme de reve­nus moné­taires dispo­nibles ainsi qu’en terme de reve­nus élar­gis aux services publics (santé, éduca­tion loge­ment, …). C’est ce qu’illustre le graphique ci-dessous.Gini & gini étendu pays 0CDE-27 en 2007 OCDE-2011 sans c

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     Conclu­sion : rela­ti­ve­ment aux autres pays de l’OCDE, la Suède se porte plutôt bien écono­mique­ment (dette publique, taux de crois­sance et de chômage, indice de déve­lop­pe­ment humain corrigé des inéga­li­tés, . . . ). On est en droit de conclure qu’un haut niveau de dépenses publiques, un des plus élevés au monde, asso­cié à un écart de reve­nus « raison­nable » pour­rait être une des clés de la réus­site. A suivre . . .

 Voir égale­ment le match France-Suède : Trop de prélè­ve­ments obli­ga­toires et de dépenses publiques tuent-ils la compé­ti­ti­vité et la crois­sance ?

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Sources des données :

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Mots clés 
: inéga­li­tés, explo­sion des hauts reve­nus, augmen­ta­tions.