Y a-t-il une corré­la­tion entre dette publique, dépenses publiques et prélè­ve­ments obli­ga­toires ?

   Ce 1ergraphique repré­sente le niveau de dettes publiques en fonc­tion du niveau de dépenses publiques dans l’Union Euro­péenne à 27, rela­ti­ve­ment au PIB. Il s’agit de l’an­née 2008. La crise bancaire et finan­cière de 2008 a modi­fié quelque peu la donne mais pas signi­fi­ca­ti­ve­ment sur l’en­semble des pays.

Corrélation dettes publiques 2008 vs Dépenses publiques 2
La corré­la­tion semble peu signi­fi­ca­tive. On constate en parti­cu­lier que la Suède et le Dane­mark présentent les niveaux de dépenses publiques les plus élevés et les dettes publiques parmi les plus faibles. À l’in­verse, la Grèce présente un niveau de dépenses publiques rela­ti­ve­ment faible et une dette parti­cu­liè­re­ment élevée. Les pays aux plus faibles niveaux de dette et de dépenses publiques sont, à l’ex­cep­tion du Luxem­bourg, para­dis fiscal, des pays peu déve­lop­pés (Bulga­rie, Esto­nie, Letto­nie, Litua­nie, Rouma­nie, Slovaquie). 

   Le 2egraphique repré­sente le niveau de dettes publiques en fonc­tion du niveau de prélè­ve­ments obli­ga­toires dans l’Union Euro­péenne à 27, rela­ti­ve­ment au PIB. La crise bancaire et finan­cière de 2008 a modi­fié quelque peu la donne mais pas signi­fi­ca­ti­ve­ment sur l’en­semble des pays. Les prélè­ve­ments obli­ga­toires repré­sentent l’es­sen­tiel des recettes publiques.

Corrélation dettes publiques 2008 vs TPO 2007 UE27 - Euros
La corré­la­tion semble peu signi­fi­ca­tive égale­ment. On constate, là encore, que la Suède et le Dane­mark présentent les niveaux de prélè­ve­ments obli­ga­toires les plus élevés et les dettes publiques parmi les plus faibles. À l’in­verse, la Grèce présente un niveau de prélè­ve­ments obli­ga­toires rela­ti­ve­ment faible et une dette parti­cu­liè­re­ment élevée. Les pays aux plus faibles niveaux de dette et de dépenses publiques sont, à l’ex­cep­tion du Luxem­bourg, para­dis fiscal, des pays peu déve­lop­pés (Bulga­rie, Esto­nie, Letto­nie, Litua­nie, Rouma­nie, Slovaquie)). 

   Rien de bien surpre­nant à ces constats : la dette publique repré­sente la somme des dettes annuelles cumu­lées. Les dettes annuelles sont la diffé­rence entre recettes – essen­tiel­le­ment consti­tuées des prélè­ve­ments obli­ga­toires – et dépenses publiques. Elles sont donc indé­pen­dantes des niveaux de recettes et dépenses publiques mais unique­ment de l’éga­lité entre ces deux quan­ti­tés.

   Concer­nant les recettes publiques, si la TVA en consti­tue la prin­ci­pale, l’im­pôt sur les reve­nus, du travail et du capi­tal, n’en est pas moins négli­geable lorsque la progres­si­vité est effec­tive. Hélas, ce n’est plus une réalité dans nombre de pays, dont la France, depuis une tren­taine d’an­nées.

   Concer­nant la France, l’en­semble des prélè­ve­ments obli­ga­toires est très légè­re­ment progres­sif (90% les reve­nus les plus faibles), voire fran­che­ment dégres­sif pour les très hauts reve­nus (1% des reve­nus les plus élevés), comme l’at­teste les travaux de Piketty &Co résu­més par ce graphique repro­duit ci-dessous.

Systeme imposition peu progressif decomposition par impotsSource du graphique : http://www.revo­lu­tion-fiscale.fr/le-systeme-actuel/des-impots-progres­sifs-/12-un-systeme-faible­ment-progres­sif-decom­po­si­tion-par-impots-

   Et pour­tant, la plupart des pays de l’OCDE ont connu, durant les Trente glorieuses, une impo­si­tion sur les reve­nus bien plus progres­sive, comme l’at­teste le graphique de ce billet : Cassez-vous, très riches cons !

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Mots-clés : corré­la­tion, lien, rela­tion cause à effet

Préju­gés sur l’is­la­mi­sa­tion de la France

  À ceux qui voient en tout immi­gré ou descen­dant d’im­mi­gré non euro­péen, un musul­man . . .

  . . . et qui, perce­vant une augmen­ta­tion de la « colo­ra­tion » de notre popu­la­tion, en déduise une « isla­mi­sa­tion » de la France, laquelle serait en outre une menace. Aussi voyons d’abord les chiffres.

   Un premier chiffre : 8 % des adultes de 18 à 50 ans se déclarent de reli­gion musul­mane, soit 2,1 millions de personnes (source : «  Trajec­toires  et Origines Enquête sur la diver­sité des popu­la­tions en France », p. 124, INED, octobre 2010).

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   Pour les scep­tiques envers les statis­tiques offi­cielles, selon l’IFOP, ce taux serait de 5,8% de la popu­la­tion des plus de 18 ans (source : «  ANALYSE : 1989–2011, Enquête sur l’im­plan­ta­tion et l’évo­lu­tion de l’Is­lam de France », p.4, IFOP, juillet  2011). Cette dernière enquête évaluant à 9% la part des plus de 55 ans dans la popu­la­tion musul­mane  (page 5), ce chiffre de 5,8% est compa­tible avec le chiffre de 8% des 18–50 ans de l’enquête de l’INED (Rq : nombre d’im­mi­grés « musul­mans » retournent dans leur pays d’ori­gine à lo’c­ca­sion de leur retraite).

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    Nous consta­tons une répar­ti­tion inégale sur le terri­toire. Inéga­li­tés liées à l’his­to­rique des bassins d’em­plois des immi­grés « musul­mans » mais liées aussi à la poli­tique du loge­ment. De nombreuses villes ne respectent pas la loi SRU insti­tuant une propor­tion de 20% de loge­ments sociaux, les « musul­mans » faisant plutôt partie des classes pauvres et modestes.  

   Par consé­quent, en terme de popu­la­tion reli­gieuse, la popu­la­tion musul­mane (8%) n’est pas plus une menace pour notre laïcité que la popu­la­tion catho­lique qui repré­sente 43% de la popu­la­tion française de plus de 18 ans (cf. tableau 1 supra).

   Comment donc une popu­la­tion reli­gieuse aussi réduite pour­rait-elle consti­tuer une menace ?

   Si vous préfé­rez écou­ter que lire, je vous suggère ces deux vidéos de Raphaël Liogier, profes­seur à l’Ins­ti­tut d’Études Poli­tiques d’Aix en Provence, auteur de l’ou­vrage “Le mythe de l’is­la­mi­sa­tion” (2012) :  une courte (8 min.) et une longue (26 min). Ou lire l’ar­ticle « les para­nos de l’is­la­mi­sa­tion » dans Poli­tis ou  encore l’avis de l’édi­teur.

   Comme rappelé dans ces docu­ments, d’un point de vue quan­ti­ta­tif, l’is­la­mi­sa­tion de la France n’est assu­ré­ment pas en cours, et ce après 50 ans d’im­mi­gra­tion « musul­mane », impor­tante et encou­ra­gée jusqu’en 1975, bien moindre et stable depuis.

   Ainsi de 2005 à 2010, le nombre d’en­trées est stabi­lisé autour des 200.000 entrées (201.500 en 2010) auquel il convient de retran­cher les sorties (126.500 en 2010), comme l’illustre le tableau ci-dessous.

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Note :   le nombre impor­tant d’im­mi­grés quit­tant le terri­toire s’ex­plique essen­tiel­le­ment par la forte propor­tion d’étu­diants (32,4 % des entrées en 2010) et  par le retour au pays pour la retraite, 40–50 ans après l’im­mi­gra­tion massive des années 1960–70.

 

   Donc non seule­ment l’im­mi­gra­tion globale s’est réduite mais en outre la part de l’im­mi­gra­tion « musul­mane » n’en repré­sente plus qu’un bon tiers comme l’illustre le diagramme ci-dessous.

   L’en­semble des quatre pays à forte popu­la­tion musul­mane (82 à 86 %), à savoir la Turquie, la Tuni­sie, le Maroc et l’Al­gé­rie repré­sente 34,5% de l’im­mi­gra­tion (2008). En rajou­tant l’Afrique subsa­ha­rienne (9%),  à forte propor­tion musul­mane (80%), l’on arrive à 43%.

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Une popu­la­tion « musul­mane » stable, voire en dimi­nu­tion.

  La popu­la­tion « musul­mane » en France ne peut donc pas s’ac­croitre puisqu’on ne constate pas de conver­sions, que le flux migra­toire « musul­man » est stable et que le taux de nata­lité des immi­grés « musul­mans » rejoint rapi­de­ment celui de la popu­la­tion française.

  On peut même imagi­ner une réduc­tion de la popu­la­tion « musul­mane » dans la mesure où nombre de descen­dants d’im­mi­grés « musul­mans » quitte la reli­gion musul­mane au profit du chris­tia­nisme ou d’au­cune reli­gion.

  C’est ce qu’at­teste le tableau ci-dessous résu­mant la situa­tion des quatre prin­ci­pales origines géogra­phiques d’im­mi­grés « musul­mans ». Comme on le voit, il y a 10 à 20 % de musul­mans de moins chez les descen­dants d’im­mi­grés que chez les immi­grés. En parti­cu­lier, l’on constate une baisse d’en­vi­ron 22% pour les trois prin­ci­paux pays d’im­mi­gra­tion « musul­mane ».

Transmission taux musulman selon pays origine

  Si la propor­tion de musul­mans en France n’aug­mente pas, l’as­pect quali­ta­tif consti­tue­rait-il cette présu­mée isla­mi­sa­tion de la France ? 

   En atten­dant de plus amples déve­lop­pe­ments, voir le doc suggéré ci-dessus, video et/ou livre.

   Mais je me permets de douter d’un quel­conque risque : en effet en 1905, lorsqu’a été décidé la laïcité de la Répu­blique Française, la propor­tion de catho­liques en France repré­sen­tait 90 % de la popu­la­tion.

   En tous les cas, une couver­ture de maga­zine telle celle de gauche ci-dessous laisse accroire une réalité qui n’est que pur fantasme. Celle de droite est un montage (il y en a d’autres ICI) afin de se rendre mieux compte de l’objec­tif stig­ma­ti­sant de telles couver­tures.

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 Couver­ture origi­nale  Montage

Actua­li­sa­tion (janvier 2015) : quelques courbes et données perti­nentes sur le site du Monde : Petites et grandes erreurs factuelles d’Eric Zemmour sur l’im­mi­gra­tion

 

Cassez-vous, très riches cons !

  Avec un taux margi­nal d’im­po­si­tion sur le revenu de 75% au dessus d’UN MILLION d’EUROS par foyer, nos irrem­plaçables zélites vont se barrer !

Hum, hum, voyons voir !

Le patri­moine moyen des 5% étasu­niens les plus riches est de 6.630.000 $ (2007), celui des 5% français les plus riches est de 1.657.258 € (2010). Voir source et calcul en bas de page.

Autre­ment dit ces 2,5 millions d’ir­rem­plaçables français adultes auraient un patri­moine 3,6 à 6 fois* supé­rieur si ils s’en­ri­chis­saient aux USA. Soit un gain absolu moyen compris entre 4,3 et 8,3 millions d’€ ! Conti­nuer la lecture

Trop de prélè­ve­ments obli­ga­toires et de dépenses publiques tuent-ils la compé­ti­ti­vité et la crois­sance ? Match France-Suède !

  Le taux de prélè­ve­ments obli­ga­toires tuent la « compé­ti­ti­vité » et la crois­sance !
Vrai­ment ?

Match France – Suède

   L’idée maitresse – et récur­rente – du rapport Gallois est la baisse du taux de prélè­ve­ments obli­ga­toires (TPO) par le biais d’une réduc­tion des coti­sa­tions sociales, sala­riales et patro­nales – ce que le patro­nat appelle les « charges » – pour renfor­cer la compé­ti­ti­vité de notre écono­mie. Voyons si un pays au TPO supé­rieur à celui de la France (50,7% vs 44,2%, 2005) peut être en meilleure santé que cette dernière ?

Pourquoi la Suède ?

Parce que, parmi les pays de l’OCDE et sur la dernière décen­nie au moins (1992–2012), la Suède est un pays présen­tant, par rapport à la France :

  • des taux de prélè­ve­ments obli­ga­toires et de dépenses publiques supé­rieurs (et ce depuis des décen­nies) ;
  • un taux d’em­plois publics très supé­rieur ;

tout en ayant :

  • des indices de déve­lop­pe­ment humain brut (IDH) et d’IDH ajusté aux inéga­li­tés (IDH-I) ainsi qu’un indice d’iné­ga­li­tés (Gini) meilleurs ;
  • des indi­ca­teurs d’édu­ca­tion et d’espé­rance de vie supé­rieurs ;
  • des taux de crois­sance et de chômage meilleurs  ;
  • un taux d’en­det­te­ment public et des défi­cits publics infé­rieurs ;
  • . . .

   Chacune de ces données pour la France et la Suède (+ l’Al­le­magne) sont dispo­nibles en bas de page.

    Un point noir : l’em­preinte écolo­gique d’un suédois (6,1 ha/hab) est supé­rieure à celle d’un français (5,6 ha/hab). Notons toute­fois que la France se situe sous des lati­tudes plus chaudes et qu’en outre, la France utilise massi­ve­ment le nucléaire, éner­gie décar­bo­née.

 Notons que malgré ce choix criti­cable à bien des égards, l’em­preinte écolo­gique d’un Alle­mand, rési­dant pour­tant sous des lati­tudes moyennes plus froides, possède une empreinte écolo­gique par habi­tant infé­rieure à celle d’un français : 4,5 versus 5,6 !!!!

Alors pourquoi la Suède s’en sort-elle mieux ?

    Outre mon court billet perso sur le sujet (cf. Pourquoi la Suède s’en sort – plutôt – bien ?), je vous suggère cette étude très bien docu­men­tée :  » Crises et trans­for­ma­tion du modèle social-démo­crate suédois  » , J.-F. Vidal, Profes­seur de Sciences écono­miques à Paris XI, Revue de la Régu­la­tion , 22 pages, N°8, 2010.

     En effet, comme l’in­ti­tulé l’in­dique, la Suède a connu quelques crises dont la dernière, finan­cière et la plus grave en 1991–1992, a induit des trans­for­ma­tions de son modèle social : le niveau de dépenses publiques, de 65% du PIB avant cette crise, s’est aujourd’­hui stabi­lisé à un peu plus de 50%.

     Ce niveau élevé de dépenses publiques était-il à la source de la crise ? Les réduire était-il la seule solu­tion pour en sortir ?

     Si je devais résu­mer en une phrase mon senti­ment, il s’ap­puie­rait sur cet extrait de l’étude ci-dessus : «  Nous concluons que la grave crise finan­cière de 1991–1992 qui a suivi la déré­gu­la­tion du système bancaire a joué un rôle plus impor­tant que l’éro­sion du système de négo­cia­tions néocor­po­ra­tistes, que le déve­lop­pe­ment de l’état provi­dence,  et que l’ina­dap­ta­tion de la spécia­li­sa­tion des expor­ta­tions. « .

     Autre­ment dit la crise finan­cière a servi de prétexte pour mettre en place des poli­tiques d’aus­té­rité afin de réduire les défi­cits publics induits par la réces­sion entamé en 1987. En clair, les crises liées à 30 ans de déré­gu­la­tion finan­cière ont bon dos !

  Notons que pour sortir de cette crise d’ori­gine bancaire, d’autres mesures radi­cales ont été prises : deux banques impor­tantes ont été reca­pi­ta­li­sées par de l’argent public après avoir été natio­na­li­sées. Elles ont été de nouveau priva­ti­sées une fois assai­nies et l’état suédois a ainsi dégagé du profit (lire Sauve­tage du système bancaire suédois, Wiki­pe­dia).

     Pour rappel, dans les pays de l’OCDE, les prélè­ve­ments obli­ga­toires servent pour une large part à finan­cer, d’une part la redis­tri­bu­tion des reve­nus via les pres­ta­tions sociales (pres­ta­tions fami­liales, allo­ca­tion loge­ment, minima sociaux, . . . ), et d’autre part les services publics (dont santé et éduca­tion qui en repré­sentent de 45 à 75%). Voir mon billet Préju­gés sur les dépenses publiques .

   Enfin, notons que les taux de crois­sance des pays sont prin­ci­pa­le­ment corré­lés à leur PIB par habi­tant initial comme le démontre parfai­te­ment cette étude menée sur 22 pays d l’Eu­rope de l’Ouest entre 1950 et 2000 : Le taux de crois­sance est avant tout corrélé au PIB/habi­tant.

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Accés aux données :

Complé­ment d’in­for­ma­tions :